Avec son nouveau Yacht Club signé Foster, le port de Monaco veut devenir une capitale du yachting. Faute de place, son développement pourrait bien passer par l’Italie…
Le port de Monaco, victime de son succès ? Pour juger de la pénurie, il n’y a qu’à observer sa fréquentation. La Société d’exploitation des ports de Monaco (Hercule et Fontvieille) gère aujourd’hui 1 032 anneaux dont 644 en contrat annuel. Principalement de la petite plaisance (soit des unités en dessous de 14 m). Les superyachts ont en revanche du mal à se frayer une place. « Il y a une quarantaine de places pour les unités supérieures à 40 m. Et sur ces 40 emplacements, on jongle avec 150 bateaux en rotation ! », s’exclame Aleco Keusseoglou, président de la SEPM. Faute de place, la société d’exploitation est même contrainte de refuser un grand nombre de bateaux de grande plaisance. « En période estivale, nous signons entre 20 et 50 refus par jour. Sans compter ceux qui sont en rade et en attente d’une place », nous expliquait encore récemment Daniel Realini, directeur technique et d’exploitation de la SEPM.

Explosion des demandes
Et compte tenu de la tendance actuelle, les choses ne risquent pas de s’arranger. « On observe une explosion de la demande. C’est bien simple : s’agissant des nouveaux résidents à Monaco, dans un cas sur deux, ils souhaitent une place pour leur yacht. Ne pas avoir de capacité supplémentaire représente alors un handicap », souligne Aleco Keusseoglou, qui doit faire preuve de tact et de pédagogie. « Je reçois chaque client personnellement. Je vois quels sont leurs besoins, s’ils souhaitent une place en hiver ou en été, etc. Je leur explique notre mode de fonctionnement et la plupart d’entre eux se montrent compréhensifs… »
Face à cette demande croissante, le port n’est plus extensible. L’extension en mer au Portier promet une marina d’une quarantaine d’anneaux mais ce n’est pas avant l’horizon 2020. La SEPM voit même sa capacité diminuer puisque 17 places de l’avant-port (qui représentait un peu plus de 1,7 million d’euros du CA passages en 2012) seront désormais gérées par le gigantesque vaisseau amiral du Yacht Club, en quête de recettes.

L’apport de la digue
C’est en 2004 qu’Aleco Keusseoglou a pris les rênes de la SEPM. Pas étonnant pour ce Monégasque issu d’une famille d’armateurs grecs. Le quinquagénaire a développé l’entreprise créée par ses parents, Sun Line Cruises, en la fusionnant avec une autre compagnie grecque en 1995. Avant de vendre la société formée, Royal Olympic Cruises, en 2000. Ce sportif, adepte du ski nautique, est donc bien placé pour jauger l’évolution du port Hercule, déjà utilisé par les grecs et les romains comme port commercial. Dès le début du XXème siècle, deux jetées sont construites pour l’abriter des vents d’Est. Mais surtout, une digue semi-flottante de 352 mètres de long, pesant 160 000 tonnes, complète le tableau en 2002 et dope sa capacité. Prolongée par une contre-jetée, elle permet en effet à des bateaux de croisières d’accoster, ou d’accueillir une vingtaine de yachts de 35 à 60 mètres. « Les digues ont apporté une sécurisation du port et une capacité supérieure avec les nouveaux bassins », juge Aleco Keusseoglou.

Gestion du port de Civitavecchia de Rome ?
Depuis son arrivée en 2004, bien des choses ont changé. « Au départ, nous avons dû mettre un terme à des situations ambigües », souffle-t-il. Il fallait, par exemple, en finir avec des concessions anarchiques héritées du passé, afin d’harmoniser les tarifs du port. Et visiblement, ça marche. « En 2005, la société des ports enregistrait 5,8 millions d’euros de chiffre d’affaires et 2 millions de bénéfices. Contre 22,5 millions de CA et 13,5 millions de bénéfices aujourd’hui. En 8 ans, on a dégagé presque 100 millions d’euros de redevances pour l’Etat », note Aleco Keusseoglou. Un record à battre ? Le président de la SEPM est prêt à relever le défi mais voit sa marge de manœuvre limitée par une saturation du port et un taux d’occupation… déjà à 100 %.
Le salut ne viendra pas d’une augmentation des tarifs portuaires. Après un « réajustement des prix » en 2012 (1), la hausse sera « minime » en 2015, cantonnée à une fourchette entre 2 à 5 %. Pour le Monégasque, « le développement se fera donc forcément à l’extérieur. » Et de préciser sa pensée : « Nous sommes en pourparlers depuis un an et demi avec les autorités portuaires de Rome. Elles nous ont demandé de gérer le port de Civitavecchia. 800 millions d’euros sont investis pour le développer. » La décision ne devrait pas être prise avant le premier semestre 2015 mais l’offre semble être alléchante : « Stratégiquement, ce serait une bonne chose. Il n’y a pas de très grands ports sur la côte Ouest de l’Italie. Cela peut être très intéressant, on examine le montage juridique. » Comme d’ailleurs, toute autre proposition émanant d’un port plus proche. Vintimille, Bordighera, Marina degli Aregai, Imperia, Diano Marina… ont récemment ou sont en train de réaménager de nouvelles marinas, dont l’objectif à court terme étant d’accueillir des unités de grande taille. Pourquoi alors ne pas gérer un pool de places à quelques kilomètres de Monaco, pour dépanner la clientèle et poursuivre la progression du chiffre d’affaires de la SEPM ? A voir. Ces discussions stratégiques animeront sans doute les prochaines réunions de la commission des concessions du conseil national. La concession de la SEPM se termine fin 2015.



