Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.
Massacre à la tronçonneuse, de Tobe Hooper
Effroi. C’est un joli coffret en édition limitée à 4 000 exemplaires et numérotée que propose Carlotta. Sorti en 1974, Massacre à la tronçonneuse a marqué plusieurs générations. Le film de Tobe Hooper (1943-2017), à qui l’on doit aussi Poltergeist (1982), est présenté pour la première fois dans une édition Blu-ray qui propose un master restauré en 4K. Une version révisée et augmentée du livre de Jean-Baptiste Thoret, Une expérience américaine du chaos : Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (2000) accompagne ce coffret. Parmi les nombreux bonus, l’entretien entre Tobe Hooper et le réalisateur de L’Exorciste (1973) William Friedkin (1935-2023) est passionnant. Tourné pendant l’été 1973, en 16 mm et avec seulement 300 000 dollars, Massacre à la tronçonneuse parvient à créer l’effroi, malgré une économie de moyens. Cinquante ans après, ça fonctionne toujours.
Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, avec Marilyn Burns, Allen Danziger, Paul A. Partain (USA, 1 h 23, 1974), 75 euros (coffret ultra collector 4K, deux Blu-rays, et un livre de 200 pages).
L’Amour et les Forêts, de Valérie Donzelli
Emprise. La rencontre entre Blanche Renard (Virginie Efira) et Grégoire Lamoureux (Melvil Poupaud) débouche sur une histoire d’amour intense. À tel point que Blanche décide de tout quitter pour celui qu’elle aime plus que tout. Elle se coupe de sa famille, de ses amis… Mais, peu à peu, la toxicité de Grégoire se fait sentir. Presque imperceptiblement, l’isolement s’installe, et Blanche se retrouve piégée. L’emprise de Grégoire peut alors s’exprimer librement, dans toute sa puissance dévastatrice. Sélectionné à Cannes Première dans le cadre du festival de Cannes 2023, ce film est inspiré du livre d’Éric Reinhardt, L’Amour et les Forêts (Gallimard, 2014). Epaulée par sa coscénariste Audrey Diwan, Valérie Donzelli se focalise sur le portrait de Grégoire, qui bascule de l’homme séduisant au fin manipulateur. L’Amour et les Forêts décrypte brillamment les mécanismes sur lesquels repose la domination.
L’Amour et les Forêts de Valérie Donzelli, avec Virginie Efira, Melvil Poupaud, Dominique Reymond (FRA/1 h 45/2023), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 3 octobre 2023.
Marcel le coquillage (avec ses chaussures), de Dean Fleischer-Camp
Abyme. Séparé du reste de ses semblables, Marcel est un coquillage qui vit seul, en compagnie de sa grand-mère Connie dans une maison louée sur Airbnb. Mais un jour, leur existence est découverte, et filmée, par un réalisateur de documentaire, qui n’est autre que le réalisateur de ce film, Dean Fleischer-Camp. La vidéo rencontre un énorme succès sur les réseaux sociaux et ce bigorneau devient alors une véritable star, suivie par des millions de fans dans le monde. De quoi rendre l’espoir de retrouver sa famille à Marcel. Cette mise en abyme permet de déployer un univers empreint de mélancolie, aussi poétique qu’inventif. Entre stop motion et prises de vues réelles, Marcel le coquillage (avec ses chaussures) est d’une beauté saisissante.
Marcel le coquillage (avec ses chaussures) de Dean Fleischer-Camp, avec Jenny Slate, Dean Fleischer-Camp, Isabella Rossellini (USA/1 h 30/2023), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 17 octobre 2023.
Dernière Nuit à Milan, de Andrea Di Stefano
Diamants. Après Paradise Lost (2014) et The Informer (2019), Andrea Di Stefano signe son troisième film. Cet acteur et réalisateur né à Rome en 1972, propose un excellent thriller, qui met en scène Pierfrancesco Favino dans le rôle d’un policier intègre, Franco Amore. La veille de prendre sa retraite, pour arrondir ses fins de mois, il accepte de travailler pour la mafia chinoise, et d’accompagner un couple porteur de diamants de contrebande. Mais ils sont attaqués, et tout va basculer. À la fois réalisateur et scénariste, Andrea Di Stefano se montre particulièrement habile lorsqu’il s’agit de faire monter la tension, dans un film qui met en scène un homme qui peut perdre en une nuit sa réputation, sa respectabilité, et beaucoup plus encore. Après Le Traître (2019) et Nostalgia (2022), Pierfrancesco Favino assure une réelle tenue à ce polar classique.
Dernière Nuit à Milan de Andrea Di Stefano, avec Pierfrancesco Favino, Linda Caridi, Antonio Gerardi (ITA/2h05/2023), 16,99 euros (DVD), 16,99 euros (Blu-ray). Sortie le 18 octobre 2023.

Boucherie Ovalie, la petite, la grande et la (parfois) très moyenne histoire du XV de France, de la Boucherie Ovalie
« Bordélique ». Ouverte depuis 2009 sous la forme d’un site Internet, la Boucherie Ovalie maltraite avec humour l’actualité du rugby. À l’occasion de la Coupe du monde 2015, un premier livre a été publié [à ce sujet, lire l’interview de Damien Try « Tout ça, c’est juste pour rire », publiée dans Monaco Hebdo n° 938 – NDLR]. Coupe du monde de rugby 2023 en France oblige, la Boucherie publie un deuxième livre, toujours basé sur le même slogan : « La vie est trop courte pour comprendre le rugby, autant en rigoler. » Avec Marie-Alice Yahé et le fameux « Yionel » Beauxis à la préface, ce livre hilarant s’articule, entre autres, autour des femmes et des hommes qui ont marqué le rugby, qu’ils soient joueurs ou membres de la fédération, sans oublier les adversaires du XV de France, bien sûr. « Un ouvrage aussi bordélique et incohérent que leur façon de jouer », explique la Boucherie en ouverture de ce livre. On n’aurait pas dit mieux.
Boucherie Ovalie, la petite, la grande et la (parfois) très moyenne histoire du XV de France de Boucherie Ovalie (Marabout), 288 pages, 35 euros.

Les Aiguilles d’Or, de Michael McDowell
Lutte. Publié en 1980, Les Aiguilles d’Or bénéficie enfin d’une traduction française. Grâce à l’éditeur Monsieur Toussaint Louverture, ce roman bénéficie également d’une couverture très soignée, du plus bel effet. Connu aussi pour être le scénariste des très bons films de Tim Burton que sont Beetlejuice (1988) et L’Etrange Noël de Monsieur Jack (1993), Michael McDowell (1950-1999) nous plonge dans une lutte qui oppose la riche famille des Stallworth aux Shanks, une bande de criminels. Nous sommes à New York, en 1882. Si le dessin des Stallworth semble noble, il n’en est rien : leur lutte factice n’a pour seul but que de soigner leur image. Après la publication de la série Blackwater, les éditions Monsieur Toussaint Louverture vont publier cinq œuvres de Michael McDowell. Vivement la suite.
Les Aiguilles d’Or, de Michael McDowell (Monsieur Toussaint Louverture) traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Szlamowicz, illustrations de Pedro Oyarbide, 520 pages, 12,90 euros. Sortie le 6 octobre 2023.

Ne réveille pas les enfants, d’Ariane Chemin
Mystère. Le 24 mars 2022 une famille française composée de cinq personnes, un couple, leurs deux enfants de 15 et 8 ans et la sœur jumelle de la mère de famille, s’est jetée du septième étage de son balcon, face au lac Léman, à Montreux, en Suisse. Seul un adolescent de 15 ans a survécu. Pourquoi un tel drame ? Dans ce livre passionnant, la journaliste du Monde, Ariane Chemin, tente d’apporter des éléments de réponse à ce mystère. Parmi les victimes, elle s’intéresse particulièrement à deux jumelles qui sont les petites-filles de l’écrivain Mouloud Feraoun (1913-1962), qui a été assassiné par l’OAS en 1962, peu avant que les accords d’Evian, qui ont mis fin à la guerre d’Algérie, ne soient signés. S’il y a soixante ans entre ces deux drames, Ariane Chemin a enquêté pour trouver des liens, et peut-être, un début d’explication. De son côté, la police suisse a conclu à un « suicide collectif ».
Ne réveille pas les enfants, d’Ariane Chemin (Editions du sous-sol), 128 pages, 18,50 euros.

Période Bleue, de Mizumaru Anzai
Passage. Il peut être considéré comme un « vétéran » et pourtant, le travail du Japonais Mizumaru Anzai (1942-2014) est inédit en France et à Monaco. Les éditions Cornélius viennent de réparer cela, en langue française Période Bleue. Pour le situer un peu mieux, à la fois illustrateur, mangaka, essayiste et écrivain, Mizumaru Anzai était un proche d’un autre grand auteur japonais, Haruki Murakami. En 248 pages, Période Bleue rassemble une série d’histoires parues dans les années 1970 dans le magazine Garo. Pour l’essentiel, ces récits courts sont centrés autour du passage de l’enfance à l’âge adulte. Souvent imperceptible, ce moment est incarné par le bleu de ciel de la nuit, ce moment furtif qui intervient juste avant que ne revienne le jour. Entre nostalgie et poésie, Période Bleue est un autre incontournable de cette rentrée 2023.
Période Bleue de Mizumaru Anzai (Cornélius), 248 pages, 24,50 euros.

La méthode Gemini, de Magius
Gangsters. Mike Dioguardi apprend le métier de boucher à New York, du côté de Brooklyn. Mais comme il porte un nom identique à celui du mafieux John Dioguardi, il décide de se laisser tenter par un autre style de vie, plus mouvementé. Il va donc faire croire qu’il est un membre de cette famille, et qu’il peut lui aussi participer aux différents business lucratifs organisés par ces mafieux. Très efficace, il rivalise d’inventivité, ce qui lui permet de gravir rapidement les échelons. Il s’impose notamment grâce à sa technique d’élimination, puisqu’il n’hésite pas à dépecer ceux qui essaient de lui résister. La méthode Gemini raconte l’ascension, et la chute, de Mike au sein du milieu du crime new-yorkais. Inspirée par la trajectoire du gangster italo-américain Roy DeMeo, cette BD imaginée par l’auteur espagnol Magius est captivante, du début à la fin.
La méthode Gemini de Magius (Misma), 220 pages, 25 euros.
Strange Disciple, de Nation of Language
Indispensable. Lancé en 2016 à New York, à Brooklyn, Nation of Language a publié deux albums : Introduction, Presence (2020) et A Way Forward (2021). Le premier single de ce troisième disque, Too Much, Enough pose des bases très électro, teintées de new wave. Le leader et chanteur Ian Devaney, accompagné d’Alex MacKay et d’Aidan Noell, qui est aussi sa compagne, a mis de côté les riffs de guitares froids et désincarnés des deux premiers disques, pour se tourner vers une musique électronique, qui célèbre les premiers singles de Depeche Mode, issus des albums Speak and Spell (1981) et A Broken Frame (1982). Porté par des nappes synthétiques, le titre Sole Obsession et la voix très “80’s” de Ian Devaney est un single évident. Plus lent, mais toujours aussi synthétique, Weak In Your Light, séduit par son épure. Un peu plus loin, Stumbling Still nous rapproche joliment de Joy Division et du Manchester du début des années 1980, faisant de Strange Disciple un disque indispensable pour cette rentrée 2023.
Strange Disciple, Nation of Language (Pias), 15,99 euros (CD), 25,99 euros (vinyle).
Mid Air, de Romy Madley Croft
Solo. Personne n’a oublié les débuts de The XX, un groupe londonien créé en 2005, qui s’était fait remarquer quelques années plus tard avec xx (2009), un superbe premier album construit autour d’un son minimaliste, entre cold wave et électro. En plus de la guitare, Romy Madley Croft se partageait alors le chant avec le bassiste Oliver Sim, pendant que Jamie Smith s’occupait des synthétiseurs et de la boîte à rythmes, et Baria Qureshi du synthétiseur et de la guitare. Depuis un bon moment déjà, Jamie XX et Oliver Sim ont mené à bien leurs projets en solo. Romy Madley Croft a pris son temps, mais à son tour, elle publie Mid Air, un premier album en solitaire qui s’ouvre avec le très joli The Sea. Les onze titres de ce disque sont tournés vers le dancefloor et la musique de club, que Romy Madley Croft fête sans fin. Notamment avec Strong, un morceau construit pour danser encore et toujours. Loin de la mélancolie déployée dans le premier album de The XX.
Mid Air de Romy Madley Croft (Young Turks), 10,99 euros (CD), 22,99 euros (vinyle).
For that beautiful feeling, de The Chemical Brothers
Bombe. Celles et ceux qui pensaient que les Chemical Brothers pouvaient s’être ramollis au fil du temps en sont pour leurs frais. Les auteurs de l’éternel Hey Boy Hey Girl (1999) n’ont rien perdu de leur créativité et de leur amour du dancefloor, même si le duo électro de Manchester composé par Tom Rowlands et Ed Simon se faisait attendre depuis la sortie de leur précédent album, No Geography (2019). Leur dixième disque est une bombe d’énergie, totalement électronique, un disque aussi excitant que totalement festif. En un peu moins de 7 minutes, Feels Like I Am Dreaming fait monter la pression, avant d’exploser et de tout emporter sur son passage, grâce à un imparable sens du rythme. Le titre éponyme, For that beautiful feeling, est tout aussi irrésistible que Feels Like I Am Dreaming. Dans la même lignée, Live Again, est un morceau taillé pour réussir. Et immédiatement.
For that beautiful feeling, The Chemical Brothers (Virgin Records/Universal), 16,99 euros (CD), 46,99 euros (vinyle).



