Finalement, l’usine d’incinération aurait une durée de vie d’« au moins 9 à 10 ans », soit 6 ans de plus que prévu. Les élus ont dénoncé ce revirement du gouvernement, tout en réclamant que l’on prenne le temps nécessaire pour identifier la technologie la plus écologique possible.
Monaco s’est engagé à réduire de 50 % ses émissions de CO2 en 2030, par rapport à 1990. Pour tenir les délais, le gouvernement jugeait qu’il fallait agir rapidement. Et pourtant, à ce jour, rien n’a véritablement été acté. Et, à la surprise des élus, le conseiller-ministre de gouvernement pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, a même annoncé que l’actuelle usine d’incinération aurait une espérance de vie beaucoup plus longue que prévue, pour atteindre « au moins 9 à 10 ans ». Résultat, aucun appel d’offres ne sera lancé avant la fin 2017. Et tout reste envisageable : « L’appel d’offres sera ouvert à toutes les technologies », a assuré Marie-Pierre Gramaglia. « Oublions les quatre années qui viennent de s’écouler, a proposé l’élu Jean-Charles Allavena pour calmer les esprits. Prenons le temps de faire cet appel d’offres. Si c’est nécessaire, laissons les technologies devenir matures. S’il faut attendre deux ou trois ans, attendons. Il s’agit de faire le bon choix, au bon moment. Car n’oublions pas qu’ensuite, on va en prendre pour 30, 40 ou 50 ans… » Tous les élus ont été d’accord : pas question de prendre ce sujet à la légère, au vu des enjeux : « L’usine d’incinération pèse pour 1/3 des émissions de CO2, avec la circulation et le bâti pour les deux autres tiers. Nous devrons travailler sur ces trois sujets en même temps, afin de respecter les accords de Paris que Monaco a signé », a rappelé l’élu Union Monégasque (UM), Jean-Louis Grinda. « Il est urgent de ne pas se presser », a conclu l’élu UM, Bernard Pasquier.
« Plus cher »
Une absence d’urgence immédiate et une situation nouvelle qui ont provoqué l’étonnement et l’agacement d’une partie des élus. A commencer par la Nouvelle Majorité (NM), avec Jean-Michel Cucchi : « On nous a dit que cette usine avait une durée de vie très limitée et qu’il fallait régler très vite ce dossier, qui traîne depuis 2003. Mais aussi qu’à partir de 2019, sans les déchets de la communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf), faire fonctionner notre usine deviendrait compliqué et coûteux. Et qu’il ne serait pas possible de faire traiter nos déchets en dehors de la Principauté. Et aujourd’hui, Mme Gramaglia, vous ne nous dites plus du tout la même chose… Vous nous dites qu’on peut utiliser notre usine pendant 10 ans, sans incinérer les déchets de la Carf… » Le gouvernement s’est retranché derrière une étude qui aurait révélé une durée de vie finalement plus longue pour cette unité de valorisation énergétique (Uvet), malgré un coût d’entretien « plus élevé ». Jusqu’en 2019, Monaco traitera 45 000 tonnes de déchets par an : 30 000 tonnes venues de Monaco et 15 000 issues de la Carf. Après 2019, la Principauté ne traitera plus que ses propres déchets. « Ne traiter que 30 000 tonnes avec notre usine actuelle sera plus cher », a insisté Marie-Pierre Gramaglia. En revanche, la nouvelle usine sera dimensionnée pour ce tonnage réduit, rendu également possible par le déploiement du tri sélectif.
« Souvenir »
« Je ne peux pas croire qu’on s’apercoive de tout ça au bout de deux ans… Il y a un véritable problème de méthode ! », a dénoncé Cucchi, pas convaincu du tout par les explications du gouvernement. Des propos et une position partagée par Grinda, qui a rappelé qu’en 2013, « cette affaire était considérée comme arbitrée et bouclée : il avait été décidé de reconstruire cette usine au même endroit. Nous étions contre, avec l’appui de Thierry Poyet, ainsi que d’autres élus qui se sont ralliés à notre position. » Avec une durée de vie repoussée à 2027, les données du problème ne sont évidemment plus les mêmes. « Quatre ans ou 10 ans, ce n’est plus du tout la même chose, a souligné l’élu NM, Marc Burini. J’ai le souvenir, comme beaucoup d’élus ici, que le gouvernement nous avait parlé d’une durée de vie de seulement 4 ans. » Pour éteindre le début de polémique, le ministre d’Etat a dû intervenir : « On n’a pas en permanence des décisions tranchées. Les technologiques avancent et on regarde ce qu’il est possible de faire, s’est défendu le ministre d’Etat, Serge Telle. Donc votre sentiment qui consiste à penser que l’on vous cache tout, n’est pas juste. On vous informe de tout, même si nos décisions évoluent en fonction du contexte. En arrivant ici, j’ai voulu connaître nos marges de manœuvre. D’où cette étude. Ces 10 années de délais, on va les utiliser pour trouver les meilleurs solutions en termes de localisation et de technique. »
Fermeté
« Si les élus n’avaient pas continué à s’agiter, on aurait aujourd’hui une usine en construction, au même endroit, à Fontvieille, a estimé l’élu Jean-Charles Allavena. Je continue de penser que cette usine serait mieux en dehors de Monaco. Mais, comme votre discours a évolué, je n’en fais pas un dogme. À partir du moment où on prend le temps pour trouver la meilleure technologie et qu’on essaie de l’éloigner de l’école qui est à proximité… » En face, le gouvernement a tenu un discours de fermeté, marqué, selon ses dires, par une impossibilité : « La principale raison qui fait que cette usine va rester à Monaco, c’est que la France n’en veut pas », a répété Marie-Pierre Gramaglia. « Si on écrit au maire de Nice, Christian Estrosi pour lui demander s’il veut construire une usine d’incinération sur la place Masséna, il y a des chances qu’il nous réponde non… Or, c’est, à peu près, le courrier qui a été envoyé par Monaco il y a 6 ou 7 ans, a rétorqué Allavena. En revanche, pour l’usine de l’Ariane, dont on sait qu’elle fonctionne en sous capacité, je pense qu’on peut discuter… » Ce n’est visiblement pas cette option qui a été retenue par le gouvernement, qui a maintenu par l’intermédiaire de Marie-Pierre Gramaglia, que rien n’était possible sur le territoire français. Et que cette future usine serait reconstruite là où elle se trouve, soit « à proximité, à Fontvieille » : « Nous sommes actuellement en train de négocier avec les propriétaires, a raconté le conseiller-ministre pour l’équipement. Un point sera fait avec les élus, en séance privée, d’ici la fin 2017. »



