lundi 16 février 2026
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Rififi au conseil national

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Majorité et opposition s’écharpent sur le climat qui règne au conseil national.

« Deux départs et deux incidents, ça fait beaucoup en un mois ! Et ce n’est pas la faute de la minorité… », souffle Jean-Louis Grinda. Avec les autres élus du groupe parlementaire Union monégasque, Jean-François Robillon et Bernard Pasquier, le directeur de l’opéra vient d’écrire, le 14 avril, un courrier cinglant au président du conseil national (diffusé aux élus et au personnel de l’assemblée) pour s’émouvoir de « dysfonctionnements graves » au sein de l’institution. Selon les 3 parlementaires UM, l’absence de chef de cabinet obligerait les permanents du conseil national « à remplir des tâches de nature politique, ce qui est contraire à leur statut de fonctionnaire ». Comme « rédiger les propositions de loi au nom de la majorité ou encore poser des questions budgétaires, ce qui relève des élus et non pas du secrétariat général ! », indique Robillon pour illustrer cette confusion des genres. Avant d’ajouter : « Les fonctionnaires ne sont pas des larbins ! »
Résultat, « des fonctionnaires dont la performance est au dessus de tout reproche ont quitté l’institution, et de nombreux autres recherchent activement à être mutés ». Même la santé des fonctionnaires serait « affectée ». L’une, recrutée par la nouvelle majorité, a dû être hospitalisée d’urgence pour un burn out tandis qu’un autre, aujourd’hui en arrêt maladie, a été amené à déposer une main courante à la police pour dénoncer des propos peu cléments. Du genre : « Tire-toi, va te branler dans ton bureau et aies les couilles de te bazarder ou de te foutre en dépression… » L’affaire est carrément remontée chez le ministre d’Etat et au palais puisque le fonctionnaire, travaillant pour le secrétariat général du conseil national, a carrément demandé leur protection, tout comme celle de l’association des fonctionnaires monégasques (ADFM). « Ce qui en dit long sur l’état de désarroi dans lequel il se trouve », commente Robillon, qui lâche : « On était obligé de marquer le coup. Ce n’est plus un conseil national mais un service de psychiatrie… »

« Un travail formidable »
La réaction de la majorité ne s’est pas faite attendre. Les élus de la majorité Horizon Monaco ont signé le jour même un communiqué commun pour « dénoncer les méthodes et la stratégie de désinformation systématique qui consiste à salir pour exister et à instrumentaliser à des fins politiques des fonctionnaires du conseil national. » L’opposition chercherait « à tout prix un sujet qui pourrait la faire exister », avancent-ils. Alors qu’au contraire, les élus HM « travaill(ent) en bonne entente avec toutes les équipes du conseil, qui font un travail formidable et sans compter. » La preuve ? « Sur 34 fonctionnaires, en une année, deux seulement ont souhaité partir depuis avril 2013 et ceci malgré le changement de majorité. » Dans leur communiqué, les parlementaires insistent bien sur le fait que « la mobilité professionnelle n’est pas un problème » et que les mouvements au sein de l’hémicycle n’ont pour cause que des raisons personnelles « compréhensibles », liées à des « situations individuelles ». Pour pallier les départs, « le conseil national a recruté deux hauts fonctionnaires qualifiés pour muscler les équipes déjà en place », ajoutent les élus HM. Bref, « attaques personnelles », « acharnement », « indignation »… La majorité s’offusque du comportement « d’une minorité qui n’a toujours pas compris que les Monégasques avaient rejeté non seulement un bilan, pauvre, mais aussi une équipe qui a décrédibilisé notre institution pendant quatre ans. » Ambiance. Même son de cloche chez le président Laurent Nouvion qui annonce qu’« en tant que président du conseil national, (il) n’acceptera jamais l’instrumentalisation à des fins politiques ou politiciennes du personnel. Il faut protéger les hommes et les femmes du conseil national… »

« Bossons ! »
A quelques pâtés de maison de l’assemblée, Patrick Rinaldi, président de l’ADFM saisi par l’un des fonctionnaires, lui, dit ne pas vouloir s’en mêler. Pour le fonctionnaire, qui chapeaute aussi l’UP, il s’agirait d’une « affaire politique très bien orchestrée ». Cela ne l’empêche pas de pousser lui aussi son coup de gueule et de militer pour sa paroisse : « Il n’y aurait pas ces problèmes si nos textes n’étaient pas si obsolètes. Que ce soit au niveau de l’assemblée ou du gouvernement, bossons pour voter la nouvelle loi d’organisation du conseil national mais aussi le nouveau statut des fonctionnaires. Il y a de nombreux problèmes à résoudre », peste-t-il, convaincu qu’il est temps « d’organiser des états généraux sur les fonctionnaires. » C’est dit.

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