jeudi 2 février 2023
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Appel à la sobriété et soutiens financiers : la réponse de l’État face à la crise énergétique

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Le gouvernement princier a dévoilé, mercredi 16 novembre 2022, son plan d’aide aux entreprises et aux particuliers pour faire face à la flambée des prix de l’énergie. Y figure notamment la mise en place d’un bouclier tarifaire à compter du 1er janvier 2023.

Il aura donc fallu attendre la mi-novembre pour que le gouvernement monégasque présente enfin son plan de maîtrise énergétique avec des actions concrètes pour réaliser des économies. Car Monaco n’échappe pas à la crise actuelle et doit aussi se montrer exemplaire. D’autant plus que le pays reste étroitement lié à la France en matière d’énergie, notamment d’électricité, comme l’a rappelé à plusieurs reprises le ministre d’État Pierre Dartout. Rien d’étonnant donc à voir apparaître dans le plan présenté, mercredi 16 novembre, plusieurs mesures déjà en vigueur de l’autre côté de la frontière.

Un bouclier tarifaire à 30 millions d’euros

C’est le cas par exemple du bouclier tarifaire que l’État monégasque a décidé d’appliquer à compter du 1er janvier 2023, pour une durée d’un an. Celui-ci vise à limiter l’augmentation du prix de l’électricité à la fois pour les particuliers et pour les entreprises qu’elles soient petites, moyennes ou grandes. « Cette crise nous oblige à procéder à de nombreuses mesures, avec deux objectifs difficiles à concilier : protéger les résidents et les entreprises pour réduire l’impact de leur facture énergétique, tout en ménageant les finances publiques », a déclaré en préambule le ministre d’État avant de détailler les taux qui seront appliqués en 2023. Pour les particuliers et les petites entreprises (tarif bleu), le taux d’augmentation de l’électricité sera identique à celui de la France, à savoir 15 %. Pour les moyennes et grandes entreprises, ce taux va différer selon leur taille et leur consommation d’énergie. Celles jouissant du tarif jaune bénéficieront ainsi d’un plafonnement à 35 % alors que les tarifs vert, considérés comme les plus gros consommateurs (Société des Bains de Mer, centre hospitalier princesse Grace, administration gouvernementale…), verront un taux de 45 % leur être appliqué. « L’effort est important », estime Pierre Dartout, qui rappelle que l’augmentation du tarif de l’électricité devait être en moyenne de + 75 % pour les particuliers et de + 90 % pour les grandes entreprises, « si les choses restaient en l’état ». C’est-à-dire en l’absence de bouclier tarifaire.

« Nous devons être collectivement conscients des efforts à faire. C’est une situation de crise. Nous ne sommes pas isolés »

Pierre Dartout. Ministre d’État

Pourquoi alors ne pas avoir plafonné la hausse des prix à 15 % pour tout le monde ? « Cela coûterait cher au budget de l’État, et nous devons avoir un dispositif qui doit inciter les entreprises et les institutions, nous compris, à faire des économies », répond Pierre Dartout. Car ce soutien financier réclame tout de même un investissement de 30 millions d’euros à l’État monégasque, qui a pu compter cette année sur l’anticipation de la Société Monégasque de l’Électricité et du Gaz (SMEG) qui est parvenue à sécuriser son approvisionnement en électricité avant l’envolée des prix. « C’est parce que nous avons dû reconstituer nos approvisionnements que nous sommes soumis à l’évolution du marché », explique ainsi la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme Céline Caron-Diagoni.

Mesures de « bon sens »

Ce bouclier tarifaire s’accompagne également d’une série de mesures visant à réduire les consommations d’énergie sur le territoire national. Avec toujours la même ligne directrice : « être contraignant pour l’administration, qui doit faire preuve d’exemplarité, et incitatif pour les entreprises », précise Pierre Dartout. La sobriété énergétique passera donc par une stabilisation de la température du chauffage à 19 degrés, avec une tolérance de deux degrés dans les bâtiments publics, exceptions faites du Centre hospitalier princesse Grace et des écoles, mais aussi par une extinction de l’éclairage des édifices publics et des abribus à partir de 22 heures.

« Cette crise nous oblige à procéder à de nombreuses mesures, avec deux objectifs difficiles à concilier : protéger les résidents et les entreprises pour réduire l’impact de leur facture énergétique, tout en ménageant les finances publiques »

Pierre Dartout. Ministre d’État

Dans le même ordre d’idée, le gouvernement invite également les commerçants à éteindre l’éclairage de leurs enseignes dès 23 heures. Concernant les illuminations de Noël, si les autorités n’entendent pas gâcher la féerie des fêtes, quelques adaptations sont toutefois à prévoir cette année comme l’indique Céline Caron-Dagioni : « Les illuminations sont, pour la plupart, positionnées sur les éclairages publics. Lesquels n’ont pas vocation à être éteints puisqu’ils concourent à la sécurité de la circulation la nuit, souligne la conseillère-ministre. La moitié de ces illuminations vont rester sur les éclairages publics. Pour l’autre (moitié), les décorations ont été équipées d’interrupteurs par la mairie ce qui permettra de les éteindre à partir de 23 heures [à 2 heures du matin les samedis soir – NDLR] ».

« C’est en été que les pics de consommation énergétique sont les plus forts, avec la climatisation. D’où l’intérêt que l’on prenne tous les bons gestes dès à présent, afin d’arriver à porter le nouveau challenge qu’il y a devant nous, qui va être celui de cet été »

Céline Caron-Dagioni. Conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme

Autre décision symbolique, la mise en lumière de la ville a été reportée au 2 décembre prochain, soit quinze jours après la date initialement prévue pour l’inauguration. Une dérogation a enfin été accordée à la SBM qui pourra illuminer la façade du casino les 24 et 31 décembre 2022, jusqu’à 2 heures du matin. En revanche, les résidents de la principauté devront cette année se passer de patinoire jugée trop énergivore, tout comme l’animation « chemin de glace » que la SBM avait imaginée pour cet hiver. Les deux seront exceptionnellement remplacés par des pistes de rollers. « Nous devons être collectivement conscients des efforts à faire. C’est une situation de crise. Nous ne sommes pas isolés », a justifié Pierre Dartout avant de laisser la parole à sa conseillère-ministre qui a égrené quelques mesures de « bons sens » comme éteindre la lumière des pièces inoccupées et en moduler la climatisation et le chauffage, renoncer aux radiateurs d’appoint, ne pas chauffer ou refroidir des espaces ouverts (terrasses, espaces de vente…), éteindre les appareils en veille, favoriser la mobilité douce ou encore acheter du matériel sobre en énergie (LED, radiateurs à inertie certifiés NF, fenêtres double vitrage…). Mis bout à bout, ces « petits » gestes permettent de faire des économies « non négligeables » assurent le ministre d’État et sa conseillère-ministre, sans toutefois fixer d’objectifs à atteindre en termes de consommation énergétique. Citant l’adage selon lequel « les petits ruisseaux font les grandes rivières », les deux membres du gouvernement ont finalement conclu leur intervention en appelant chacune et chacun à une responsabilité de long terme. « N’oublions pas que dans un pays méditerranéen comme le nôtre, nous bénéficions souvent de conditions plutôt favorables en hiver. Les habitudes doivent être prises maintenant, car c’est en été que les pics de consommation énergétique sont les plus forts, avec la climatisation, prévient Céline Caron-Dagioni. D’où l’intérêt que l’on prenne tous les bons gestes dès à présent, afin d’arriver à porter le nouveau challenge qu’il y a devant nous, qui va être celui de cet été ».

Mobilité : gratuité des bus, stop ou encore ?

Parmi les mesures présentées pour réduire la consommation d’énergie sur le territoire national, le gouvernement princier a réitéré, mercredi 16 novembre 2022, son appel à favoriser la mobilité douce. Et à privilégier, notamment, les déplacements en bus pour lesquels une gratuité a été instaurée depuis le 3 octobre 2022 [à ce sujet, lire notre article Monaco expérimente le bus gratuit publié dans Monaco Hebdo n° 1256 — NDLR]. Mais, un mois après son application, le bilan semble plutôt mitigé. Si une augmentation de la fréquentation a bien été constatée dans les bus de la Compagnie des autobus de Monaco (CAM), l’impact de cette mesure sur le trafic automobile en principauté serait, en revanche, nul d’après la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme Céline Caron-Dagioni : « Les premiers indicateurs nous montrent qu’il n’y a pas de baisse du trafic routier. Mais le test est toujours en cours, et il ne faut pas mener de conclusions trop hâtives. Pour l’instant, on a plutôt tendance à constater un report modal du piéton opportuniste qui entre dans le bus, parfois juste pour un arrêt. Il faut aller au bout du test, et notamment croiser ces données avec les entrées et les sorties de parkings, que nous n’avons pas encore à ce stade ». Ardemment réclamée par les élus du Conseil national, cette gratuité des bus va-t-elle alors être prolongée au-delà du 27 novembre 2022, date à laquelle elle est censée s’arrêter ? « Nous n’avons pas encore pris de décision à ce sujet », a répondu le ministre d’État Pierre Dartout, précisant « être en contact avec le Conseil national » pour décider de la suite à donner à cette expérimentation.

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