dimanche 14 août 2022
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Nouvelle usine de traitement des déchets : une si longue attente

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Le projet de construction d’une nouvelle usine de traitement des déchets est évoqué à Monaco depuis le début des années 2000. Monaco Hebdo revient sur les différents épisodes d’un dossier qui a souvent provoqué l’agacement des élus du Conseil national.

« À terme, va-t-on remplacer l’incinérateur ou externaliser le traitement des déchets et restructurer cette grosse zone de bureaux ? Le four arrive en fin de vie en 2020. Nous avons remis tout aux normes en 2007-2008. Maintenant l’étape suivante, c’est se demander ce que l’on fait demain. Nous avons 5 ans pour prendre une décision. » Interrogé par Monaco Hebdo en septembre 2011, le président du Conseil national de l’époque, Jean-François Robillon, s’interrogeait. Il ignorait qu’il faudrait attendre plus de dix ans pour qu’une décision autour de ce dossier sensible ne soit définitivement entérinée. Inauguré en 1980, cet incinérateur qui traite environ 54 000 tonnes de déchets par an, ainsi que 16 000 tonnes venues de communes de la Communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF), est le troisième à fonctionner en principauté. La toute première usine thermique de traitement des déchets est lancée en 1898. Elle est suivie par une deuxième, construite en 1938. Quant à la réflexion autour d’une nouvelle usine à Monaco ou d’une externalisation en France, elle remonte au début des années 2000. Mais c’est surtout sur la période 2012-2022 que les discussions, parfois musclées, se sont intensifiées.

Michel Roger
Michel Roger Photo © Direction de la communication

« J’ai proposé au conseil national d’organiser un débat d’orientation sur ce sujet à l’été 2012 pour qu’une décision soit prise à la fin de l’année »

Michel Roger. Ministre d’État. Janvier 2012

2012

En janvier 2012, le ministre d’État, Michel Roger, explique à Monaco Hebdo qu’il n’a pas tranché. Reconstruire l’usine d’incinération en principauté ou externaliser le traitement des déchets, il voit dans ces deux scénarios des avantages et des inconvénients : « Il y a des arguments pour et contre le maintien de l’usine en principauté. En faveur de sa délocalisation, il pèse sur l’usine le risque, qu’un jour, les normes interdisent les incinérateurs en ville, mais aussi le fait que l’on manque de place. À l’inverse, en cas d’externalisation du traitement des déchets, cela pose un problème de sécurité nationale : un jour on peut avoir un problème pour exporter ces déchets en cas de grève ou d’autres facteurs externes. Le gouvernement n’a pas de position arrêtée. » Du coup, le gouvernement indique alors qu’il étudie la possibilité de reconstruire une usine sur place, tout en discutant dans le même temps avec les responsables français des collectivités voisines, et notamment le maire Les Républicains (LR) de Nice, Christian Estrosi, et celui qui préside le département des Alpes-Maritimes entre 2008 et 2017, le député LR, Eric Ciotti. « J’ai proposé au Conseil national d’organiser un débat d’orientation sur ce sujet à l’été 2012 pour qu’une décision soit prise à la fin de l’année. La concession avec la Société monégasque de l’électricité et du gaz (SMEG) arrive en effet à terme en 2015 », ajoute alors Michel Roger. Le 15 décembre 2011, à l’occasion du vote du budget primitif 2012, ce dossier revient dans les débats. L’élu Christophe Spiliotis-Saquet se dit alors en faveur d’« une remise aux normes draconiennes du site actuel », tout en jugeant « inenvisageable » la possibilité que des camions remplis d’ordures monégasques puissent quitter le pays. « S’il y a une grève des transporteurs, il n’y aura pas de ramassage des ordures. On se retrouvera avec des petits animaux qui courent partout », lance ce conseiller national, redoutant une invasion de rats dans les rues de la principauté. De son côté, l’élu Bernard Marquet, s’inquiète de savoir comment chauffer et refroidir Fontvieille si l’usine d’incinération est délocalisée. « Soit le gaz naturel, soit l’énergie électrique », répond Marie-Pierre Gramaglia, conseiller de gouvernement pour l’équipement. À l’occasion du vote du budget rectificatif 2012, en octobre 2012, le scénario d’une délocalisation de cette usine d’incinération est en perte de vitesse. « Nos interlocuteurs français, tant au plan local que national, nous ont fait savoir qu’ils n’avaient pas besoin d’un complément d’usine d’incinération dans le territoire de la métropole de Nice. Aujourd’hui, le maire de Nice, Christian Estrosi, et le préfet, ont donc dit « non ». Les besoins de la métropole étant couverts par l’usine déjà existante. Ils n’en veulent pas d’une nouvelle », explique le ministre d’État, Michel Roger, tout en glissant que ce refus serait sans doute motivé par des raisons plus « politiques ». Mais cette piste n’est pourtant pas totalement abandonnée. Le ministre d’État souligne que les discussions se poursuivent avec les autorités françaises. Toujours en octobre 2012, à un peu plus de quatre mois des élections nationales au Conseil national, la campagne bat son plein. À cette occasion, la liste Horizon Monaco (HM), pilotée par Laurent Nouvion, multiplie les réunions publiques dans tous les quartiers de la principauté. « D’après les informations que nous avons, tant gouvernementales que techniques, il semble très difficile que la France accepte de la délocaliser dans une commune limitrophe. Aujourd’hui, il y a donc 80 % de probabilité qu’elle reste in situ », assure Laurent Nouvion, tout en précisant avoir toujours été partisan de la délocalisation de cette usine. Un mois plus tard, en novembre 2012, à l’occasion d’une interview accordée à Monaco Hebdo, la tête de liste de Union Monégasque (UM), Jean-François Robillon, revient sur ce choix qui divise : « Veut-on externaliser le traitement de nos déchets ? Et surtout est-il possible de trouver une solution alternative à l’incinération ? Si l’on peut externaliser le traitement de nos déchets avec un partenariat avec les communes limitrophes, il est intéressant de récupérer les 1 000 m2 de surfaces. Avec l’opération Pasteur, on aura alors des infrastructures, un hôtel, des bureaux, dans cette zone que l’on peut prolonger. » Avant d’ajouter : « Selon moi, il ne faut pas rater l’opportunité qui s’offre à nous. Sinon on repart pour 30 ans de génération de mâchefers [résidus issus de l’incinération des ordures ménagères, mais aussi de la combustion du charbon — NDLR]. D’autant que si Monaco conserve l’incinération, il faudra investir 100 millions d’euros pour reconstruire l’usine, en 2018. En revanche, si la principauté co-finance un centre de valorisation des déchets, il n’y aurait qu’entre 20 et 40 millions d’euros à injecter… Une décision doit être prise début 2013. » En décembre 2012, toujours dans les colonnes de Monaco Hebdo, Laurent Nouvion revient sur cet épineux dossier : « C’est moi qui aie lancé le débat il y a cinq ans. J’étais partisan de délocaliser l’usine, car je n’avais pas accès au dossier. Raser gratis, c’est toujours ce qui est le plus séduisant. Depuis, avec une étude du conseiller Gramaglia, on s’est rendu compte qu’aujourd’hui les normes européennes ne sont pas en notre faveur, le département pose des problèmes, la région n’est pas d’accord… Je me suis donc résolu à accepter le fait que l’usine reste à Monaco. » Ce qui est sûr, c’est que ce sujet va devenir l’un des enjeux de la mandature 2013-2018 du Conseil national. Lors du vote du budget primitif 2013, le rapporteur de la commission des finances, Alexandre Bordero, juge que « le débat ne doit pas porter sur la suppression d’un site de gestion des déchets en principauté, mais sur le choix de traitement retenu, c’est-à-dire l’incinération. La véritable question serait donc la suivante : n’existe-t-il pas une solution alternative à l’incinération, tout en conservant un instrument de valorisation des déchets en principauté ? Aussi, ne s’agit-il pas d’exporter nos mâchefers, car il a été démontré que ces déchets sont extrêmement difficiles à valoriser ».

2013

En janvier 2013, c’est encore devant les élus du Conseil national, que ce sujet ressurgit. Une étude est alors commandée à un cabinet, le cabinet Merlin, concernant les avantages et les inconvénients d’une conservation de l’incinérateur en principauté. Ce document traite aussi de la question des autres techniques de traitement des déchets : enfouissement, méthanisation, thermolyse, pyrolyse… En parallèle, le gouvernement poursuit ses échanges avec les autorités françaises, afin d’envisager « des solutions alternatives à l’incinération sur le département des Alpes-Maritimes », selon le ministre d’État, Michel Roger, qui explique attendre une réponse du préfet « a priori » en janvier. Quant à la décision sur l’avenir de cette usine, elle est repoussée à « après le premier semestre 2013 », donc juste après les élections nationales au Conseil national. Dans la foulée, on apprend que l’usine du Vaucluse qui traitait les mâchefers monégasques, refuse de continuer à le faire, ce qui implique la recherche d’une nouvelle solution. En juin 2013, dans un communiqué de presse, le parti politique Synergie Monégasque (SM), une composante de la majorité parlementaire HM, lance une proposition originale : construire « une plateforme en mer, au large de Monaco, sur laquelle serait implanté l’incinérateur, tout en imposant des normes rigoureuses. Techniquement, cela est possible, même à une profondeur de 50 mètres ». Ce qui nécessiterait de « calculer son emplacement pour qu’elle puisse à terme s’intégrer dans la zone où pourrait se réaliser plus tard, Fontvieille II », et d’étudier des « solutions techniques les moins onéreuses et les moins polluantes pour transférer les déchets à traiter et ceux triés (mâchefer…) ainsi que les résidus, soit par barges, soit par des galeries sous-marines (pneumatiques, tapis roulants…) ou autre solution ». En octobre 2013, pendant le vote du budget rectificatif 2013, Marie-Pierre Gramaglia, conseillère-ministre de gouvernement pour l’environnement, l’équipement et l’urbanisme, indique que « le dossier est prêt ». Avant d’ajouter : « Nous avons cherché un accord avec la France, et avons reçu une fin de non-recevoir. La seule solution est de requalifier l’usine actuelle. » Elle précise également que la solution de l’incinération sera finalement conservée, et qu’un appel d’offres sera lancé prochainement.

En janvier 2012, le ministre d’État, Michel Roger, explique à Monaco Hebdo qu’il n’a pas tranché. Reconstruire l’usine d’incinération en principauté ou externaliser le traitement des déchets, il voit dans ces deux scénarios des avantages et des inconvénients

2014

Le 18 juillet 2014, l’avenir de l’usine d’incinération semble définitivement tranché. Cet avenir reste sur le territoire monégasque, sur le site où elle a été construite, puis inaugurée il y a aujourd’hui 42 ans. Lors d’une conférence de presse, le gouvernement monégasque annonce et justifie cette décision « pour des raisons techniques, juridiques, et politiques ». Le ministre d’État, Michel Roger, brandit l’argument du droit international : « Monaco est signataire de la convention de Bâle. Celle-ci prévoit qu’un pays est en droit d’exporter ses déchets dans un autre pays que s’il n’est pas en capacité de les traiter lui-même. Or, à Monaco, nous les traitons depuis 50 ans. » Second argument, déjà évoqué, celui de la souveraineté nationale de la principauté : « On ne peut pas confier à la France, même si c’est un pays ami, le soin de traiter nos déchets. Monaco ne peut pas être à la merci d’une panne de l’usine, d’une grève, ou d’un blocage de route. Envoyer nos déchets en France impliquerait, de surcroît, une noria de camions tous les jours, s’ajoutant à la circulation, qui est déjà très difficile », ajoute le ministre d’État. Dernière possibilité, brièvement évoquée par SM en 2013 : la possibilité de construire une usine d’incinération en mer. Cette idée est aussi balayée par Marie-Pierre Gramaglia, qui rappelle que Monaco a signé l’article 7 du protocole immersion de la convention de Barcelone, qui précise que « l’incinération en mer est interdite ». Il faut donc lancer un appel d’offres, comme le confirme Marie-Pierre Gramaglia : « La technique la plus efficace et la plus respectueuse de l’environnement sera choisie. Il semblerait toutefois que la technique de l’incinération soit la plus raisonnable en principauté. Mais nous ne sommes pas fermés sur le sujet. » La durée des travaux est alors estimée à 36 mois, avec une fermeture totale de l’usine pendant 6 mois. Ce qui implique donc le traitement des déchets en France, pendant cette période. Mais ce choix ne fait pas que des heureux. Lors d’une conférence de presse, l’opposition UM estime que le débat a été « confisqué ». L’élu UM, Bernard Pasquier, estime alors que sur « le plan financier, c’est d’une bêtise totale. On est en train de balancer les mètres carrés qu’on a pour des ordures ! ».

« Nos interlocuteurs français, tant au plan local que national, nous ont fait savoir qu’ils n’avaient pas besoin d’un complément d’usine d’incinération dans le territoire de la métropole de Nice. Aujourd’hui, le maire de Nice, Christian Estrosi, et le préfet, ont donc dit « non » »

Michel Roger. Ministre d’État. Octobre 2012

2015

En juillet 2015, UM n’a pas changé d’avis. Le président de la commission environnement et cadre de vie, l’élu d’opposition Jean-Louis Grinda, est très clair : « Nous pensons qu’il est déraisonnable de continuer à produire du C02 au XXIème siècle, en centre-ville, et à proximité du collège Charles III […]. C’est inacceptable. Brûler des poubelles en centre-ville… Il y a tout de même plus vendeur en termes d’image ! Surtout pour un pays qui se revendique en pointe en matière d’environnement. L’incinération n’est pas une solution d’avenir. J’aurais préféré exporter ces déchets à Nice Est, d’autant plus que l’on aurait ainsi libéré des m2 essentiels à notre développement économique. » Avant d’ajouter : « Sur la localisation du traitement des déchets, le gouvernement a maintenu sa position. Je considère que c’est une erreur historique ! Par contre, nous avons obtenu, secondés par quelques collègues de la majorité HM, que l’appel d’offres soit ouvert à toutes les technologies, les plus récentes et les plus écologiques. Nous avons été entendus, sur ce point. Mais nous restons extrêmement vigilants quant au respect de cet engagement. Je ne désespère donc pas que le bon sens l’emporte contre le conformisme le plus paresseux. » Questionnée par Monaco Hebdo en décembre 2015, Marie-Pierre Gramaglia fait un point d’étape. Expliquant que les réflexions en cours concernent « les installations techniques de traitement des déchets et la définition d’un nouveau mode de gestion au regard de critères environnementaux », elle rappelle que les « choix techniques devraient conditionner les émissions de gaz à effet de serre de ce secteur pour les 30 ans à venir. À terme, une optimisation de la qualité et de la quantité des déchets incinérés permettra d’atteindre les objectifs fixés, en renforçant le tri et en éliminant « à la source » le carbone fossile dans les déchets. Le dossier de consultation en vue de l’appel d’offres qui sera lancé en 2016 est en cours d’élaboration. »

2016

Le 19 octobre 2016, à l’occasion d’une conférence de presse des élus UM, la rénovation de l’usine d’incinération, alors estimée à 110 millions d’euros [aujourd’hui, le coût estimé est de 350 millions d’euros — NDLR], pousse Jean-Louis Grinda à réagir. Pour cet élu, lancer un tel projet « à côté d’un collège, à 200 mètres du nouvel hôpital, et qui sera inaugurée par le prince Albert, le chantre de l’écologie, c’est l’idée la plus stupide au monde ! […] On arrête l’usine d’incinération en ville, qui est une absurdité au XXIème siècle, on traite à l’extérieur, ce qui coûte moins cher, et on récupère le foncier. Pourquoi maintenir une usine à Monaco, alors qu’il existe de meilleures solutions ailleurs ? ». En mars 2016, dans une interview accordée à Monaco Hebdo, le président HM de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses, Thierry Poyet, remet en cause les arguments avancés par le gouvernement, en faveur de la reconstruction en principauté de cette usine d’incinération : « Quand on nous dit que la convention de Bâle nous interdit d’exporter nos déchets, alors comment se fait-il que nous arrivons à importer des déchets des communes limitrophes ? ». Quant à l’appel d’offres, cet élu s’interroge : « Est-ce que cet appel d’offres va concerner la technologie de traitement ou l’intégration de l’usine dans l’environnement urbain, avec la création de surfaces de bureaux, de commerce ? Parce qu’il y a des bureaux au-dessus de notre usine d’incinération. » Revenant sur la situation géographique de la future usine, Thierry Poyet se demande « pourquoi serait-il techniquement impossible de déplacer cette usine ? On a bien étudié cette option pour notre futur hôpital… Pourquoi ne pas envisager d’enfouir cette usine ? ». Et si enfouir l’usine d’incinération supposerait aussi pour l’État monégasque de dépenser encore plus d’argent, le président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses estime pour sa part qu’« enfouir l’usine permettrait aussi de libérer de la surface au sol. Or, ces m2 sont valorisés à combien ? Ces m2 ne peuvent-ils pas rapporter de l’argent, à leur tour ? Étant donné que nos budgets sont excédentaires, ne faudrait-il pas accepter de dépenser un peu plus d’argent, pour une usine qu’on va garder 50 ans ? ». Mais le gouvernement monégasque garde le cap. Lors d’une conférence de presse le 9 septembre 2016, le ministre d’État, Serge Telle, assure que son gouvernement « avance vers une décision définitive », et que les discussions se poursuivent avec les élus du Conseil national. « On continuera d’avoir un traitement des déchets en principauté. De l’incinération aussi, probablement », assure Serge Telle. Sur le plan écologique, en octobre 2016, au Conseil national, en marge du vote à l’unanimité du projet de loi approuvant la ratification de l’accord de Paris sur le climat, adopté le 12 décembre 2015 à Paris, le gouvernement monégasque précise que la construction de cette nouvelle usine d’incinération devrait permettre d’obtenir une diminution de l’ordre de 10 000 à 14 000 tonnes d’équivalent CO2.

Serge Telle
Serge Telle Photo © Manuel Vitali / Direction de la communication

« Si on reconstruit l’usine d’incinération à Monaco, les fumées qui sortiront de cette usine seront équivalentes à l’air que l’on respire dans les Alpes-de-Haute-Provence. On travaille vraiment sur quelque chose qui sera une première mondiale »

Serge Telle. Ministre d’État. Mars 2017

2017

Chez les élus UM, on continue de penser que le choix de l’incinération en ville est « une grande erreur, lourde de conséquences à plus d’un titre ». C’est ce que dit en février 2017 le conseiller national Jean-Louis Grinda, en rappelant que « la principauté incinère actuellement, et depuis des années, 17 000 tonnes en provenance des communes limitrophes, pour la simple raison que nous ne produisons pas assez de déchets pour faire fonctionner nos incinérateurs ». En mars 2017, le ministre d’État, Serge Telle reçoit Monaco Hebdo pour une longue interview, dans laquelle il évoque ce dossier. « On souhaite avoir en principauté la meilleure technologie possible pour le traitement de nos déchets. Monaco doit être pionnier sur la création d’une usine de valorisation des déchets en ville. On doit être à la pointe de ce qu’il se fait de mieux, au niveau mondial », explique Serge Telle, en indiquant étudier plusieurs scénarios : « L’une des pistes consiste à ne plus prendre en principauté une partie des déchets qui viennent des communes limitrophes. » Affirmant que la décision de reconstruire l’usine à Monaco « n’est pas complètement arrêtée », le ministre d’État se veut rassurant quant à ses rejets : « Si on reconstruit l’usine d’incinération à Monaco, les fumées qui sortiront de cette usine seront équivalentes à l’air que l’on respire dans les Alpes-de-Haute-Provence. On travaille vraiment sur quelque chose qui sera une première mondiale. Nous sommes en train de finaliser le cahier des charges et on présentera tout ça au Conseil national dans les mois qui viennent. » Serge Telle évoque aussi des discussions avec la France et avec la CARF pour mettre en place « un petit centre commun de valorisation des déchets organiques, quelque part, dans la région. Ce qui nous permettrait d’externaliser une partie de nos déchets ». Espéré en 2016, le lancement de l’appel d’offres pour cette usine d’incinération est alors retardé, indique le ministre d’État : « Il sera lancé d’ici deux ou trois ans. Des audits réalisés sur notre usine de traitement montrent qu’elle a tranquillement une dizaine d’années de vie devant elle. Du coup, on n’a pas le couteau sous la gorge. » Le 7 mars 2017, lors d’une conférence de presse, la conseillère-ministre pour l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia, confirme que l’usine sera bien reconstruite en principauté. Et elle avance le calendrier suivant : « L’appel d’offres sera lancé avant la fin de l’année 2017. Les postulants auront 6 mois pour y répondre. Et la décision sera prise en 2018. On choisira la technologie la plus efficiente, et la plus protectrice de l’environnement. » Estimant être placés « devant le fait accompli », les conseillers nationaux UM, Nouvelle Majorité (NM) et Renaissance expriment leur colère. Le 6 avril 2017, Christophe Steiner est facilement reconduit à la présidence du Conseil national. Dans l’hémicycle, cette séance publique est aussi l’occasion pour les élus de revenir sur ce qu’ils estiment être un « couac de communication » autour de l’usine d’incinération. « Le jeudi, la « décision n’est pas complètement arrêtée », et le mercredi suivant, elle l’est, d’après le journal ! Le Conseil national serait-il pris pour une bille ? », s’est demandé le doyen et élu NM, Daniel Boéri. En novembre 2017, la campagne électorale pour le scrutin de février 2018 bat son plein. Lors d’une conférence de presse, UM prend acte que la nouvelle usine d’incinération sera finalement bien reconstruite à Fontvieille. Du coup, ce groupe politique demande au gouvernement de « lancer une vraie révolution technologique du traitement des déchets, en finançant largement une recherche scientifique dédiée, permettant, à terme, d’abandonner l’incinération au profit de méthodes moins impactantes, en terme environnemental ». Quant à la problématique de la pollution et des rejets, les élus UM se disent sceptiques, notamment suite aux propos tenus par Serge Telle en mars 2017 : « Dire qu’autour de l’usine d’incinération l’air est aussi pur que dans les Alpes… On nous prend pour des débiles mentaux ! », lance alors Jean-Louis Grinda, à l’occasion d’une réunion publique, le 2 novembre 2017.

2018

À moins d’un mois de l’élection nationale du 11 février 2018, Béatrice Fresko-Rolfo, tête de liste HM, estime qu’il est « tentant d’aller brûler chez les autres. Mais nous souhaitons que cette usine d’incinération soit reconstruite là où elle se trouve, à Fontvieille », tout en souhaitant « qu’elle fonctionne avec les technologies les plus récentes, des technologies propres. Des solutions existent. N’oublions pas que cette usine produit le chauffage pour tout un quartier. Notre autonomie en matière de gestion de déchets n’est pas négociable ». Du coup, HM milite publiquement pour « le lancement d’un appel d’offres pour une nouvelle usine de valorisation des déchets à la pointe des technologies environnementales, moins polluante ». Le 17 janvier 2018, à l’occasion de son premier meeting de campagne, HM insiste et rappelle la proposition du groupe au Conseil national de délocaliser l’usine d’incinération en France, ou bien de lancer une « véritable recherche de traitement technologique » en la matière. À 17 jours des élections nationales, Monaco Hebdo lance alors une série d’interviews avec les trois têtes de liste engagées dans cette course. À cette occasion, Jean-Louis Grinda dresse un rapide historique de ce dossier : « En 2013, le gouvernement a dit que toutes les technologies avaient été passées en revue et que la durée de vie de notre usine était de deux ans. En 2017, on nous a annoncé que, finalement, cette durée de vie était de 10 ans. On a gagné 13 ans : c’est l’anti-âge sur l’usine d’incinération, c’est magnifique ! Bref, je connais la teneur des réponses du gouvernement sur les sujets qui les embarrassent. » Huit mois après la large victoire de la liste Priorité Monaco (Primo !), en octobre 2018, en séance publique, à l’occasion du vote du chapitre « grands travaux » du budget rectificatif 2018, le président de la commission environnement et qualité de vie, Fabrice Notari, demande au gouvernement d’opter « pour une usine modèle ». Cet élu prend en exemple San Francisco. Cette ville américaine se fixait alors pour objectif d’atteindre le « zéro déchet » d’ici 2020 : « Monaco pourrait s’en inspirer. » Le gouvernement profite de cette occasion pour donner un nouvel horizon à ce dossier. La conseillère-ministre pour l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia, indique que « l’appel d’offres sera lancé début 2020. La technologie n’est pas arrêtée. Nous devons affiner la nouvelle implantation dans l’îlot Charles III. Cette usine de valorisation se situera à l’entrée de ville. Il faut un urbanisme soigné. » Marie-Pierre Gramaglia évoque aussi des études de la SMEG, qui montrent qu’il faudrait 30 millions d’euros pour entretenir l’usine existante, afin de pouvoir l’utiliser jusqu’en 2025. « Notre planning, c’est 2026 pour l’usine de traitement des déchets », ajoute la conseillère-ministre. « C’est une idée que je porte depuis plusieurs années. Je suis plus préoccupé par la technologie, que par l’emplacement. C’est un sujet qui devait être bouclé en deux ans en 2013 et qui se retrouve repoussé de 12 ans. C’est pour le mieux dans ce dossier », glisse alors Jean-Louis Grinda. Du côté du nouveau président du Conseil national, le positionnement est le même : « Le gouvernement doit tout faire pour obtenir une technologie des plus modernes, et éviter l’incinération, si cela est possible », lance Stéphane Valeri.

En novembre 2017, UM demande au gouvernement de « lancer une vraie révolution technologique du traitement des déchets, en finançant largement une recherche scientifique dédiée, permettant, à terme, d’abandonner l’incinération au profit de méthodes moins impactantes, en terme environnemental »

2019

En février 2019, le seul élu UM de la mandature 2018-2023, Jean-Louis Grinda, répète une nouvelle fois son souhait de voir émerger un projet novateur pour cette usine d’incinération : « Je me bats pour que l’incinération soit exclue au profit d’un autre système. Recréons un système extraordinaire, en mettant sur la table l’argent nécessaire pour le faire. On a les moyens, donc faisons-le. Faisons un projet pilote, soyons audacieux. Il faut partir de la réalité, pour aller vers un idéal. L’idéal, c’est de ne plus incinérer en principauté. Car je ne sais pas comment on va faire pour respecter les engagements de la COP21. » Alors que Stéphane Valeri s’apprête à être réélu à la présidence du Conseil national le 3 avril 2019, il s’exprime pendant une conférence de presse pour indiquer que « le 12 mars dernier, le gouvernement a lancé un appel d’offres pour trouver une technologie innovante et respectueuse de l’environnement pour ce futur centre de valorisation des déchets. » Satisfait que l’ensemble des technologies disponibles soient étudiées par le gouvernement, Stéphane Valeri affirme que ce sera la technique la moins polluante qui sera retenue : « Et cela peut ne pas être l’incinération. » Satisfaits des annonces faites par le gouvernement, la confiance prédomine : « La nouvelle usine devrait être livrée d’ici 2026. Les travaux de construction débuteront en 2022. Nous estimons que les dates avancées sont crédibles, et que le calendrier devrait être respecté. Nous voudrions aller encore plus vite, bien sûr, pour nous débarrasser aussi vite que possible de l’usine d’incinération actuelle. » Mais l’appel d’offres lancé en 2019 ne débouche sur rien. Les trois entreprises en compétition n’ont pas été en mesure de présenter des projets capables de convaincre le gouvernement monégasque. « L’appel d’offres a été infructueux, car, lorsqu’il a fallu concrétiser les offres de ces trois entreprises, on s’est aperçu qu’elles n’étaient pas assez fiables. Il faut donc être courageux, et se dire que si ça ne paraît pas solide, il vaut mieux faire un pas en arrière, et se poser les bonnes questions », expliquera en avril 2022 à Monaco Hebdo Céline Caron-Dagioni, conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme.

jean louis grinda
« Dire qu’autour de l’usine d’incinération l’air est aussi pur que dans les Alpes… On nous prend pour des débiles mentaux ! », lance alors Jean-Louis Grinda, à l’occasion d’une réunion publique, le 2 novembre 2017. Photo © Direction de la Communication

L’appel d’offres lancé en 2019 ne débouche sur rien. Les trois entreprises en compétition n’ont pas été en mesure de présenter des projets capables de convaincre le gouvernement monégasque

2020

Le 15 décembre 2020, à l’occasion de la troisième séance publique dédiée à l’étude du budget primitif 2021, la conseillère-ministre de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, évoque cet appel d’offres infructueux : « On avait retenu trois entreprises. Une japonaise, très prometteuse, qui s’est malheureusement désistée à cause du Covid-19. La deuxième entreprise était une sorte de brique technologique qu’on pouvait mettre en supplément d’un système de traitement des déchets, mais qui ne suffisait pas, à elle-même, à assurer le traitement des déchets. Enfin, le dossier de la dernière entreprise ne nous a pas paru complet et suffisant au fur et à mesure des discussions avec elle. » Avant d’ajouter : « Nous sommes maintenant à la recherche d’une solution qui conviendrait parfaitement à la principauté, car on ne peut pas se tromper de technologie. On a pu voir, pendant un an, que finalement, il n’y a pas tant de nouvelles technologies fiables qui pourraient être tentées sur notre territoire. » Lors de cette soirée, Marie-Pierre Gramaglia et le ministre d’État, Pierre Dartout, soulignent que « la France n’a jamais voulu accueillir nos déchets. On a fait plusieurs tentatives, mais on a eu une fin de non-recevoir », tout en indiquant que les usines de traitement des déchets des Alpes-Maritimes et du Var seraient, de toute façon, saturées. « C’est un des grands sujets des prochaines années. C’est un grand défi pour Monaco d’arriver à avoir enfin une usine moderne. Et, si possible, qui évite l’incinération », répond le président du Conseil national, Stéphane Valeri. Quarante-huit heures plus tard, alors que le budget primitif 2021 accuse un déficit de 114,5 millions d’euros, il est voté à l’unanimité des élus présents, le 17 décembre 2020. C’est aussi à cette occasion que l’élu UM, Jean-Louis Grinda, se laisse aller à quelques regrets concernant le traitement des déchets monégasques : « Je ne peux que reconnaître que demander de brûler nos poubelles ne puisse pas enthousiasmer les autorités françaises. Si nous leur avions proposé un véritable partenariat gagnant-gagnant, nous aurions pu avancer dans cette affaire. Mais je crains aujourd’hui qu’il n’en soit plus encore temps. »

« Il semblerait qu’on ait recommencé complètement à zéro sur cette usine dont on parle depuis quinze ans. On ne peut plus attendre. Lancez ce projet au plus tôt, s’il vous plaît »

Guillaume Rose. Élu de la majorité Primo !. Le 12 octobre 2021
Stéphane Valeri pierre dartout
« Le gouvernement doit tout faire pour obtenir une technologie des plus modernes, et éviter l’incinération, si cela est possible. » Stéphane Valeri. Président du Conseil national. Octobre 2018. Photo © Conseil National

Finalement, la commission plénière d’étude du 22 novembre 2021, qui accueille la SMEG et la SMA, convainc les conseillers nationaux. Le projet qui leur est présenté s’appelle « Symbiose », et il séduit largement 

2021

Le 12 octobre 2021, pendant l’étude du budget rectificatif 2021, les élus du Conseil national ont une nouvelle fois manifesté leur mécontentement sur ce dossier. S’il est acté, depuis quelque temps déjà, que le futur centre de traitement et de valorisation des déchets (Uvet) sera construit sur l’îlot Pasteur, à l’entrée ouest de la principauté, et pas sur l’actuel site de Fontvieille, les conseillers nationaux s’inquiètent du peu d’avancées nouvelles. « Il semblerait qu’on ait recommencé complètement à zéro sur cette usine dont on parle depuis quinze ans, déplore l’élu de la majorité Primo !, Guillaume Rose. On ne peut plus attendre. Lancez ce projet au plus tôt, s’il vous plaît. » De son côté, l’élu UM Jean-Louis Grinda, s’estime « baladé de façon insensée depuis plus de dix ans sur ce sujet. Ce dossier a été lamentablement traité. Ça devient vraiment insupportable ». Réclamant le soutien des élus, le ministre d’État, Pierre Dartout s’adresse à eux, jugeant « indispensable de pouvoir se voir pour qu’on puisse entendre le projet tel qu’il est actuellement conçu par les équipes de la Société monégasque d’assainissement (SMA), d’étudier les aspects techniques et financiers. Le projet n’est pas totalement abouti. Ce serait démagogique de dire le contraire. C’est une opération compliquée. Nous vous proposons le dialogue. » Dans la soirée du 14 octobre 2021, les élus du Conseil national votent en faveur du budget rectificatif 2021. Ce qui n’empêche pas le président du Conseil national, Stéphane Valeri, de refaire un historique sur le projet de nouvelle usine de traitement des déchets : « Cela fait plus d’une dizaine d’années que les gouvernements successifs n’ont pas tranché, n’ont pas arbitré, et donc, n’ont pas décidé de façon définitive et planifiée, de remplacer l’actuelle usine d’incinération. Celle-ci, comme chacun le sait, est devenue obsolète. Son maintien à niveau, plus d’années que de raison, implique d’ores et déjà, selon les chiffres mêmes du gouvernement, un surcoût de 30 millions d’euros. Il s’agit de souveraineté nationale, de budgets d’investissement considérables, de plusieurs centaines de millions d’euros, de transition énergétique, de qualité de l’air, et donc, bien sûr, de politique environnementale. Il y a eu à ce sujet, dans cette enceinte, sous plusieurs mandats, certains d’entre vous s’en souviennent, des dizaines et des dizaines d’heures de débats. » Les élus expriment alors leur impatience à propos de la tenue d’une réunion promise par le ministre d’État, Pierre Dartout, et à laquelle devraient participer des responsables de la SMEG et de la SMA. Objectif pour les conseillers nationaux : obtenir enfin un calendrier précis pour cet énorme chantier. En octobre 2021, à l’occasion d’une interview exclusive avec Monaco Hebdo, le ministre d’État, Pierre Dartout, répond à l’impatience des élus dans un dossier qu’ils estiment traîner en longueur depuis 15 ans et coûter cher aux finances publiques : « C’est un sujet très difficile, car il répond à plusieurs défis de taille. Dans un environnement hyperurbanisé, il faut garantir notre autonomie dans le traitement des déchets, tout en conservant une solidarité avec les communes voisines. À cela s’ajoute l’importance de respecter des objectifs importants en matière environnementale, et en particulier sur la limitation de l’émission des gaz à effet de serre et autres polluants. On y travaille, mais il est vrai que cela demande du temps. C’est un projet d’envergure, qui sera coûteux. » Quant aux surcoûts générés par ce dossier, le ministre d’État estime qu’il est « toujours simple de réécrire l’histoire. Je suis garant de la continuité de la gestion de l’État, mais je ne suis pas en mesure, pour autant, de porter un jugement sur la gestion d’un dossier ouvert depuis plusieurs années, avant mon entrée en fonction. Ce qui me préoccupe, c’est l’aboutissement de ce dossier, pas son historique. D’autant qu’entre-temps les technologies pour ce type d’industrie ont considérablement évolué ». Quant au calendrier désormais espéré par le gouvernement monégasque, et surtout à l’issue de ce dossier, Pierre Dartout juge qu’il « faudra une solution à la fin de cette décennie ». Finalement, la commission plénière d’étude du 22 novembre 2021, qui accueille la SMEG et la SMA, convainc les conseillers nationaux. Le projet qui leur est présenté s’appelle « Symbiose », et il séduit largement, y compris Jean-Louis Grinda : « J’ai été suffisamment sévère avec le gouvernement depuis 2013 pour ne pas aujourd’hui exprimer ma très grande satisfaction. Monsieur le ministre d’État, vous vous êtes emparé du sujet à votre arrivée. Quatre mois plus tard, vous avez choisi celui que vous alliez consulter, pour arriver à une solution intelligente, dans des délais raisonnables. Ce fut le cas grâce à la SMEG et la SMA, qui ont travaillé d’arrache-pied pour un résultat plus que satisfaisant. » Du côté de la majorité Primo !, Balthazar Seydoux, rapporteur du projet de loi de budget primitif et président de la commission des finances et de l’économie nationale, juge que « pour la première fois, un projet concret et réalisable nous a été présenté. Le Conseil national demeurera vigilant, afin que ce projet se concrétise dans les délais et les coûts annoncés. » Estimée alors à plus de 300 millions d’euros, cette opération « répondra aux meilleures exigences pour limiter les rejets polluants et les diviser de 2 à 10 fois par rapport à aujourd’hui. Symbiose, dont le coût d’investissement est en effet très important, viendra s’insérer dans une des opérations publiques les plus complexes que la principauté ait eue à réaliser. Il s’agira de donner un nouveau visage à cette entrée de ville, et de placer en souterrain le réseau de voies routières et les charrois de camions », assure Pierre Dartout. Pour répondre aux objectifs de réduction de gaz à effet de serre fixés par le prince Albert II, Symbiose prévoir d’externaliser en France le traitement du plastique. Une solution approuvée par Jean-Louis Grinda : « Ce que nous ne sommes pas capables de faire nous-mêmes bien, faisons-le faire par d’autres. En effet, on ne sait pas bien traiter les plastiques qui sont responsables de 80 % des émissions de CO2 dans l’incinération. Ces plastiques, on va les faire traiter mieux ailleurs. Et on ne va garder ici que ce que l’on peut bien traiter. » Quant à l’intégration de ce bâtiment, un certain nombre d’élus réclame un geste architectural « fort », comme le résume Grinda : « Autant faire de cet inconvénient une grande fierté. L’addition est très élevée. Mais enfin, quand on a un triennal à 8,5 milliards, on peut y aller. » Quant à Guillaume Rose, élu Primo ! et président de la commission environnement, il milite pour que « l’on se tienne surtout à cette absence totale de pollution. Je réitère au gouvernement le fait que ce soit la ligne rouge du Conseil national ». Satisfait mais prudent, Stéphane Valeri souligne que Symbiose place Monaco « jusqu’à 10 fois au-dessous des normes européennes au niveau de l’émission de gaz nocifs. Maintenant, il va falloir que la mise en œuvre se fasse dans les délais annoncés, en respectant une enveloppe assez considérable. Nous ne sommes qu’à la moitié du chemin. Travaillons ensemble pour que l’autre moitié du chemin, c’est-à-dire la construction et la réalisation de cette usine qui n’existait pas auparavant à Monaco, soit réellement mise en valeur dans la structure de l’îlot Charles III. »

2022

En avril 2022, à l’occasion d’une interview accordée à Monaco Hebdo, la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Céline Caron-Dagioni, rouvre le dossier de la future usine de traitement des déchets : « Construire une usine de traitement des déchets, c’est une tâche énorme. Beaucoup d’arbitrages ont dû être faits : quelle pollution, quelle technologie, faut-il construire à Monaco ou ailleurs… La principauté a toujours géré ses déchets ménagers. C’est aussi une question de souveraineté que d’avoir son propre outil, et de continuer à le faire. Le gouvernement souhaitait conserver cette maîtrise du traitement des déchets ménagers, en concertation avec les collectivités françaises qui entourent Monaco, car il y a des déchets particuliers que nous ne traitons pas. » Alors que depuis plus de dix ans les conseillers nationaux attendent le lancement des travaux et s’impatientent, Céline Caron Dagioni juge qu’il est « injuste de voir ces périodes comme des périodes d’errements, parce qu’elles ont permis de se poser les bonnes questions, entre les différentes priorités. Et d’éliminer des solutions qui ne paraissaient pas assez solides. » Suite à l’échec de l’appel d’offres lancé en 2019, un groupe de travail a été créé avec la SMA, avec pour objectif de parvenir à identifier le procédé de traitement des déchets le plus efficace. « Finalement, ce groupe de travail a permis d’aboutir à l’émergence d’un procédé industriel qui nous a convaincu, et qui a abouti à ce projet que nous avons baptisé « Symbiose »», raconte Céline Caron-Dagioni. En attendant le lancement de cette nouvelle usine, au mieux en 2029, il faudra que l’État monégasque injecte 42 millions d’euros pour la période 2018-2030. C’est le prix à payer pour boucler enfin un dossier vieux de plus de 15 ans.

Pour lire la suite de notre dossier « Usine de traitement des déchets : une si longue attente », cliquez ici.

Publié le

Monaco Hebdo