dimanche 29 janvier 2023
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« L’Etat doit construire des immeubles de grande hauteur »

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Pour Gérard Bertrand, pas question de laisser le monopole du logement à la nouvelle majorité, face à la « pénurie » à l’horizon 2018. L’ancien président de la commission répond à son successeur (voir MH n° 857), en privilégiant la piste de tours de domaniaux. Toujours à la tête de l’Union des Monégasques, il veut amorcer la reconstruction du parti d’opposition avec un meeting en janvier.

Monaco Hebdo : Si l’on écoute l’actuel président de la commission Logement du conseil national, Jean-Michel Cucchi, l’ancienne majorité n’a pas anticipé les programmations de constructions de logements après 2013. En conséquence, aucune livraison d’immeubles domaniaux n’est prévue avant 2018. Votre position ?
Gérard Bertrand : Peut-être que M. Cucchi ne s’est pas rendu compte qu’il y a eu une crise économique mondiale et que Monaco était touché ! Quand nous étions élus, les budgets étaient en déficit. Le gouvernement nous a demandé de ralentir les constructions d’immeubles domaniaux. Même si le logement a toujours été notre priorité, nous l’avons accepté, mais à des conditions précises. Primo, nous avons demandé que le gouvernement fasse un état des lieux et recense tous les appartements vides. Secundo, que l’Etat fasse un effort de rénovation des appartements, le délai des travaux devant passer de 6 à 3 mois. Tertio, nous avons demandé que le gouvernement optimise les échanges d’appartements et mette en place des primes à la mobilité. Une personne vivant seule dans un 4 pièces doit pouvoir intégrer un 2 pièces avec un loyer avantageux… On pensait axer notre travail là-dessus en 2013… Le ministre nous avait d’ailleurs certifié qu’il attaquerait les travaux de Testimonio II en 2014, pour livrer l’opération en 2018.

M.H. : Au vu des résultats de la dernière commission d’attribution de logements domaniaux, vous estimez comme Cucchi qu’il y a pénurie ?
G.B. : Oui. Quand l’étude de l’IMSEE sur les besoins en logements domaniaux a été présentée l’an passé, je m’étais élevé contre ses conclusions (selon lesquelles il n’y aurait plus de pénurie en 2014). Le ministre m’avait d’ailleurs fait à l’époque des remarques assez sèches. Mais je n’en démords pas. Lors des dernières commissions d’attributions auxquelles j’ai assisté, il y avait deux fois plus de demandes que d’appartements libres ! Il y avait donc bien pénurie. Je pense qu’à l’IMSEE, M. Galfré et ses collaborateurs font un travail formidable. Mais dans le domaine du logement, on ne peut s’en tenir aux chiffres. Il y a des situations familiales complexes et imprévisibles. L’étude n’est donc pas valable. La tour Odéon va certes être une bouffée d’oxygène. Mais après 2014, il faudra 50 nouveaux appartements par an…

M.H. : L’opération des Tamaris est taxée d’avoir été mal ficelée du début à la fin, par la nouvelle majorité. Et aujourd’hui, le gouvernement affecte un bloc de 20 appartements pour l’hôpital. Votre réaction ?
G.B. : C’est scandaleux de donner un bloc à l’hôpital. On enlève 20 appartements aux Monégasques. Qu’on n’aille pas me dire qu’il y aura des nuisances à cause du chantier de l’hôpital. S’il y a des patients dans ce bloc, ce sera encore pire. Ce sont eux qui subiront le chantier, qui se déroulera de jour et en semaine… Avec ce raisonnement, il faudrait faire évacuer l’immeuble Les Caroubiers car les Monégasques qui y habitent seront dérangés par les travaux ! Ce n’est pas raisonnable. Je ne comprends pas cette décision. D’autant qu’elle va engendrer des coûts supplémentaires de 3 millions d’euros. Peut-être est-elle destinée à satisfaire des chefs de service de l’hôpital qui ont été élus…

M.H. : Une opération, La villa Engelin, est sortie des cartons ces derniers mois. C’est une avancée pour le logement domanial ?
G.B. : Cette opération était, d’après ce que je sais, dans les cartons depuis 2003. Je pensais d’ailleurs honnêtement que construire à proximité du parcours Vita était impossible puisque le prince souhaite préserver cette zone verte. Quoi qu’il en soit, j’estime qu’il est important, pour les nouvelles constructions domaniales, de faire des immeubles de grande hauteur. Pour ne pas étouffer, Monaco ne peut s’étendre qu’en hauteur ou sur la mer. Sur la mer, l’extension ne sera pas réelle avant 15 ans. L’Etat doit donc augmenter les droits à bâtir pour construire à la verticale, étant donné que nous n’aurons plus de réserve foncière après Testimonio.

M.H. : Quand vous étiez élu, vous poussiez pour construire le projet Ida le plus vite possible pour donner un signal aux enfants du pays. Le Grand Ida, aujourd’hui en discussion, pourrait pourtant aboutir à un remembrement plus grand ?
G.B. : Le projet Ida tel qu’on nous l’a présenté était certes décevant mais il était symbolique pour les enfants du pays. Il faut voir que le Grand Ida est une opération complexe et il ne faut pas se précipiter ! Comprenez-moi bien. Il faudra en premier lieu reloger les enfants du pays, qui vivent dans les immeubles qui vont être démolis, pendant le chantier. C’est la loi. L’opération devra par ailleurs prévoir à terme, un nombre d’appartements suffisant pour ces familles et au moins quarante de plus, comme le prévoyait le projet initial de la Villa Ida. Rappelons que ces immeubles reconstruits vont sortir du secteur protégé. Que vont devenir les enfants du pays à la fin de leurs baux ? Vont-ils se voir augmenter le loyer de 100 % ?

M.H. : Que proposez-vous alors ?
G.B. : Je défends la solution du secteur intermédiaire, pour laquelle nous militons depuis 2003, avec Cucchi d’ailleurs. Il ne faut pas que cette opération ne bénéficie qu’aux propriétaires. L’idée du secteur intermédiaire, c’est qu’un promoteur rachète un lot d’immeubles ou fasse un échange avec les propriétaires. L’Etat, lui, augmente les droits à bâtir contre par exemple, 5 étages supplémentaires. Au final, tout le monde est content. Les propriétaires récupèrent un ou plusieurs appartements, l’Etat ses surfaces et le promoteur ses étages en plus qu’il pourra vendre ou louer à des loyers libres. Si l’on veut conserver les enfants du pays en principauté, c’est le seul moyen de les loger à des prix corrects. Dans le cas contraire, on détruit le secteur protégé comme le veut M. Nouvion depuis 2008 et on aboutit à une fuite des enfants du pays. Et ce contre la volonté du prince, qui a déclaré qu’il voulait garder une population stable à Monaco.

M.H. : Le hic, c’est que le gouvernement a dit niet à de nombreuses reprises au secteur intermédiaire ?
G.B. : Le gouvernement doit prendre conscience que c’est le seul moyen de garder les enfants du pays. Aujourd’hui, il ne fait rien pour cette communauté.

M.H. : Que devient l’UDM ? On ne vous entend pas beaucoup…
G.B. : Il est vrai qu’on a pris un coup sur la tête après les élections car on ne s’attendait pas à la défaite. Après une période de flottement, on est prêt à repartir. Il est évident que la reconstruction est difficile. Beaucoup de cadres nous ont quittés et nous avons besoin de rajeunir les effectifs. Heureusement, des gens nous adressent leurs messages de sympathie. 40 % des Monégasques ont voté pour nous. Nous leur donnons rendez-vous le 14 janvier au Novotel pour une réunion publique. Nous organiserons une réunion politique par trimestre.

M.H. : L’Unam a tiré le rideau ?
G.B. : Je ne sais pas ce que devient le parti mais en tout cas, les Unam sont toujours en relation avec nous.

MP.H. : On note un désintérêt pour la politique de la part des Monégasques, depuis la dernière campagne électorale. Vous l’avez ressenti ?
G.B. : Effectivement, cette campagne a été tellement horrible, les gens ont tellement trouvé inadmissible que cela se passe de cette manière à Monaco qu’il y a eu comme un coup d’arrêt. Un rejet de la politique par beaucoup de Monégasques. Il y a moins d’un an, on nous a tout mis sur le dos : l’affaire du Petit Niçois, du collectif sainte Dévote et même l’incendie de la villa de Stéphane Valeri ! Je trouve d’ailleurs anormal que pour toutes ces affaires, on ne sache pas où en sont les enquêtes. Pour le collectif sainte Dévote, j’ai cru comprendre que l’enquête a même démarré 3 mois après les faits pour se terminer peu de temps après… C’est pour le moins curieux. En contrepartie, on s’acharne contre Jean-François Robillon alors qu’il n’est pas illégal de commanditer un sondage.

M.H. : On lui reproche d’avoir menti ?
G.B. : Il avait des raisons pour ne pas dire tout de suite qu’il était le commanditaire. Mais je le répète : ni l’UDM ni le conseil national n’étaient au courant et n’ont participé au financement du sondage OpinionWay.

M.H. : En dehors du logement, la Société des bains de mer reste un sujet majeur pour la nouvelle majorité. Quelle est votre vision ?
G.B. : Je trouve que la majorité actuelle agit très mal envers les dirigeants de la SBM. On a toujours voulu que le conseil national ne s’immisce pas dans les affaires de cette société et nous avons appelé à sa dépolitisation. Or M. Nouvion exige d’être au courant de tout. On en revient à une situation d’avant 2003 où le conseil national exigeait d’avoir une influence sur les décisions de la société y compris sur les évolutions de carrière. C’est inacceptable.

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