Christophe Mirmand, 63 ans, a été nommé ministre d’Etat de Monaco le 3 juillet 2025. Cet ancien préfet prendra ses fonctions en principauté le 21 juillet 2025, avec pour mission un retour au calme, après un très long moment de fortes turbulences.
Six jours. C’est le temps qui s’est écoulé entre la décision de Philippe Mettoux de renoncer au poste de ministre d’Etat, et l’officialisation de son successeur, Christophe Mirmand. Si la volte face de Philippe Mettoux a surpris, l’heure est désormais à l’apaisement. Dans un nouveau communiqué publié le 3 juillet 2025, ce conseiller d’Etat français, ancien secrétaire général du service central de prévention de la corruption (SCPC) et proche de Dominique de Villepin, a adressé à Christophe Mirmand ses « sincères félicitations » et ses « vœux de succès pour le redressement de Monaco, qui traverse une période difficile, marquée essentiellement par une remise en cause de l’éthique et de la probité de ses acteurs économiques et financiers ». Le nom de Christophe Mirmand, haut-fonctionnaire à la carrière de préfet, a été officialisé par le biais d’un communiqué du palais princier le 3 juillet 2025. Il prendra ses fonctions le 21 juillet 2025. « Actuellement directeur de cabinet du ministre des Outre-mer, il a occupé plusieurs postes stratégiques au sein de la haute fonction publique française, en exerçant des responsabilités tant au sein de l’administration centrale que territoriale, notamment en qualité de préfet des Alpes-Maritimes, de la Corse, de la région Bretagne et de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) », détaille ce communiqué, qui met aussi en avant sa « grande expérience, son professionnalisme et sa rigueur » qui « constituent des atouts déterminants pour accompagner la principauté dans ses défis actuels et à venir ». Débuté mi-janvier 2025, suite au décès du précédent ministre d’Etat, Didier Guillaume (1959-2025) le 17 janvier 2025, l’intérim à ce poste d’Isabelle Berro-Amadeï, qui assume aussi en parallèle la fonction de conseillère-ministre pour les relations extérieures, prendra donc fin dans quelques jours. Le prince Albert II lui a renouvelé sa « profonde gratitude », en estimant qu’elle a « assuré avec compétence et dévouement les fonctions de ministre d’État par intérim durant cette période de transition », tout en louant son « engagement et son sens de l’État » qui ont « permis de garantir la continuité et la stabilité de l’action gouvernementale ».
C’est la deuxième fois en ce mois de juin 2025 que le prince remercie Isabelle Berro-Amadeï. La première remonte au 4 juin 2025, date à laquelle le nom de Philippe Mettoux, conseiller d’Etat, directeur juridique et de la conformité du groupe SNCF, et médiateur interne de cette entreprise, a été donné par le palais princier pour occuper le fauteuil de ministre d’Etat. Le 22 juin 2025 dans une publication sur le réseau social LinkedIn, Philippe Mettoux avait assuré qu’il aimait « les défis », avant d’ajouter : « Je me suis préparé et, depuis la sollicitation qui m’a été faite, approuvée par la France, je me suis appliqué, par-delà les stéréotypes communément diffusés, à bien approfondir ma connaissance de l’identité de l’Etat monégasque, de ses habitants, de ses résidents, de ses intérêts, de ses enjeux. » Finalement, le 26 juin 2025, alors qu’il devait rejoindre le bureau du ministre d’Etat de Monaco le 4 juillet 2025, Philippe Mettoux a annoncé qu’il ne viendrait finalement pas, évoquant notamment « des forces négatives et contraires » qui « sont à l’œuvre pour faire perdurer des pratiques archaïques », pour l’« empêcher de mener à bien la mission qu’Albert II » lui a confiée.
Pédigrée
Le nouveau ministre d’Etat de Monaco ne sera donc pas un magistrat. Comme assez souvent en principauté, c’est un préfet qui a été choisi. En effet, sur neuf ministres d’Etat nommés depuis l’avénement du prince Albert II, le 6 avril 2005, trois sont d’anciens préfets. Le prince Albert avait dérogé à cette tradition en nommant en septembre 2024, Didier Guillaume, un ancien maire, président de conseil général, sénateur et ministre de l’agriculture (2018-2020). Ce pédigrée beaucoup plus « politique » a rapidement plu en principauté, notamment du côté des élus du Conseil national. Ce choix gagnant n’a donc pas été reconduit et le neuvième ministre d’Etat du prince Albert sera donc, plus classiquement, un ancien préfet. Né le 22 juillet 1961, à Constantine (Algérie), Christophe Mirmand présente une carrière préfectorale dense. Après avoir endossé six fois la casquette de préfet, cet énarque s’est notamment fait remarquer pendant la pandémie de Covid-19. Arrivé à Marseille le 29 juillet 2020 au poste de préfet de la région Paca et du département des Bouches-du- Rhône, il a alors succédé à Pierre Dartout, nommé ministre d’Etat à Monaco. A Marseille, Christophe Mirmand a dû alors gérer la très délicate fermeture des restaurants et des bars dans la région Sud. Réputé pour son calme, il s’était, à l’époque, déjà fait positivement remarquer pour sa gestion du début de pandémie, alors qu’il était encore secrétaire général du ministère de l’intérieur. C’est par un subtil découpage du territoire qu’il a géré ces fermetures pendant le Covid, ne mettant en place une fermeture totale des bars et des restaurants qu’à Marseille et à Aix-en-Provence. C’est aussi par la communication que Christophe Mirmand parvient, le plus souvent, à trouver des consensus. A Monaco, c’est une méthode qui pourrait séduire également, à commencer par les élus du Conseil national, qui plaident pour une poursuite de ce que l’on appelle désormais la « méthode Didier Guillaume ». Cette technique de travail, qui repose sur une collaboration interministérielle, afin de décloisonner les départements et de renforcer l’efficacité de l’administration monégasque, avait vite été adoptée et plébiscitée par les conseillers nationaux.
Bonne connaissance du territoire
Communication, calme, concertation… C’est donc sur un profil centré sur le dialogue et la conciliation que s’est porté le choix, au moment de trouver un successeur à l’éphémère Philippe Mettoux. L’objectif affiché semble clair : il s’agit de remettre la principauté à l’endroit, et de trouver une véritable stabilité le plus rapidement possible, après une longue période marquée par les incertitudes et les polémiques. Face à ce contexte très délicat, Christophe Mirmand affiche un parcours préfectoral riche qui pourrait lui donner les clés pour trouver rapidement ses marques à Monaco. Après un premier poste de préfet décroché en août 2006 en Haute-Loire, cet énarque a enchaîné en 2010 à la même fonction en 2010 en Savoie, avant de se rapprocher de Monaco. Nommé préfet des Alpes-Maritimes en juillet 2012, il est ensuite parti en Corse, un an plus tard, pour s’installer dans le fauteuil de préfet de la Corse-du-Sud. Pendant l’été 2020, il a donc poursuivi sa carrière comme préfet de la région Paca, avant d’être nommé directeur du cabinet de Manuel Valls au ministère des Outre-Mers, en janvier 2025. De 2012 à 2016, puis de 2020 à 2025, Christophe Mirmand a passé près de dix ans à écumer le sud de la France et ses problématiques, mais aussi ses institutions. Son expérience d’une année à la préfecture des Alpes-Maritimes sera sans doute précieuse en principauté, et sa bonne connaissance du territoire devrait être un atout. C’est en tout cas ce que tout le monde espère en principauté, à commencer par le président du Conseil national, Thomas Brezzo, qui s’est exprimé par un communiqué de presse, le 3 juillet 2025 : « Notre pays a besoin d’équilibre et d’un développement harmonieux. La fin de la longue parenthèse qui s’achève doit désormais permettre d’avancer rapidement sur les dossiers importants de la principauté, qui attendent des décisions concrètes. Que M. Christophe Mirmand soit assuré de ma pleine disponibilité et, plus généralement, de celle de l’ensemble des élus, afin de renouveler notre partenariat institutionnel et conduire nos missions, avec pragmatisme et transparence, au bénéfice des Monégasques, des résidents et de tous les acteurs de notre prospérité. » De son côté, le maire de Monaco, Georges Marsan, et les membres du conseil communal, ont fait part de leur « volonté de poursuivre la collaboration constructive entre le gouvernement princier et l’institution communale dans la continuité des actions engagées ». Reste désormais à passer à l’action. C’est ce que tout Monaco attend avec impatience.
Ministres d’Etat : les sept ministres d’Etat du prince Albert II, depuis le 6 avril 2005
Patrick Leclercq
Nommé le 5 janvier 2000, il est resté en fonction jusqu’au 1er juin 2005. Durée du mandat : 5 ans, 4 mois et 27 jours.
Jean‑Paul Proust (1940-2010)
Entré en fonction le 1er juin 2005, nommé par ordonnance souveraine du 13 mai 2005. A exercé jusqu’au 8 avril 2010. Durée du mandat : 4 ans, 10 mois et 7 jours.
Michel Roger
Nommé le 29 mars 2010, il est resté en poste jusqu’au 16 décembre 2015, date à laquelle il a démissionné pour raisons de santé. Durée du mandat : 5 ans, 8 mois et 17 jours.
Gilles Tonelli (intérim)
Il assure la jonction entre Michel Roger et Serge Telle. Nommé le 16 décembre 2015, il a cédé sa place le 1er février 2016. Durée de l’intérim : 1 mois et 16 jours.
Serge Telle
Nommé en janvier 2016, il est officiellement entré en fonction le 1er février 2016. Son mandat a pris fin le 31 août 2020. Durée du mandat : 4 ans, 6 mois et 30 jours.
Pierre Dartout
Nommé en mai 2020, il prête serment le 31 août 2020. Il est resté en fonction jusqu’au 2 septembre 2024. Durée du mandat : 4 ans et 2 jours.
Didier Guillaume (1959-2025)
Nommé par ordonnance souveraine le 4 juillet 2024, il a pris ses fonctions le 2 septembre 2024. En poste jusqu’à son décès, le 17 janvier 2025. Durée du mandat : 4 mois et 15 jours.
Isabelle Berro‑Amadeï (intérim)
Nommée ministre d’État par intérim à partir du 10 janvier 2025, elle a assuré l’intérim jusqu’à la nomination de Christophe Mirmand, le 21 juillet 2025. Durée de l’intérim : 6 mois et 11 jours.
Philippe Mettoux (désigné, mais non assermenté)
Désigné le 4 juin 2025, avec prise de fonction programmée le 4 juillet 2025, il a renoncé le 26 juin 2025, avant son entrée en fonction.
Christophe Mirmand
Nommé le 3 juillet 2025, il doit prendre ses fonctions le 21 juillet 2025.



