Chef de file de Horizon Monaco, Laurent Nouvion, 44 ans, prône le changement.
Beau-fils de Jean-Charles Rey, Laurent Nouvion a baigné dans la politique monégasque depuis le plus jeune âge. « J’ai toujours été attiré par la politique, la littérature politique, le destin des hommes et des femmes politiques. Tous mes copains jouaient à Attari, moi je regardais les débats français et lisais le Journal officiel même si c’était indigeste (sourire)… J’aime la chose publique, et Monaco est un laboratoire exceptionnel pour la polis, la vie de la cité. On est en contact direct avec les compatriotes », analyse aujourd’hui le quadra. « A l’âge où l’on dévore les Agatha Christie et les livres de Christian Jacq, Laurent lisait les 3 tomes de Verbatim de Jacques Attali et les Mémoires de Talleyrand. Il adorait ça, prenait des notes… », se rappelle aussi son frère François Rey, qui apprécie sa ténacité. Ses souvenirs politiques de jeunesse ? Selon Laurent Nouvion, c’est notamment l’arrivée de Mitterrand au Panthéon en 1981, une rose à la main. Il avait 13 ans. Trois ans plus tard, c’est une autre histoire de rose qui l’a marqué. A Monaco cette fois-ci. « Lors de la visite d’Etat du président français au prince Rainier, de la maison, je l’ai vu quitter le palais princier, une rose à la main, pour se diriger vers la cathédrale. Il l’a déposée sur la tombe de la princesse Grace… Les grands hommes politiques sont des gens qui marquent leur différence avec des gestes d’une grande puissance », souffle-t-il.
Elu à trois voix près
Avant de plonger lui-même dans le bain politique, Laurent Nouvion suit sa scolarité aux Franciscains, participe aux championnats de France par équipe junior de golf. Un Bac économie en poche, il prépare Science-Po Paris, rate le concours d’entrée « à 2 points. Cet échec fut un traumatisme », admet-il. Mais il tourne la page. Direction Assas pour une licence de droit privé avant de faire son service militaire dans l’armée de l’air. En septembre 1994, c’est le choc. Jean-Charles Rey décède. Il prend alors en charge le family office avec sa mère et ses deux frères François et Pierre (immobilier, art contemporain, vins). Naturalisé en 1996, il suit de près la politique monégasque. « Nous suivons les débats publics du conseil national depuis 15 ans », indique François Rey. Laurent Nouvion rencontre alors Stéphane Valeri et adhère à l’UP entre 2004 et 2006. « J’apprends beaucoup à cette période sur le fonctionnement d’un mouvement politique avant de décider, déçu par l’UP, de créer ma propre démarche, Valeurs & Enjeux, en octobre 2006. » V&E prend vie en juin 2007. Au pire moment : le paysage politique monégasque est éclaté avec pas moins de 9 formations politiques…
La première campagne se solde alors par un échec collectif. La faute à des alliances et contre-alliances de dernière minute que les Monégasques n’ont pas eu le temps de digérer. Mais Nouvion tire les marrons du feu en étant le 3ème élu de l’opposition, derrière Marc Burini et Christophe Steiner… Et à peine 3 voix devant Richard Mullot. « C’est un signe. Je n’étais peut-être pas prêt il y a 5 ans mais les Monégasques m’ont donné une chance en m’envoyant siéger. Je l’ai reçu comme un message : « Allez au conseil national et on verra de quoi vous êtes capable »», commente le leader de Horizon Monaco, qui dit avoir « muri » depuis.
En 2008, l’opposition doit se reconstruire après la défaite. « La tâche était immense et les premières années furent difficiles. J’ai été très attaqué et moi-même je me suis montré agressif. Je me formais », reconnaît-il. Pour être « le caillou dans la chaussure de la majorité sortante », il a « l’obligation de créer une machine de guerre. » Ce sera Rassemblement & Enjeux, fusion de Valeurs & Enjeux et du RPM. Béatrice Fresko-Rolfo, ex-RPM qui connaît Nouvion depuis l’enfance, a milité pour cette fusion : « Je trouvais que Laurent avait l’étoffe pour bouger les lignes et relancer la machine ».
L’union avec l’UP
Opposant au conseil national, il dénonce « la politique de troc » entre la majorité et le gouvernement, tout comme les « intrusions du Conseil de l’Europe dans le fonctionnement institutionnel monégasque. » Surtout avec l’épisode de la commission de Venise. « On a eu une année 2012 extraordinaire avec 2 communiqués du palais, la mairie qui sort de sa réserve et la mise en examen du conseil de l’Europe… », liste-t-il.
Pour cette deuxième campagne, l’ancien président de R&E décide finalement de ne pas y aller seul. Il veut créer une « liste d’union nationale » et se pacse avec Synergie monégasque de Claude Boisson puis avec l’UP — qu’il avait traité de « secte ». Une alliance qu’il a dû justifier aux électeurs des deux frères ennemis en début de campagne. C’est d’ailleurs la grande énigme de la campagne : cette alliance taxée par ses adversaires de « contre-nature » a-t-elle été comprise et entérinée par les électeurs ? Ou sera-t-elle considérée comme un coup de poker fatal pour Laurent Nouvion ? On le saura le 10 février. Pour Nouvion, en tout cas, elle n’est pas gage d’instabilité au conseil national en cas de victoire : « Nous avons pu en vérifier la sincérité lors des discussions ayant précédé les accords et pendant l’élaboration du projet politique. Ceux qui viennent de R&E travaillent ensemble depuis 5 ans ou plus. C’est une garantie. Ceux qui nous ont rejoint ne sont pas des inconnus. Et s’ils ont décidé de se réinvestir, c’est parce que l’Union était crédible. Personne n’a de raison de douter que les engagements pris par les uns et les autres seront remis en cause. Ce n’est pas le genre de la maison », a en tout cas promis le leader de Horizon Monaco dans une interview récente à L’Observateur de Monaco.
Car cette fois-ci, Laurent Nouvion n’envisage pas un échec. « Je crois en la justice électorale », affirme-t-il confiant. Et d’analyser : « Depuis 5 ans, mon image s’est considérablement améliorée. Les Monégasques ont appris à me connaître. Ils sont en train de m’accepter. »
« Tout le monde peut faire de la politique »
« Il est plus en phase avec les Monégasques et a moins peur des gens, jauge Béatrice Fresko. Si certains lui trouvaient un air hautain, c’est qu’il portait une carapace de protection. » Alors, populaire Nouvion ? « Nos adversaires n’hésitent pas à évoquer l’oisiveté des candidats de Horizon Monaco. C’est une insulte aux gens qui travaillent. Ces gens-là veulent ranimer la lutte des classes, opposer les nantis aux travailleurs », s’énerve François Rey. « Tout le monde peut faire de la politique, ce n’est pas une question d’origine sociale », indique simplement Laurent Nouvion. Administrateur de différentes sociétés, il ajoute qu’il est « incorruptible », outré que des élus aient pu l’accuser d’utiliser son mandat à des fins personnelles.
La campagne 2013 aura d’ailleurs été dure pour le leader de HM. Surtout avec l’affaire du Petit Niçois. Dans deux numéros (1 000 exemplaires du premier ont été saisis par la justice monégasque), l’hebdomadaire a évoqué la vie privée du leader de Horizon Monaco et son enfant. « C’est une campagne où on touche le fond au niveau des méthodes employées. Le 3ème personnage de l’Etat ne peut ouvrir les portes de l’assemblée à des représentants de la presse trash pour être interviewé. Il salit le conseil national et Monaco avec. » Chez Laurent Nouvion, qui se refuse à évoquer le terrain personnel, la colère gronde et ce, bien que Jean-François Robillon ait répété ne pas cautionner l’article ni vouloir exploiter son contenu. « Quand il pense que des gens lui ont fait des crasses, c’est fini. Il y a un avant et un après. Il pardonne mais il n’oublie pas », explique son frère François Rey.



