mardi 17 mai 2022
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Jardin exotique :
pas de réouverture avant 2024 ?

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L’ouverture partielle du Jardin exotique est programmée pour juin 2022, mais certains élus communaux n’y croient pas du tout, et misent plutôt pour 2024. La faute selon eux à l’absence de budget alloué en 2022 à ce dossier par le gouvernement princier. Conséquence : le maire, Georges Marsan, refuse de céder à l’État l’îlot Charles III, tant que la question ne sera pas réglée (1).

Pas de budget, pas de Jardin ? La réouverture du Jardin exotique, fermé depuis le printemps 2020, semble compromise aux yeux de certains élus communaux. Alors que l’ouverture, partielle, est toujours programmée pour juin 2022, il en serait tout autre, selon eux. Aucune ligne n’aurait en effet été consacrée à ce dossier dans le budget primitif 2022 pour la suite des travaux. Et, selon François Lallemand, adjoint délégué aux services techniques communaux, il ne faudrait pas s’attendre à une réouverture avant… le courant 2024. « Si aucun budget n’est alloué en 2022, ce sera fait en 2023. Donc, pas de travaux avant 2024. Ce serait dramatique pour le jardin, mais aussi pour la qualité de vie de ce quartier, longtemps sinistré », avait alerté l’élu lors du dernier conseil communal le 15 décembre 2021, au moment d’aborder les questions diverses. Mais que se passe-t-il derrière les portes du Jardin exotique ?

Chantier délicat

Le Jardin exotique est fermé depuis le premier confinement, au printemps 2020. Une équipe de onze jardiniers continue d’entretenir les lieux et ses milliers de plantes succulentes, mais les faux rochers et passerelles qui encadrent l’espace végétal sont devenus bien vétustes. Ouvert en 1933, ce jardin est dans un tel état que, fin 2020, le gouvernement monégasque a été amené à débloquer une aide financière d’urgence pour soutenir la trésorerie de la municipalité. Mais c’est pourtant le budget accordé par l’État qui pose problème aux yeux des élus communaux aujourd’hui. « À ce jour, la phase de démolition des faux rochers est terminée. Toutefois, nous avons malheureusement appris en fin d’année 2021 que le gouvernement princier n’aurait inscrit aucune somme sur son budget 2022, même sur la ligne correspondante aux études », a expliqué Georges Marsan, maire de Monaco, lors du conseil communal, le 15 décembre 2021. « En conséquence, je me suis empressé d’écrire à son excellence le ministre d’État pour qu’une inscription sur le siège puisse intervenir. » Mais, « pour l’heure », a ajouté Georges Marsan, « ce courrier est resté sans réponse ». Cette non-inscription au budget de l’État ne serait en effet pas sans conséquences, selon le maire de Monaco : « Non seulement 2022 sera l’année du centenaire du décès du prince Albert Ier (1848-1922), qui a voulu créer un lieu emblématique sur cette zone escarpée, symbolisant depuis des décennies la principauté. Mais encore, cette période blanche décalera l’ouverture de ce lieu touristique à la livraison du parking d’entrée de ville, prévue courant 2023. » Georges Marsan déplore également « la situation d’une grande partie du personnel du jardin, qui n’ont pas pu être maintenus sur le site, et qui sont placés au gré des besoins dans d’autres services, et ce, depuis 2020. Cette situation est très inconfortable pour eux. »

« Il n’y aura pas d’accord de la commune sur la cession des terrains nécessaires au projet sur la zone de l’îlot Charles III, tant que je n’aurai pas reçu une programmation acceptable et un paysage précis de la part de l’État pour le Jardin exotique »

Georges Marsan. Maire de Monaco

« Un manque de volonté »

Parmi les élus, André Campana, adjoint délégué au Jardin exotique, n’y est pas allé de main morte non plus, lors de ce conseil communal : « Il y a un manque de volonté du gouvernement. On parle là d’un patrimoine national », avait-il alors lancé. « Une réouverture à l’été 2022 semble impossible, aucun appel d’offres n’ayant été lancé. À ce jour, nous n’avons pas d’entreprises sélectionnées pour la suite des travaux, alors qu’une ouverture partielle a été fixée en juin 2022, dans le cadre de la commémoration du centenaire du décès du prince Albert Ier. » Cette non-inscription au budget primitif 2022 aurait pour conséquence, selon l’adjoint, « de ne pas faire coïncider la fin des travaux du parking d’entrée de ville prévue en 2023 avec l’ouverture du jardin. » Mais aussi de retarder la suite du chantier : « Dans le meilleur des cas, les travaux pourraient commencer fin février 2022. Mais pour pouvoir ouvrir au public sans danger, il y a lieu de remplacer au moins trois passerelles, ce qui est impossible. Enfin, à ce jour, sur un effectif de 46 employés, seuls 11 jardiniers, 2 surveillants et 3 personnels administratifs sont maintenus dans le service. » François Lallemand a également pointé du doigt le gouvernement princier à ce sujet : « Il est en effet dommageable que ce dossier soit bloqué par le gouvernement. Le chantier de ce jardin aurait pu être concomitant aux autres opérations relatives à la restructuration du quartier, afin d’épargner les riverains des désagréments liés aux travaux. »

Blocage de l’accord sur l’ilot Charles III

Suite directe de cet imbroglio, le maire Georges Marsan est revenu sur la cession de terrains censés permettre la concrétisation du projet immobilier sur l’îlot Charles III : « J’annonce publiquement ce soir qu’il n’y aura pas d’accord de la commune sur la cession des terrains nécessaires au projet sur la zone de l’îlot Charles III, tant que je n’aurai pas reçu une programmation acceptable et un paysage précis de la part de l’État pour le Jardin exotique. » Avant d’ajouter : « Je tiens à souligner que la prise en charge des montants relatifs aux travaux est une compensation d’un transfert d’environ 2 000 m2 du domaine public de la commune au domaine public de l’État, qui devait être réalisé. Il est donc important de souligner que cette refonte du Jardin exotique n’est en aucun cas réalisée grâce à une prise en charge de la part du gouvernement princier. Il s’agit bien d’une négociation, dans l’intérêt de nos deux institutions. » Concernant le chantier, il reste désormais les travaux paysagers de remise en état du site. Des études ont déjà été faites à la fin du second trimestre 2021, et accueillies favorablement par le conseil communal. Après la sécurisation de la falaise par la direction des travaux publics au premier semestre 2020, la mairie de Monaco a déjà sécurisé les faux rochers, ainsi que les passerelles au second semestre. Mais, pour la suite, il faut attendre. Dommage pour le public, alors que ce site escarpé a été sélectionné par le renommé guide Ulysse parmi ses « 150 plus beaux jardins du monde » dans son édition de 2021.

1) Contacté par Monaco Hebdo, le gouvernement n’a pas été en mesure de répondre à nos questions avant le bouclage de ce numéro, le 11 janvier 2022.

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Monaco Hebdo