
Jean-Claude Guibal, le député-maire de Menton, réélu pour la quatrième fois dans la 4ème circonscription des Alpes-Maritimes, revient sur le résultat des élections législatives mais aussi sur la mafia aux portes de la France et les projets avec Monaco. Interview relue.
Réélection
Monaco Hebdo?: Vous venez d’être réélu pour la quatrième fois dans la 4ème circonscription des Alpes-Maritimes. Comment analysez-vous votre score au second tour des législatives (55,22 % contre 44,78 % à la candidate FN Lydia Schénardi)??
Jean-Claude Guibal?: Il faut prendre en compte un certain nombre de facteurs. Ainsi, par rapport à 2007, la dynamique de l’élection présidentielle n’a pas profité aux candidats de la droite républicaine qui ont, pour la plupart, obtenu au premier tour 8 à 16 % de voix en moins dans les Alpes-Maritimes. Par ailleurs, la 4ème circonscription n’a plus tout à fait la même configuration qu’auparavant depuis qu’y a été rattaché le canton de Contes où le Front de gauche et le Front National réalisent des scores importants. Cette campagne enfin a été marquée par la présence de deux candidats dissidents. Un en particulier, Stéphane Cherki qui s’est présenté comme un membre de l’UMP avec une certaine ambiguïté avant d’en être exclu. Ce fut une campagne très particulière, avec beaucoup d’argent proposé aux uns et aux autres et des tracts diffamatoires comme celui qui me présentait à côté de Saddam Hussein et de Mouammar Kadhafi avec leurs dates de naissance et de mort, et une question « A quand Guibal?? ».
M.H.?: Pour vous, c’est davantage un front anti-Guibal plus qu’une réelle implantation du FN??
J.-C.G.?: Oui, il y a eu contre moi une alliance de la candidate du PS et des deux dissidents de droite. Quand il a été rappelé à Pascale Gérard les directives du Parti Socialiste de faire barrage au Front National, elle a répondu que dans notre circonscription, c’était plus compliqué parce que je n’étais pas pour elle un vrai républicain. Les socialistes ne se sont pas opposés au FN dans la 4ème circonscription. Quant aux deux dissidents, ils ont fait voter pour le FN au deuxième tour. Cela ne leur a pas servi à grand-chose.
M.H.?: Le taux d’abstention a quand même été extrêmement élevé (50,28 %) et le taux de bulletins nuls a atteint 12,14 %. Comment l’expliquez-vous??
J.-C.G.?: L’abstention a été significative. Beaucoup d’électeurs de la droite républicaine se sont dit que face au FN, l’élection serait gagnée d’avance et ne se sont pas déplacés. Je crois que l’abstention est aussi due à la campagne infâme qui a été menée par certains candidats.
M.H.?: Le maire de Beausoleil Gérard Spinelli a affirmé que les thèmes essentiels comme l’avenir des territoires et l’intercommunalité n’avaient pas été abordés. Vous êtes d’accord avec lui??
J.-C.G.?: Non pas du tout. Dans la circonscription, seule la vallée de la Roya et plus précisément le canton de Breil pouvaient être concernés par l’intercommunalité. Ailleurs, c’est-à-dire dans les communes des Paillons, dans celles de la Métropole comme dans celles de la CARF, la question de l’intercommunalité ne fait plus problème depuis longtemps.
M.H.?: L’UMP a réalisé le grand chelem dans les Alpes-Maritimes. La reconstruction de la droite passe par le département??
J.-C.G.?: Il me semble qu’il y a certains exemples dans notre département dont la droite républicaine pourrait s’inspirer. Quand on a l’audace de vouloir représenter ses concitoyens on a le devoir d’être attentif à ce qui les préoccupe. On n’a pas le droit de considérer, au nom de la « bien-pensance » que certains sujets sont tabous. Si les citoyens sont préoccupés par l’immigration ou l’insécurité, il faut les entendre. On a laissé le FN en faire son fonds de commerce.
M.H.?: Nadine Morano déclare qu’il y a des valeurs communes entre l’UMP et le FN, qu’en pensez-vous??
J.-C.G.?: Tout est dans la manière de poser la question. Le patriotisme est une valeur que l’on partage certes avec le FN mais j’espère qu’il y a aussi des gens patriotes à gauche. De même, la générosité n’est pas le seul apanage de la gauche. Nous partageons cette valeur avec elle. La droite aussi est généreuse.
Enfants du pays
M.H.?: Paradoxalement, si les Alpes-Maritimes sont à droite, Monaco est passé à gauche avec l’élection d’Arnaud Leroy dans la 5ème circonscription des Français de l’Etranger…
J.-C.G.?: C’est baroque, en effet?! M. Leroy, à l’évidence, a été élu par les électeurs espagnols et portugais. Mais, disait Sieyès, « un ministre jacobin n’est pas un jacobin ministre ». C’est-à-dire que sauf à tomber sur un idéologue sectaire, si Arnaud Leroy est quelqu’un de raisonnable, il n’y a pas de raison qu’il ne respecte pas ses électeurs monégasques. En tout cas, je l’espère.
M.H.?: Vous pensez qu’il pourra faire exonérer d’impôts les enfants du pays??
J.-C.G.?: Ce serait le monde à l’envers. Nous n’y sommes pas arrivés avec le gouvernement précédent. Avec celui de Jean-Marc Ayrault qui envisage d’augmenter les dépenses publiques et de procéder à une relance keynésienne, la pression fiscale ne va faire que s’accentuer.
Municipales 2014
M.H.?: Revenons à votre circonscription. Selon vous, quelle influence les résultats des législatives auront-ils sur les municipales de 2014 à Menton??
J.-C.G.?: Je suis arrivé en tête dans tous les bureaux de vote à Menton au premier tour et à une petite exception près, au second tour aussi. J’ai obtenu 58 % des voix dans ma ville, ce qui, compte tenu de la campagne menée par mes adversaires, est plus que satisfaisant. Les Mentonnais ont compris à qui ils avaient affaire. Ils n’ont aucune envie que certaines personnes viennent s’implanter sur leur territoire.
M.H.?: Vous pensez à Stéphane Cherki. Lui dit qu’il ne sera pas candidat à la mairie de Menton. Vous y croyez??
J.-C.G.?: Peu importe. Ce que je sais c’est que moi je serai candidat aux municipales.
Mafia
M.H.?: Vous déclariez dans nos colonnes en avril 2011 que les pressions venant d’Italie s’intensifiaient. Qu’en est-il aujourd’hui??
J.-C.G.?: Au moment où j’ai tenu ces propos, j’avais le sentiment qu’on ne prenait pas au sérieux cette tendance lourde. C’est toujours vrai, mais je disais aussi que ce type de problème ne se règle pas sur la place publique. Ce n’est pas en signant la charte d’Anticor (organisation qui lutte contre « la corruption afférente aux milieux politiques », N.D.L.R.) peu avant les élections et en faisant une page dans le Petit Niçois comme l’a fait Pascale Gérard que le problème va être résolu.
M.H.?: Vous souhaitiez un correspondant aux douanes ou au Tracfin pour faire remonter vos doutes sur de possibles infiltrations mafieuses. Vous avez été entendu??
J.-C.G.?: Officiellement non. Les élus que nous sommes entendent des bruits, voient des choses. Mais ces informations, nous n’avons pas les moyens de les vérifier. Nous ne sommes pas la PJ, nous ne sommes pas Tracfin. Ce serait bien que nous puissions nous adresser par exemple, au Procureur de la République dès qu’une demande de permis de construire douteuse nous est soumise et que nous soyons autorisés à ne pas délivrer le permis tant que ne nous serait pas donné le feu vert concernant l’origine des fonds.
M.H.?: Après Bordighera, c’est Vintimille qui a été mise sous tutelle en février dernier. L’influence de la mafia dans la sphère politique italienne, c’est plutôt inquiétant.
J.-C.G.?: L’inquiétant, serait que la grande criminalité pénètre dans l’espace public et cherche à obtenir des mandats politiques.
M.H.?: Le revers de ces affaires, c’est que l’image de Menton est aussi touchée à travers les nombreux reportages dont elles font l’objet.
J.-C.G.?: Si vous faites référence au reportage diffusé sur France 2, Pascale Gérard a dit qu’elle connaissait bien M. Rizzoli, de l’association Flare, qui intervient dans le reportage. C’était une opération électoraliste montée par ces gens-là. Je ne crois pas que ces reportages aient d’incidence sur l’image de Menton. Les avoir commandités n’en est pas moins irresponsable.
M.H.?: Vous suivez le cours de l’affaire « Mains Propres »??
J.-C.G.?: De loin.
Projets avec Monaco
M.H.?: Vous êtes partisan d’un groupement européen de coopération transfrontalière (GECT) entre Monaco, la France et l’Italie. Où en est le projet??
J.-C.G.?: Il y a une avancée au niveau français avec la ratification du traité autorisant la création du GEC (groupement euro-régional de coopération) qui peut être constitué d’un pays membre de l’Union européenne et d’un autre membre du Conseil de l’Europe. A ma connaissance, ni la Principauté ni l’Italie n’ont introduit cette possibilité dans leur droit national.
M.H.?: Il y a un autre projet dont on a beaucoup entendu parler à l’automne dernier.?: la communauté Monaco Riviera défendue par Gérard Spinelli. Qu’en pensez-vous??
J.-C.G.?: Soyons sérieux. Seule la Principauté peut décider de ce qui est bon pour elle. Il n’appartient à personne de le dire à sa place. D’autant qu’il existe déjà des commissions entre Monaco, la France et les communes limitrophes pour évoquer des sujets communs. Ce que je trouverais plus actuel et plus concret, c’est que Monaco et la France puissent au moins réfléchir à l’avenir de la carrière de la Cruella, à la Turbie. Son comblement a commencé et rendra tout aménagement irréversible d’ici peu. Or, il y a, là, la possibilité de réaliser 300?000 m2 de plancher.
M.H.?: Quels projets pourraient être développés entre Menton et Monaco dans un avenir proche??
J.-C.G.?: Tout d’abord, je tiens à vous dire que si la Principauté n’était pas là, ce serait une catastrophe sociale dans tout l’est des Alpes-Maritimes car 30?000 Français y travaillent. Concernant les relations entre Menton et Monaco, nous sommes complètement disponibles pour évoquer avec la Principauté les sujets qui lui sembleraient d’un intérêt commun.



