dimanche 15 mars 2026
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Coronavirus : le fonds de réserve constitutionnel au secours de l’État monégasque

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Le budget rectificatif, voté par les élus du Conseil national, prévoit un déficit de presque 500 millions d’euros pour l’année 2020.

Un trou béant, inédit mais nécessaire, pour soutenir l’économie monégasque, et rendu possible par la mobilisation du fonds de réserve constitutionnel (FRC).

A l’unanimité, tous le reconnaissent. Le déficit budgétaire de 477 millions d’euros, à ce jour et il pourrait encore augmenter, relève de l’inédit en principauté. Mais il fallait au moins cela pour soutenir une économie paralysée et éviter les faillites. Entre recettes manquantes, 174 millions d’euros, et dépenses nouvelles, 250 millions, en ajoutant les 50 millions du fonds de garantie bancaire, la note grimpe vite. Comme le note le gouvernement « ce déficit record qui avoisine les 500 millions d’euros, équivaut à un tiers du budget global de la principauté et à un quart des réserves disponibles du fonds de réserve constitutionnel (FRC) ». Ces nouvelles lignes budgétaires correspondent à la mise en place du Chômage total temporaire renforcé (CTTR), les aides aux entreprises, ainsi que les garanties bancaires accordées à celles-ci. « L’aide aux sociétés a été accordée avec une semaine ou une dizaine de jours de décalage mais nous en sommes d’ores et déjà à plusieurs centaines. Quant au prêt accordé par les banques, […] nous aurons au total entre 400 et 500 dossiers d’établissements bancaires qui auront été prêtés par le fonds de garantie et qui auront permis de soutenir indirectement, mais de manière rapide et importante, les entreprises par le biais des établissements bancaires », a détaillé le conseiller-ministre à l’économie et aux finances Jean Castellini, dans une conférence de presse téléphonique à la presse monégasque, au lendemain de la séance publique portant sur le budget rectificatif, le mercredi 22 avril 2020.

Le FRC en détail

Étant donné l’impossibilité pour la principauté de recourir à l’emprunt public sur les marchés ou auprès de la banque centrale européenne, ainsi qu’un financement de l’État fondé sur les recettes issues de la TVA, il ne reste que le FRC pour subvenir aux besoins en cas de crise comme celle-ci. Or le FRC, qui contient un peu plus de 5 milliards d’euros, se divise en deux parties équivalentes. Une partie immobilière, donc peu accessible directement, puisqu’il faudrait vendre des biens, et cela pourrait déstabiliser le marché immobilier. Et une partie mobilière, composée d’actifs financiers et de liquidités. C’est dans celle-ci que l’État va piocher pour pallier les besoins économiques des ménages et des entreprises en difficulté. Néanmoins, une part de ces actifs se trouvant sur les marchés financiers, ils ont donc été soumis aux fluctuations des cordons de la bourse de ces derniers mois. Certaines actions ont perdu de la valeur. Mais une grosse partie des actifs se situe sur le marché obligataire, c’est-à-dire sur des titres de créance que le fonds détient, comme l’explique Jean Castellini : « Essentiellement aujourd’hui, le fonds de réserve constitutionnel est investi pour sa partie liquide sur les marchés financiers, à travers des fonds de placement et des fonds d’investissement, gérés par de très grands noms de la banque et de gestion d’actifs, majoritairement investis sur les marchés obligataires. Et on a vu tout l’intérêt de cette stratégie depuis le début de l’année, puisque l’obligataire a agi comme un amortisseur, alors que ce sont essentiellement les marchés d’actions qui sont tombés de manière beaucoup plus importante, pour certains entre 30 et 40 %. […] Et donc ce n’est certainement pas le moment de vendre. La plupart de nos gérants gèrent un mélange d’actions et d’obligations. A peu près pour 60 % du fonds de réserve, dans la partie liquide. » Une bonne partie du fonds est donc mobilisable assez directement, et facilement. Pour l’autre partie sur le marché des actions, il faudra attendre, pour analyser l’évolution de la situation, bien incertaine à ce jour. Aussi, des réserves de liquidités d’euros non investis, de l’épargne classique en somme, sont également disponibles dans les comptes de l’État, pour « plusieurs centaines de millions d’euros ». De quoi voir venir encore un peu, malgré la liquidation du quart du FRC disponible.

Un nouveau modèle économique ?

Pour la suite, Jean Castellini a parlé de « nouveau modèle économique », et envisage de chercher de nouvelles ressources pour alimenter le budget de l’État. Selon lui, trois axes émergent, à commencer par le numérique. « L’économie numérique devrait et pourrait être un relais tout à fait intéressant, générateur de valeur, d’emplois, d’image pour la principauté. On a bien vu à quel point ce qui a été mis en œuvre au niveau de la transition numérique nous a grandement assisté. Cette piste sur laquelle nous étions engagés, nous allons très sérieusement devoir la poursuivre et l’amplifier ». Quant à l’un des piliers de l’économie monégasque, à savoir le tourisme, le conseiller-ministre se veut optimiste, malgré les grandes incertitudes concernant les futurs mouvements de population. « Nous pouvons réfléchir à un tourisme encore plus vert, encore plus vertueux, nous positionner, et distinguer encore plus notre épingle du jeu en tant que destination pour solidifier un modèle, dont on voit bien aujourd’hui sa grande fragilité du fait de sa grande dépendance à l’international », espère-t-il. Enfin, dernière piste de réflexion : favoriser l’économie locale. « On voit bien l’importance qu’il va y avoir pour nos commerçants, pour nos entreprises, pour tous types d’activités, de produire monégasque, de consommer monégasque, de vendre et d’acheter monégasque. Ce n’est pas du tout du protectionnisme ou du nationalisme, c’est simplement de reconnaître que nous avons aujourd’hui beaucoup de choses dans notre pays. […] Nous serons d’autant plus immunes à des crises futures et nous serons d’autant plus à même de générer de nouvelles recettes, que nous favoriserons cette production et cette consommation locale. » Un souhait qui s’inscrit dans une logique internationale, dont il faudra observer si cela est suivi d’effets. Enfin, le gouvernement a indiqué que le train de vie de l’État sera soumis à un régime amincissant, pour restreindre ses dépenses de fonctionnement. « Les services de l’État contribueront par leurs efforts à cette politique d’économies, à l’image des annonces faites par le palais princier. » Ce dernier a réduit de 40 % la dotation allouée au palais, passant de 13,2 millions à 8 millions d’euros.

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