lundi 15 août 2022
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« Il faut arrêter
l’incinération en ville »

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« Après le budget rectificatif ». Thème sibyllin de la conférence de presse des trois élus d’Union monégasque, convoquée jeudi 19 octobre, où ils se sont notamment exprimés sur le régime de retraite des fonctionnaires et la rénovation de l’usine d’incinération. Par Aymeric Brégoin

Ils ont voté contre le budget rectificatif pour des « arguments financiers » : des dépenses publiques « comme Testimonio ou la vente d’espaces publics » qui n’y apparaissent pas. « Quand on ne montre pas les vrais chiffres, le budget ne représente pas la réalité du pays », dénonce Bernard Pasquier. Ce qui inquiète surtout les trois élus d’Union monégasque (UM), ce sont les finances de la Principauté. Les vraies, celles du fonds de réserve constitutionnel (FRC). « Sur les quatre milliards d’euros d’actifs, deux milliards sont immobilisés et invendables : logements domaniaux, actions inaliénables de la Société des bains de mer (SBM), ambassades, ZAC Saint-Antoine. Les deux autres milliards sont les liquidités : c’est ça le vrai fonds. » Et de s’interroger sur la capacité du FRC, sur du moyen terme, à assurer le paiement des retraites des fonctionnaires monégasques au regard de ses futures dépenses. Le calcul est simple, pour Bernard Pasquier. « L’espérance de vie à  la retraite est d’environ 25 ans. L’État comble le déficit des retraites des fonctionnaires à hauteur de 55 millions d’euros pas an. Il devra payer plus de 1,4 milliard d’euros », alerte le conseiller national UM. Et c’est la moyenne basse. « Les retraites des fonctionnaires sont financées au fil de l’eau. Il est plus orthodoxe financièrement de les considérer comme une dette viagère de l’État », poursuit Bernard Pasquier. Avec ses collègues Jean-Louis Grinda et Jean-François Robillon, il milite depuis plusieurs années pour les sortir du budget de l’État — « un contre-sens total » — et créer un fonds spécifiquement dédié aux retraites des fonctionnaires. « Il faut les sanctuariser », appelle-t-il.

« Dépensiers »

Son calcul ne considère par l’augmentation du coût de la vie, ni les futurs retraités. « Le ratio ne va faire que se détériorer », alarme-t-il. Une partie est déjà alimentée, car les fonctionnaires cotisent modestement. « Aujourd’hui, nos recettes augmentent de 6 à 7 % par an. Il est de notre devoir de se mettre à l’abri si ça tombe », explique Bernard Pasquier. Certes, le gouvernement a annoncé la création d’un fonds retraite et prévoyance, une ligne au budget primitif 2017 de… 5 millions d’euros. Insuffisant pour les trois mousquetaires d’UM. Un mélange des genres, surtout. « Le libellé ne nous convient pas, car cela ne s’adresse pas aux mêmes personnes ». Selon les élus, le côté retraite va aux fonctionnaires, et le côté prévoyance… à tous les résidents. « Il faut les distinguer, même si nous sommes contents de cette prise en considération », estime Jean-François Robillon. Quoi qu’il en soit, le FRC, qui ne contient que deux milliards « de vrais fonds », selon UM, ne pourrait que très justement absorber cette pharaonique somme des retraites des fonctionnaires monégasques. C’est une des raisons pour lesquelles les élus appellent à « être moins dépensiers, malgré les années fastes ». « On a la chance d’avoir des surplus, il faut les mettre de côté », propose Bernard Pasquier.

« Stupide »

Autre long et sinueux dossier qui n’est pas prêt de s’éteindre, l’usine d’incinération de Fontvieille. Là encore, les trois élus UM ont l’impression de se faire enfumer. Malgré la tenue d’une commission plénière d’étude (CPE), au lendemain du vote du budget rectificatif 2016 — où les élus UM présents ont voté contre. La CPE est revenue sur une étude commandée par Serge Telle lorsqu’il a endossé le costume de ministre d’État. « Plus de la moitié du Conseil national, voire les deux tiers des élus, était opposée à ce projet d’usine, ou au moins favorable à plus de réflexion », estime Jean-François Robillon. « On s’est battu avec virulence », lance Jean-Louis Grinda. L’usine d’incinération — du moins un potentiel investissement de l’État — est déjà au budget primitif 2017 sous le nom Uvet, pour unité de valorisation énergétique. Une ligne à 60 millions d’euros dans les comptes spéciaux du trésor, alors qu’elle avait été annulée au budget rectificatif 2016. Cela va à l’encontre de leur appel à « mettre fin aux dépenses inutiles », dixit Jean-Louis Grinda, mais surtout de leur volonté « de mettre l’économie au service des gens, les gens au cœur du projet ». Alors investir 110 millions d’euros — le coût total estimé — dans une usine d’incinération « à côté d’un collège, à 200 mètres du nouvel hôpital, et qui sera inaugurée par le Prince Albert, le chantre de l’écologie, c’est l’idée la plus stupide au monde ! », tance Jean-Louis Grinda. « On arrête l’usine d’incinération en ville, qui est une absurdité au XXIème siècle, on traite à l’extérieur, ce qui coûte moins cher, et on récupère le foncier », propose l’élu. « Pourquoi maintenir une usine à Monaco alors qu’il existe de meilleures solutions ailleurs ? »

Cop21

Surtout que la France déclarerait « bien vouloir traiter les déchets [de la Principauté] », avance UM. Cela rentre dans les objectifs Cop21 du gouvernement. « On a signé la Cop21 pour réduire les gaz à effet de serre », explique Jean-Louis Grinda. Et ceux de l’usine d’incinération représentent près d’un tiers des émissions de la Principauté. « On traite les poubelles des Français depuis 30 ans [ceux de la communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf)] car le four n’est pas assez alimenté par nos propres déchets », explique le conseiller national. Sauf que l’accord entre la Carf et Monaco se termine en 2017. Selon les trois élus, avec sa prochaine restauration, l’usine de l’Ariane, à Nice-Est, ne brûlera pas suffisamment de déchets, même si elle prend déjà en charge tout ceux de la métropole Nice-Côte d’Azur. Elle peut en absorber 360 000 tonnes. « Elle peut brûler tous les déchets des communes de la Carf et de Monaco », explique Jean-François Robillon. Et avec la volonté de faire un centre de revalorisation organique, c’est entre 50 et 80 % de déchets en moins à brûler. « Nous, on va mettre 100 millions pour passer de trois fours à deux fours, déplore Jean-François Robillon. Et il y a une logique écologique : plus la capacité d’une usine d’incinération est importante, moins ça pollue. Une grosse pollue moins que plusieurs petites. » Parmi les solutions prônées, l’amélioration, avec l’appui financier de Monaco, de la protection des sorties de fumée du traitement des cheminées de l’Ariane.

Valorisation des déchets

Quant au projet de centre de valorisation, les conseillers nationaux appellent à trouver un terrain, malgré la difficulté. « Les communes limitrophes ont intérêt à faire de la gestion organisée des déchets », appelle Jean-François Robillon. Il a pour objectif de récupérer les métaux et les produits carbonés pour le compost. Au final, il ne resterait, selon ce conseiller national, qu’entre 20 et 50 % des déchets à brûler. À l’Ariane, de préférence. « L’incinération à Monaco est moins efficiente en termes écologiques. On ne veut pas polluer à côté. Monaco peut mettre de l’argent dans le centre de revalorisation des déchets, car il faut une prise en charge globale des déchets. Et cela se fait en établissant une coopération avec les communes limitrophes [la Carf] et la métropole Nice-Côte d’Azur. » Mieux revaloriser pour moins incinérer, en somme. « Ce qui est aberrant, c’est qu’on incinère ici, en centre-ville. Les mâchefers sont envoyés à Fos-sur-Mer. Et la cerise sur le gâteau, c’est que les résidus des fumées, les galettes, comme on les appelle, sont envoyées à Brescia, en Italie, puis certaines sont enfouies… en Allemagne ! C’est délirant ! », s’emporte Jean-Louis Grinda. Pour cet élu, « le gouvernement n’est pas à l’aise avec ce sujet » : « Serge Telle a reconnu qu’il fallait poursuivre le dialogue avec la France sur le centre de revalorisation organique. Il a aussi dit qu’on allait continuer à incinérer en Principauté, même s’il comptait initialement faire autrement. » Et Jean-Louis Grinda appelle à raison garder : « L’incinération est à différencier de la collecte des déchets, qui elle, reste à la Principauté ! » Surtout — ironie du sort — que le temps de la réhabilitation sur site de l’usine d’incinération, qui va a minima durer entre 6 et 9 mois, voire deux ans en cas de reconstruction totale —, les ordures vont être envoyées pour être traitées… à l’Ariane, à Nice.

 

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