jeudi 1 décembre 2022
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« Certains ont été lâchés »

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Le président Horizon Monaco de la commission des relations extérieures, Jean-Charles Allavena, estime qu’après le vote mouvementé du budget rectificatif 2015, « une phase d’observation va s’ouvrir ».

 

Les principaux enseignements de ce budget rectificatif 2015 ?

C’est une occasion ratée. Début septembre, lorsqu’on a commencé les réunions pour examiner ce budget, il y avait un sentiment commun de la majorité Horizon Monaco (HM) : l’absence d’informations de la part du gouvernement posait un véritable problème. La majorité était soudée autour de cette question. Au fil du temps, les positions se sont affinées et équilibrées, avec des abstentions et des votes négatifs pour ce budget rectificatif 2015. Mais a priori, le 25 septembre, personne n’avait l’intention d’exprimer un vote positif.

 

Vraiment ?

Les 15 élus sur 20 qui étaient présents étaient d’accord et ont validé le rapport du président de la commission des Finances, Marc Burini. C’était le moment de faire comprendre publiquement que nous étions face à un vrai mur.

 

Il n’y avait vraiment aucun problème sur le budget rectificatif 2015 lui-même ?

Ce budget ne posait pas de problèmes techniques, sauf le prix un peu abusif (1) de la future école dans le socle de l’immeuble Stella. Est-il logique de placer un projet avec un montant si élevé dans un budget rectificatif ?

 

Avec 12 votes pour, 10 abstentions et un vote contre, l’équilibre politique est durablement ébranlé ?

Les choses ne sont plus les mêmes. Le 1er octobre, le matin de la première séance budgétaire, il y a eu un rendez-vous surprise du président du Conseil national, Laurent Nouvion, avec le ministre d’Etat, sans le vice-président, Christophe Steiner ou le président de la commission des Finances, Marc Burini. Or, on ne peut pas reprocher à la maison d’en face ce qu’on pratique chez nous. Ceci alors qu’on a une majorité qui travaille ensemble pendant un mois et qui tombe d’accord sur une démarche et sur une stratégie.

 

Le contenu de ce rendez-vous « surprise » vous a été révélé ?

Très peu d’élus ont été informés de ce rendez-vous. Mais ceci explique sans doute le ton radouci de Laurent Nouvion le 1er octobre au soir. Ce qui contrastait avec le ton critique du rapport lu par Marc Burini. En relisant la réponse du ministre d’Etat, Michel Roger, j’ai trouvé qu’il se focalisait sur la personne de Marc Burini et non pas sur la majorité HM. Certaines réponses étaient très personnalisées…

 

Il y a donc une fracture dans la majorité HM ?

On ne sait jamais au fil du temps comment les gens vont évoluer. Mais après ces trois séances budgétaires, j’ai vu des gens déçus et en colère. Certains ont été lâchés.

 

Vous aviez reçu des consignes de vote ?

Il n’y a eu aucune consigne de vote, même si certains ont suggéré, et demandé au président d’imposer aux élus un vote négatif unanime. Mais Laurent Nouvion a refusé. Car chez HM il n y a jamais eu de consignes de vote. Cela fait partie de notre pacte.

 

Et donc ?

Du coup, les votes se répartissaient entre des abstentions et des votes négatifs. Un ou deux élus envisageaient éventuellement un vote positif.

 

Mais au final, il y a eu 12 votes positifs !

La veille du vote du budget rectificatif 2015, lors de la réunion préparatoire, Laurent Nouvion a expliqué qu’il avait obtenu un certain nombre d’avancées et qu’il voterait finalement pour ce budget. Mais le but de ce rapport n’était pas d’obtenir quoi que ce soit.

 

Quel était l’objectif alors ?

L’objectif était d acter publiquement le problème par un non clair. Pas de négocier avant de passer à une nouvelle phase.

 

Comment va se redessiner le paysage politique monégasque à moyen terme ?

C’est une vraie question. A ce jour, je ne pense pas qu’il y ait de stratégie dans la tête des uns et des autres. Une phase d’observation va s’ouvrir. L’horizon politique est en train de se modifier complètement. Déjà une observation du gouvernement : est-ce que les engagements d’amélioration du dialogue vont être tenus ? Notamment sur les dossiers de l’extension en mer ou sur l’Union européenne (UE).

 

Vous êtes très critique à la fois à l’intérieur de Rassemblement & Enjeux (R&E) et de HM : dans ce contexte, votre situation est encore tenable ?

J’ai tiré un certain nombre de conclusions de mes déclarations de l’année dernière. Ce que j’ai dit sur R & E est assez juste : car R & E est absent du paysage politique, très absent en prise de positions ou même en termes de communication. En interne, je constate que ce qui n’était que des bruits de couloirs, devient des expressions publiques.

 

Un exemple ?

L’interview de Christophe Steiner dans Monaco Hebdo n° 940 : il dit des choses beaucoup plus violentes que ce que j’ai pu dire il y a 18 mois. Notamment quand il dit que le président du Conseil national travaille et décide seul. Or, je n’ai pas entendu dire qu’on allait exclure Christophe Steiner de la majorité…

 

Donc vous restez chez HM ?

Je n’en sais rien. On verra comment ça bouge… Parce qu’il arrive un moment, quand on ne partage plus grand-chose… Au bout de deux ans et demi, je ne vois plus comment on pourrait améliorer le fonctionnement de la majorité HM.

 

Pourquoi ne pas vous positionner en indépendant, comme Jacques Rit ?

Dans le fonctionnement, j’ai du mal à voir comment Jacques Rit est indépendant depuis deux ans et demi. Il a été élu en dehors de tout mouvement politique et il a été intégré ensuite dans une majorité. Jacques Rit vote les budgets de façon différente à la majorité. Mais dans le fonctionnement quotidien, il est cohérent et intégré dans la majorité. C’est la même chose pour Philippe Clérissi ou Pierre Svara.

 

Pourquoi ne pas quitter HM alors et devenir réellement indépendant ?

L’idée de sortir ne me fait pas peur. Mais je n’y pense pas tous les jours. J’exprime un certain nombre de choses. Et je suis heureux de constater que d’autres qui pensaient pareil sans le dire, l’expriment aujourd’hui. Quand l’an dernier, on m’a dit que j’étais « isolé », je savais que ça n’était pas vrai. La preuve.

 

Vous pourriez rejoindre l’opposition Union Monégasque (UM) ?

Je le vois très mal. D’abord parce que je n’ai pas été élu pour ça. Même si dans les projets et les idées, il n’y a pas de différences fondamentales. Je partage d’ailleurs beaucoup de réflexions de Bernard Pasquier et de Jean-Louis Grinda. Et on voit bien que je suis là aussi loin d’être le seul. Mais j’ai aussi des divergences avec eux.

 

Un exemple ?

L’amendement budgétaire que UM réclame. Donc je vais continuer à essayer de faire bouger les choses sur la base de mes idées.

 

Finalement, les grands gagnants, c’est UM ?

Je ne pense pas qu’il y ait de grand gagnant dans ce budget. Et ce, même si le ministre d’Etat, Michel Roger, a réussi à faire voter ce budget. De son côté, UM a été cohérent et assez bon dans ces trois séances.

 

(1) La construction d’une école dans l’immeuble le Stella, à la Condamine, est estimée à 55,5 millions d’euros.

 

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