jeudi 2 février 2023
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Budget primitif 2023 : un “oui” et quelques mises en garde

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Alors que le budget primitif 2023 a été adopté par les conseillers nationaux le 15 décembre 2022, sept élus ont voté contre. Mais c’est la quasi-totalité des élus qui a fait passer quelques messages au gouvernement.

 

S’il ne faisait guère de doute que ce budget primitif 2023 serait voté par les élus du Conseil national, le contexte politique a conduit sept élus sur 22 à se prononcer contre, dans la soirée du 15 décembre 2022. Parmi eux, Nathalie Amoratti-Blanc, Karen Aliprendi, Marie-Noëlle Gibelli, Fabrice Notari, Guillaume Rose, et Thomas Brezzo pour la majorité Priorité Monaco (Primo !), rejoints par l’élu indépendant Daniel Boeri. Ils ont motivé leur vote négatif pour des motifs différents. C’est la question européenne qui a conduit le président de la commission pour le suivi de la négociation avec l’Union européenne (UE), Fabrice Notari, a voter contre ce budget primitif. Depuis mars 2015, Monaco discute avec l’UE afin de tenter d’établir un accord d’association qui permettrait aux administrés de la principauté et aux entreprises monégasques de pouvoir travailler plus efficacement au sein du marché intérieur européen, notamment pour exporter leurs produits. Parmi les enjeux de cette négociation, trouver un accord sur la libre circulation des marchandises et sur la liberté d’installation, qui sont deux piliers du marché intérieur européen. Accord ou pas avec l’UE, ce dossier devrait connaître son épilogue fin 2023. « Pour ne pas laisser pour la prochaine mandature et la commission que j’ai eu l’honneur de présider, un héritage indigeste qu’elle devra forcement affronter, puisqu’un ultimatum nous a été signifié pour fin 2023, je voterai par protestation contre ce budget 2023. Gardons la liberté d’être ce que nous sommes depuis 1297 », a indiqué Fabrice Notari, confirmant que les chiffres positifs présentés à l’occasion de ces quatre soirées budgétaires ne suffisaient pas à emporter nécessairement l’adhésion. Ce budget primitif 2023 est en effet basé sur des recettes estimées à 2,03 milliards d’euros, soit une hausse de 7,5 % par rapport au budget primitif 2022. Quant aux dépenses, elles ont été évaluées à 2,02 milliards d’euros, ce qui représente un bond de 7,2 % par rapport à 2022.

Karen Aliprendi
« Ce soir, après cinq ans d’échanges, je suis déçue du bilan relatif à la qualité de vie, et plus précisément, relatif à la mobilité. Nous avons les moyens d’être exemplaires en la matière, j’ai le sentiment que ce qu’il nous manque, c’est la volonté. » Karen Aliprendi. Élue Primo !. © Photo Conseil National

« Depuis cinq ans, malheureusement, l’exaspération des Monégasques et des résidents face à la dégradation continue des conditions de circulation et face à l’augmentation des nuisances de toutes natures est grandissante […]. Ce soir, après cinq ans d’échanges, je suis déçue du bilan relatif à la qualité de vie, et plus précisément, relatif à la mobilité »

Karen Aliprendi. Élue Primo !

Qualité de vie

D’autres sujets ont motivé un vote contre ce budget primitif 2023. La thématique de la mobilité a ainsi été ciblée par Karen Aliprendi et par Guillaume Rose. Ces deux élus ont été agacés par la position du gouvernement, jugée trop rigide, selon eux. Si Karen Aliprendi a salué les efforts du gouvernement monégasque en faveur de la qualité de vie, elle a aussi souligné qu’ils ne permettront pas, à eux seuls, de résoudre la problématique de la circulation en principauté. Citant le remplacement et la modernisation du parc des liaisons mécaniques, le renforcement de la fréquence et de la desserte des TER, le nouveau système de covoiturage avec l’application Klaxit, la création de pistes cyclables, la mise en place de l’unité de préservation du cadre de vie, ou encore le test de la gratuité des bus, cette élue a avancé la création de parkings de dissuasion aux portes de Monaco comme un autre levier important à actionner. « Mais des infrastructures de liaisons entre ces parkings et le cœur de la principauté seront nécessaires pour inciter à leur utilisation […]. J’avais indiqué dès 2021 que la complémentarité aux parkings relais passait notamment par l’augmentation de la fréquence des autobus », a-t-elle immédiatement ajouté. Ne voyant rien venir, cette élue a donc clairement affiché sa déception et sa lassitude, justifiant ainsi son vote contre ce budget primitif 2023 : « Depuis cinq ans, malheureusement, l’exaspération des Monégasques et des résidents face à la dégradation continue des conditions de circulation et face à l’augmentation des nuisances de toutes natures est grandissante […]. Ce soir, après cinq ans d’échanges, je suis déçue du bilan relatif à la qualité de vie, et plus précisément, relatif à la mobilité. Nous avons les moyens d’être exemplaires en la matière, j’ai le sentiment que ce qu’il nous manque, c’est la volonté. »

Guillaume Rose
Guillaume Rose a réclamé des horaires de chantier « qui ne pousseraient pas notre population à consommer somnifères et tranquillisants ». © Photo Conseil National

Guillaume Rose a estimé que la qualité de vie était « menacée par la négligence, oui, la négligence des autorités de régulation, visiblement assignées à d’autres tâches que celles de juguler l’ensemble des nuisances sonores, de pollution et de circulation, qui peuvent transformer un paradis en enfer »

Se levant à son tour pour prendre la parole sur la même thématique, Guillaume Rose a estimé que la qualité de vie était « menacée par la négligence, oui, la négligence des autorités de régulation, visiblement assignées à d’autres tâches que celles de juguler l’ensemble des nuisances sonores, de pollution et de circulation, qui peuvent transformer un paradis en enfer ». Il a aussi réclamé que pour les chantiers les plus bruyants, l’État monégasque impose l’utilisation « d’outils plus chers, mais plus silencieux, de vrais murs anti-bruit et non des ersatz aussi “cheap” qu’inefficaces », ainsi que des horaires de chantier « qui ne pousseraient pas notre population à consommer somnifères et tranquillisants ». Enfin, cet élu de la majorité Primo ! a évoqué l’un des sujets qui a été le plus débattu pendant ce budget primitif 2023 : la gratuité des bus. Après avoir demandé à ce que le test de gratuité des bus de la compagnie des autobus de Monaco (CAM) soit prolongé de janvier 2023 à mars 2023, soit un total de six mois, les élus n’ont pas apprécié les propos tenus par le gouvernement, « pas convaincu » par les premières tendances de cette enquête. « Vous avez le pouvoir de faire arrêter ce test de [gratuité — NDLR] des bus, a lancé Guillaume Rose, mais vous n’aurez jamais celui de faire croire à notre population que ce test était un échec. Cet échec c’est avant tout le vôtre. Celui d’un état d’esprit qui, lui, n’a rien à voir avec la bienveillance. »

« Vous avez le pouvoir de faire arrêter ce test de [gratuité — NDLR] des bus, a lancé Guillaume Rose, mais vous n’aurez jamais celui de faire croire à notre population que ce test était un échec. Cet échec c’est avant tout le vôtre »

« Respectez-nous »

Toujours au rayon des votes négatifs, la présidente Primo ! de la commission des droits de la femme et de la famille, Nathalie Amoratti-Blanc, est revenue sur la question de la méthode de travail entre le Conseil national et le gouvernement. Toujours sensible, c’est un sujet qui revient périodiquement entre ces deux institutions. Et c’est cela qui a conduit Nathalie Amoratti-Blanc à prendre cette position, qu’elle a défendue ainsi : « Ce soir je ne voterai pas ce budget. Pour moi, les conditions de l’unité des institutions, dans une dimension respectueuse de réciprocité, n’ont pas été réunies lors de cette session d’automne. […] Monsieur le ministre, ce vote négatif est une demande : le Conseil national et le gouvernement ont tant de choses à faire ensemble. J’ai beaucoup de respect pour le travail souvent remarquable des services du gouvernement. Ma demande finale au gouvernement pour les législatures futures, ce sera : « Respectez-nous, et nous avancerons toujours mieux ensemble. » » Sur le même sujet, le président Primo ! de la commission de législation, Thomas Brezzo, est resté méfiant. Et cela, même si le gouvernement a promis de chercher de nouvelles façons de travailler, afin que la charge soit mieux répartie dans le temps, et les délais, suffisamment longs pour que les élus puissent s’investir plus sereinement sur l’étude des textes de loi. « Malheureusement, ce ne sont pas les échéances qui se dessinent qui rehaussent mon enthousiasme, car je ne doute pas que l’Assemblée sera de nouveau mise à rude épreuve au cours des prochains mois […] Les concessions consenties par le gouvernement, ou les annonces qui ont été faites au cours des débats budgétaires, pourraient être de nature à faire pencher la balance vers un vote favorable de ma part. Ce serait […] renier mes convictions, s’il suffisait de s’en tenir à des effets d’annonces pour emporter mon approbation. Et, malheureusement, ce ne sont pas les expériences du passé qui me donneront tort. Les promesses c’est bien, mais les tenir, c’est encore mieux ! », a lancé le président de la commission de législation, afin de justifier son vote négatif. Thomas Brezzo a aussi profité de l’occasion, la dernière de l’année 2022, pour dresser un bilan de la mandature 2018-2023, et rappeler que sa commission a tourné à plein régime. Elle a étudié et permis de voter 23 textes de loi, « dont pas moins de cinq textes en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la corruption, les lois d’urgence pendant la période Covid, les réformes de la procédure pénale ou sur la procédure civile, la loi relative à l’acquisition de la nationalité par mariage… Et j’en passe », a-t-il souligné.

« Chers collègues, si je vous disais que j’ai trouvé tous nos débats passionnants et enrichissants, je vous mentirais. Et vous savez maintenant que je ne sais pas mentir. Si je vous disais également que vous me manquerez tous, je mentirais aussi »

Pierre Van Klaveren. Élu Primo !

Seniors et dépendance

Un peu plus tard, c’est par une série d’informations positives qu’a débuté l’intervention de Marie-Noëlle Gibelli. Il y a d’abord l’ouverture du centre d’accueil de jour à Beausoleil pour assurer le suivi des enfants et adolescents de Monaco victimes de troubles du comportement qui aura lieu « début 2023 », au lieu de septembre 2022, suite à « un problème administratif » que cette élue a tout de même rappelé. Autre bonne nouvelle : la réouverture du centre Speranza – Albert II, après presque trois années de fermeture, suite à la pandémie de Covid-19. Ce lieu d’accueil de jour thérapeutique reçoit les résidents souffrant de la maladie d’Alzheimer, ou présentant des troubles cognitifs, mais aussi leurs familles. Cette élue a ensuite cité le lancement, au début de l’année 2023, de gardes itinérantes de nuit. Objectif : aider au lever et au coucher des seniors dépendants, ainsi que pour la prise de médicaments. En parallèle, une plateforme d’autonomie sera déployée, afin de faciliter la coordination des acteurs intervenant dans la prise en charge des personnes âgées. Enfin, 2023 devrait aussi voir la montée en puissance des téléconsultations entre les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), les équipes médicales du centre de gérontologie clinique Rainier III, les médecins experts, et les médecins de ville. Pourtant, malgré cette série de nouvelles positives, Marie-Noëlle Gibelli a décidé de voter contre ce budget : « Ces informations, pour certaines, sont des annonces qui avaient déjà été faites au budget prévisionnel 2022. Même si elles sont une grande satisfaction pour moi, elles ne permettent pas de contrebalancer un point négatif qui est ressorti de nos échanges, concernant la livraison d’un nouvel EHPAD, dont ni le lieu d’implantation, ni la date de démarrage des travaux n’ont été actés. » C’est aussi l’incertitude qui plane, selon cette élue, sur la livraison du nouveau Cap Fleuri I, qui a pesé : « J’émets quelques réserves sur la date de livraison du nouveau Cap Fleuri I, prévue initialement en 2024. Et ce, d’autant que la date du début des travaux de démolition proprement dits, n’est pas définie clairement : premier semestre 2023, deuxième semestre… » Trop de flou, trop de retards sur des projets déjà actés en décembre 2021 : Marie-Noëlle Gibelli n’a donc pas voté ce budget primitif 2023, et elle a prévenu Pierre Dartout, et le gouvernement monégasque : « L’accueil des seniors dans des établissements adaptés à leurs besoins doit être une priorité, et nous devons nous donner les moyens d’exceller dans ce domaine. À ce jour, les moyens mis en œuvre pour loger nos aînés en principauté ne sont pas à la hauteur des enjeux. »

« Le temps des études est terminé. Maintenant il faut décider, autour d’une stratégie claire »

Brigitte Boccone-Pagès. Présidente du Conseil national

« Je ne sais pas mentir »

Toujours parmi les votes contre ce budget, l’élu indépendant, ex-Primo !, Daniel Boeri, a justifié sa position en estimant que le gouvernement « oublie clairement les générations futures ». En cause, la gestion du fonds de réserve constitutionnel, qui, selon ce conseiller national, ne serait pas la bonne : « La partie liquide du fonds de réserve constitutionnel, en hausse en valeur absolue, masque la baisse forte de son pouvoir d’achat. Pire, la poursuite de cette tendance aboutirait, en dépit de l’accroissement des excédents, à ce qu’en 2040, la partie liquide du fonds de réserve soit simplement égale au montant des dépenses ordinaires : il n’y aura plus de réserves ! », a lancé Daniel Boeri. Avant d’évoquer, pêle-mêle une série de sujets qui ont cristallisé son mécontentement : insuffisance des mesures du gouvernement concernant le climat et la crise énergétique, le télétravail qui « remet en cause l’occupation des surfaces de bureaux » et qui impose d’« anticiper et de définir les emplois nouveaux à créer pour demain et sur place », ou encore, un budget de l’État trop focalisé sur le court terme, alors qu’il devrait être davantage marqué par le souci d’envisager l’avenir. Puis, l’élu Primo ! Pierre Van Klaveren a pris la parole à son tour. Même s’il a voté en faveur de ce budget primitif 2023, qui sera pour lui son dernier budget, puisqu’il n’est pas candidat pour l’élection nationale du 5 février 2023, ce conseiller national est revenu sur ce mandat de cinq ans, qu’il a résumé ainsi : « Chers collègues, si je vous disais que j’ai trouvé tous nos débats passionnants et enrichissants, je vous mentirais. Et vous savez maintenant que je ne sais pas mentir. Si je vous disais également que vous me manquerez tous, je mentirais aussi. Ce que je peux vous dire, par contre, c’est que ces cinq dernières années resteront pour moi une expérience inoubliable et extrêmement enrichissante. […] Bonne chance à tous les candidats aux prochaines élections. Bon courage à celles et ceux qui seront élus. » L’élue Primo !, Michèle Dittlot, a aussi fait ses adieux au Conseil national, puisqu’elle ne sera pas candidate pour l’élection nationale de février 2023 : « Parodiant Serge Gainsbourg (1928-1991), je suis venue vous dire que je m’en vais. Mais, contrairement à Verlaine (1844-1896) dans son si beau poème, ce n’est pas « au vent mauvais que je m’en vais », puisque je garderai d’impérissables souvenirs de ces trois mandatures passées à vos côtés », a-t-elle assuré.

« Nous vous demandons donc de prendre vos responsabilités sur une future opération domaniale, à déterminer en vue du budget rectificatif 2023, ainsi qu’une décision majeure au moins concernant un équipement structurant pour améliorer la mobilité vers et dans Monaco »

Brigitte Boccone-Pagès. Présidente du Conseil national

Allocation Adulte Handicapé

La suite de la soirée a été aussi ponctuée par des remerciements et des motifs de satisfaction exprimés par les 15 élus qui ont voté pour ce budget primitif 2023. Corinne Bertani, a notamment félicité le gouvernement pour son accompagnement économique pour les commerces, face à la pandémie de Covid-19. Prenant lui aussi la parole pour la dernière fois, car il ne sera pas candidat pour la prochaine élection nationale, le président Primo ! de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses, Marc Mourou, s’est félicité de la confirmation de la déconjugalisation de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) : « C’est une réelle avancée, car les personnes en situation de handicap pouvaient ressentir un manque dans leur statut social en dépendant financièrement, mais également psychologiquement, de leur conjoint. Le même dispositif est également appliqué pour l’Allocation Handicap Vieillesse (AHV), selon les mêmes modalités. » Le recrutement en début d’année 2023 de deux pédo-psychiatres supplémentaires pour le centre Plati, avec le pôle médico-psychologique pour enfants et adolescents, pour la prise en charge des jeunes souffrants de difficultés psychologiques ou victimes de troubles des apprentissages, est un autre point positif soulevé par cet élu, qui a aussi réclamé à nouveau la construction d’un EHPAD supplémentaire à Monaco : « Des solutions alternatives ont été trouvées, notamment avec la réouverture prochaine de la résidence Giaume, pour retarder les besoins futurs. Mais nous espérons que la nouvelle piste indiquée lundi 12 décembre 2022 par le gouvernement, et pour laquelle une réunion est prévue en janvier 2023, confirme la réelle viabilité de ce projet, et permette son lancement. »

Jacques Rit
« Il est grand temps de relancer le débat sur une évolution du mode de scrutin des élections nationales. Nous observons, une fois de plus, la difficulté rencontrée par des formations politiques de taille modeste, mais cependant tout à fait à l’échelle de la taille de notre pays, pour rassembler 24 candidats, et se présenter aux élections. […] Je souhaite sincèrement à la seule liste en lice pour les prochaines élections qu’une deuxième liste émerge d’ici là, afin de renforcer la légitimité de tous les futurs élus. » Jacques Rit. Élu HM. © Photo Conseil National

Après trois mandats, l’élu Horizon Monaco (HM), Jacques Rit, ne rempilera pas non plus pour la mandature 2023-2028, ce qui ne l’a pas empêché de se dire solidaire de « certaines doléances » exprimées par d’autres élus. Il a aussi avancé quelques pistes de réflexion pour le futur. « Il est grand temps de relancer le débat sur une évolution du mode de scrutin des élections nationales. Nous observons, une fois de plus, la difficulté rencontrée par des formations politiques de taille modeste, mais cependant tout à fait à l’échelle de la taille de notre pays, pour rassembler 24 candidats, et se présenter aux élections. La loi électorale n’impose, c’est vrai, qu’un minimum de 13 candidats pour constituer une liste, mais les simulations montrent qu’il est impératif d’en présenter 24 pour préserver toutes ses chances de remporter des sièges. Et je souhaite sincèrement à la seule liste en lice pour les prochaines élections qu’une deuxième liste émerge d’ici là, afin de renforcer la légitimité de tous les futurs élus », a jugé Jacques Rit. Cet élu a aussi réclamé deux autres avancées : le vote d’une loi concernant la publication des décisions de justice, même si « un signe encourageant est présent dans la nouvelle version de LégiMonaco, où une rubrique « décisions de justice » est prévue. Mais le texte de référence énonçant les critères de cette mise en ligne fait encore cruellement défaut », a estimé ce conseiller national HM, avant d’évoquer un dernier sujet. Celui de la domanialité publique de la mer territoriale monégasque et de ses fonds, qui n’est toujours pas inscrite dans la loi. « Pourtant nous savons que la seule extension territoriale possible de la principauté a toujours été sur la mer, a relevé cet élu. Ce qui représentait au départ une nécessité économique, va bientôt devenir un choix existentiel. Et je veux bien poser la question à Monsieur Genta, mais je doute qu’il envisage, un jour, de proposer aux familles monégasques des appartements domaniaux dans le Métaverse, après épuisement du dernier mètre carré constructible sur la terre ferme. »

« 45 pages d’exposés pour 9 milliards d’euros »

Le vice-président du Conseil national, Balthazar Seydoux, a rappelé pour sa part que la mandature 2018-2023 aura été marquée par le Covid-19, la guerre en Ukraine, et le retour de l’inflation. « En réponse, nous avons voté des budgets exceptionnels dans le volume des dépenses pour répondre à la crise Covid. Nous avons obtenu la mise en place du comité mixte de suivi de la crise Covid et de la commission d’accompagnement de la relance économique (CARE). Nous avons accompagné le gouvernement pour la mise en œuvre des plans de relance de notre économie. Nous avons défendu le pouvoir d’achat de l’ensemble des salariés du public comme du privé », a souligné Balthazar Seydoux. Tout en prévenant : « Le gouvernement ne doit pas prendre mon vote pour un blanc-seing. Nos débats de ces derniers jours ont mis en lumière de nombreux sujets sur lesquels nous ne sommes pas en phase. Sur des questions telles que la mobilité, la charge législative, l’Europe, et, plus largement, sur l’avenir de nos compatriotes. Il y a un grand nombre d’échéances qui sont devant nous et face auxquelles, je l’espère, le gouvernement sera au rendez-vous du « bon sens ». » S’exprimant à son tour, Pierre Bardy a évoqué le programme triennal d’équipements publics 2023, 2024, et 2025, évoquant « 45 pages d’exposés pour 9 milliards d’euros, uniquement sur les dépenses d’équipements, parce qu’elles sont pour moi le reflet des enjeux et de la politique de notre pays ». Mais cet élu Primo ! a jugé trop floues les informations données sur les recettes, surtout au vu de la hauteur des sommes et des enjeux : « Peut-être est-il souhaitable d’avoir plus de détails quant à la politique de recettes qui permettront de financer de tels investissements. Peut-être est-il nécessaire d’associer au prisme de la dépense la capacité de revenus de ces équipements ? Peut-être nous ne serons pas pour toujours dans un équilibre budgétaire excédentaire. Simple suggestion, mais ô combien importante lorsqu’on décide d’engager de telles sommes. »

Sur le front du logement des Monégasques, le président Primo ! de la commission ad hoc, Franck Lobono, a estimé que, sur ce sujet, « les actions concrètes sont bien là, et très symboliquement, le premier bail dans la nouvelle tour Elsa a été signé il y a trois jours ! C’est une immense satisfaction pour chacun de nous, et ce n’est que le début de centaines d’attributions qui ont commencé en juin 2022, et qui vont se poursuivre toute l’année prochaine ». Avant d’ajouter : « Le secteur domanial devient la seule solution de logement pour plus de 70 % des Monégasques. Comme j’aime à le dire, le logement des Monégasques est devenu une question sociétale. C’est unique au monde, et c’est la conséquence d’une situation immobilière extraordinaire dans le secteur privé. » Mais dans ce dossier toujours sensible, rien n’est acquis. Franck Lobono a donc appelé le gouvernement monégasque à faire preuve de « vigilance » à propos de la question des charges locatives « dont l’augmentation devra être contenue », et des contrats habitation capitalisation (CHC), qui « deviennent de plus en plus chers dans les nouveaux immeubles, ce qui condamne certains attributaires, qui n’ont pas choisi leur appartement, à rester locataires toute leur vie », a-t-il prévenu, estimant, pour conclure, que le « logement des Monégasques appelle donc encore beaucoup de travail et de concertation dans les années à venir ».

« Je suis beaucoup plus inquiet sur la capacité du gouvernement à se réformer, et à remettre en cause des habitudes séculaires qui lui semblent immuables, et qui engendrent des lourdeurs et des délais administratifs totalement incompatibles avec un État qui veut donner de lui une image moderne. Ce sujet sera, à n’en pas douter, l’un des sujets majeurs de la prochaine mandature »

Franck Julien. Élu Primo !

« Responsabilités »

Le président de la commission pour le numérique, Franck Julien, a évoqué, de son côté, deux chantiers qu’il a jugé « extrêmement structurants » : la dématérialisation des relations des entreprises et des salariés avec la direction du travail, et notamment avec le service de l’emploi, et un plan « ambitieux » du gouvernement pour « simplifier la création et la vie des entreprises à horizon 2025 ». Et cet élu a soufflé le chaud et le froid : « Je ne suis pas inquiet sur les aspects techniques de ces deux chantiers, car la délégation interministérielle chargée de la transition numérique (DITN) maîtrise maintenant bien ces aspects, et dispose des budgets nécessaires. En revanche, je le suis beaucoup plus sur la capacité du gouvernement à se réformer, et à remettre en cause des habitudes séculaires qui lui semblent immuables, et qui engendrent des lourdeurs et des délais administratifs totalement incompatibles avec un État qui veut donner de lui une image moderne. Ce sujet sera, à n’en pas douter, l’un des sujets majeurs de la prochaine mandature. »

Parmi les 15 votes positifs, on trouve aussi celui de la présidente Primo ! du Conseil national, Brigitte Boccone-Pagès : « Nous avons, pour beaucoup d’entre nous, la sensation d’avoir vécu un mandat qui compte double. Cette impression n’est pas si relative, car, en termes de travail accompli, d’événements et d’avancées, le bilan de cette mandature est tout simplement historique. » Avant d’estimer, tout en regardant le ministre d’État, Pierre Dartout, que les cinq années de la mandature 2018-2023 se soldent par « un bilan historique, une crise historique, mais aussi des opportunités historiques. En effet, avec des finances publiques saines sur le plan de la performance de notre modèle économique, j’estime que l’État monégasque doit investir maintenant dans les équipements de demain. Le besoin d’anticipation est de plus en plus fort, car le monde va de plus en plus vite. Pour anticiper, il faut décider. Et je vous le redis ce soir, Monsieur le ministre, c’est maintenant qu’il faut décider pour engager les grands projets de demain. Le temps des études est terminé. Maintenant il faut décider, autour d’une stratégie claire. » Brigitte Boccone-Pagès a aussi jugé qu’elle avait remis le Conseil national « à sa place […] sous l’impulsion de mon prédécesseur ». Sans attendre, la présidente du Conseil national a demandé au ministre d’État, Pierre Dartout, de s’engager clairement : « Nous devons avoir le courage de regarder devant. Nous vous demandons donc également de prendre vos responsabilités sur une future opération domaniale, à déterminer en vue du budget rectificatif 2023, ainsi qu’une décision majeure au moins concernant un équipement structurant pour améliorer la mobilité vers et dans Monaco. En contrepartie, je veux vous dire que nous continuerons de répondre présents, comme nous l’avons toujours fait. »

Brigitte Boccone-Pagès
Pour Brigitte Boccone-Pagès, les cinq années de la mandature 2018-2023 se soldent par « un bilan historique, une crise historique, mais aussi des opportunités historiques. En effet, avec des finances publiques saines sur le plan de la performance de notre modèle économique, j’estime que l’État monégasque doit investir maintenant dans les équipements de demain ». © Photo Conseil National

« Pragmatisme et responsabilité »

Concernant l’épineuse question du logement des Monégasques, la présidente de l’Assemblée pense que « beaucoup a été fait » et que, par conséquent, sa majorité peut « terminer ce mandat avec le sentiment du devoir accompli ». Saluant son collègue de la majorité Primo ! au sujet de son implication dans le développement du numérique depuis 2018, elle a également remercié une autre élue Primo !, Nathalie Amoratti-Blanc, pour son travail « acharné pour l’égalité entre les femmes et les hommes, et pour les avancées sociétales qu’elle a défendues avec volontarisme, mais aussi avec responsabilité lorsque nous ne pouvions aller plus loin. Beaucoup reste à faire, notamment en matière d’égalité salariale, mais j’espère que nous aurons l’occasion d’y revenir ». Dans la foulée, elle a étendu ses remerciements aux autres élus sur des sujets divers, des négociations avec l’Union européenne (UE), en passant par les finances publiques de l’État, sans oublier la mobilité et la qualité de vie, ou encore la santé, la jeunesse et le social. Alors que l’élection nationale du 5 février 2023 approche, Brigitte Boccone-Pagès n’a pas oublié de remercier aussi ses opposants de 2018, Béatrice Fresko-Rolfo pour Horizon Monaco (HM) et Jean-Louis Grinda pour Union Monégasque (UM), deux élus qui se présentent désormais avec elle, dans une liste baptisée L’Union. Et elle a eu un petit mot plus spécifique pour l’élu HM Jacques Rit, qui ne rempilera pas pour la mandature 2023-2028 : « Jacques Rit, notre docteur, nous a toujours été d’une grande utilité dans toutes nos réunions préparatoires aux comités mixtes, et vos interventions en séance publique, mon cher collègue, nous manqueront. Votre verbe, votre sens de la démonstration, nous ont beaucoup apporté au cours de vos mandats successifs. » Pas question de terminer cette ultime intervention pour l’année 2022 sans évoquer le précédent président du Conseil national, Stéphane Valeri, parti prendre la présidence déléguée de la Société des bains de mer (SBM). Celui qui a très largement remporté les élections de février 2018 a été salué par celle qui lui a succédé avec ces mots : « Pragmatisme et responsabilité, ce sont ces mots que mon prédécesseur m’a adressés lorsqu’il m’a demandé de poursuivre le travail qu’il a si bien installé à travers le Conseil national pour le bien des Monégasques et des résidents. » Désormais, la période politique 2018-2023 se referme, et tout le monde regarde devant. L’élection nationale du 5 février 2023 se rapproche, et c’est sans nostalgie que Brigitte Boccone-Pagès a refermé le livre de ces cinq années de mandat, marquées par la crise du Covid et la guerre en Ukraine, deux événements que personne ne pouvait prédire : « Il est donc temps de refermer cette page, celle de la mandature entamée en 2018. Avec, mes chers collègues je suis certain que vous partagerez mon sentiment : le sentiment du devoir accompli. »

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