
La nouvelle présidence de la commission de législation occupée par Laurent Nouvion a déclenché des réactions en chaîne.
Laurent Nouvion, président de la commission législation… Il y a encore quelques jours, la nouvelle aurait déclenché des moues dubitatives voire l’hilarité générale. Comment à Monaco, un opposant pouvait-il décrocher la commission parlementaire la plus importante après celle des finances et de l’économie, présidée par Alexandre Bordero, et celle des intérêts sociaux et affaires diverses, chapeautée par Guillaume Rose?? Et ce même si, sur un malentendu, tout est imaginable…
Car depuis que, le 3 avril dernier, Laurent Nouvion a accepté l’offre de la majorité parlementaire, le coup de théâtre de la séance d’ouverture de la session de printemps fait couler beaucoup d’encre. Les réactions s’enchaînent pour décrypter les positions de chacun. Chacun donne sa version des événements. R&E crie au « coup politique » raté de l’UDM. Selon son vice-président Jean-Charles Allavena, « il est évident que la volonté de l’UDM était de provoquer un refus, ce qui aurait permis de présenter à nouveau R&E comme un mouvement sectaire et négatif, leitmotiv de l’UDM. Malheureusement pour l’UDM et pour M. Cellario, surprise pour surprise, R&E a décidé d’accepter la proposition, provoquant les regards atterrés chez certains (dont M. Cellario qui voyait sa présidence de commission promise lui échapper). Et clairement, ces amateurs de la politique politicienne n’avaient pas prévu cette réponse ni envisagé de « plan B »?: au lieu d’essayer de faire bonne figure, ils votèrent à 17 contre l’élection de Laurent Nouvion, démontrant ainsi instantanément que d’ouverture ils ne voulaient en aucun cas et que leur piège grossier venait de se refermer sur eux. La Fontaine rirait encore de cette fable… »
Ouverture
A l’UDM, au contraire, on persiste et signe. C’est bien « un geste d’ouverture » et non « un coup électoraliste ». « Laurent Nouvion s’est ému du non-vote des élus de la majorité à son égard. Mais à titre personnel je ne trouve pas cela choquant. Car il y a une différence entre l’ouverture et le soutien », analyse le tout nouveau président de l’UDM Jean-Sébastien Fiorucci. Dans un communiqué, le parti majoritaire s’est tout de même gargarisé que Laurent Nouvion soit le président de commission le plus mal élu de l’histoire du conseil national…
Selon Jean-Sébastien Fiorucci, R&E a feint l’étonnement. « La décision d’offrir cette commission à l’opposition a été prise il y a 3 ou 4 semaines. Par conséquent, la surprise simulée par le groupe d’opposition pendant cette soirée au conseil national, à titre personnel, je n’y crois absolument pas. Il y a certainement eu des fuites. Il y a des porosités à Monaco qui font qu’à un moment donné, tout vous revient. L’autre preuve est la vitesse avec laquelle Laurent Nouvion a accepté la proposition. S’il avait été véritablement surpris, il aurait demandé une interruption de séance. »
Pas de malaise??
Quoi qu’il en soit, selon l’UDM, cette situation ne changerait pas les rapports de force. Et créerait encore moins de malaise avec les « nouveaux » alliés de l’Unam. « Il n’y a eu absolument aucun problème avec Claude Cellario. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de deal sur des présidences de commission, contrairement à ce dont nous accuse l’opposition », affirme Fiorucci. Rejoint par le trésorier de l’UDM, Claude Cottalorda?: « La meilleure preuve, ce sont les votes. L’Unam a voté comme un seul homme avec la majorité. Il n’y a pas eu une seule défection. »
A double tranchant
Mais en dehors du ramdam politicien, la question que l’on se pose aujourd’hui reste comment cette fameuse commission de législation fonctionnera concrètement. « Laurent Nouvion sera considéré comme tous les présidents de commission avec l’aide du secrétariat général qui mettra à sa disposition des administrateurs. Il devra déterminer les ordres du jour, décider de priorités législatives », indique sobrement Fiorucci. Mais à voir les déclarations du chef de cabinet de Jean-François Robillon, ça ne sera pas simple?: « Bien entendu, le fait majoritaire demeure. Si nous ne sommes pas d’accord avec sa façon de présider cette commission ou d’arbitrer tel ou tel texte, on le dira et il sera mis en minorité. » Preuve des relations tendues entre les deux hommes, Fiorucci ajoute?: « Ce n’est pas un hochet qu’on lui a donné, c’est une commission. Laurent Nouvion devra se remettre au travail. Ça le changera. » De son côté, Jean-Charles Allavena annonce la couleur?: « Nous espérons que le bon sens de tous finira par se manifester et que le travail de Laurent Nouvion pourra être accompli dans les mêmes conditions que celui des autres présidents de commissions. Il va de soi que, si ce n’était pas le cas, Laurent Nouvion quitterait très vite ses fonctions, son but n’étant ni l’obtention d’un poste honorifique ni la participation à une mascarade, mais la contribution au travail de la haute assemblée. » On peut donc légitimement se demander si Laurent Nouvion restera à cette fonction jusqu’au soir des élections… Le leader de R&E n’aurait d’ailleurs aucun intérêt à rester président de cette commission jusqu’au dernier moment, la majorité ayant beau jeu de lui coller la responsabilité d’un bilan législatif en demi-teinte de la dernière année pré-électorale. Au contraire, une démission pourrait servir une logique de victimisation de la minorité par la majorité. Encore faut-il choisir le bon moment pour claquer la porte la tête haute. Sans avoir l’air non plus de quitter le navire trop vite…
Un précédent Nouvion
Pour sa première réunion en tant que président de la commission de législation, le 11 avril, Laurent Nouvion devait examiner le projet de loi sur l’organisation du conseil national. Un texte dont on parle depuis des années et qui devrait entériner le fait de confier une présidence de commission à l’opposition à l’avenir. Après le précédent Nouvion…
Un goût de déjà-vu
Dans son discours signant sa réélection, Jean-François Robillon a souhaité taper fort. Hommage marqué à ses prédécesseurs, voire aux « opposants constructifs » (et quand on connaît l’antagonisme du cardiologue avec Jean-Jo Pastor, on imagine ce que cela a pu lui coûter…), le président du conseil national affirme vouloir s’inscrire dans une démarche d’ouverture. Après des relations dignes des montagnes russes avec le conseiller pour les affaires sociales, alternant entre guerre froide et coexistence pacifique, Robillon a donné un signe de radoucissement en faisant vibrer la corde sensible de Stéphane Valeri avec des allusions aux victoires partagées de 2003 et 2008. Dans cette logique, le « geste d’ouverture » accordant la présidence de la commission de législation à Laurent Nouvion s’inscrirait presque dans la continuité de l’action de son prédécesseur. En 2008, Stéphane Valeri avait en effet clamé vouloir placer son deuxième mandat à la tête du Parlement sous le signe de l’« apaisement », de l’« ouverture » et de la « consultation ». Afin, disait-il, de ne pas « travailler dans l’ostracisme et l’exclusion ». C’est ainsi qu’il avait, par exemple, recruté Bernard Pasquier, à l’époque vice-président du Parti monégasque, en tant qu’attaché chargé des dossiers économiques et financiers.
Allusions sarkozystes
Valeri avait alors adopté — et adapté à Monaco — la tactique sarkozyste d’ouverture. Une méthode dont s’était gaussée à l’époque Laurent Nouvion?: « Stéphane Valeri s’est pris pour Tito le père des peuples. Le Prince est le seul à pouvoir demander et à développer autour de sa personne l’unité de l’ensemble des Monégasques. Stéphane Valeri a plagié un dirigeant républicain. Ce qui représente, une fois de plus, un copié-collé sur la France. C’est une manœuvre politicienne. »
Aujourd’hui, dans un contexte politique différent, les mêmes causes entraînent les mêmes effets. « Citer sans vergogne les grands présidents du conseil, auquel M. Robillon souhaite sans doute être comparé un jour, ou qu’il fasse l’éloge de quelques anciens élus d’opposition (qui n’ont pour lui que mépris glacial) pour mieux dénigrer l’opposition actuelle est une manière étonnante d’ouvrir une séance dont le maître-mot semble être l’ouverture », fustige Jean-Charles Allavena, vice-président de R&E. Avant de gloser le fait que son « discours reprenne, quasiment mot pour mot, plusieurs passages de discours de campagne de l’actuel président français (« j’ai changé », « aidez moi ») ». Bref, un petit air de déjà-vu, non??



