dimanche 7 août 2022
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“J’ai été piégé”

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Gerard Spinelli
« Ce qui se passe en ce moment, avec des ministres régulièrement mis en cause mais soutenus par l'Elysée, démontre la perte des valeurs morales de ce parti. » © Laetitia Ferrando Monaco Hebdo

Visiblement remis de ses quelques semaines passées en détention au début de l’année, Gérard Spinelli évoque sa « sympathie » pour Dominique de Villepin et son nouveau parti. Le maire de Beausoleil qui se dit « prêt au combat » revient sur une lettre ouverte qu’il a écrite au maire de Nice et ministre de l’Industrie, Christian Estrosi.


Monaco Hebdo?: Vous avez rejoint République solidaire. Pourquoi cet engagement auprès de Dominique de Villepin, alors que vous êtes un maire sans étiquette??

Gérard Spinelli?: J’ai rejoint le Club Villepin en raison d’un constat commun?: la crise économique est nourrie par une crise financière et morale. Il n’y a plus de solidarité ni de justice sociale, on assiste à une destruction de la République. Je cite Villepin?: « On est rentré, sans le dire, dans un nouvel ancien régime ». Comme la majorité des Français, je ne me retrouve plus dans le gouvernement. Ce n’est pas une lutte contre un homme ou un parti, c’est un engagement pour des valeurs. Je suis désormais sympathisant du parti que Villepin a créé le 19 juin dernier?: République solidaire.

M.H.?: Pourquoi seulement sympathisant??
G.S.?: Je ne suis effectivement pas encore encarté à ce parti. Je ne veux pas actuellement me marquer, me démarquer. Même si je suis le seul conseiller général sympathisant de République solidaire dans les Alpes-Maritimes. La logique veut que je sois adhérent un jour ou l’autre… Je suis en route vers ce parti.

M.H.?: Ce nouveau parti propose-t-il des solutions alternatives??
G.S.?: Je l’espère?! En tous cas, l’UMP est un parti monolithique qui ne peut plus rassembler. Ce qui se passe en ce moment, avec des ministres régulièrement mis en cause mais soutenus par l’Elysée, démontre la perte des valeurs morales, sociales et humaines de ce parti. La crise peut être un sursaut pour qu’on retrouve des valeurs. Notamment celle de la liberté. Il faut arrêter le tout sécuritaire. On a l’impression d’avoir une chape de plomb au-dessus de nos têtes.
Moi, je suis là pour encourager les réformes qui visent une véritable justice sociale. Ce n’est pas le cas aujourd’hui de la réforme des retraites.

M.H.?: Comptez-vous accompagner Villepin jusqu’au bout??
G.S.?: Si vous parlez des présidentielles, effectivement, je compte le soutenir jusqu’à cette échéance.

M.H.?: Le mode de gouvernance que vous dénoncez au sommet de l’Etat, le dénoncez-vous également au plan départemental??
G.S.?: Bien sûr?! L’absence de concertation et de dialogue se retrouve également au niveau départemental, comme je l’évoque ouvertement dans ma lettre au maire de Nice et ministre de l’Industrie, Christian Estrosi. Le dossier de la Tour Odéon illustre parfaitement cette situation. Le préfet Lamy n’a pas entendu l’appel à l’aide de la mairie de Beausoleil, alors que nous demandions son assistance aussi bien au niveau technique qu’administratif?; nous n’avons reçu aucune réponse concrète, nous laissant gérer un dossier très complexe face à un Etat souverain?: Monaco.

M.H.?: Avez-vous le sentiment d’avoir été piégé dans cette affaire de la Tour Odéon??
G.S.?: Oui, je le dis et le redis, j’ai été piégé. Tout s’entremêle. C’est la conséquence du refus de la communauté d’agglomération de la riviera française (CARF) d’adhérer à la communauté urbaine Nice Côte d’Azur (CUNCA). Je paye le fait de ne pas être dans le moule, car je veux un Est du département indépendant. La logique économique et sociale veut que la ville-centre, la référence pour nous, soit Monaco et non Nice. Vous vous rendez compte que l’intégration de la CARF a été souhaitée, sans une seule réunion avec les élus, sans argumentation?; on nous demandait de signer un chèque en blanc, du jamais vu?! Rappelons que j’ai voté pour Estrosi quand il s’est présenté à la présidence du Conseil général en 2008, puis pour Ciotti. Je suis donc, de fait, dans la majorité départementale.

M.H.?: Mais quel serait l’intérêt d’englober la CARF dans la CUNCA??
G.S.?: Il y a un intérêt tout d’abord politique et très certainement financier. C’est manifestement une dérive du pouvoir personnel.

M.H.?: Que se passe-t-il avec la mission locale de l’Est du département dont vous êtes président??
G.S.?: La CARF n’a pas voté la subvention de la mission locale et elle a quitté cette institution. Pour rappel, à ce jour, il n’y a que des mairies Front national qui ont tourné le dos à cette mission de service public qui s’adresse aux jeunes de 16 à 25 ans. C’est le mépris de la jeunesse pour des raisons politiciennes.
Je me bats, avec le soutien de la région et de l’Etat, pour retrouver des crédits et réamorcer le processus.

M.H.?: Avez-vous reçu une réponse à votre lettre ouverte??
G.S.?: Je n’ai, pour l’instant, reçu aucune réponse à ma lettre. Aucune médiation n’est en cours. Mais si on me dit que l’Est du département peut rester indépendant, je serai ravi de me focaliser sur mon rôle de maire qui est une tâche passionnante. Je ne fais que défendre une logique de territoire.

M.H.?: Dans ces conditions, de quelle marge de manœuvre disposez-vous??
G.S.?: Comme en aïkido, je me sers de leur force pour contrebalancer… Je suis, et je me sens, très soutenu par la population de Beausoleil et de la CARF en général. L’intérêt personnel de quelques élus UMP ne me fera pas revenir en arrière.
On a perdu conscience de la réalité et l’homme a perdu sa place. En ce sens, je rejoins Dominique de Villepin qui déclare « j’ai l’impression que de nombreuses Bastilles se sont créées. » Revenons à une certaine éthique, une équité, à des valeurs républicaines et humanistes.

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