jeudi 16 avril 2026
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« Nous avons obtenu
ce que nous souhaitions »

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Alors que le 15 décembre le Conseil national doit se prononcer sur le vote du budget primitif 2017, le président Christophe Steiner répond aux questions de Monaco Hebdo(1).

 

Le bilan de ce budget primitif 2017 ?

Il est à mon avis prématuré de faire le bilan de ce budget primitif 2017. Car le vote a lieu jeudi 15 décembre, c’est-à-dire le jour de la parution de votre magazine. Si vous y teniez absolument, on pourrait, à la rigueur, faire une synthèse de la réponse du ministre d’Etat, Serge Telle, et du rapport de la commission des Finances.

Et quelle serait la conclusion de cette synthèse ?

On voit bien que la politique du pas vers l’autre a été suivi des faits. Nous avons obtenu ce que nous souhaitions, sans déclaration fracassante à la presse, suivi de « pschiit » à répétition, ou sans « postures belliqueuses » en séance publique, comme certains le souhaiteraient. Ce qui, à mon avis, nous rapprocherait plus d’un documentaire de la regrettée Diane Fossey (1932-1985). Ainsi, nous pouvons considérer que par le travail effectué nous avons réussi à convaincre le gouvernement du bien fondé de nos propositions.

Vous avez vraiment obtenu tout ce que vous souhaitiez ?

Faisons la synthèse de la réponse du ministre d’Etat et du rapport de la commission des finances. Nous avions demandé au gouvernement de considérer les points suivants : la transformation en projet de loi de notre proposition de loi sur les taux du Contrat Habitation Capitalisation (CHC).

Et donc ?

Dans sa réponse, le ministre d’Etat nous a indiqué que le gouvernement va le transformer en projet de loi pour qu’un vote puisse intervenir prochainement. Il y a donc de fortes chances d’arriver à un vote d’un projet de loi dans un délai assez bref, sans attendre le traditionnel délai de 18 mois au moins.

Quoi d’autre ?

En ce qui concerne le projet ambitieux de rénovation complète du Larvotto que nous avions demandé lors du projet de loi de l’extension en mer, le gouvernement nous a indiqué qu’il présentera une étude au Conseil national dans le courant du premier semestre 2017.

Et pour assurer le logement des Monégasques ?

Nous avons obtenu la réalisation d’une troisième opération intermédiaire pour laquelle le gouvernement s’était engagé lors du budget primitif 2015. Une opération qui avait complètement disparu des écrans radars… Inutile de vous rappeler les évènements du budget rectificatif 2015 (2). Je suis fier de dire que c’est par le dialogue que Marc Burini, Jean-Michel Cucchi et moi-même avons réussi à trouver une solution avec le gouvernement pour que cette troisième opération puisse voir le jour.

Que change l’opération domaniale supplémentaire que vous avez pu obtenir ?

C’est une bouffée d’oxygène supplémentaire et bien nécessaire. Mais elle ne solutionnera pas le problème. Le problème du logement, c’est le « tonneau des Danaïdes ». Cela fait des décennies que l’on parle du problème du logement. Et cela fait des décennies que l’on croit à chaque fois l’avoir solutionné. Pourtant, il perdure.

Quelle politique sur le logement faut-il mener pour les 5 années à venir ?

Très honnêtement, et comme le suggère Jean-Michel Cucchi, je crois qu’il nous faut une étude démographique et sociologique approfondie, afin de déterminer où nous allons et les solutions à adopter.

Il y a aussi les questions liées aux fonctionnaires ?

Nous avions sollicité une réflexion du gouvernement quant au maintien du pouvoir d’achat des fonctionnaires. Vu l’excellence des résultats budgétaires, nous avions demandé le versement d’une prime de fin d’année, mais aussi une revalorisation du point d’indice de la fonction publique et la pérennisation de l’indemnité exceptionnelle versée en deux fois au mois de juin et de décembre. L’objectif, c’est qu’elle ait vraiment le statut d’un 13ème mois, en étant comptabilisée comme faisant partie intégrante du salaire. Tout cela, sans qu’elle ne puisse jamais être remise en cause. Ce qui, contrairement à ce que pense beaucoup de personnes, n’est pas le cas. Sur ces trois points, là aussi, nous avons été suivis par le gouvernement.

Comment jugez-vous la qualité des échanges avec le ministre d’Etat, Serge Telle ?

Nous nous rencontrons autant de fois qu’il est nécessaire, avec le vice-président et les présidents de commission sur les sujets qui les concernent, que ce soit avec le ministre d’Etat ou avec les conseillers de gouvernement. Nous essayons de faire avancer les choses dans le sens de l’intérêt général, de nos compatriotes et des résidents.

Mais tout ne peut pas être idyllique !

Nous ne sommes pas forcément d’accord sur tout. Mais chacun met de l’eau dans son vin. Ce qui permet de maintenir le dialogue et d’obtenir des résultats comme le démontre les avancées législatives et celles obtenues lors des discussions budgétaires.

Comment décririez-vous le style politique de Serge Telle ?

Il sait déléguer et s’implique sur tous les points de conflits potentiels pour les désamorcer. C’est exactement ce que nous essayons de faire de notre côté. Vous savez j’aime les arts martiaux. Et l’une des premières choses que l’on y apprend, c’est d’éviter le conflit autant que faire se peut, en respectant son vis-à-vis. L’affrontement est la solution de dernier recours, c’est la continuité de la politique par d’autres moyens, comme disait Carl von Clausewitz (1780-1831). Mais on ne se retrouve alors qu’avec des perdants.

Finalement, le gouvernement a donc cédé à presque l’ensemble de vos demandes ?

Le gouvernement n’a cédé à rien du tout. Il ne s’agit pas d’un bras de fer, mais de la recherche de l’intérêt du pays et de nos compatriotes. Il a considéré nos propositions et estimait qu’elles étaient fondées. Ou alors disons que nous sommes convaincants…

Sur quelles demandes le gouvernement ne vous a pas encore donné satisfaction ?

Comme je l’ai indiqué lors de mon discours de politique générale, je redirai tout simplement que l’intérêt général exige que dans les processus complexes, donc ceux qui donne cours à discussion, les hésitations, les stratégies qui aboutissent à une décision, ne soient pas étalés sur la place publique, au risque de compromettre les effets attendus de la décision elle-même.

Il a aussi été question des cinq grandes priorités énoncées par le gouvernement ?

Il faut d’abord rappeler ce que sont ces cinq grandes priorités gouvernementales. Il s’agit de la création d’une ligne budgétaire pour le fonds « retraite et prévoyance », de l’unification des efforts consacrés en matière de développement durable et d’environnement par le biais d’une inscription budgétaire unique sur le fonds vert national, du renforcement des moyens accordés aux missions de sécurité. Ce qui se traduit notamment par la création de la réserve civile de la police monégasque. Il y a le développement du numérique, avec notamment le lancement du concept de « smart city » dans lequel l’accent est mis sur les projets de développement et les équipements associés. Et il y a enfin le rayonnement de la Principauté à l’international.

Le financement des cinq grandes priorités énoncées par le gouvernement est pleinement satisfaisant ?

Comme l’a rappelé le président de la commission des finances dans son rapport : « Il eut été opportun que figurent en face des actions et de leurs objectifs, leurs coûts prévisionnels. C’est dans cet esprit que devraient être conçues les différentes politiques publiques faute de quoi il est bien difficile de procéder à de quelconques arbitrages. »

La SBM affiche de mauvais résultats et des perspectives délicates : qu’attendez-vous du gouvernement sur ce sujet ?

Qu’il joue son rôle d’actionnaire majoritaire.

Quelles avancées avez vous notées sur le dossier de la réforme des retraites des fonctionnaires ?

Nous allons nous orienter vers une future caisse de retraites des fonctionnaires. C’est un élément important qui nécessitera des textes législatifs. Le Conseil national sera très vigilant sur ce sujet, comme sur d’autres.

Quelles sont les principales problématiques qui concernent encore les fonctionnaires et que vous souhaitez régler ?

Nous avons encore le texte sur la fonction publique, dont l’étude devra être finalisée dans le courant de l’année prochaine.

Le dossier lié aux problèmes rencontrés par des locataires des Jardins d’Apolline est-il clôt désormais, après les engagements pris par le gouvernement (lire Monaco Hebdo n° 996) ?

Nous avons demandé au gouvernement de prendre des mesures bien avant la création du collectif. Je suis heureux que des mesures soient enfin intervenues et qu’un dialogue ait pu s’installer entre le gouvernement et les locataires, afin de trouver des solutions qui pourront les satisfaire. Nous suivons ce dossier qui a longuement émaillé nos discussions lors de la première journée d’examen du budget.

Vous êtes suffisamment informé des négociations entre Monaco et l’Union européenne (UE) ?

Nous sommes régulièrement informé par le ministre-conseiller de gouvernement pour les relations extérieures, Gilles Tonelli. Et nous avons des contacts réguliers par le biais de la commission des relations extérieures et de son président Jean-Charles Allavena avec nos homologues d’Andorre. De même, le gouvernement organisera pendant le premier trimestre 2017 une réunion avec les professions réglementées, le Conseil national et j’entends dire la fédération des entreprises monégasques (FEDEM).

Quel rôle doit jouer le Conseil national dans ces négociations avec l’UE ?

Le Conseil national doit jouer le rôle qui lui est dévolue par la constitution. Je le rappelle une fois de plus, les relations extérieures sont du domaine exclusif de l’exécutif. Notre rôle est de veiller au respect des lignes rouges et au maintien de nos spécificités. Au premier rang desquelles, la priorité nationale et le critère de nationalité.

Les 24 élus ont-ils tous la même vision et les mêmes positions sur ces négociations Monaco-UE ?

Il y a des sensibilités différentes. Mais les objectifs sont les mê- mes pour tous : expliquer ce que nous sommes et le préserver.

Le Brexit, Hollande qui n’y retourne pas, Renzi qui démissionne, les autrichiens qui élisent un écologiste, mais où l’extrême droite a failli passer : tout cela peut impacter les négociations avec l’UE ?

J’observe ce qu’il se passe, mais je n’ai pas vocation à commenter. C’est plutôt le boulot des journalistes politiques. Et puis ce serait mal placé. Mais je ne pense pas que cela aura un impact pour les négociations Monaco-UE. Si le Brexit n’a rien impacté, il n’y a pas grand-chose qui impactera ces négociations.

Ce dossier européen est en train de devenir un enjeu pré-électoral pour les élections de 2018 ?

Ah, vous aussi vous avez remarqué ! Oui c’est vrai. C’est étrange, mais à Monaco, les campagnes électorales se font sur le terrain de l’étranger. Rien à voir avec Albert Camus (1913-1960), bien sûr ! Une fois c’est le Conseil de l’Europe, une fois c’est l’UE… C’est assez amusant cette obsession de vouloir accuser l’autre de pactiser avec l’ennemi présupposé.

Quel regard portez-vous sur la situation politique en France et les primaires de la gauche et de la droite ?

Interloqué et amusé ! J’aime beaucoup les Etats-Unis et la France, mais aujourd’hui les Français essaient d’adapter le système américain à la sauce gauloise et il y a 40 ans ce devait être pas mal de ces mêmes personnes qui criaient « US, Go home »(3) ! Ironie de l’Histoire…

Seriez-vous favorable à l’organisation de primaires à Monaco ?

On a déjà du mal à faire des listes de 24 personnes et on voudrait faire des primaires… Vous ne croyez pas que l’on devrait arrêter de penser que tout ce qui vient d’ailleurs est la panacée politique absolue ? Rappelons notre taille : 2 km2 et 9000 Monégasques.

Que pensez-vous de la non candidature de François Hollande ?

C’est une histoire franco-française !

Et vous, serez-vous candidat en 2018 ?

Ça, c’est une autre histoire…

À quelle date vous et votre groupe commencerez-vous votre campagne pour les élections de 2018 ?

Aux dates légales prévues par les textes pour ceux qui décideront de se porter candidats.

Laurent Nouvion a déjà commencé ses réunions de quartier pour prendre le pouls de la population monégasque : vous avez donc du retard ?

Non, nous avons du travail à rattraper. Certains se croient en campagne électorale et avaient déjà annoncé leur propre candidature un an à peine après les dernières élections. D’ailleurs, il faut souligner que le premier assistant d’élu qu’a engagé le groupe Horizon Monaco (HM) est uniquement dédié à la communication. Le choix d’un juriste pour étudier les textes n’arrive qu’en deuxième position. Cela démontre leur motivation. Pour notre part, nous devons continuer de rattraper le temps perdu.

Comment continuer à être efficace en tant qu’élu, quand la campagne électorale pour 2018 aura commencé ?

C’est du Corneille (1606-1684) que vous me faites là ! Je sais que pour beaucoup ce sera le cas. Pas tous, malheureusement.

Quels textes pourraient être votés en 2017 ?

De nombreux textes sont encore à l’étude, et non des moindres. J’espère que comme projet phares, nous pourrons finaliser la loi sur la fonction publique, celle sur le patrimoine, ainsi que celle sur l’environnement. Ce sont des textes importants pour notre pays. Nous devons nous occuper également de notre modernisation de notre droit économique et trouver de nouvelles sources de revenus.

 

(1) Cette interview a été réalisée le 12 décembre. Ce n° 997 de Monaco Hebdo a été bouclé le 13 décembre.

(2) Les débats autour du budget rectificatif 2015 avaient été très tendus entre les élus Horizon Monaco (HM) de l’époque et le gouvernement (lire Monaco Hebdo n° 940).

(3) « US, Go home » : « Américains, rentrez chez vous ! ». Il s’agit d’un slogan utilisé en France jusqu’au départ, en 1966, des troupes américaines cantonnées en France.

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