Le président-délégué de la Société des bains de mer, Stéphane Valeri, explique à Monaco Hebdo les dessous du rachat de l’hôtel le Palace des Neiges, à Courchevel (1). Interview.
Qui est l’actuel propriétaire du Palace des Neiges à Courchevel ?
L’établissement fait partie du groupe Alpazur, qui détient plusieurs établissements de luxe dans les Trois Vallées (Savoie) et dans le Var.
Quelle est l’histoire récente de cet hôtel ?
A l’origine, c’était le Byblos des Neiges. Puis, sous l’appellation du Palace des Neiges, cet hôtel a évolué de façon discrète au milieu des grands palaces qui se sont développés autour de lui. Lui avait gardé une clientèle d’habitués, misant davantage sur l’emplacement, qui est idéal, plutôt que sur des offres de restauration ou d’“entertainment” [de divertissement — NDLR], par exemple.
Où est situé cet hôtel ?
Cet hôtel est idéalement situé à Courchevel 1850, au cœur du Jardin Alpin, sur les pistes, tout en étant entouré d’une forêt de sapins. En plus d’une route, il est desservi par une remontée par télécabine depuis le front de neige, appelé la Croisette, qui sera prochainement rénovée.

À quoi ressemble cet hôtel ?
La superficie totale de cet hôtel est d’un peu moins de 8 000 m2, pour environ 70 chambres et suites. S’agissant d’une construction assez ancienne, son aménagement actuel et son architecture feront l’objet d’une profonde restructuration pour le positionner au plus haut niveau, avec une signature architecturale de renommée internationale, et un nombre d’hébergements permettant une exploitation profitable. De même pour les parties extérieures, nos équipes de la direction du développement international travaillent déjà sur différents projets, notamment pour végétaliser le grand parking de surface actuel.
Quel a été le rôle exact du groupe Vallat qui a aidé la Société des bains de mer (SBM) à identifier cette opportunité d’investissement ?
Nous avons travaillé avec ce groupe qui étudiait déjà pour son propre compte l’hypothèse d’un rachat. Nous nous sommes appuyés sur cet acteur local de premier plan, qui connaît parfaitement la topographie et l’économie du luxe dans les Alpes, grâce à son activité de promotion immobilière. Issu d’une famille historique de Courchevel, son dirigeant Joffray Vallat, nous a fait bénéficier de ses meilleurs conseils pour ce qui concerne l’identification et l’opportunité, ainsi que pour l’estimation du bien à acquérir.
« La superficie totale de cet hôtel est d’un peu moins de 8 000 m2, pour environ 70 chambres et suites. S’agissant d’une construction assez ancienne, son aménagement actuel et son architecture feront l’objet d’une profonde restructuration pour le positionner au plus haut niveau »
À quand remontent les premières discussions pour le rachat de cet hôtel à Courchevel ?
Dès ma prise de fonction, fin janvier 2023, nous avons détecté cette opportunité unique, qu’il ne fallait pas laisser passer. Les premières discussions remontent à début avril [2023 — NDLR], en suivant une stratégie définie, en concertation avec le conseil d’administration de notre groupe.
Qui étaient les concurrents également intéressés ?
D’autres groupes hôteliers de niveau mondial cherchent actuellement à investir et à s’implanter dans cette station prestigieuse. Mais je n’ai pas d’information relative à une concurrence sur ce bien précis, étant donné que cette opportunité était confidentielle et que le Palace des Neiges n’était pas connu pour être à la vente.

Pourquoi avoir signé l’acte d’achat le 3 octobre 2023 et laisser l’actuel propriétaire à la tête de cet hôtel pour l’hiver 2023-2024 ?
L’acquisition de l’hôtel s’est effectuée dans un temps record, comme vous pouvez le constater. Pour autant, nous ne pouvons pas démarrer les travaux de rénovation avant la fin de la prochaine saison d’hiver, car il faut d’abord établir un programme précis, et obtenir toutes les autorisations et les permis réglementaires. Afin de ne pas priver la station d’un certain nombre de lits « chauds », ce qui est important pour l’économie des stations de montagne, nous sommes convenus, en accord avec l’exploitant actuel et selon des discussions que nous avons eues avec le maire de Courchevel, de louer le bien à l’exploitant actuel pour une dernière saison hivernale, avant de démarrer les travaux en avril 2024.
« Il s’agira de livrer un produit correspondant à l’excellence hôtelière […], mais aussi de répondre à l’évolution des exigences d’une clientèle internationale très haut de gamme. Tous les aspects de l’hôtel actuel seront revus, ainsi que certains aspects extérieurs : des chambres et suites au spa, des espaces de restauration aux parking »
Un programme de rénovation va être lancé par la SBM au printemps 2024 : en quoi vont consister ces travaux ?
Il s’agira de livrer un produit correspondant à l’excellence hôtelière, ce qui constitue l’ADN de la SBM, mais aussi de répondre à l’évolution des exigences d’une clientèle internationale très haut de gamme. Tous les aspects de l’hôtel actuel seront revus, ainsi que certains aspects extérieurs : des chambres et suites au spa, des espaces de restauration aux parkings.
En plus des chambres et des restaurants, quels autres services sont envisagés dans cet hôtel ?
Vous comprendrez qu’à ce stade, ces questions soient encore à l’étude. Nous prendrons en compte la tendance à la demande d’hébergements aux surfaces plus importantes. Ce que je peux vous dire, c’est qu’avec nos équipes, et entourés des meilleurs professionnels, sous la coordination de Pascal Camia, notre directeur du développement international, rien ne sera laissé au hasard. Et l’offre finale sera comme ce nouveau palace : exceptionnelle.
Combien de salariés seront recrutés pour assurer le fonctionnement de cet hôtel ?
Là encore, il est trop tôt pour vous répondre. Pour autant, nous sommes convaincus qu’il y aura beaucoup de synergie avec nos saisonniers estivaux, sans compter les perspectives d’évolution possible pour nos salariés actuels d’autres établissements du groupe.

Cet hôtel sera confronté à la concurrence de LVMH avec le Cheval Blanc, des Airelles de Stéphane Courbit, et de L’Apogée de Xavier Niel : quels sont vos atouts pour vous imposer face à de tels concurrents ?
Tout d’abord je rappellerai que notre groupe arrive justement au cœur du Jardin Alpin, au meilleur emplacement stratégique de cette zone, sur laquelle évoluent ces grands noms, mais aussi le groupe Jumeirah, qui arrive également. Notre atout sera, bien sûr, en plus de l’aspect nouveauté, le niveau de gamme et d’offres auquel nous voulons hisser le futur premier hôtel de la SBM à l’international. Nous bénéficions d’une excellente réputation et d’un savoir-faire reconnu. Nous saurons donc rivaliser, parfois même en synergie, avec ces concurrents pour les clients des uns et des autres, par exemple pour ce qui concerne la fréquentation des restaurants. La concurrence bénéficiera à tous, attirant une clientèle toujours plus nombreuse.
Vous envisagez un autre rachat dans des îles du sud pour doper l’activité de la SBM pendant l’hiver : quelles sont les pistes que vous étudiez et quand espérez-vous aboutir ?
La direction du développement international est chargée de détecter et d’étudier tout relai de croissance potentiel. Je ne vous cacherai pas que nous recevons beaucoup de sollicitations et de projets. Notre stratégie est claire : nous devons nous intéresser aux endroits où se déplacent nos clients, et bien sûr nos futurs clients. Pour autant, nous ne sommes pas pressés, et nous n’irons pas trop vite. C’est l’une des conditions de la réussite.
« Notre stratégie est claire : nous devons nous intéresser aux endroits où se déplacent nos clients, et bien sûr nos futurs clients »
Désormais, la logique globale de la SBM c’est de faire d’autres investissements de ce type pour assurer un chiffre d’affaires 12 mois sur 12, été comme hiver, et dans le monde entier ?
Notre objectif est évidemment de nous développer de manière profitable, que ce soit en principauté ou à l’international. Nous devons en effet penser aux saisonnalités complémentaires et augmenter sans cesse notre activité globale, de façon cohérente et raisonnable.
1) Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 3 octobre 2023, « pour des raisons liées aux règles de la communication financière », le montant du rachat de cet hôtel n’était pas communiqué par la SBM. Ces informations seront présentes dans le bilan qui sera dévoilé fin mars 2024.



