Sandrine Sauval-Chanteloube a pris la direction MonacoTech en 2023. Avec cette pépinière d’entreprises, elle accompagne les jeunes pousses avec ses équipes, pour les aider à se développer à Monaco, et s’y installer. Interview.
Vous êtes directrice de MonacoTech depuis le 5 juin 2023 : quelle est votre vision de ce rôle ?
MonacoTech existe depuis 6 ans, et il est intéressant de rappeler que sa mission reste la même que celle qui a été définie à la genèse du projet. C’est-à-dire faciliter la création et l’implantation de sociétés technologiques innovantes en principauté, avec le souhait qu’elles s’y développent de manière pérenne, vers l’international. MonacoTech a atteint une certaine maturité aujourd’hui, en termes de programme d’accompagnement, de fonctionnement de l’incubateur, d’interactions avec les parties prenantes.
Quelles sont vos priorités ?
Les actions qui me semblent importantes pour gagner encore en attractivité et en compétitivité vont être essentiellement tournées vers le développement de nos réseaux. J’ai envie de renforcer les liens avec le tissu économique local, les entreprises, le secteur public, parapublic, les associations, les banques… Qui constituent une ligne importante du soutien au démarrage pour nos jeunes entreprises, en tant que premiers clients, premeirs partenaires, et vont leur permettre de s’ancrer plus facilement à Monaco.
L’une des forces de Monaco, c’est d’avoir un réseau d’investisseurs conséquent ?
En plus du développement des réseaux locaux, nous voulons aussi développer les réseaux d’investisseurs, pour accompagner au mieux nos entrepreneurs dans leur recherche de financement, pendant leur incubation, mais aussi en préparation de leur sortie.
Quels sont les avantages à entreprendre à Monaco ?
Un premier avantage, que l’on ressent à partir des retours de nos entrepreneurs, c’est que Monaco est une marque puissante reconnue à l’international, que l’on associe à la sécurité, à la stabilité et aussi à la protection de l’environnement, au yachting, et au luxe. Pour une jeune entreprise qui cherche à créer une marque dans ces secteurs, développer son entreprise à Monaco sera une véritable opportunité.
L’environnement monégasque joue beaucoup, aussi ?
L’environnement monégasque offre un terrain de jeu formidable à nos startups. Non seulement, c’est un environnement extrêmement international, avec 140 nationalités composées d’entrepreneurs du monde entier, avec des expériences vraiment très riches, qui offrent des opportunités de connexion et de développement économique. Et il y a aussi cette proximité avec ces acteurs qui facilitent les interactions. Si on regarde l’exemple de la startup Carlo, qui a fait ses premiers pas en principauté, on voit que l’équipe pouvait littéralement rencontrer ses clients à pied, et tester son produit avec une densité d’acteurs et un retour d’expérience très rapide. Nous disposons aussi d’infrastructures de pointe comme la fibre, la 5G, le cloud souverain… Certaines de nos startups viennent chercher ces infrastructures technologiques. À Monaco, l’environnement est assez unique. Nous avons la proximité d’un village, le cosmopolitisme d’une grande ville, et la puissance d’un État.
« En plus du développement des réseaux locaux, nous voulons aussi développer les réseaux d’investisseurs, pour accompagner au mieux nos entrepreneurs dans leur recherche de financements »
S’installer, c’est très bien, mais les sociétés arrivent-elles à rester à Monaco après leur incubation ?
C’est une bonne question, et quelques chiffres sont révélateurs à ce sujet : depuis que MonacoTech a été créé en 2017, on a accompagné 52 projets, et 26 d’entre eux ont donné lieu à une création de société en principauté. Nous avons donc un taux de conversion de 50 %, ce qui est très bien, pour 120 emplois créés, dont la moitié à Monaco.
Quelles entreprises, par exemple ?
Carlo, Pineappli, Coraliotech, font partie de la liste. Et quelques startups plus récentes, mais prometteuses, comme Net0 qui ont récemment participé à la Cop28 avec la délégation monégasque.
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Ce rapport de proximité, lié à la taille du territoire, peut faciliter les choses ?
Je suis convaincue que la richesse et la solidité des liens tissés avec l’écosystème local est un facteur important d’ancrage des projets avec des premiers clients, des investisseurs, des premiers partenaires locaux. Cela va vraiment contribuer à ancrer des projets. Et c’est notre rôle, en tant qu’incubateur, de faciliter ces connexions. D’où ma priorité de développer le réseau.
Pour une jeune pousse, c’est facile de trouver des investisseurs à Monaco aujourd’hui ?
On ne peut pas dire que cela soit facile, mais c’est le cas partout. Ce n’est pas propre à Monaco. Notre rôle est d’accompagner cette recherche de financement et nous travaillons pour cela à développerr notre réseau d’investisseurs, à toujours leur donner la visibilité sur les pépites incroyables soutenues par MonacoTech, et à mieux comprendre leurs attentes, pour être toujours plus pertinents et pour mieux cibler les mises en relations.

Sur le plan législatif, les textes sont-ils suffisamment à jour pour favoriser l’installation de nouvelles sociétés ?
Des échanges sont en effet en cours entre le gouvernement et le Conseil national, avec un projet pour proposer de nouvelles formes juridiques [à ce sujet, lire notre article Le droit des sociétés va devoir évoluer à Monaco, publié dans ce dossier — NDLR]. De notre côté, nous avons la chance d’être proches du gouvernement, notamment du département de l’économie et des finances et de la direction du développement économique. Cela nous permet d’avoir un canal direct de communication pour faire remonter les besoins de nos startups. Des besoins en terme de flexibilité, de simplicité, et de fluidité dans les processus de création d’entreprise. Mais aussi de coûts adaptés à leur taille, sans oublier l’intégration de nouveaux investisseurs, également. Ces besoins-là sont écoutés.
Le PASS StartUp programme est un plus ?
Grâce à ce pass, les startups de MonacoTech ont la chance de bénéficier d’un statut spécifique valable 18 mois, qui s’appelle le « statut MT ». Il offre une souplesse au lancement des projets qui est très appréciable. Il permet aux fondateurs de démarrer rapidement leur activité, sans avoir encore constitué de société de droit monégasque. Cela leur permet donc d’être connus des services administratifs, d’être immatriculés, et d’être autorisés intuitu personæ à exercer. C’est très rapide, et cela facilite le démarrage des projets.
« Le coût des loyers et l’espace limité en principauté sont des spécificités que nos startups doivent prendre en compte dans leur démarche d’installation en principauté. Mais elles y sont sensibilisées au démarrage […]. C’est quelque chose qui est déjà intégré dans la décision d’origine de postuler à MonacoTech »
Mais le foncier et le prix au m2 reste un véritable problème pour l’installation d’un projet en principauté ?
Ce n’est un secret pour personne. Le coût des loyers et l’espace limité en principauté sont des spécificités que nos startups doivent prendre en compte dans leur démarche d’installation en principauté. Mais elles y sont sensibilisées au démarrage. Tout dépend des profils. C’est quelque chose qui doit déjà être intégré dans la décision d’origine de postuler à MonacoTech.
Cela pèse sur le nombre de candidatures que vous recevez ?
Depuis les débuts de MonacoTech, nous avons enregistré plus de 450 candidatures, et 55 candidatures dans le dernier appel à projet. Nous en retenons 3 à 6 dans chaque promotion, pour un taux de sélectivité de l’ordre de 8 à 10 %, ce qui est comparable à celui de grands incubateurs en France.
Vous faites un gros travail de communication avec MonacoTech : c’est une volonté de s’étendre au-delà des frontières de la principauté ?
Absolument. Pour nous, c’est une clé. La visibilité de MonacoTech nous permet d’attirer non seulement plus de projets, mais aussi de meilleur qualité, et plus pertinents. Cela nous permet aussi de nous faire connaître des entreprises et des investisseurs. C’est primordial.
Sur quels secteurs mettez-vous l’accent ?
On s’appuie sur les secteurs de force de la principauté : la greentech, la medtech, la fintech, et la biotech, notamment la biologie marine. Il y a aussi le yachting, qui est un secteur historiquement important pour la principauté. On s’autorise à regarder tout autre projet qui n’appartiendrait pas à l’une de ces verticales, mais qui aurait une pertinence à se développer depuis Monaco. Puis, au-delà de ces secteurs, il y a une réelle attention portée à des critères plus classiques de sélection comme la viabilité du modèle économique, la pertinence de l’innovation, le marché, et l’équipe qui porte ce projet. C’est un socle dans la sélection de ces projets.
« Si on regarde l’exemple de la startup Carlo qui a fait ses premiers pas en principauté, on voit que l’équipe pouvait littéralement rencontrer ses clients à pied, et tester son produit avec une densité d’acteurs et un retour d’expérience très rapide »
Une spécialité ressort plus que d’autres sur les dernières 55 candidatures ?
L’intelligence artificielle, clairement. C’est vraiment sur cet appel à projets qu’on le ressent le plus. Dans tout un tas de secteurs, notamment dans le médical, le développement durable, l’efficacité des entreprises, la formation des employés, etc..
Que peut-on dire de cette dernière promotion ?
C’est une promotion très « digitale », la dernière était plus greentech. Nous avons accueilli quatre nouvelles startups, en septembre 2023, la première est Altores, qui développe une plateforme d’employés digitaux et qui s’appuie sur l’IA pour aider les petites et moyennes entreprises à gagner en productivité, notamment en automatisant certaines tâches comme la gestion des réseaux sociaux. Ensuite nous avons Brain-NET, dans le secteur medtech, qui développe des outils digitaux pour faciliter et fiabiliser le diagnostic et le suivi de maladies neurologiques. Ces outils sont destinés aux professionnels de santé, notamment aux médecins en charges d’équipes sportives.
Ensuite ?
Monaco Experience Point, une edtech, spécialisée dans l’éducation, qui va booster le développement professionnel des employés dans des grandes entreprises, accompagner les départements des ressources humaines à mettre en place des parcours de formations adaptés et conçus par des experts. Elle utilise l’intelligence artificielle pour faciliter la création de contenu, et faire en sorte qu’ils soient didactiques, pertinents, et sur-mesure pour chaque entreprise.
Que fait la quatrième ?
SOCA est une application de commande BtoB qui va digitaliser les interactions entre les restaurateurs et les fournisseurs, pour automatiser et faciliter la gestion des commandes. C’est un secteur qui est encore très peu digitalisé. Les fondateurs, qui sont issus de cette industrie, ont vécu les problématiques associées et ont souhaité les adresser. Ils ont conquis également le jury du concours de la Jeune chambre économique (JCE).
Quel est le profil des porteurs de projets ?
On peut le décrire selon tout un tas de critères. Ce qui est vraiment important chez MonacoTech, c’est qu’il y ait une brique technologique qui soit maîtrisée. Souvent, les porteurs de projets ont déjà une expérience dans un domaine ou une industrie, et ils en ont tiré une innovation. On a des porteurs de projets qui sont des ingénieurs, des médecins, des docteurs en IA ou des experts d’un secteur qui ont identifié une faille ou un besoin qu’ils souhaitent adresser.
« Ce qui est vraiment important chez MonacoTech, c’est qu’il y ait une brique technologique qui soit maîtrisée. Souvent, les porteurs de projets ont déjà une expérience dans un domaine ou une industrie, et ils en ont tiré une innovation »
Géographiquement, d’où viennent-ils ?
C’est assez varié. Nous avons des personnes de la région, de Monaco, mais aussi au-delà, en Italie, et en France. Nous avons aussi eu quelques projets du Canada et de Nouvelle Zélande. Il y a différentes origines. Mais tous trouvent à Monaco une résonance qui les convainc de lancer leur aventure ici.
Et vous, vous veniez d’où avant de rejoindre MonacoTech ?
J’ai grandi à Monaco et je suis Monégasque. J’ai suivi une formation d’ingénieur, et j’ai également fait un master spécialisé en management des nouvelles technologies, en partenariat entre HEC et Télécom Paris. J’ai commencé ma carrière chez IBM, en consulting, puis j’ai rejoint BNP Paribas, où je gérais des projets de transformation sur des thématiques variées, comme métiers et organisationnelles, ainsi que des grands projets d’intégrations de clients. Des projets qui avaient en commun de nécessiter une coordination complexe à l’international. C’était à Paris, et c’est dans le cadre d’un projet familial de retour en principauté que j’ai choisi de revenir à Monaco, puis à MonacoTech en 2022.

MonacoTech est venu vous chercher ?
C’est une opportunité qui s’est présentée. On m’a contactée en effet, et j’ai été tout de suite séduite par le projet, et par la pertinence pour Monaco. Chaque jour j’apprécie la richesse de l’environnement de MonacoTech, marqué par une diversité d’innovations et une vitalité remarquable des porteurs de projets. La collaboration des experts est également extrêmement enrichissante.



