lundi 9 mars 2026
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SBM — Sophie Vincent : « Le salaire n’est pas le seul élément que le saisonnier regarde »

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Cette année, ils sont plus d’un millier à travailler pour la Société des bains de mer (SBM). D’avril à octobre, les saisonniers contribuent au bon fonctionnement des différents établissements de cette entreprise. Mais, depuis quelques années, leurs aspirations ont évolué, et leur recrutement est devenu plus difficile. Comment rendre leurs conditions de travail suffisamment attractives ? Sophie Vincent, directrice des ressources humaines de la SBM, a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

En France, l’industrie du tourisme fonctionne avec près d’un million de travailleurs saisonniers qui sont embauchés chaque année : en moyenne, combien y a-t-il de saisonniers recrutés annuellement à la SBM ?

Entre 900 et 950 saisonniers sont généralement recrutés chaque année par la SBM. En raison de nos nombreuses ouvertures cette année, notamment celles d’Amazónico Monte-Carlo et du nouveau Café de Paris Monte-Carlo, nous recherchions 1 200 saisonniers pour la saison 2024.

Comment le nombre de saisonniers a-t-il évolué au cours des dix dernières années ?

Nous constatons que ce nombre est relativement stable, à périmètre constant. Mais, comme je l’ai précédemment mentionné, l’évolution de nos activités fait augmenter, de facto, nos besoins en saisonniers.

Vos saisonniers travaillent sur quelle période ?

Nos saisonniers travaillent principalement d’avril à octobre.

Secteur par secteur, comment sont-ils répartis ?

Nous comptons environ 1 100 saisonniers dans nos hôtels et restaurants. Les 100 restants sont répartis sur nos autres activités, comme certains métiers du casino ou nos services de réservation.

« Cette année, 60 % de nos saisonniers sont des réintégrations, ce qui est un excellent indicateur, compte-tenu de l’augmentation de nos besoins »

Combien de saisonniers reviennent chaque année ?

Cette année, 60 % de nos saisonniers sont des réintégrations, ce qui est un excellent indicateur, compte-tenu de l’augmentation de nos besoins.

Le risque potentiel, serait qu’une trop forte rotation de personnel débouche sur une perte de savoir-faire, voire sur une déstabilisation de l’organisation ?

Nos procédures nous permettent d’assurer une excellente formation sur le terrain pour nos nouveaux saisonniers. Ils sont toujours encadrés par nos équipes internes d’experts, ce qui permet d’assurer une organisation fluide et efficace. Par ailleurs, nous mettons en place des journées d’intégration et de formation qui complètent cette transmission de savoir-faire et de connaissances du “resort” [complexe touristique — NDLR].

New Beach Monte-Carlo Société des Bains de Mer SBM
Les saisonniers de la SBM sont logés au New Beach à Roquebrune-Cap-Martin [notre photo – NDLR] à Cap d’Ail dans un immeuble en location, et dans les résidences du Tenao, à Beausoleil. © Photo Monte-Carlo Société des Bains de Mer

Pour fidéliser cette main-d’œuvre, mettez-vous en place des programmes de valorisation des saisonniers, avec des avantages sociaux, comme des primes de fin de saison, des titularisations, ou des systèmes d’intéressement au chiffre d’affaires ou au résultat, par exemple ?

Nos saisonniers bénéficient du modèle social qui fait la force et la spécificité de la SBM. Tout d’abord, les salaires que nous leur proposons sont plus élevés que ceux de nos concurrents, et nos conditions de travail sont également plus avantageuses. En effet, nous pouvons loger nos saisonniers dans des conditions préférentielles, à proximité de leur lieu de travail, ce qui leur permet d’éviter de subir les aléas des transports, et de ne pas s’inquiéter à l’idée de devoir trouver un logement en urgence à leur arrivée. Nos logements ont d’ailleurs fait l’objet d’une rénovation d’envergure à l’inter-saison, et le mobilier a également été changé.

Quoi d’autre ?

Ceux qui travaillent chez nous pendant au moins 90 jours sont également éligibles à la prime d’intéressement, en fonction des résultats de la SBM. En complément, et pour les fidéliser d’une saison à l’autre, nous comptabilisons toutes les périodes travaillées consécutivement en saison, pour le calcul du 13ème mois et de la prime d’ancienneté. Enfin, travailler une saison dans l’un de nos établissements peut ouvrir de belles perspectives de carrières au sein du groupe, car des opportunités peuvent se présenter en fin de saison, en raison des “turnovers” [roulement du personnel — NDLR] naturels et des nouveautés régulières. Quoi qu’il en soit, « l’expérience SBM » constitue une belle plus-value sur un CV. Elle est très valorisante sur le plan professionnel et personnel.

« Entre 900 et 950 saisonniers sont généralement recrutés chaque année par la SBM. En raison de nos nombreuses ouvertures cette année, notamment celles d’Amazónico Monte-Carlo et du nouveau Café de Paris Monte-Carlo, nous recherchions 1 200 saisonniers pour la saison 2024 »

Eprouvez-vous des difficultés pour trouver suffisamment de saisonniers ?

Nous commençons les recherches très tôt, pour anticiper au maximum la saison. Nous participons à de nombreux salons de recrutement au niveau local, national et international, et nous avons accru notre présence sur les “job boards” [sites Internet d’emploi — NDLR]. Nous travaillons également sur notre « marque employeur », pour une meilleure visibilité.

Depuis la fin de la pandémie de Covid-19, le rapport de force entre employeurs et saisonniers s’est inversé, et les saisonniers se font davantage désirer ?

Avant la pandémie de Covid-19, il est vrai que nous trouvions plus facilement du personnel, grâce à de simples candidatures spontanées. Aujourd’hui, nous sommes davantage proactifs, pour anticiper nos besoins. Cela nous a, en quelque sorte, obligé aussi à être créatif, à revoir nos “process” [nos procédés — NDLR] et à travailler sur notre image et sur notre « communication employeur ».

Comment le profil des saisonniers a-t-il évolué ces dernières années ?

Nous attirons des professionnels de l’hôtellerie-restauration, mais ces dernières années, nous attirons aussi des profils moins expérimentés. La SBM se distingue certes par son exigence, mais nous croyons aussi beaucoup en l’humain. Aussi, nous tâchons de privilégier l’état d’esprit, l’attitude et, surtout, la motivation de nos saisonniers. Finalement, le savoir-être est tout aussi important, voire plus important, que le savoir-faire. D’ailleurs, nous notons de très belles réussites avec certains jeunes non issus de nos secteurs d’activité.

Quel est le profil type du saisonnier qui vient travailler l’été à la SBM ?

Nous avons tous les profils. Nous ne pouvons pas dresser de « profil type ». Du professionnel aguerri, aux étudiants qui cherchent à engranger de l’expérience, en passant par les reconversions dans le métier… Nous avons des profils très variés, ce qui est particulièrement enrichissant et stimulant pour nos équipes.

Comme dans les emplois salariés, les saisonniers attendent-ils aussi des perspectives d’évolution de carrière et un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ?

Tout dépend du profil. Certains de nos saisonniers ne recherchent qu’une opportunité saisonnière, car ils sont saisonniers par choix, et ils peuvent enchaîner ensuite sur des saisons d’hiver. D’autres, au contraire, espèrent des perspectives professionnelles à l’issue de leur saison, et nous leur en offrons, si cela est possible, ne serait-ce qu’avec l’ouverture de nos nouveaux points de vente.

Comment répondez-vous à ces attentes nouvelles ?

Ces perspectives devraient être encore plus nombreuses par la suite, avec notre ambition de développement à l’international, à Courchevel 1850 et à Dubaï, initiée par le président-délégué, Stéphane Valeri [à ce sujet, lire les interviews de Stéphane Valeri : « Nous allons créer un premier restaurant avec D.ream international dès 2025, probablement à Dubaï » et « L’offre finale sera comme ce nouveau palace : exceptionnelle »]. Il faut savoir également qu’un grand nombre de nos équipes en CDI ont commencé par un contrat saisonnier : il s’agit d’une réelle opportunité pour ceux qui souhaitent intégrer le groupe.

Sur ces cinq dernières années, les salaires ont-ils été revalorisés ?

La grille des salaires de métiers de l’hôtellerie et de la restauration de la SBM a été revalorisée en 2023. Si nous la comparons avec la grille des salaires monégasques, de l’hôtellerie et de la restauration, nous sommes entre 5 et 15 % supérieurs aux salaires de la profession en principauté.

La SBM peut loger combien de saisonniers au maximum ?

Nous pouvons loger jusqu’à 330 saisonniers par saison.

Vous disposez de combien d’appartements au total ?

Nous raisonnons en nombre de lits, et nous en disposons à ce jour de 330 au total.

Où se trouvent ces logements ?

Nos studios et logements partagés sont situés à proximité de la principauté, afin de pouvoir garantir un maximum de confort à nos saisonniers. Ils sont répartis entre Cap d’Ail, Beausoleil, Menton et Roquebrune-Cap-Martin.

« Nous pouvons loger nos saisonniers dans des conditions préférentielles, à proximité de leur lieu de travail, ce qui leur permet d’éviter de subir les aléas des transports, et de ne pas s’inquiéter à l’idée de devoir trouver un logement en urgence à leur arrivée. Nos logements ont d’ailleurs fait l’objet d’une rénovation d’envergure à l’inter-saison, et le mobilier a également été changé »

Vous avez pour projet d’acheter ou de louer de nouveaux appartements ?

Nous tâchons d’améliorer chaque année notre parc de logements, en réalisant des travaux de rénovation, d’achat de mobilier plus adapté, afin que l’expérience entre collaborateurs et saisonniers soit de qualité. Nous avons récemment rénové entièrement nos appartements au New Beach, à la frontière de Roquebrune-Cap-Martin. Quant à ceux de Beausoleil et de Cap d’Ail, ils ont aussi fait l’objet d’une dotation en mobilier neuf. En parallèle, un projet de nouvel immeuble sur la commune de Roquebrune-Cap-Martin est en cours de conception. Il devrait permettre d’offrir 35 places supplémentaires.

Sur quels critères sont choisis les saisonniers qui bénéficient d’un logement fourni gracieusement, ou à tarif préférentiel, par la SBM ?

Les établissements ont des quotas de lits et ils les mettent à disposition en fonction de leur besoin. Il est bien entendu que seuls les collaborateurs qui résident en dehors des Alpes-Maritimes sont éligibles pour bénéficier d’un logement.

Plus globalement, quelle est la principale problématique du management des saisonniers aujourd’hui ?

La principale problématique du management des saisonniers, c’est la volatilité et l’exigence des saisonniers : le salaire n’est pas le seul élément que le saisonnier regarde avant de se positionner sur un emploi. Il va considérer tout un ensemble d’aspects : le logement, les jour de repos, les coupures, le “feeling” avec son manager au moment du recrutement, les opportunités, les valeurs et ambitions du groupe… Et, dans la mesure où les offres sont nombreuses sur le marché, le saisonnier a le luxe de choisir l’établissement et l’emploi qui cochent le plus de cases. En parallèle, la formation de ces saisonniers demande aussi une organisation bien rodée pour leur permettre d’intégrer au mieux les équipes et d’être rapidement opérationnels pour couvrir la saison.

Société Monégasque d'Assainissement SMA

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