mardi 14 avril 2026
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SBM : « L’Etat restera majoritaire »

Publié le

Le 23 juillet, le Prince Albert a reçu la presse locale au palais. SBM, Conseil de l’Europe, rencontre avec Poutine, ASM… Interrogé par les quatre médias, le chef de l’Etat a fait un tour d’horizon des sujets d’actualité.

 

SBM
Monaco Hebdo : Comment voyez-vous les derniers résultats financiers de la SBM?
Prince Albert II : La situation demeure préoccupante, le dernier exercice affiche un déficit important en dépit de bons résultats dans le secteur hôtelier/restauration ou celui du domaine locatif. L’activité de début d’année dans les jeux en ligne est encourageante. Le plan Renaissance n’est pas mort. Il faut l’adapter pour qu’il soit toujours pertinent. L’activité « Jeux » doit être relancée. Le nouveau directeur des casinos John Galvani a pris ses fonctions fin juin. A la rentrée, il devrait suggérer des idées nouvelles. Les coûts structurels de la société doivent baisser pour envisager un retour à la profitabilité. Des mesures réfléchies mais indispensables doivent être prises rapidement en ce sens. J’ose espérer qu’il y a une prise de conscience que notre environnement a évolué et que des efforts seront nécessaires de la part de tous, salariés, cadres et de la direction. La SBM continuera à remplir sa mission sociale mais dans des conditions adaptées au nouvel environnement.

Monaco Hebdo : Combien de temps donnez-vous à Jean-Luc Biamonti à qui vous avez confié les pleins pouvoirs?
Prince Albert II : Nous ne pouvons pas prétendre à un changement radical en quelques mois mais il est inéluctable pour garantir la pérennité de la société. Freiner les réformes irait à l’encontre de cet objectif. Mon gouvernement en est parfaitement conscient et jouera son rôle pour faciliter la mise en place de ces réformes.

L’Observateur de Monaco : Si les résultats ne s’améliorent pas, le pacte social est en danger ?
Prince Albert II : Je suis persuadé que la SBM dispose des atouts, de la capacité et du savoir-faire pour engager son redressement. La question de la remise en cause du pacte social ne se posera pas.

L’Observateur de Monaco : Entreprise d’Etat et entreprise cotée en bourse, c’est impossible à assumer d’un point de vue économique et financier pour la SBM ?
Prince Albert II : Cela ne se pose pas en ces termes. La SBM doit retrouver la profitabilité pour sa pérennité, son développement et son rôle social. Comme je l’ai indiqué précédemment notre environnement a évolué et une gouvernance efficace nécessite des mesures de management adaptées et courageuses.

L’Observateur de Monaco : Comment financer les travaux à hauteur de 600 millions d’euros ?
Prince Albert II : Le communiqué de presse de la SBM fait référence à une augmentation de capital. L’augmentation de capital présente les meilleures garanties tout en sachant que cette option nécessitera un dispositif plus large de recours à l’endettement, afin d’assurer la totalité des besoins de financement.  Mon gouvernement partage bien entendu cette approche réaliste. L’Etat restera majoritaire. Pas question de remettre en cause son rôle d’actionnaire majoritaire. Sa participation sera moins élevée mais elle ne descendra pas en-dessous de 55 à 56%.

L’Observateur de Monaco : La presse économique évoquait une entrée de Dmitry Rybolovlev au capital de la SBM ?
Prince Albert II : Rien n’est décidé sur le choix des investisseurs. Plusieurs sont intéressés par une entrée au capital de la société. Il ne sera peut-être pas possible de satisfaire toutes les demandes…

Monaco Matin : L’avenir du Sporting d’Hiver est donc bel et bien enterré?
Prince Albert II : Si quelqu’un pense que je suis insensible à la démolition du Sporting d’Hiver, il se trompe. La SBM n’a peut-être pas assez insisté sur ce point mais nous avons réfléchi à bien d’autres solutions. Il a été fait appel à des études d’architectes, des consultations d’historiens. On connaît tous la qualité de l’architecte qui a conçu le Sporting d’hiver, Charles Lestrones, en lieu et place de l’ancien Palais des Beaux Arts. On s’est renseigné sur les réalisations extérieures de cet architecte, notamment à Paris, sur le caractère unique ou pas d’un édifice, à préserver à tout prix. Aucune des personnes consultées n’a tranché dans ce sens.
Je suis très sensible à l’argument selon lequel le Sporting d’Hiver est le seul bâtiment Art Déco en principauté, comme le rappelle Claude Rosticher. Le bâtiment commençait à se dégrader. Il aurait fallu le consolider ou le démolir pour le reconstruire à l’identique. Des simulations ont été réalisées sur la base d’une conservation de l’enveloppe extérieure, avec un bâtiment plus élevé au centre. Mais ces hypothèses n’étaient pas satisfaisantes.

ECONOMIE :
L’Observateur de Monaco : Les effets de la crise se font encore sentir à Monaco ?
Prince Albert II : Il convient d’être vigilant même si notre activité économique demeure soutenue. La crise de la zone euro impacte la Principauté mais nous résistons avec des résultats conformes à nos prévisions.

L’Observateur de Monaco : L’équilibre budgétaire reste à atteindre d’ici combien de temps ?
Prince Albert II : Cet objectif a été atteint en 2012. Il doit être maintenu à l’avenir. Les éléments dont je dispose laissent à penser que ce sera à nouveau le cas en 2013. Il est facteur de stabilité, d’attractivité pour notre pays.

L’Observateur de Monaco : La crise complique le montage du financement de l’extension en mer?
Prince Albert II : Le nouveau projet d’extension en mer a pris en considération ce paramètre. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai fixé son emprise à 6 hectares max.

L’Observateur de Monaco : Quelle est la stratégie budgétaire qui sera défendue sur les prochains exercices ?
Prince Albert II : Avant tout l’équilibre budgétaire. Mais également une politique d’investissements volontaire qui permettra notamment au secteur du bâtiment de bénéficier d’un essor et d’une nouvelle dynamique.

L’Observateur de Monaco : Pour le logement des Monégasques, quelles sont les priorités ?
Prince Albert II : Le logement est une priorité depuis des décennies et le demeurera encore pour mon gouvernement, en concertation avec le conseil national. Prenant en compte les projets à venir, les études réalisées démontrent que les besoins seront couverts pour les dix prochaines années grâce aussi à une gestion optimisée du parc domanial.

CONSEIL DE L’EUROPE
Monaco Hebdo : Comment voyez-vous l’avis de la commission de Venise? Peut-on envisager que Monaco quitte le Conseil de l’Europe si l’assemblée parlementaire demande en octobre une réforme des institutions monégasques? Ne serait-ce pas une solution extrême ?
Prince Albert II : Cet avis a suscité beaucoup d’émotion. Je crois qu’il faut que cela se calme. Je rappelle que l’avis de la Commission de Venise est consultatif. La Principauté a engagé des réformes constitutionnelles en 2002 dont certaines à la demande du Conseil de l’Europe ce qui démontrait notre volonté d’y trouver notre place.
S’il devait y avoir de nouvelles demandes, elles seront examinées mais elles ne devront pas remettre en question nos spécificités, notre système institutionnel garants, de notre stabilité, de notre prospérité économique et de notre modèle social.
Il n’est pour l’heure pas question de sortir du Conseil de l’Europe.

EXTENSION EN MER
La Gazette de Monaco : Pouvez-vous nous en dire plus sur l’extension en mer ?
Prince Albert II : Le 23 juillet est un jour important puisqu’il s’agit de la date limite de dépôt des dossiers. Le gouvernement va s’atteler à analyser les différentes propositions. Je souhaite très rapidement prendre une décision. Je suis assez confiant pour trouver un projet intéressant au niveau volumétrique. Il est important de conserver la continuation visuelle de coulée verte partant de la place du casino.

NELSON MANDELA
Monaco Matin : Vous avez rencontré Nelson Mandela à plusieurs reprises, à Monaco et en Afrique du sud. Quel souvenir gardez-vous de cet homme, encore hospitalisé aujourd’hui, qui vient d’avoir 95 ans ?
Prince Albert II : C’est une période extrêmement difficile pour l’Afrique du Sud et pour ceux qui ont approché cet homme exceptionnel. J’ai rarement rencontré un homme aussi charismatique, dégageant une telle impression de sérénité et de tolérance. Je l’ai rencontré pour la première fois en Afrique du Sud avec une délégation du CIO lorsque Cape Town était candidate pour accueillir les JO 2004. Il a, grâce à son incroyable courage, rendu au peuple sud-africain sa liberté et sa dignité et surtout jeter les bases de la cohésion pour l’avenir de son pays. Je suis heureux et honoré d’avoir pu l’accueillir en Principauté.

URBANISME
Monaco Matin : Des immeubles de grande hauteur sont déjà construits, en construction ou en projet. L’avenir architectural de Monaco est-il
vertical ?
Prince Albert II : C’est un sujet qui me préoccupe depuis des années et qui concerne d’autres villes. Comment définir la hauteur raisonnable ? Tout dépend des quartiers et de la topographie. C’est un équilibre à trouver, des arbitrages à faire en ne perdant pas de vue la rentabilité d’un projet. Je reste très attentif à contenir la verticalité sur notre territoire. J’ai d’ailleurs limité la hauteur d’un certain nombre de bâtiments. J’essaie d’être vigilant et strict. On ne peut affirmer que le concept des tours sera la règle pour l’avenir. Il ne s’agit en aucun cas de généraliser les projets Odéon ou Simona. Tous les projets sont étudiés et je souhaite privilégier l’excellence en matière architecturale avec la construction de bâtiments emblématiques.

ASM
Monaco Matin : Qu’en est-il du litige entre l’ASM et la Fédération de football ?
Prince Albert II : La question des avantages qu’aurait le club devrait connaître un épilogue positif. Le club mène des actions pour rencontrer d’autres clubs de ligue1. Il y a des signes de dialogue très encourageants. Nous travaillons tous dans un esprit constructif pour trouver une solution viable. La décision du Conseil d’Etat sera prise dans quelques mois. Je ne peux pas m’exprimer davantage sur ce sujet sensible qui est actuellement traité par une juridiction française.
Sur le plan sportif, je ne peux que me réjouir de la volonté affichée de constituer une équipe compétitive.

Monaco Matin : L’objectif est la ligue des champions ?
Prince Albert II : Je ne peux que me réjouir de la volonté affichée de constituer une équipe compétitive. Sur le papier, l’équipe est très forte. Je me méfie toujours des recrutements spectaculaires car il faut que cela trouve un écho sur le terrain. Au vu des matchs amicaux, il y a des progrès à faire. La vérité vient toujours du terrain. On verra lors des premiers matchs officiels.
Je suis pour des objectifs raisonnables. Une place dans les 4 premiers, ou en Ligue des Champions, n’est pas inenvisageable. Cela étant, une saison en Ligue est pleine de péripéties…

L’observateur de Monaco : L’ASM appliquera-t-elle les règles du fairplay financier ?
Prince Albert II : « Le problème concerne tous les grands clubs, pas seulement les clubs français. Il faudra examiner cela en cours de saison mais je suis confiant. »

RUSSIE
Monaco Hebdo : Un déplacement officiel aura lieu en Russie du 3 au 8 octobre. Quels sujets allez-vous aborder avec le président Poutine ?
Prince Albert II : Ma visite officielle en Russie sera aussi l’occasion pour la CDE de rencontrer son homologue russe et de développer un dialogue avec les décideurs économiques du pays. D’ailleurs, l’intérêt est réel puisque plus d’une cinquantaine d’entrepreneurs monégasques seront du voyage.
Avec le président Poutine, nous parlerons de l’antarctique mais aussi de l’arctique. La protection des parcs terrestres et maritimes est un sujet important. Je rappelle que le président Poutine s’était engagé il y a quelques années à protéger une partie de la Russie arctique et des eaux territoriales russes.
Sur l’ensemble des mers et des océans, l’objectif est d’en protéger 20 %. C’est un objectif raisonnable. Bien sûr, cela nécessite beaucoup de volonté de la part des différents pays concernés pour être davantage proactif dans la définition de ces aires, tout en mettant en place des contrôles aussi efficaces que possible.

Monaco Matin : Depuis 10 ans que vous menez le combat en faveur de la protection de l’environnement, percevez-vous une évolution chez les dirigeants politiques ?
Prince Albert II : A chaque fois qu’il y a un nouveau gouvernement ou chef d’Etat, il faut recommencer à zéro. Il est difficile d’obtenir des engagements sur le long terme. Il faut toujours être optimiste et espérer avancer… Dans le cadre de la prochaine conférence sur le climat, je souhaite que tous les grands pays aillent plus loin dans leurs engagements.

 

Monaco vice-président à l’ONU

Le prince Albert a abordé spontanément certains sujets comme la vice-présidence de l’Assemblée générale des Nations-Unies.
«  Je serai prochainement à New-York du 22 au 25 septembre. La Principauté assurera la fonction de la vice-présidence de l’assemblée générale pour la deuxième fois, 14 ans après l’avoir exercée à l’occasion de la 54e session, en 1999-2000. Cet exercice sera, en outre, particulièrement significatif pour la Principauté qui célèbre cette année le 20ème anniversaire de son admission à l’Organisation des Nations Unies. La 68ème session, présidée par John Ashe, représentant permanent d’Antigua et Barbuda, sera d’une importance particulière eu égard au double enjeu de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement et de la préparation de l’agenda politique pour le développement de l’après 2015. A ce titre, je participerai à de nombreux colloques et sessions organisés le 23, 24 et 25 septembre. »

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