mercredi 15 avril 2026
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Les marchés émergents auront encore du potentiel en 2011

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Gérant chez Lutetia Capital depuis juin 2010, Claude Tiramani dispose d'une expérience de 20 ans sur les marchés émergents et d'une forte renommée au sein de la profession. C'est l'ancien responsable des marchés émergents chez BNP Paribas.
Gérant chez Lutetia Capital depuis juin 2010, Claude Tiramani dispose d'une expérience de 20 ans sur les marchés émergents et d'une forte renommée au sein de la profession. C'est l'ancien responsable des marchés émergents chez BNP Paribas. © Photo DR.

Claude Tiramani, gérant chez Lutetia Capital et expert reconnu sur des pays émergents, livre à Monaco Hebdo ses perspectives sur ces marchés d’actionspour 2011.

Monaco Hebdo?: Les actions émergentes ont encore connu un beau parcours en 2010. Ne sont-elles pas désormais trop chères??

Claude Tiramani?: Il est vrai que ces marchés connaissent une hausse continue depuis 2001, exception faite de 2008. Les investisseurs commencent donc à craindre une bulle spéculative. Mais ces inquiétudes me semblent injustifiées. Le PER de ces marchés, c’est-à-dire l’un des indicateurs qui sert à évaluer la cherté d’une action ou d’un ensemble d’actions, est toujours inférieur à celui du marché mondial des actions. Or, la rentabilité des entreprises cotées dans ces pays et la croissance attendue de leurs résultats pour 2011 sont supérieure à la moyenne mondiale. Les actions émergentes ne sont donc pas trop chères.

M.H.?: N’est-il pas tentant de profiter de la faible valorisation d’autres marchés d’actions??

C.T.?: Il est vrai que les investisseurs pourraient privilégier, à court terme, les actions américaines afin profiter de l’amélioration de la visibilité sur la reprise outre-Atlantique. Il n’est donc pas exclu que les actions émergentes marquent le pas début 2011. Si tel est le cas, ce sera une opportunité pour se positionner. Car le potentiel de ces marchés n’est pas épuisé au vu du différentiel de croissance avec les pays industrialisés et d’une bien meilleure visibilité à moyen terme. Par ailleurs, la situation budgétaire de ces pays leur permet de poursuivre leurs investissements en infrastructures et donc d’alimenter un peu plus cette dynamique. A quoi s’ajoute le soutien de la sous-évaluation d’un grand nombre de monnaies, yuan en tête.

M.H.?: La sous-évaluation de la devise chinoise peut-elle durer??

C.T.?: Cette question a été l’une des préoccupations des marchés ces derniers mois. Elle pourrait être au cœur des discussions lors de la visite du Président chinois à Washington le 19 janvier. Je ne serai pas étonné que Pékin annonce, peu après, une réévaluation du yuan, mais modérée et graduelle.

M.H.?: Quel est le principal facteur de risque sur ces marchés??

C.T.?: Que les pressions inflationnistes sur les denrées alimentaires s’étendent aux matières premières en général, et donc au pétrole. Cela serait problématique pour les pays émergents ayant un déficit commercial structurel comme la Turquie ou l’Afrique du Sud. Mais surtout, cela tuerait dans l’œuf la faible reprise des pays industrialisés. Espérons alors que l’Opep intervienne pour juguler une envolée du prix du baril.

M.H.?: Certains marchés d’actions émergents sont-ils à privilégier??

C.T.?: Sans conteste la Chine. Après deux années de performances mitigées, le marché d’actions chinois se traite à des niveaux historiquement faibles. La prudence des investisseurs s’explique notamment par les inquiétudes sur l’inflation. Or, même si l’on peut s’attendre à une flambée ponctuelle des prix après le Nouvel an chinois début février, le gouvernement chinois va tout mettre en œuvre pour que son objectif d’une inflation à 4 % en 2011 soit respecté. Une fois cet objectif intégré par les marchés, il est à parier que les investisseurs chercheront à profiter de la faible valorisation des actions chinoises pour s’y positionner. Mais comme toujours, c’est avant cette ruée qu’il faudra le faire. Le marché brésilien est également à la traîne. Il pourrait repartir de l’avant sur la seconde partie de l’année, une fois que la hausse des taux d’intérêt annoncée par la Banque centrale sera réalisée.

M.H.?: Quelles thématiques privilégiez-vous??

C.T.?: Etant donné la situation économique des pays industrialisés, les pays émergents ne peuvent plus compter sur leurs exportations pour soutenir leur croissance. La dynamique viendra de la demande intérieure. Je recherche donc des sociétés exposées à cette thématique, aussi bien dans le secteur de la consommation que des infrastructures ou encore des financières avec des banques réalisant une grande partie de leur activité sur le crédit à la consommation. Je suis en revanche très prudent sur le secteur des matières premières, trop sujet à la spéculation financière sur le prix des commodités, et sur les sociétés technologiques exportatrices.

M.H.?: Le facteur politique est-il à prendre en compte??

C.T.?: Les cycles électoraux ne doivent jamais être négligés en matière d’investissement, notamment dans les pays émergents. La perspective des élections l’an prochain en Russie pourraient inciter le gouvernement à une politique sociale plus favorable, à même de profiter aux valeurs de consommation. Les élections également prévues en 2012 à Taïwan pourraient être l’occasion d’un meilleur dialogue avec Pékin susceptible de rassurer les investisseurs mais également les consommateurs taïwanais.

Nouveaux records des prix alimentaires
Les prix alimentaires mondiaux ont atteint un nouveau record en décembre, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En hausse pour le sixième mois consécutifs, ils dépassent ainsi les sommets atteints en 2008. Leur flambée avait alors provoqué des émeutes dans plusieurs pays. Ils sont notamment dopés par la hausse du prix du sucre, des céréales et des oléagineux.
Le numéro un chinois de l’éolien vise la Bourse
Sinovel, le premier producteur chinois d’éoliennes avec 25 % de parts de marché, envisage une introduction en Bourse sur la place de Shanghai. En octobre dernier, c’est le numéro 2 chinois, Goldwind, qui a fait ses premiers pas à la Bourse de Hong Kong. Le secteur éolien est en pleine expansion en Chine et sa dynamique pourrait encore séduire les investisseurs. En 2009, la Chine représentait un tiers du marché mondial des éoliennes, devant les Etats-Unis. Et Sinovel voit grand. Le groupe ambitionne de devenir le numéro un mondial d’ici 2015 et de réaliser 50 % de son chiffre d’affaires à l’international. Son statut d’entreprise publique et le soutien financier des banques nationales qui en résulte devraient l’y aider.

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