dimanche 8 mars 2026
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Sébastien Cavernes : « Le bon réflexe n’est pas de sortir des actions »

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Sebastien Cavernes, directeur des investissements chez Edmond de Rothschild Gestion Monaco, analyse pour Monaco Hebdo les meilleures stratégies de placement pour l’année 2026. Interview. Propos recueillis par Clément Martinet

La dette souveraine française semble perdre le contrôle : que faire en tant qu’investisseur ?

Quand on regarde la situation des finances publiques, en France comme dans l’ensemble des pays développés, il faut d’abord accepter une réalité : nous sommes entrés dans une dynamique d’endettement structurelle. Depuis le Covid, la dette publique a augmenté d’environ vingt points de produit intérieur brut (PIB) dans la plupart des économies développées, et cette trajectoire est aujourd’hui très difficile à infléchir. Les États ont fait énormément de promesses — en matière de santé, de retraites, de sécurité — dans un contexte de vieillissement démographique et de base contributive plus étroite. Résultat : des déficits publics durablement supérieurs à 5 % du PIB, et très peu de marges de manœuvre politiques pour les réduire rapidement. Face à cela, les options sont limitées : augmenter la fiscalité, c’est-à-dire augmenter les impôts ou instaurer des droits de douane, ou utiliser l’arme monétaire. Dans les faits, les gouvernements privilégient presque toujours la solution la plus indolore politiquement à court terme, c’est-à-dire l’augmentation de la quantité de monnaie en circulation. Cette monétisation implicite des déficits est devenue structurelle. Quand on regarde la situation des finances publiques, en France comme dans l’ensemble des pays développés, il faut d’abord accepter une réalité : nous sommes entrés dans une dynamique d’endettement structurelle. Depuis le Covid, la dette publique a augmenté d’environ vingt points de produit intérieur brut (PIB) dans la plupart des économies développées, et cette trajectoire est aujourd’hui très difficile à infléchir. Les États ont fait énormément de promesses — en matière de santé, de retraites, de sécurité — dans un contexte de vieillissement démographique et de base contributive plus étroite. Résultat : des déficits publics durablement supérieurs à 5 % du PIB, et très peu de marges de manœuvre politiques pour les réduire rapidement. Face à cela, les options sont limitées : augmenter la fiscalité, c’est-à-dire augmenter les impôts ou instaurer des droits de douane, ou utiliser l’arme monétaire. Dans les faits, les gouvernements privilégient presque toujours la solution la plus indolore politiquement à court terme, c’est-à-dire l’augmentation de la quantité de monnaie en circulation. Cette monétisation implicite des déficits est devenue structurelle.

« Nous sommes entrés dans une dynamique d’endettement structurelle. Depuis le Covid, la dette publique a augmenté d’environ vingt points de produit intérieur brut (PIB) dans la plupart des économies développées, et cette trajectoire est aujourd’hui très difficile à infléchir »

Comment réagir, dans ce cas ?

Pour un investisseur, cela a une implication très claire : il faut éviter les actifs qui sont pénalisés par l’inflation monétaire et privilégier ceux qui en bénéficient. Les obligations souveraines, en particulier françaises, ne jouent plus leur rôle protecteur à long terme. Elles restent utilisables tactiquement, mais elles ne constituent plus un socle patrimonial de création de valeur. À l’inverse, il est essentiel de conserver une exposition significative aux actifs réels et anti-inflation monétaire : les actions, l’or et, dans certains cas, l’immobilier de qualité. Ce sont ces actifs qui permettent de préserver et d’augmenter le pouvoir d’achat du capital, dans un monde où la création monétaire est durable.

Mais que faire si les marchés actions (1) opèrent une correction sérieuse et potentiellement prolongée ?

Il faut d’abord remettre les choses en perspective. Les performances des marchés actions depuis fin 2022 ont été exceptionnelles, portées par deux moteurs très puissants : l’abondance de liquidités et l’explosion des bénéfices liés à l’intelligence artificielle (IA). Une phase de correction n’est donc ni anormale, ni inquiétante en soi. Ce qui change aujourd’hui, c’est la nature du cycle. Nous arrivons à un point où la concentration extrême des performances sur quelques grandes valeurs technologiques atteint un sommet. Ces entreprises ont bénéficié d’une croissance spectaculaire de leurs bénéfices, mais leur poids dans les indices est devenu excessif.

Les performances promettent donc d’être plus minces ?

Pour 2026, notre conviction est que cette « surperformance » relative va s’atténuer. Non pas parce que ces entreprises vont s’effondrer, mais parce qu’elles vont entrer dans une nouvelle phase de leur cycle : une phase où elles vont devoir dépenser massivement pour concrétiser les promesses de l’IA, notamment à travers la construction de “data centers” et d’infrastructures lourdes. La dégradation de la qualité de leur bilan, avec davantage de dette et moins de trésorerie, est un véritable frein à l’expansion de leur valeur boursière. Cela change profondément la lecture pour l’investisseur. Jusqu’ici concentrée sur les marchés financiers, la liquidité va progressivement se déverser dans l’économie réelle. Le bon réflexe n’est donc pas de sortir des actions, mais de changer l’angle d’approche. Il faut rester investi en actions, mais en élargissant le spectre : infrastructures, équipements électriques, cybersécurité, banques, donc toutes les entreprises qui vont capter les flux d’investissement générés par cette nouvelle phase du cycle technologique. Autrement dit, moins de concentration, plus de diversification sectorielle, tout en conservant un biais actions très affirmé.

« Il est essentiel de conserver une exposition significative aux actifs réels et anti-inflation monétaire : les actions, l’or et, dans certains cas, l’immobilier de qualité »

En cas de surabondance de l’offre pétrolière, quelle stratégie adopter ?

La question du pétrole s’inscrit dans un contexte plus large de cycles d’investissement et de liquidité. Une surabondance de l’offre pétrolière peut peser à court terme sur les prix du baril, mais elle ne constitue pas, en soi, un signal suffisamment puissant pour modifier une stratégie d’investissement dans les portefeuilles. Pour un investisseur, l’enjeu n’est pas de spéculer sur le baril, mais de comprendre les implications macroéconomiques. Une énergie plus abondante, et potentiellement moins chère, agit comme un facteur désinflationniste, ce qui soutient les marges de nombreuses entreprises, réduit la pression sur les coûts, soutient la consommation et facilite les grands cycles d’investissement, notamment dans la technologie et les infrastructures. Notre stratégie reste donc cohérente : actions, or, et une allocation obligataire opportuniste, construite sans excès de risque de duration ou de signature, afin de profiter de rendements encore très attractifs, dans un environnement globalement porteur.

1) Les marchés actions désignent les lieux où s’échangent des parts d’entreprises cotées. Ils permettent aux entreprises de se financer et aux investisseurs d’acheter ou de vendre des actions.

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