Avec un chiffre d’affaires encore en baisse, le groupe monégasque continue d’accumuler les exercices dans le rouge et les pertes depuis 2010-2011. Pourtant, sa direction, dont la gestion est mise en cause par une partie du Conseil national, estime que la situation devrait s’améliorer sur l’exercice en cours.
Un chiffre d’affaires en recul, les revenus des jeux en baisse, un déficit qui se creuse, des travaux de rénovation et de construction en retard… La liste des mauvaises nouvelles est longue pour l’exercice financier 2016-2017 de la Société des bains de mer (SBM). Cependant, le président délégué de cette entreprise dont l’Etat monégasque est actionnaire majoritaire, Jean-Luc Biamonti, se veut rassurant : « C’est quasiment équivalent à l’exercice précédent, puisqu’il est en léger retrait par rapport à l’exercice précédent », a-t-il commenté, mardi 13 juin, en conférence de presse. Le chiffre d’affaires se place ainsi à 458,8 millions d’euros, contre 461,4 millions en 2015-2016. Du côté du résultat opérationnel, la chute est aussi évidente, en passant à -32,8 millions contre -31 millions d’euros sur l’exercice précédent. Même constat du côté du résultat net consolidé qui s’établit à -36,4 millions d’euros contre -29,1 millions en 2015-2016. « Une baisse qui s’explique par le fait que ce chiffre intègre le résultat opérationnel plus Betclic qui a souffert sur 2016-2017, a justifié le président délégué. Finalement, ce que nous avions prévu comme impact sur les chiffres se réalise. Nous sommes au milieu du guet. Nous avons passé les deux années les plus difficiles. »
Coué
Jean-Luc Biamonti affirme cela sur la base des premiers résultats de l’exercice 2017-2018. Sur les deux premiers mois d’avril et mai, les « résultats sont bien meilleurs que l’année dernière, résultats qui étaient déjà bons à ce moment-là ». Selon lui, les années difficiles qui viennent de s’écouler représentent des coûts supplémentaires engendrés par « la refonte totale de l’hôtel de Paris et la création d’un groupe immobilier, le One Monte-Carlo ». Selon ce dirigeant, il s’agirait de coûts nécessaires pour le futur. « Et là, ce sont les premiers signes que l’ensemble des efforts que nous faisons sont en train de payer. On commence à voir le bout du tunnel. » Méthode Coué ou pas, Biamonti espère que l’année à venir sera plutôt favorable précisant que l’exercice 2016-2017 a forcément pâti de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice, dont l’impact sur les réservations et la venue de la clientèle s’est fortement ressenti en août. Mais ces événements dramatiques ne sont pas les seuls qui ont mis à mal le groupe monégasque.
Jeux : la dégringolade
« C’est là que nous avons le plus souffert. Il y a eu incontestablement un décrochage sévère », a lâché Jean-Luc Biamonti. Un recul de 6 % très préjudiciable pour le groupe qui mise beaucoup sur ce créneau. « Le gros de la chute se fait sur les jeux de table, les appareils automatiques ont plutôt bien tenu, commente-t-il. Les jeux de table sont les jeux qui ont la plus forte volatilité. Autant, on peut comparer les machines d’une année sur l’autre, parce qu’a priori il n’y a pas de gros écarts d’un exercice à l’autre. Tandis que sur les tables, on a des variations beaucoup plus importantes. » Le président délégué de la SBM, précise que les statistiques françaises des jeux, en hausse de près de 6 % entre 2015 et 2016 et poursuivant cette tendance en 2017, et auxquelles sont souvent comparées les résultats monégasques, ne prennent pas en compte les mêmes mesures : « Les statistiques françaises incluent les jeux de tables électroniques parmi les jeux de table. Alors que nous les plaçons dans les jeux de machines. La frontière entre jeux de table et jeux électroniques est un peu plus floue qu’elle n’était auparavant. »
Concurrence
L’autre culbute de la SBM se situe au niveau de Betclic Everest Group (BEG) dont le groupe monégasque détient 50 % des parts. Le résultat financier de Betclic s’élève à 0,7 million d’euros pour 2016-2017, alors que son résultat était à l’équilibre en 2015-2016. La consolidation par mise en équivalence de Betlic requiert la prise en compte de 50 % de son résultat, soit une quote-part négative de 4,2 millions d’euros (elle était positive de 2 millions d’euros l’an passé). Un chiffre qui vient gréver le résultat net consolidé et qui s’explique, malgré une progression du produit brut des jeux de 16 %. La forte hausse des taxes et les coûts du marketing auraient engendré ce recul. Cela fait en tout cas partie des deux raisons invoquées par Jean-Luc Biamonti pour expliquer « cette année difficile ».
Betclic : retour de Béraud
« Ce qui est bizarre dans l’activité de Betclic cette année, c’est qu’on fait un meilleur chiffre d’affaires. On n’a pas de problème sur les fondamentaux du business, parce que le chiffre d’affaires progresse. Mais les taxes ayant progressé et celles-ci étant sur le chiffre d’affaires, on est pénalisé au niveau du résultat. On a eu un peu de mal à s’adapter, a avoué Biamonti. Mais pour le début de l’exercice 2017-2018, vous me voyez plutôt optimiste. Nous avons changé de management et nous avons fait revenir le fondateur de Betclic, Nicolas Béraud, qui a pris les affaires en mains. » Si depuis son arrivée en février, les « choses continuaient un peu à flotter », les chiffres seraient d’ores et déjà en amélioration depuis début avril. Des progrès qui font espérer à Jean-Luc Biamonti une rentabilité à deux ou trois ans.
Les difficultés rencontrées par Betclic en 2016-2017 seraient aussi dues, selon le président délégué de la SBM, à une recrudescence des concurrents en France. « Un certain nombre d’acteurs qui n’étaient pas présents dans les paris sportifs ont attaqué ce marché, notamment Winamax. » Autrefois spécialisé uniquement dans le poker, cette marque a décidé depuis deux ans de développer les paris sportifs. « Autre acteur, Unibet. Il n’avait même pas demandé une licence au moment des licences initiales. Il était numéro 2 à l’époque, puis il a disparu du marché. Unibet a brutalement décidé d’y revenir et il a attaqué ce marché agressivement, a affirmé Jean-Luc Biamonti. Quand deux nouveaux entrants sur les marchés sportifs en France donnent des cotes plutôt favorables, on est obligé de s’aligner. Sinon, on perd beaucoup de clientèle. Et tout ça a un impact sur les prix. »
“Rolling”
Les mauvais résultats ne changent rien : la SBM continue de miser l’ensemble de ses efforts sur les jeux. D’ailleurs, Jean-Luc Biamonti l’a martelé : « La priorité, c’est les jeux. » Côté casino, plusieurs opérations ont été lancées pour ramener la clientèle, avec un suivi très personnalisé : soirées particulières (dont le dîner surréaliste d’avril, réservé aux 80 plus gros clients du groupe), la désignation d’une personne dévolue aux 100 plus gros clients, aussi bien côté hôtel que casino pour les servir au plus près de leurs attentes. Pour séduire la clientèle asiatique sur laquelle la SBM continue de fonder beaucoup d’espoirs (lire ci-dessous le partenariat avec Galaxy), le système “rolling” a été mis en place au casino de Monte-Carlo. « Ce système vous fait gagner des points et des bénéfices en fonction de votre volume de jeux. Dans le système traditionnel, tel qu’il est pratiqué à Vegas et tel qu’il est pratiqué à Monaco, nous faisions des remises aux perdants, a développé Jean-Luc Biamonti. Si les clients perdaient beaucoup, ils avaient des remises. Le système asiatique est un système qui rémunère la durée de jeux. Cela n’a pas été évident à mettre en place. On a dû faire des formations. Tout ça a été fait. On a maintenant pu tester ce dispositif de façon réelle. » Un système que le président délégué estime être un atout de poids pour Monaco, situé au cœur d’une Europe qui pratique très peu le “rolling”, et face à une Amérique du nord qui l’ignore complètement.
Seule l’hôtellerie…
Rare bonne nouvelle : « On a augmenté le chiffre d’affaires du secteur hôtellerie : il est passé de 213,2 millions à 218,5 millions d’euros. Et ce, en dépit d’un mois d’août difficile. Sur le secteur hôtelier, nous étions en avance jusqu’au 4 juillet sur l’année précédente. Et puis, il est arrivé l’événement catastrophique de la Promenade des Anglais à Nice, a rappellé Jean-Luc Biamonti. Nous n’avons eu que très peu d’annulations. Mais nous n’avons pas eu les réservations de dernières minutes. À partir du 15 juillet, et jusqu’à mi août, des gens réservent habituellement pour le weekend d’après, pour la semaine d’après, pour une semaine, etc. Ce qu’on appelle les “last minute reservations”. Cette année, ils ne sont pas venus. » Malgré cela, la SBM a quand même fait une meilleure année. Le Monte-Carlo Bay et l’hôtel de Paris ont en effet présenté une meilleure activité en 2016-2017. Néanmoins, Biamonti estime que ces chiffres sont évidemment appelés à stagner, tant que l’ensemble des bâtiments ne sera pas ouvert. Pour y parer, la SBM a recruté le 1er avril 2017 un nouveau directeur des opérations hôtelières, Didier Boidin. « Il a pris les choses en main avec un œil neuf sur un certain nombre de nos activités. Il a déjà pu prendre un certain nombre d’initiatives et on sent une nouvelle impulsion. Je pense que, là aussi, on pourra faire de bonnes choses. Les deux premiers mois sont bien meilleurs que l’année dernière. On est mieux que l’exercice précédent, qui était bien déjà. »
Les travaux : en retard
L’ensemble de la Rotonde devait ouvrir pour le Grand Prix 2017. Mais les aléas des travaux en ont décidé autrement. D’après le président délégué de la SBM, « des complications de dernière minute » sont venues contrarier les plans au niveau de l’aménagement des chambres (pose des parquets et des marbres dans les salles-de-bain) et dans le gros œuvre. Du coup, seulement la moitié de la Rotonde a pu être ouverte en mai. Et la seconde partie devrait être progressivement ouverte d’ici la fin du mois de juillet. « On va faire le maximum pour que ces deux mois de décalage de la Rotonde n’aient pas d’impact sur la livraison finale, a promis Jean-Luc Biamonti. On continue à viser la livraison des deux projets, One Monte-Carlo et Hôtel de Paris, pour le 31 décembre ou le début d’année 2018. » À l’heure actuelle, 32 chambres sur un total de 190 sont ouvertes à la clientèle. Mais elles ne le sont pas définitivement. En effet, une autre phase des travaux va s’enclencher prochainement, avec la fermeture des chambres donnant sur la façade du casino pour rénovation, alors que le hall de l’hôtel de Paris va également subir son lot de rénovations. « Après l’été, les travaux du hall commenceront. Ils auront lieu par moitié. Ainsi, seule une moitié du hall sera accessible et visible du public. Les travaux dureront une douzaine de mois, a précisé le représentant de la SBM. De la même façon, on va refaire la décoration du Bar américain qu’on espère fermer le moins longtemps possible. »
Macao
« Aujourd’hui (mardi 13 juin, N.D.L.R.), nous accueillons le deuxième groupe de clients asiatiques envoyés par Galaxy Entertainment Group (GEG, lire Monaco Hebdo n° 1013), indique Jean-Luc Biamonti. On a aussi envoyé un groupe de clients chez eux. Sur le long terme, je pense qu’il y aura plus de clients asiatiques qui viendront chez nous que d’Européens qui iront chez eux. Mais ça marche des deux côtés. On est très contents de ce développement. » Avec ce partenariat, la SBM s’ouvre les portes d’une clientèle encore très peu présente à Monaco. Et des projets se multiplient. « Le Café de Paris ouvre à Macao avant la fin de l’année, vers octobre, a confirmé le président délégué de la SBM. C’est très avancé. On va profiter de l’ouverture du Café de Paris à Macao pour aller quelques jours au Japon pour faire un peu de lobbying avec Galaxy. » En effet, le Japon est un marché encore vierge, puisque ce pays n’a autorisé la création de casinos sur son territoire que depuis le mois de décembre et constitue donc un immense potentiel. « Le marché va s’ouvrir, mais avec une ouverture très lente, il faut se positionner, il faut aller là bas, a insisté Biamonti. Personne ne fera ça tout seul. Il y aura un partenariat japonais, Galaxy et SBM. Ca ira au bout ou ça n’ira pas au bout, mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas pour demain matin. Mais on souhaite y participer. »
Boutiques
75 à 80 % des boutiques sont d’ores et déjà louées. Le marché du locatif représente une part beaucoup plus stable et rentable que développe la SBM. Ce qui n’a pas empêché Jean-Luc Biamonti de démentir la petite phrase de l’élu Union Monégasque (UM) Bernard Pasquier qui avait estimé que désormais « ce seront les revenus de l’immobilier qui paieront les salaires des croupiers… » Biamonti estime avoir « beaucoup travaillé sur la partie commerciale. Nous sommes très satisfaits des résultats obtenus. L’ensemble des locataires, qui étaient déjà présents avant les travaux, ont tous augmenté leurs surfaces. Ils payent un droit au bail sur la surface additionnelle. Le tout s’est fait complètement dans nos budgets, dans nos prévisions. » En ce qui concerne le parc résidentiel de la SBM, la politique est sensiblement différente. Les bâtiments n’étant pas encore terminés, et pour certains pas encore sortis de terre, le groupe a décidé de prendre le temps pour la commercialisation. Ainsi, une boutique a été préservée pour y installer d’ici la fin d’année le bureau locatif. Mais d’ores et déjà, un penthouse situé sur les deux derniers étages de l’immeuble de bureaux a été réservé par un client s’installant à Monaco, a révélé Jean-Luc Biamonti. Seule certitude : le secteur locatif représente aujourd’hui un chiffre d’affaires de 39,4 millions d’euros, soit une augmentation de 9 % sur l’exercice 2016-2017.
Jimmy’z : le retour
La boite de nuit emblématique de la SBM, fermée elle aussi pour rénovations, rouvrira ses portes le 29 juin. Le nouveau Jimmy’z aura donc une toute nouvelle salle. Il faudra attendre la fin d’année pour que les artistes puissent bénéficier d’un “back office”, avec loges et toilettes. Une fermeture qui a posé question à la SBM pendant le Grand Prix. « C’était embêtant de ne pas avoir notre marque Jimmy’z pendant le Grand Prix, alors que beaucoup de boites de nuit concurrentes étaient présentes, a soupiré Jean-Luc Biamonti. On a décidé de faire un Jimmy’z temporaire pendant quatre jours dans la salle des Palmiers, à gauche dans le Sporting d’été. On a fait un “pop-up” Jimmy’z, avec les meubles et les banquettes de l’ancien Jimmy’z sur le point d’aller à la poubelle [rires]. On a même décidé de faire un effort : on a engagé Bruno Mars qui est venu le dimanche soir du Grand Prix. Et cela coûte des sous ! » Pour que ces 4 jours de Jimmy’z soient à l’équilibre financier, les prévisions avaient tablé sur 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires. « Nous avons fait 1,8 million en quatre jours, a déclaré le président délégué. On a pris le risque, on avait une concurrence folle cette nuit-là, mais avec la marque Jimmy’z, on a fait un carton. »
crédits
« Nous sommes dans une phase où on dépense beaucoup d’argent ». C’est un euphémisme pour la SBM, qui a d’ores et déjà investi 168 millions d’euros sur le One Monte-Carlo, dont 45 millions en 2016-2017 et 122 millions sur le seul hôtel de Paris, dont 74 millions sur l’exercice qui vient de s’achever. « Au 31 mars, nous n’avions pas encore tiré sur nos lignes de crédits, a indiqué Biamonti. Depuis, nous avons commencé à tirer dessus et nous en sommes à 20 millions d’euros. On ne devrait plus y toucher pendant l’été, car c’est une période où on a un important “cash flow”. On devrait recommencer à tirer sur nos lignes de crédits fin septembre, début octobre. » Par ailleurs, en termes de structure financière, les capitaux propres-part du groupe s’élèvent à 639,2 millions d’euros au 31 mars, contre 655,8 millions au 31 mars 2016. La trésorerie nette d’endettement financier de la SBM est, quant à elle, positive à hauteur de 94 millions d’euros, contre 187 millions sur l’exercice précédent.
D’où viennent les clients de la SBM ?
Clientèle internationale
France 21 %
Russie 13 %
Etats-Unis 13 %
Italie 11 %
Grande-Bretagne 10 %
SBM : plus de 95 millions de pertes opérationnelles en trois ans
Chiffre d’affaires
2014/2015 452,4 millions d’euros
2015/2016 461,4 millions d’euros
2016/2017 458,8 millions d’euros
Résultat opérationnel
2014/2015 -31,5 millions d’euros
2015/2016 -31 millions d’euros
2016/2017 -32,8 millions d’euros
Résultat net consolidé
2014/2015 10 millions d’euros
2015/2016 -29,1 millions d’euros
2016/2017-36,4 millions d’euros
Résultat net consolidé Betclic Everest Group
2014/2015 400 000 euros
2015/2016 2 millions d’euros
2016/2017 -4,2 millions d’euros



