Sous l’impulsion de son nouveau président, le Monégasque Lucas Dubois, dans quelles directions va partir la Jeune Chambre économique de Monaco en 2026 ? Voici quelques éléments de réponse. Par Mélicia Poitiers
Jeune entrepreneur monégasque, Lucas Dubois est devenu, à 27 ans, le nouveau président de la Jeune Chambre Économique de Monaco (JCE Monaco). Il sera aux manettes de cette institution, qui compte actuellement 80 membres, pour l’année 2026. Élu président adjoint en octobre 2024, il a bénéficié d’une année de préparation à ses nouvelles fonctions aux côtés de la présidente sortante, Hanna Derrien. Son mandat sera axé sur trois priorités : l’entrepreneuriat, l’attractivité et l’innovation (qui remplace l’ancien pôle développement personnel). « Le terme développement personnel est un peu dépassé et le trio attractivité/entreprenariat/innovation, c’est ce qui nous représente le mieux à mon sens », explique-t-il.
Ateliers, afterworks, concours de création d’entreprise…
Le pôle « Attractivité » continuera de proposer tout au long de l’année 2026 des ateliers (entraînement aux entretiens, à la prise de parole en public…) ainsi que des “afterworks”, sans oublier les « JCE Connect », dédiés au « réseautage ». Le premier se déroulera le 12 mars 2026 au Petit Café Robuchon, à Monaco. Les petits-déjeuners conférences, qui traitent, quatre fois dans l’année, de sujets d’actualité en Principauté, seront également maintenus. Le premier aura lieu le 24 mars 2026. Ludmilla Raconnat Le Goff, déléguée en charge de l’attractivité viendra y présenter son plan d’action pour 2026.
31ème édition du concours de création d’entreprise
Le pôle « Entrepreneuriat » poursuivra les Pitch Night Startup Meeting, destinés à apporter visibilité et accompagnement aux jeunes entreprises. Il comprend également le mythique concours de création d’entreprise, qui a permis de lancer des acteurs à succès telles que l’imprimerie-boutique DITO, l’entreprise de service à la personne A Domicile Monaco et l’application de paiement local Carlo. Cette année, il s’agira de la 31ème édition.

Le tarif de Monaco Inspire revu à la baisse
Quant à Monaco Inspire, un format qui invite tous les ans, sur une journée, des entrepreneurs à succès, locaux ou célèbres, à partager leur expérience à travers des conférences et ateliers interactifs, il évoluera sensiblement pour sa troisième édition. Jusqu’ici proposée au prix de 90 euros, la journée sera désormais séparée en deux offres, avec un tarif matinée revu à la baisse, afin d’attirer un public plus large autour des intervenants. L’après-midi deviendra optionnelle. Elle proposera des ateliers, des formations thématiques et des sessions « one-to-one » avec les speakers. Ces derniers n’ont pas encore été dévoilés, mais « ce ne seront pas des investisseurs de l’émission « Qui veut être mon associé » », assure Lucas Dubois. On se souvient que lors des éditions précédentes, la JCEM a fait intervenir Catherine Barba, Eric Larcheveque et Kelly Massol.
Un “think tank” sur le capital-investissement
Le pôle « Innovation », nouveauté de ce mandat, englobe l’incontournable soirée des Trophées, qui récompensera les gagnants du concours de création d’entreprise, ainsi que le “think tank” [groupe de réflexion — NDLR] de la JCEM. Depuis 2025, et pour cette année encore, il travaille sur la problématique suivante : la législation monégasque rend très difficile, voire impossible la création de fonds de “private equity” [le principe du “private equity”, le capital-investissement, repose sur des fonds qui investissent dans des entreprises non cotées en Bourse pour les développer, puis les revendre plus tard avec un profit — NDLR] en Principauté. « Est-ce qu’il y a un véritable intérêt pour le pays à faire changer les choses pour faciliter l’installation de ce type de structures ? C’est la première question à laquelle on essaie de répondre. Si on conclut que oui, on réfléchira à la manière de le faire », explique Lucas Dubois. « L’objectif est d’arriver à une réflexion aboutie pour pouvoir faire un petit déjeuner conférence sur ce sujet en fin d’année 2026 », poursuit-il. Dans tous les cas, les travaux de ce groupe de réflexion donneront lieu à une restitution fin 2026, au moins auprès du gouvernement monégasque et des élus du Conseil national.
Graine d’entrepreneurs sort de la JCEM, Monaco Junior Impact prend le relais
Par ailleurs, en cette année 2026, le programme Graine d’Entrepreneurs, qui consiste à encadrer des élèves du CM2 au BTS dans la création et la présentation d’un projet entrepreneurial fictif, prend son autonomie, avec la création d’une association dédiée. Il pourra ainsi continuer son développement. Pour conserver un lien avec l’éducation nationale et les élèves de la Principauté, la JCEM a donc décidé de lancer un nouveau dispositif, toujours dans le même esprit. Baptisé Monaco Junior Impact, il proposera aux étudiants de travailler, pendant les quatre premiers mois de l’année 2026, sur un projet événementiel à impact social, communautaire ou environnemental, avec un budget défini fixé à 2 500 euros. « L’idée, c’est qu’ils aient de vraies contraintes financières, qu’ils soient en conditions réelles », explique Lucas Dubois. Chaque équipe sera accompagnée par deux mentors. Elles présenteront leurs projets devant un jury fin avril 2026 et la JCEM financera l’événement porté par les gagnants. D’abord testé au sein de l’International University of Monaco (IUM), l’ambition est ensuite de l’étendre aux lycées publics de Monaco.
Qui est Lucas Dubois ?
Lucas Dubois est né et a grandi à Monaco. Après un baccalauréat scientifique, il étudie l’ingénierie civile pendant six mois à Santa Barbara (États-Unis) puis intègre l’International University of Monaco (IUM). Il réalise ensuite un master en développement immobilier à l’université de Westminster à Londres, puis il revient en Principauté. En 2022, il lance DT Development, une entreprise spécialisée dans l’assistance à la maîtrise d’ouvrage pour des projets de rénovation et de construction. Il intègre la Jeune Chambre économique de Monaco (JCEM) la même année et s’implique rapidement dans plusieurs commissions. En 2024, il entre au conseil d’administration en tant que vice-président international et il ouvre une deuxième entreprise : une agence de communication baptisée Orphic. Ses deux sociétés sont toujours en activité.
Cinq questions à… Lucas Dubois
Qu’est-ce qui vous a motivé à vous investir dans la Jeune chambre économique de Monaco (JCEM) ?
Quand on débute dans l’entrepreneuriat à Monaco, en tant que Monégasque, on a des matelas partout autour de nous. On bénéficie d’un accompagnement très rassurant de la part du gouvernement monégasque, qui permet de se lancer sans trop de risque. J’ai toujours dit que si j’étais né ailleurs, je ne serai probablement pas devenu entrepreneur. Alors, je suis entré dans la JCEM pour aider à mon tour de jeunes entrepreneurs à tenter, et aussi pour contribuer à l’attractivité et à l’économie de mon pays. Quand on débute dans l’entrepreneuriat à Monaco, en tant que Monégasque, on a des matelas partout autour de nous. On bénéficie d’un accompagnement très rassurant de la part du gouvernement monégasque, qui permet de se lancer sans trop de risque. J’ai toujours dit que si j’étais né ailleurs, je ne serai probablement pas devenu entrepreneur. Alors, je suis entré dans la JCEM pour aider à mon tour de jeunes entrepreneurs à tenter, et aussi pour contribuer à l’attractivité et à l’économie de mon pays.
Qu’aimeriez-vous avoir accompli à la fin de votre mandat ?
J’aimerais que l’on puisse décider de pérenniser Monaco Inspire et les Pitch Night Start up Meeting, nos événements lancés en 2023. Cela fait deux ans que l’on travaille dessus. La troisième année, nous devons parvenir à l’ajustement parfait, à la formule idéale. Par ailleurs j’aimerais faire un bon lancement pour Monaco Junior Impact, que la première année soit un succès pour que l’on puisse étendre le dispositif à d’autres établissements l’année prochaine.
Comme tous les présidents, vous allez effectuer plusieurs déplacements à l’étranger dans l’année. Quel voyage attendez-vous le plus ?
Notre déplacement au Luxembourg pour un “business trip” en partenariat avec la Jeune Chambre Économique (JCE) locale. On emmènera une délégation de la JCEM, les membres intéressés pour découvrir des opportunités d’affaires là-bas. Il y a énormément de synergies possibles entre le Luxembourg et la Principauté, car nous avons une économie qui est assez similaire et des secteurs de prédilection communs.
Quels secteurs sont les plus prometteurs pour entreprendre à Monaco en 2026 ?
À Monaco, l’efficacité passe par la capacité à générer le plus d’argent possible dans le plus petit espace possible. C’est la première règle, compte tenu du coût de l’immobilier, d’où la sur-représentation des entreprises de prestations de services. Mais on voit aussi émerger de plus en plus de projets dans la tech : intelligence artificielle (IA), cybersécurité… La communication marche aussi toujours très bien, ainsi que les secteurs historiques, comme la finance et l’immobilier. Mais je crois beaucoup à ceux qui oseront proposer des concepts encore inexistants en Principauté. Il y a plein de domaines dans lesquels personne n’a jamais vraiment bien tenté et qui pourraient marcher. Ça prendra peut-être plus de temps qu’ailleurs, mais en poussant la bonne porte, en étant sur le bon créneau, ça peut fonctionner.
On entend les deux sons de cloche : alors à Monaco, tout va-t-il plus vite ou, au contraire, plus lentement ?
Les deux sont vrais. Tout peut aller plus vite quand on est sur un secteur classique qui fonctionne déjà bien ou sur lequel il y a une grosse attente. Le réseau est extrêmement puissant à Monaco et le marché est minuscule, donc c’est beaucoup plus facile de toucher tout le monde rapidement. Mais la Principauté a ses traditions, elle peut être un peu archaïque sur certaines choses. Elle aime prendre le temps d’évoluer à son rythme, pour faire les choses correctement. Alors, si vous êtes dans un domaine ou sur un concept un peu novateur, qui n’a pas forcément encore fait ses preuves ailleurs, ça peut être très lent à décoller.



