lundi 16 mars 2026
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Eric Blair : « Notre profession
devra travailler différemment »

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Comment les assureurs de la principauté traversent-ils la crise sanitaire provoquée par le coronavirus ? Le président de la chambre monégasque de l’assurance, Eric Blair, a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

Quel impact a eu la crise sur votre activité ?

Contrairement à ce que pourraient penser nombre de personnes, nous avons été impactés par cette crise, certes moins que d’autres professions ayant dû fermer complètement leurs établissements. Dans la majorité des cas, les intermédiaires en assurance, que ce soit les agents ou courtiers, peuvent travailler à distance, ainsi que leur personnel. Néanmoins la situation est peut-être plus compliquée pour les agents qui travaillent dans leurs locaux professionnels, sur une informatique dédiée de la compagnie qu’ils représentent. En effet, il s’avère que certaines compagnies imposent la connexion à leur site central que par les postes dédiés en agence.

Et pour les courtiers ?

Pour les courtiers, le cas est un peu différent, dans le sens où, soit ils utilisent une connexion Internet sur le site central ou bien ils peuvent aussi avoir leur propre informatique spécifique au cabinet. Dans ce cas, tout dépend du système qu’ils ont, mais généralement ils doivent pouvoir travailler à distance également sur celui-ci. Ceci concerne le côté fonctionnel de nos métiers.

Comment faire pour continuer à gérer les clients pendant cette crise sanitaire ?

Pour ce qui est de la relation client, les clients continuent à avoir des sinistres malgré le confinement. Les services sinistres des intermédiaires ont donc une activité quasi identique. Une petite réserve toutefois, concernant les personnes dédiées aux sinistres automobiles, les clients utilisant peu ou pas leurs véhicules pendant cette crise sanitaire.

Votre activité commerciale est impactée de quelle manière ?

L’activité commerciale est quasiment réduite de 70 à 80 %. Donc, malgré le travail à distance, le personnel technico-commercial a nettement moins de travail. Nous constatons également un délai nettement plus long dans les règlements des primes dues, que ce soit par les professionnels ou les particuliers. Ceci peut se comprendre, vu l’arrêt d’activité de certains, donc l’absence de liquidités (professionnels) ou de revenus (employés). Néanmoins, dans la majorité des cas, les compagnies apportent un soutien technique aux intermédiaires et proposent des formations à distance, des formations qui sont obligatoires pour les intermédiaires, selon la législation relative à notre profession.

En France, un gain de près de 2 milliards d’euros a été estimé (1) sur l’assurance auto et habitation pendant cette crise : à Monaco, quelles sont les estimations pour ces deux types d’assurances ?

Je ne connais ni les chiffres « économisés » pour la France ou Monaco. Nous n’avons pas de statistiques. Comme indiqué précédemment, certes les sinistres automobiles sont nettement moins nombreux, mais d’autres secteurs peuvent, en revanche, être en augmentation en nombre, suite au confinement.

Un exemple ?

Par exemple, les dégâts des eaux sont, peut-être, un peu plus fréquents, de par le fait du confinement, et que les assurés utilisent plus leurs équipements domestiques. En revanche, il est possible que le coût de ceux-ci soit moins important, car ils sont constatés plus tôt. Peut-être aurons-nous une recrudescence lors du déconfinement, les assurés automobiles étant plus enclins à compenser le manque de déplacements pendant le confinement ?

Est-il possible de suspendre son assurance auto pendant la crise sanitaire ?

La législation impose à tout propriétaire d’un véhicule motorisé de l’assurer contre les dommages causés aux tiers (responsabilité civile). Par contre, un assuré peut réduire certaines des garanties, afin de réduire la prime, mais ceci doit être fait à sa demande. S’agissant d’un contrat, le fait de modifier le contrat ne peut venir de l’assureur.

En France, la Maif (2), et en Italie Unipolsai (3), ont décidé de répercuter sur leurs sociétaires les économies dues au coronavirus : est-ce aussi le cas à Monaco ?

Ce type de décision est parfois basé sur une politique commerciale, voire publicitaire, pour créer un effet d’annonce, et non fondée sur des résultats. Comprenez qu’il n’est pas possible de connaître par anticipation les résultats qu’aura le confinement dû au Covid-19 : ceux-ci ne seront connus qu’à la clôture des comptes 2020. D’autre part, les compagnies ont dû mettre en place des mesures supplémentaires en raison de la modification du mode de travail, et ont fait des apports financiers importants dans le secteur de la recherche sur les traitements relatifs à ce virus. Il est important aussi de noter que nombre de compagnies ont aussi, afin de tenir compte des difficultés financières, notamment des professionnels, laissé une certaine flexibilité dans les délais de paiement des primes avant la mise en contentieux et résiliation éventuelle. Ceci aura un impact économique.

Comment voyez-vous « l’après coronavirus » pour votre secteur ?

Comme beaucoup d’autres professions, il me semble que la nôtre se devra de travailler différemment. Il en ira ainsi de notre société en général. Les mesures sanitaires ne permettront plus les rapports identiques entre personnes, et ce, tant qu’un traitement ne pourra être trouvé pour le virus. Notre société, en général, se devra de prendre en compte la situation que nous avons connue ces derniers mois et de mettre en place des mesures permettant d’éviter une nouvelle pandémie. Les compagnies d’assurance devront prendre en compte ce risque supplémentaire dans leur modélisation des risques, ce qui pourra impacter les tarifs à moyen terme. Mais à vrai dire, je crois que, tout comme nous l’avons fait pendant le confinement et sur les mesures prises durant celui-ci, nous devrons nous adapter au fur et à mesure que la situation économique sera « normalisée », et sans doute en tenant compte des rendements boursiers et autres facteurs économiques, humains et matériels.

1) Selon l’Argus de l’assurance, les actuaires du cabinet Addactis ont estimé l’impact des deux mois de confinement. Baisse du nombre d’accidents de la route mais aussi des vols et détériorations de véhicules, souvent garés à proximité du domicile des assurés… Au total, une baisse de charge d’environ 11 % a été enregistrée par les assureurs automobiles, soit une économie totale de 1,5 milliard d’euros. Les actuaires estiment que le gain est situé autour de 4-5 % sur l’assurance habitation, ce qui représente 350 millions d’euros pour l’exercice 2020.

2) La Maif a décidé de reverser 100 millions d’euros à ses 2,8 millions d’assurés automobiles pour environ 3,6 millions de véhicules. Pour les sociétaires de cet assureur, cela représente, en moyenne, un gain d’environ 30 euros par véhicule assuré.

3) L’assureur italien Unipolsai a décidé de restituer un mois de police d’assurance auto, sur simple demande réalisée sur leur site Internet, www.unipolsai.it. Les clients obtiendront un bon d’une valeur minimum de 20 euros qui pourra seulement être utilisé lors du renouvellement de la police d’assurance initiale.

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