Alors que la 57ème édition du festival de télévision de Monte-Carlo se déroule du 16 au 20 juin, se pose la question de l’émergence de plusieurs festivals de séries en France. Cannes lancera le sien en avril 2018. Mais y aura-t-il de la place pour tout le monde ?
« Je ne prends pas le festival de Cannes avec gaieté. Mais si tout le monde arrive à travailler intelligemment sans couler l’autre, cela se passera bien. » Alors que la 57ème édition du festival de télévision de Monte-Carlo commence vendredi 16 juin, son directeur général, Laurent Puons, essaye de prendre avec philosophie la naissance annoncée pour avril 2018 du festival des séries de Cannes. « On le sait, on ne peut pas rester seul. Alors on souhaite bonne chance aux autres. » Le pluriel est en effet ici de rigueur, car le voisin français est sur le point de voir pulluler le nombre de ces festivals dédiés aux séries télévisuelles. Déjà en 2009, la naissance de Séries Mania à Paris avait fait figure de test. « Nous sommes complémentaires, estime Laurent Puons. Et puis, nous n’avons pas lieu aux mêmes dates. Le festival de télévision de Monte Carlo s’inscrit dans la longévité et nous avons la chance d’avoir le Prince Albert II comme président d’honneur. En termes d’image, c’est difficile de faire mieux. »
En gestation
Selon lui, les dates auxquelles se déroule le festival monégasque, du 16 au 20 juin cette année, sont idéales. « Le festival de télévision de Monte Carlo a lieu en juin, juste après le Los Angeles (LA) Screening en mai, précise le directeur général monégasque. C’est à ce moment que tous les diffuseurs se réunissent pour décider du renouvellement ou non des séries. » Pour Laurent Puons, le festival de Monte-Carlo a donc un positionnement idéal. « Le futur festival de séries de Cannes aura lieu en avril, donc avant le LA Screening. Ils vont capitaliser sur les premières saisons, sur les nouveautés », insiste-t-il. « Nous irons sans doute sur des séries inédites », confirme Benoît Louvet, directeur général de l’association française du festival international des séries de Cannes (Affis), même s’il nuance, en expliquant que l’événement cannois est toujours en gestation. « Peut-être que Monte-Carlo sera plus orienté vers les séries américaines. Et à Cannes, nous serions plus global, avec des séries de plusieurs pays », avance Benoit Louvet. Sauf qu’à l’heure actuelle, le festival de télévision de Monte-Carlo se fait fort de sa diversité de programmes venus de plusieurs pays du monde…
« Complémentaire » ?
Néanmoins, l’idée est de se placer sur deux créneaux différents, avec l’envie affirmée des deux côtés de « ne pas se marcher sur les pieds ». « Je suis déjà en discussions avec le directeur du festival de Cannes, indique Laurent Puons. Il y a de la place pour plusieurs festivals. L’industrie des séries télé a pris une place si importante, qu’on peut avoir chacun sa part du gâteau. » Le maire de Cannes, David Lisnard, ne dit pas autre chose : « Il n’y a aucun problème avec Monte-Carlo. D’une part, nous travaillons en bonne entente, d’autre part, les opérations sont différentes et complémentaires. » Benoît Louvet explique que la volonté du festival international des séries de Cannes nait de « l’opportunité de prendre une place sur les séries sur quelque chose qui n’existe pas vraiment. L’idée d’un festival orienté uniquement sur les séries était importante. » Il rappelle les atouts de la ville des Alpes-Maritimes : Cannes, village mondial, à la renommée internationale et disposant de toutes les infrastructures. En outre, le festival des séries de Cannes se déroulera en même temps que le marché international des programmes de télévision (MIP TV), qui réunit tous les professionnels de l’industrie de la télévision. Une façon de faire d’une pierre deux coups… Mais Benoît Louvet se veut rassurant : « Ce sera très complémentaire. On a pris attache avec la direction du festival de Monte-Carlo et le maire de Cannes, David Lisnard, a rencontré le Prince Albert. On doit travailler ensemble. »
Cachets
Du côté de Monaco, on insiste sur la pérennité du festival. « C’est le plus important d’Europe. On a 57 ans cette année. Et chaque année, nous faisons en sorte que la nouvelle édition soit meilleure, souligne Laurent Puons. Chaque année, on se remet en question pour adapter notre contenu. » Une adaptation indispensable au vu de l’évolution du monde de la télé. « Depuis 7 ou 8 ans, on s’est rendu compte que la barrière entre le cinéma et la télévision s’était abaissée, avec notamment des stars du cinéma qui passent à la télévision, insiste le directeur général du festival de télévision de Monte-Carlo. Aujourd’hui, les budgets des séries télé sont aussi importants que ceux des plus gros blockbusters américains. Et les cachets des acteurs de séries peuvent être plus importants que ceux du cinéma. » A titre d’exemple, les cachets des emblématiques acteurs de la série Friends s’élevaient à plus d’un million de dollars par épisode à la fin de la série. Une évolution sans commune mesure de l’industrie des séries télé et un tournant qu’a su prendre le festival de télévision de Monte-Carlo. Laurent Puons rappelle que des séries aussi connues que Lost ou Desperate Housewives ont été lancées à Monaco. « Le festival de séries de Cannes va avoir ses preuves à faire. Nous, on les a déjà faites. »
Avant première
Pour preuve, Laurent Puons désigne la tête d’affiche de cette 57ème édition. Sera ainsi diffusée, vendredi 16 juin, après la cérémonie d’ouverture, et en avant première mondiale la série américaine Absentia. « Cela démontre la notoriété de notre festival, considère le directeur monégasque. Sony a choisi Monte-Carlo pour projeter Absentia alors qu’ils auraient pu choisir un festival américain par exemple. » La série, dans laquelle l’héroïne, interprétée par Stana Katic, qui n’est autre que la Kate Becket de la série Castle, relate l’histoire d’un agent du FBI qui refait surface six ans après sa disparition et découvre que son mari s’est remarié et son fils ne la reconnaît plus. A l’époque, elle poursuivait un serial killer, dont les meurtres reprennent à son retour. Last Tycoon, l’histoire d’un magnat en pleine ascension, produite par Amazon production, est l’autre série proposée en avant-première durant le weekend. « Il ne faut pas oublier que le festival de Monte-Carlo est aussi un concours avec deux grosses catégories en fiction et en actualité, insiste Laurent Puons. Il s’agit d’une plateforme de promotion et de communication pour tous les studios auprès des médias, qui sont chaque année entre 150 et 200. » Et puis, Monaco, c’est surtout un festival dédié à son public. « Je suis directeur depuis 2012 et j’ai décidé de tourner le festival de plus en plus vers le public. C’est un bon facteur de promotion pour un festival, explique Puons. C’est une manifestation festive avant tout. Et on doit leur offrir de rencontrer leur star préférée dans des conditions optimales, aussi bien pour le public que pour les acteurs. » Quasiment en face à face, les spectateurs pourront rencontrer leurs comédiens préférés et leur poser des questions. Une proximité qui fait la marque de fabrique du festival de Monte-Carlo et avec laquelle il compte bien se distinguer. Mais chaque star coûte cher et l’apparition de nouveaux festivals peut compliquer la donne, en faisant exploser les tarifs.
Pas la guerre
Car Cannes n’est pas la seule ville française à lancer prochainement son festival de séries télé. La ville azuréenne avait en effet été éliminée lors d’un concours lancé en février 2017 par le ministère français de la Culture pour désigner la ville qui accueillera un grand festival international de séries en France. En lice, se trouvait également Paris, fort de son festival Séries Mania et… Lille. C’est finalement Lille qui a remporté la sélection en mars dernier, ainsi que le million d’euros de subvention prévu par le ministère. Mais Cannes avait fait fi de son échec et décidé de se lancer seule, portée par la volonté de son maire Les Républicains (LR), David Lisnard… avec un budget de 4 à 5 millions d’euros. « Le budget du festival de télévision de Monte-Carlo s’élève à 2,5 millions d’euros, souligne son directeur général. Les acteurs présents (cette année, ils seront plus de 150, N.D.L.R.) dépendent un peu des moyens à dispositions. Plus on veut des stars d’un certain niveau, plus cela coûte cher. Je ne sais pas ce que Cannes va faire pour avoir telle ou telle star. » Benoît Louvet se défend de vouloir se lancer dans la surenchère. « On ne sera pas dans une course à l’argent », promet-il. Pourtant, dans l’industrie des séries télévisuelles comme au cinéma, l’argent constitue le nerf de la guerre… Une guerre qui ne doit pas avoir lieu selon les directeurs de festivals.
Pour plus d’informations : http://www.tvfestival.com/



