mercredi 15 avril 2026
AccueilEconomieEtienne Franzi : « Le dossier qui préoccupe le plus la profession, c’est...

Etienne Franzi : « Le dossier qui préoccupe le plus la profession, c’est Moneyval »

Publié le

Depuis le 20 décembre 2023, Etienne Franzi n’est plus le président de l’association monégasque des activités financières (Amaf). Après 25 ans passés dans ce fauteuil, il a cédé sa place à Robert Laure, administrateur et vice-président chez Julius Baer Wealth Management Monaco. Pour Monaco Hebdo, Etienne Franzi revient sur un quart de siècle d’histoire bancaire et financière monégasque.

Pourquoi avoir décidé de ne pas être candidat à votre propre succession à la tête de l’Autorité monégasque des activités financières (Amaf) ?

C’est une décision mûrement réfléchie que j’avais annoncée un an à l’avance, lors de l’assemblée générale annuelle du 6 décembre 2022, qui venait de me réélire, par acclamation, pour la 25ème fois. Avec une association en parfait « état de marche », après un quart de siècle de présidence, j’ai pensé que c’était le moment de passer la main. Mission remplie !

Comment se déroule l’élection du président de l’Amaf ?

Comme pour toute élection, avec des bulletins de vote, des isoloirs et une urne. La seule différence porte sur le « poids » de chaque électeur, qui dépend de sa taille. Il y avait deux candidats en lice lors de la dernière élection, le 20 décembre 2023 : Francesco Grosoli et Robert Laure : que pouvez-vous en dire ? Avec des profils différents, les deux étaient de grande qualité. Le résultat très serré l’a démontré.

Un nouveau président, Robert Laure, a été élu le 20 décembre 2023 : quel est son profil ?

C’est un grand professionnel de la banque. Il connaît parfaitement la place financière monégasque et, ce qui est essentiel pour ses nouvelles responsabilités, le « fonctionnement » de la principauté.

« L’Association Monégasque des Banques (AMB), ancêtre de l’Amaf, a été créée au début des années 1970 par les établissements de l’époque, sous la dénomination initiale de Groupement Syndical des Banques (GSB) »

Qui sont les membres du bureau élus avec Robert Laure ?

Ils seront élus sur proposition du nouveau président lors d’une assemblée générale ordinaire, le 22 janvier 2024 [cette interview ayant été réalisée le 18 janvier 2024, lire notre encadré, par ailleurs — NDLR].

Quand a été créée l’AMAF ?

L’Association Monégasque des Banques (AMB), ancêtre de l’Amaf, a été créée au début des années 1970 par les établissements de l’époque, sous la dénomination initiale de Groupement Syndical des Banques (GSB). L’Amaf assure aujourd’hui de nombreuses missions. C’est, statutairement, un syndicat employeur, interlocuteur du syndicat des « employés, gradés et cadres de banques de Monaco ». Mais son rôle va bien au-delà.

Association monégasque activités financières AMAF
« Aujourd’hui, nous disposons de trois commissions principales : activités bancaires, activités de gestion et affaires sociales. Nous avons aussi des groupes de travail qui couvrent l’ensemble de nos activités. Ainsi, c’est une centaine d’acteurs de la place financière monégasque qui collaborent régulièrement à nos réflexions. » Etienne Franzi. Président honoraire de l’Amaf.

C’est-à-dire ?

L’Amaf assure notamment la représentation de la profession auprès du gouvernement et du Conseil national. Elle est, notamment amenée, dans ce cadre, à apporter sa contribution à l’étude de tout projet ou de proposition de loi concernant notre secteur. Elle se veut, au demeurant, proactive dans ce domaine et elle a, elle-même, été à l’initiative de nouveaux textes ou dispositifs, importants pour le fonctionnement et le développement de la place financière monégasque et de nature à en renforcer l’attractivité et la réputation. L’Amaf en assure aussi la promotion à l’étranger sur ses principaux bassins de clientèle et elle gère le fonds de garantie monégasque.

« L’institutionnalisation de l’Amaf a été l’une de mes priorités. Pour la rendre incontournable, il fallait instaurer une obligation d’appartenance pour tous les établissements agréés, banques ou sociétés de gestion. Cela a été fait par une modification de la loi n° 1338 sur les activités financières »

Vous avez été élu pour la première fois en 1999 : quelles raisons vous ont alors poussé à être candidat à cette fonction ?

Après une carrière de fonctionnaire m’ayant porté aux fonctions de conseiller de gouvernement pour les finances et l’économie, j’ai pensé que c’était là une façon différente de continuer à servir la principauté et le souverain.

Etienne Franzi Finance
« Je vois deux projets de texte. Le premier apporterait notamment un allègement très sensible des formalités administratives de modification de statuts pour les sociétés anonymes monégasques (SAM) et la création d’une nouvelle forme de société. Le deuxième ferait, entre autres, bénéficier les syndicats d’employeurs de plus de souplesse dans leur fonctionnement interne. » Etienne Franzi. Président honoraire de l’Amaf. © Photo CMB

Vous avez été réélu sans discontinuer de 1999 à 2023 : comment expliquez-vous ces réélections à répétition ?

Que répondre à cela… Sans doute les membres n’étaient-ils pas trop mécontents de ma manière de faire et des résultats obtenus.

Lors de votre première élection en 1999, quelles actions avez-vous décidé de lancer en priorité ?

Le terrain était vierge. À l’époque, en 1999, l’association ne disposait en propre, ni de personnels, ni de locaux. Il fallait tout construire et structurer, en lui donnant les moyens humains, matériels et financiers de fonctionner. Tout cela a été fait.

En 1999, l’Amaf avait combien de salariés et de collaborateurs bénévoles ?

Comme je l’ai indiqué, en 1999, tout était à faire. Il n’y avait ni salariés, ni structures opérationnelles permettant de traiter les problèmes de la profession en y associant les membres. Aujourd’hui, nous disposons de trois commissions principales : activités bancaires, activités de gestion et affaires sociales. Nous avons aussi des groupes de travail qui couvrent l’ensemble de nos activités. Ainsi, c’est une centaine d’acteurs de la place financière monégasque qui collaborent régulièrement à nos réflexions. C’est d’ailleurs l’une de mes grandes satisfactions de voir un tel intérêt porté aux travaux conduits par l’association.

« Le gouvernement et le Conseil national ont vite compris l’intérêt qu’il y avait à bénéficier, à travers l’Amaf, de l’avis des professionnels sur tous les textes de nature à les concerner, notamment, en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme »

Année après année, quelles ont été les grandes étapes qui ont permis de structurer l’Amaf pour passer d’un simple syndicat patronal à une véritable institution reconnue par tout le monde à Monaco ?

L’institutionnalisation de l’Amaf a aussi été l’une de mes priorités. Pour la rendre incontournable, il fallait instaurer une obligation d’appartenance pour tous les établissements agréés, banques ou sociétés de gestion. Cela a été fait par une modification de la loi n° 1338 sur les activités financières. C’est en avril 2007 que l’AMB s’est transformée en Amaf, pour prendre acte de cette extension de son champ d’action.

Comment a évolué votre travail avec le gouvernement monégasque et avec les élus du Conseil national ?

Le gouvernement et le Conseil national ont vite compris l’intérêt qu’il y avait à bénéficier, à travers l’Amaf, de l’avis des professionnels sur tous les textes de nature à les concerner, notamment, en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Les échanges se sont ainsi progressivement développés pour devenir réguliers, facilités par mes anciennes fonctions de conseiller de gouvernement.

« Entre 1999 et 2023, les ressources ont été multipliées par quatre pour atteindre le montant record de 154 milliards d’euros, sans prendre en compte les fonds gérés de Monaco, mais déposés à l’étranger. Et, dans le même temps, les crédits ont été multipliés par 15 »

Avec quels autres services ou institutions de la principauté travaille l’Amaf ?

Ils sont très nombreux. Bien évidemment, très régulièrement avec le département des finances et de l’économie et ses principales directions : direction du budget et du trésor, ex-Service d’Information et de Contrôle sur les Circuits Financiers (SICCFIN), direction des services fiscaux ainsi qu’avec la Commission de Contrôle des Activités Financières (CCAF). Mais, aussi, avec le département de l’intérieur et la direction de la sûreté publique, le département de la santé et des affaires sociales et la direction du travail. Et, plus ponctuellement, avec le département de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme et avec la Commission de Contrôle des Informations Nominatives (CCIN). Sans oublier pour les opérations de promotion à l’étranger, la délégation interministérielle à l’attractivité et à la transition numérique, et le Monaco Economic Board (MEB).

Chronologiquement, l’Amaf a participé à quels textes de loi marquants entre 1999 et 2023 ?

Il y en a trois, les plus importants, pour lesquels l’Amaf a fait plus que participer. En premier lieu, la loi n° 1224 de 1999 sur le gage de monnaie et d’instruments financiers. C’est l’Amaf qui a pris l’initiative de ce texte, car ce qui existait jusque-là relevait du code civil, et remontait à la fin du XIXème siècle. Il fallait absolument revoir le droit des sûretés mobilières et créer un cadre juridique adapté au développement de la banque privée et du crédit Lombard, qui se situent au cœur des activités de la place financière monégasque.

Quel est le deuxième texte de loi le plus marquant ?

En deuxième lieu, on peut citer la loi n° 1295 de 2004, qui a réformé la procédure des saisies-arrêts.

Et le troisième texte de loi ?

Enfin, plus récemment, la loi n° 1529 de 2022, dite « DDOEJ », pour Diverses Dispositions d’ordre economique et juridique (DDOEJ). Pour sa préparation nous avons mis en place un groupe transversal de « sachants » : André et Stéphane Garino, Franck Biancheri, Alain François et Gilbert Manceau. Ce texte, que j’ai parfois qualifié d’« impressionniste », car il constitue plus une évolution qu’une révolution, balaye un spectre très large : droits de successions des trusts, financement des créances commerciales, c’est l’équivalent de la loi française dite Dailly, nantissement de fonds de commerce, gage de véhicules, etc. C’est en quelque sorte une application de l’effet papillon. Il s’agit de l’addition de « petits riens », mais dont il est résulté une amélioration sensible de nos conditions de fonctionnement.

Plus largement, de 1999 à 2023, quels ont été les grands dossiers sur lesquels vous avez travaillé, et qui ont pu aboutir ?

Outre les trois textes ci-avant, l’autre grand chantier a été celui des certifications professionnelles. Il y en a trois, et elles sont diplômantes et obligatoires pour exercer certaines activités. La première « bancaire, financière et Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) » est entrée en vigueur en 2014, et près d’un millier d’acteurs de la place l’ont déjà passée avec succès. Elle concerne les activités dites « de front », en relation avec la clientèle et les marchés.

Quelle est la deuxième certification professionnelle d’importance ?

La deuxième « Lutte contre le blanchiment (LCB), le Financement du Terrorisme (FT) et la Corruption (C) » (LCB/FT-C), destinée aux responsables de ces questions au sein de nos maisons a été mise en place fin 2022, à point nommé par rapport à Moneyval. Elle témoigne du plein engagement de la place aux côtés des autorités monégasques dans ce domaine très sensible et de grande actualité.

« En 25 ans, la place financière monégasque s’est professionnalisée et, surtout, elle a su complètement se renouveler et se redéployer entre 2008 et 2015 pour faire face à la disparition du secret fiscal »

Et la troisième certification professionnelle ?

La dernière certification professionnelle porte sur le « contrôle interne des activités financières ». Elle a été lancée en juin 2023 en considération de l’importance pour la place de ces activités, qui constituent l’une de ses principales sources de revenus. En parallèle, nous avons instauré une « sensibilisation à la confidentialité due à la sphère privée de la clientèle », qui doit être suivie par l’ensemble des près de 3 200 collaborateurs de la place financière monégasque tous les trois ans. Aujourd’hui, nous en sommes aux deux tiers du second cycle de cette formation obligatoire.

Moneyval Finance
« L’Etat monégasque a pris le dossier Moneyval à bras le corps, et il a fait le nécessaire pour mettre à niveau notre dispositif juridique et les moyens des autorités de contrôle et de surveillance. Mais il restera à faire reconnaître l’« effectivité » de la mise en œuvre de l’ensemble de ces mesures. » Etienne Franzi. Président honoraire de l’Amaf.

À l’inverse, quels sont les sujets toujours en discussion, ou qui n’ont pas pu aboutir, à ce jour ?

J’en vois deux, importants. Il s’agit de deux projets de texte. Le premier apporterait notamment un allègement très sensible des formalités administratives de modification de statuts pour les sociétés anonymes monégasques (SAM) et la création d’une nouvelle forme de société. Le deuxième ferait, entre autres, bénéficier les syndicats d’employeurs de plus de souplesse dans leur fonctionnement interne.

L’Amaf est aussi à l’origine de certifications diplômantes et obligatoires pour exercer certaines activités à Monaco ?

Outre la certification professionnelle « LCB/FT-C » déjà évoquée, l’Amaf participe aux travaux du second collège du comité de coordination et de suivi de la stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive et la corruption. Son avis a également été sollicité par le Conseil national sur les quatre projets de textes consacrés à Moneyval.

Lire aussi | Conseil national : encore une séance agitée autour de Moneyval

Quel est le rôle joué par l’Amaf à l’international, sur la période 1999-2023 ?

Outre les opérations de promotion déjà évoquées, l’Amaf s’est employée à renforcer la réputation de la place financière monégasque et de la principauté en développant des relations, au plus haut niveau, avec les principales instances de régulation européennes et françaises. C’est dans ce cadre que nous avons, notamment, reçu ici deux présidents de la Banque centrale européenne (BCE), des gouverneurs et sous-gouverneurs de la Banque de France, ainsi que des responsables du « gendarme » des banques, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), et de l’Autorité française des marchés financiers (AMF).

« Une inscription sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) ne manquerait pas d’avoir des conséquences, non seulement sur notre attractivité, mais aussi sur nos conditions de fonctionnement »

Quels sont les dossiers les plus urgents à traiter pour l’année 2024, et pour les cinq années à venir ?

Le dossier qui préoccupe le plus la profession, c’est Moneyval. Une inscription sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) ne manquerait pas d’avoir des conséquences, non seulement sur notre attractivité, mais aussi sur nos conditions de fonctionnement. L’Etat monégasque a pris le dossier à bras le corps, et il a fait le nécessaire pour mettre à niveau notre dispositif juridique et les moyens des autorités de contrôle et de surveillance. Mais il restera à faire reconnaître l’« effectivité » de la mise en œuvre de l’ensemble de ces mesures.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur ces 25 années à l’Amaf ?

Un regard de grande satisfaction. En 25 ans, la place financière monégasque s’est professionnalisée et, surtout, elle a su complètement se renouveler et se redéployer entre 2008 et 2015 pour faire face à la disparition du secret fiscal. Et les résultats sont là. Entre 1999 et 2023, les ressources ont été multipliées par quatre pour atteindre le montant record de 154 milliards d’euros, sans prendre en compte les fonds gérés de Monaco, mais déposés à l’étranger. Et, dans le même temps, les crédits ont été multipliés par 15.

Désormais, quelles vont-être vos activités professionnelles ?

Même si elle nécessite un fort engagement, la présidence de l’Amaf est une fonction bénévole, qui vient en sus des activités professionnelles [à ce sujet, lire notre encadré — NDLR], que je vais donc poursuivre, pour l’instant.

Etienne Franzi : de Paris à Monaco, cinquante ans de carrière entre public et privé

Né le 16 décembre 1946, Etienne Franzi est diplômé de Supelec, l’école supérieure d’électricité devenue Centrale Supelec après sa fusion avec l’école Centrale. Il est aussi diplômé de l’Institut Supérieur des Affaires, le MBA de HEC, l’Ecole des hautes études commerciales (HEC) de Paris. Ce Monégasque a débuté sa carrière de banquier à Paris en 1971, avant de revenir en principauté pour intégrer l’administration monégasque et le département des finances en 1979. Il a alors 33 ans. En 1994, Etienne Franzi a rejoint le gouvernement monégasque : il a été nommé conseiller pour les finances. Il a ensuite filé vers le secteur privé en 1996, pour devenir président de la Compagnie monégasque de banque (CMB). Etienne Franzi a également été administrateur délégué de Télé Monte-Carlo de 1988 à 1994, et vice-président de Radio Monte-Carlo de 1988 à 2004, puis président de l’AS Monaco de 2009 à 2011. Depuis 2004, il est aussi président de Monaco Telecom.

AMAF : les nouveaux membres du bureau

Depuis le 22 janvier 2024, les 15 membres du bureau de l’Amaf sont les suivants :
Président :
Robert Laure (Julius Baer Wealth Management (Monaco) SAM).
Vice-président et trésorier :
Mathieu Ferragut (CFM Indosuez Wealth Management).
Vice-présidente – activités bancaires :
Françoise Puzenat (BNP Paribas).
Vice-président – affaires sociales :
Régis Etienne (Banque Populaire Méditerranée).
Vice-président – activités de gestion :
Anthony Stent-Torriani (Monaco Asset Management SAM).
Secrétaire et lutte anti-blanchiment :
Franck Biancheri (Penta Advisory Monaco SAM).
Promotion de la place :
Nicolas Feit (Société Générale Private Banking Monaco).
Conseillère :
Sérène El Masri (UBP SA).
Conseiller : 
Patrick Churchill (Churchill Capital SAM).
Conseiller :
Albert Henriques Pascoal (Bank Julius Baer Monaco SAM).
Conseiller :
Carlo Maturi (EFG Bank Monaco).
Conseiller :
Gérard Ohresser (Edmond de Rothschild Monaco).
Conseiller : 
Massimo Passamonti (Privatam SAM).
Conseiller :
Alejandro Velez (UBS Monaco SA).
Président honoraire :
Etienne Franzi.

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail