jeudi 19 mai 2022
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Vote des Français de Monaco : plus d’inscrits pour un tournant ?

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Près de 600 expatriés français supplémentaires se sont ajoutés à la liste des inscrits à Monaco, pour voter à l’élection présidentielle française qui débutera dimanche 10 avril 2022. Si la participation des Français est habituellement modeste en principauté, la donne pourrait changer. Reste à savoir pour qui.

Ils ont beau ne pas vivre en France, les expatriés voteront. Un peu ou beaucoup, la question est encore en suspend. Mais, sur les quelque 3,5 millions de Français de l’étranger repartis dans le monde, près de 1,7 million sont inscrits au registre consulaire de leur pays respectif. Il s’agit d’une démarche indispensable pour quiconque souhaite voter aux élections. Car, sans cette inscription, il devient impossible d’engager la moindre démarche administrative avec son consulat, ou avec son ambassade, et donc de s’inscrire sur les listes électorales. Si environ la moitié des expatriés ne votera donc pas, leur vote sera tout de même attendu au tournant, dès le premier tour de l’élection présidentielle, dimanche 10 avril 2022. Y compris à Monaco, même si leur voix ne pèsera pas autant que dans d’autres pays.

En 2022, selon l’ambassade de France à Monaco, il y a 5 231 Français inscrits. Ils étaient 4 616 en 2017, au moment du premier tour de la présidentielle

615 nouveaux électeurs potentiels

Sur un territoire de 2 km2, on imagine bien que le vote des Français de Monaco ne fera pas basculer l’issue du scrutin de cette présidentielle. À l’étranger, au 1er janvier 2022, cinq pays offrent un réservoir de voix d’expatriés qui dépasse les 100 000 : la Suisse, avec 176 425 inscrits au registre consulaire, les États-Unis (148 468), le Royaume-Uni (144 084), la Belgique (109 885), et l’Allemagne (101 048), selon le registre des Français établis hors de France. Mais, en ce qui concerne Monaco, ce n’est pas le nombre d’inscrits qui importe réellement. Leur niveau de participation est plus intéressant à décrypter car, à l’image d’un thermomètre politique, il peut en dire beaucoup. D’autant que, cette année, ces expatriés français ont été plus nombreux à s’inscrire au registre consulaire, pour pouvoir voter. En 2022, selon l’ambassade de France à Monaco, il y a en effet 5 231 Français inscrits. Ils étaient 4 616 en 2017, au moment du premier tour de la présidentielle. C’est donc 615 personnes inscrites en plus. Et, à échelle monégasque, cette tendance est loin d’être négligeable. Car le nombre de Français installés en principauté n’a pas radicalement évolué. Selon l’institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE), ils sont presque 9 300 Français au total à vivre à Monaco, depuis le dernier recensement, effectué en 2016  (1). D’habitude, les expatriés ne sont pas légion à se déplacer aux urnes. Ils n’étaient que 55,85 % à avoir voté à la présidentielle de 2017, et seulement 45,86 % en 2012. Mais cette hausse du nombre d’inscrits au registre consulaire laisse entendre que ce sera peut-être le contraire en 2022. Selon un sondage Opinionway, réalisé pour l’Observatoire de l’expatriation, 82 % des expatriés français répartis sur le globe auraient l’intention de voter aux deux tours de la présidentielle, même s’ils considèrent qu’ils ont été « oubliés dans les programmes des candidats ».

À l’étranger, au 1er janvier 2022, cinq pays offrent un réservoir de voix d’expatriés qui dépasse les 100 000 : la Suisse, avec 176 425 inscrits au registre consulaire, les États-Unis (148 468), le Royaume-Uni (144 084), la Belgique (109 885), et l’Allemagne (101 048), selon le registre des Français établis hors de France

Souverainistes contre mondialistes

Qui bénéficiera de ce sursaut électoral, s’il a lieu, dimanche 10 avril ? Pendant ces cinq dernières années, marquées par la présidence d’Emmanuel Macron (LREM), l’actualité a été particulièrement agitée, et la fin de mandat a essuyé trois crises : crise sanitaire, avec la pandémie de Covid-19, crise diplomatique avec la guerre en Ukraine, et crise économique avec l’inflation, à laquelle s’ajoute désormais le risque de récession, alors que les taux d’emprunts américains à deux ans sont montés au-dessus de ceux à 10 ans, comme avant chaque période récessive, depuis le 1er avril 2022. Au milieu de ces bouleversements, le paysage politique a évolué, alors que de nouvelles alliances et logiques ont émergé, notamment à droite, le camp le plus plébiscité chez les électeurs installés en principauté [à ce sujet, lire notre article Présidentielles : À Monaco, les Français ont le cœur à droite, publié dans ce dossier spécial — NDLR]. L’équation présidentielle compte en effet une nouvelle inconnue avec Éric Zemmour et son mouvement Reconquête !, créé en avril 2021, et dont les idées principales gravitent autour de la réduction des flux migratoires, du renforcement du protectionnisme économique, et, sur le plan diplomatique, de l’éloignement de l’OTAN. Cet ancien éditorialiste a ainsi été rejoint par Marion Maréchal, ex-cadre du Rassemblement national (RN), et par Philippe de Villiers, figure de la droite catholique, dans l’idée de former un « bloc » souverainiste, qui s’opposerait à la prétendue dominance du libre-échange économique et du fédéralisme européen, incarnée, selon eux, par la politique d’Emmanuel Macron. Reconquête !, n’est d’ailleurs pas le seul mouvement à avoir ouvertement fait campagne sur cette opposition. Les références au « souverainisme » sont également nombreuses du côté du RN de Marine Le Pen, mais aussi à gauche chez La France Insoumise (LFI), de Jean-Luc Mélenchon. Elle l’est même pour l’ensemble des candidats de cette présidentielle 2022 [à ce sujet, lire notre article Qui sont les 12 candidats ?, publié dans ce dossier spécial — NDLR]. Pendant cette campagne, c’est sur le thème de la souveraineté que s’appuie le traditionnel clivage « droite-gauche », sur lequel s’opposent les partis et les mouvements politiques. Ce thème trouve un écho particulier au milieu des crises sanitaires, diplomatiques et économiques traversées récemment. Cette émergence du mot-clé « souveraineté » dans les débats et discours coïncide-t-elle avec la hausse des potentiels électeurs inscrits à Monaco ? Les différents sondages dressent un premier tableau, mais ils ne sont pas forcément transposables aux expatriés de Monaco.

Quand Le Pen et Fillon faisaient mieux que Macron

À six jours du premier tour, Emmanuel Macron était en tête des intentions de vote des Français pour la majorité des sondages publiés légalement : Ifop pour le Journal du Dimanche (JDD), Ipsos-Sopra Steria pour Le Parisien-Aujourd’hui en France, et FranceInfo, Elabe pour BFMTV, L’Express et SFR. Tous créditaient le président sortant du meilleur résultat. À la fois au premier tour, avec environ 28 % des voix, et à la fois au second tour, face à Marine Le Pen, pour environ 53 % des suffrages. Mais les Français de France ne votent pas comme les Français de Monaco, en témoignent les résultats de la dernière présidentielle. En 2017 en effet, Emmanuel Macron n’était pas le candidat préféré des expatriés français. Au premier tour, François Fillon (Les Républicains) arrivait loin en tête, avec 44,20 % des voix, suivi par Marine Le Pen (23,42 %). Le président sortant arrivait en troisième homme, avec 18,05 % de suffrages seulement, selon l’ambassade de France à Monaco. Au second tour, Emmanuel dépassait Marine Le Pen, mais avec 430 voix d’écart uniquement (1 351 voix contre 921). Ce score monégasque dénotait d’ailleurs fortement avec les 92,52 % obtenu par Emmanuel Macron sur l’ensemble du vote des Français de l’étranger. Pour mesurer le pouls des votants français de Monaco, les sondages réalisés en dehors des frontières monégasques ne semblent donc pas les mieux adaptés. Mais en principauté, sauf surprise, les deux droites, devraient s’imposer, loin devant la gauche.

Pour lire la suite de notre dossier consacré au premier tour de l’élection présidentielle 2022, cliquez ici.

1) 9 286 Français vivaient à Monaco en 2016, année du dernier recensement de l’IMSEE.

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