mardi 17 mai 2022
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Usine de traitement des déchets Élus et gouvernement enfin en symbiose

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Un mois et demi après leur vote de défiance lors de l’examen du budget rectificatif 2021, les élus du Conseil national ont accueilli avec satisfaction le projet de centre de traitement et de valorisation des déchets présenté par la SMEG et la SMA en novembre 2021. Baptisée « Symbiose », cette opération devrait coûter plus de 300 millions d’euros à la principauté.

Au bord de l’implosion en octobre dernier face à « l’inaction » du gouvernement qu’ils dénonçaient, les élus ont totalement changé de ton à propos du futur centre de traitement et de valorisation des déchets. Et pour cause, depuis leur vote de défiance lors de l’examen du budget rectificatif 2021 [à ce sujet, lire notre article Usine de traitement des déchets : les élus dénoncent « l’inaction » du gouvernement publié dans Monaco Hebdo n° 1214 — NDLR], le Conseil national a pu constater que l’exécutif n’était finalement pas si inactif que ça sur le sujet. Car, comme l’avait annoncé le ministre d’État lors des débats publics un mois plus tôt, un projet est bien à l’étude. Il est même devenu très concret le 22 novembre dernier avec une présentation en bonne et due forme aux élus à l’occasion d’une commission plénière d’étude (CPE). Et visiblement “Symbiose”, comme l’ont joliment baptisé la Société monégasque de l’électricité et du gaz (SMEG) et la Société monégasque d’assainissement (SMA) à l’origine du projet, a littéralement conquis l’assemblée. En témoigne le concert de louanges adressé en séance publique, lundi 6 décembre.

« Pour la première fois, un projet concret et réalisable nous a été présenté. Le Conseil national demeurera vigilant, afin que ce projet se concrétise dans les délais et les coûts annoncés »

Balthazar Seydoux. Élu Primo ! et rapporteur du projet de loi de budget primitif

La fin de longs atermoiements

Il faut dire que les conseillers nationaux attendaient ce projet depuis longtemps. Voilà maintenant plus de dix ans que ce dossier d’usine de traitement des déchets est discuté en principauté sans pour autant aboutir à des actions concrètes. Et l’échéance 2026, date de fin de vie programmée de l’actuelle usine d’incinération, n’était pas de nature à rassurer la représentation nationale, qui avait donc profité des débats consacrés au budget rectificatif 2021 en octobre dernier pour remettre la pression sur le gouvernement. « Il semblerait qu’on ait recommencé complètement à zéro sur cette usine, dont on parle depuis quinze ans. On ne peut plus attendre. Lancez ce projet au plus tôt, s’il vous plaît », avait exhorté l’élu de la majorité Priorité Monaco (Primo !) Guillaume Rose. Soutenu un peu plus tard par le président Stéphane Valeri, qui n’y était pas allé par quatre chemins pour exprimer son mécontentement dénonçant « l’inaction » du gouvernement dans ce dossier. « L’inaction a un prix. Pour la période 2018-2025, date à laquelle la concession actuelle arrive à son terme, ce sont près de 30 millions d’euros nécessaires au maintien en activité d’une usine qui aurait dû être remplacée il y a déjà plusieurs années. Il est donc grand temps que l’actuel gouvernement prenne ses responsabilités », avait-il ainsi lâché à l’adresse de l’exécutif. Un appel d’offres international avait bien été lancé en 2019 pour désigner l’entreprise en charge du chantier mais celui-ci s’était finalement avéré infructueux pour diverses raisons. Le Covid-19 était ensuite passé par là, et la situation n’avait guère évolué depuis. Enfin, le croyait-on, puisque le ministre d’État, Pierre Dartout, s’était défendu de toute inaction, reconnaissant « travailler sur un projet », sans pour autant donner davantage de précisions.

« Un projet concret et réalisable »

Le chef du gouvernement avait alors promis de prendre le dossier à bras-le-corps, et il a tenu parole. Premier conseiller national à prendre la parole sur le sujet, Jean-Louis Grinda (Union Monégasque – UM) n’a pas caché son enthousiasme d’avoir enfin entre les mains un projet concret : « J’ai été suffisamment sévère avec le gouvernement depuis 2013 pour ne pas aujourd’hui exprimer ma très grande satisfaction. Monsieur le ministre d’État, vous vous êtes emparé du sujet à votre arrivée. Quatre mois plus tard, vous avez choisi celui que vous alliez consulter pour arriver à une solution intelligente dans des délais raisonnables. Ce fut le cas grâce à la SMEG et la SMA, qui ont travaillé d’arrache-pied pour un résultat plus que satisfaisant ». Il aura fallu moins d’un an d’études pour permettre au groupe de travail de présenter le projet Symbiose aux élus, le 22 novembre 2021. Une efficacité remarquable qui tranche avec les longs atermoiements connus jusqu’alors dans ce dossier. « Pour la première fois, un projet concret et réalisable nous a été présenté. Le Conseil national demeurera vigilant, afin que ce projet se concrétise dans les délais et les coûts annoncés », souligne Balthazar Seydoux, rapporteur du projet de loi de budget primitif et président de la commission des finances et de l’économie nationale. Car la construction d’un tel édifice sur un territoire exigu a un coût, et non des moindres, puisque pas moins de 300 millions d’euros seront nécessaires pour la réalisation de ce futur centre de traitement et de valorisation des déchets. Un investissement certes conséquent mais devenu indispensable alors que la fin de vie de l’actuelle usine, en service depuis 1980, est désormais repoussée à 2030. « Prolongée jusqu’en 2025, pour un coût de près de 30 millions d’euros pour la période 2018-2025, elle ne va d’évidence pas cesser son activité à cette échéance comme prévu. Elle va devoir être prolongée jusqu’en 2030, au moins pour un coût supplémentaire de 31 millions d’euros », indique l’élu Primo !, Balthazar Seydoux.

« Ce que nous ne sommes pas capables de faire nous-mêmes bien, faisons-le faire par d’autres. On ne sait pas bien traiter les plastiques qui sont responsables de 80 % des émissions de CO2 dans l’incinération. Ces plastiques, on va les faire traiter mieux ailleurs. Et on ne va garder ici que ce que l’on peut bien traiter »

Jean-Louis Grinda. Élu UM

Le traitement des déchets plastiques externalisé

Chahuté par les élus le 12 octobre 2021, le ministre d’État, Pierre Dartout, s’est félicité « de l’accueil réservé par le Conseil national au projet Symbiose. Il répondra aux meilleures exigences pour limiter les rejets polluants et les diviser de 2 à 10 fois par rapport à aujourd’hui. “Symbiose”, dont le coût d’investissement est en effet très important, viendra s’insérer dans une des opérations publiques les plus complexes que la principauté ait eue à réaliser. Il s’agira de donner un nouveau visage à cette entrée de ville et de placer en souterrain le réseau de voies routières et les charrois de camions », a expliqué le chef du gouvernement. Pour parvenir à ces résultats en adéquation avec les engagements environnementaux du prince Albert II, l’État a notamment misé sur l’externalisation du traitement du plastique. Une proposition qui avait déjà été glissée dans le passé par l’ancien président de la commission environnement de la Haute assemblée, Jean-Louis Grinda : « Ce que nous ne sommes pas capables de faire nous-mêmes bien, faisons-le faire par d’autres. En effet, on ne sait pas bien traiter les plastiques qui sont responsables de 80 % des émissions de CO2 dans l’incinération. Ces plastiques, on va les faire traiter mieux ailleurs. Et on ne va garder ici que ce que l’on peut bien traiter », a résumé le conseiller national d’opposition, ravi de voir se transformer « un inconvénient en avantage ». « Cette opération constitue également un instrument majeur pour atteindre nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre, en extrayant les plastiques résiduels de nos ordures ménagères », a bien confirmé le ministre d’État. À l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, mardi 14 décembre 2021, on ignorait encore où ces déchets plastiques allaient être traités.

« Faire un geste architectural fort »

Pas avare d’idées sur le sujet, l’élu UM, Jean-Louis Grinda, a également invité le gouvernement à prendre en considération la dimension esthétique de l’ouvrage qui, rappelons-le, sera construit sur l’îlot Charles III, à l’entrée ouest de la principauté. Il convient selon lui de « faire un geste architectural fort », quitte à augmenter les crédits conséquents déjà consacrés au projet : « Autant faire de cet inconvénient une grande fierté. Je crois avoir compris qu’il s’agit d’un bâtiment où la transparence régnerait dans tous ses étages et toutes ses formes. Vous arrivez à un résultat cohérent et intéressant pour la principauté. L’addition est très élevée, mais enfin, quand on a un triennal à 8,5 milliards, on peut y aller ». Absent lors de la présentation du projet, son successeur à la tête de la commission environnement, Guillaume Rose, a pour sa part insisté sur la nécessité de garantir une innocuité totale pour la population. « Le projet est magnifique. Il faut que l’on se tienne surtout à cette absence totale de pollution. Je réitère au gouvernement le fait que ce soit la ligne rouge du Conseil national », a défendu l’élu Primo !. Une garantie difficilement tenable, selon Jean-Louis Grinda, qui pointe le principe même de l’incinération : « Je ne connais pas d’incinération qui ne pollue pas. Donc il y aura fatalement un effet pervers, mais tellement minimisé par rapport à ce que nous connaissons aujourd’hui, que nous en serons de toute façon gagnants ».

« “Symbiose”, dont le coût d’investissement est en effet très important, viendra s’insérer dans une des opérations publiques les plus complexes que la principauté ait eue à réaliser »

Pierre Dartout. Ministre d’État

« Nous ne sommes qu’à la moitié du chemin »

Face à l’enthousiasme ambiant, le président du Conseil national a tenu à tempérer les ardeurs. Car, s’il partage la satisfaction de ses collègues de voir enfin se concrétiser ce projet de centre de traitement et de valorisation des déchets, Stéphane Valeri estime toutefois que la route est encore longue. Il appelle donc l’assemblée à rester vigilante : « Ce fut un sujet important de désaccord entre le gouvernement et le Conseil national pendant de très nombreuses années. Le projet nous a séduits lors de la présentation parce que nous avons vu un projet concret. Nous sommes jusqu’à 10 fois au-dessous des normes européennes au niveau de l’émission de gaz nocifs. Maintenant, il va falloir que la mise en œuvre se fasse dans les délais annoncés, en respectant une enveloppe assez considérable. Nous ne sommes qu’à la moitié du chemin. Travaillons ensemble pour que l’autre moitié du chemin, c’est-à-dire la construction et la réalisation de cette usine qui n’existait pas auparavant à Monaco, soit réellement mise en valeur dans la structure de l’îlot Charles III. »

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