lundi 9 mars 2026
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Surveillée de près, la place financière monégasque continue d’attirer

Publié le

Inscrite sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) depuis 2024, la Principauté aurait pu voir sa place financière vaciller. Il n’en a rien été. Dépôts en hausse, crédits soutenus, nouveaux acteurs agréés : malgré la vigilance renforcée, l’économie monégasque encaisse, sans broncher. Si la liste grise est contraignante sur le plan réglementaire, ses effets économiques, pour l’heure, restent étonnamment limités. Par Clément Martinet

Être en liste grise, sans passer au rouge. C’est, économiquement, le constat pour Monaco : le maintien en liste grise semble toujours aussi indolore pour la Principauté. Depuis son inscription sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) au printemps 2024, Monaco fait l’objet d’une surveillance renforcée en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Un classement souvent perçu, à l’extérieur, comme un signal de fragilité. Dans les faits, les conséquences économiques pour la Principauté apparaissent jusqu’ici largement contenues, voire sans conséquences. Car il faut le rappeler : sur le plan strictement réglementaire, l’inscription sur liste grise n’équivaut pas à une sanction. Elle implique un suivi plus étroit, avec trois évaluations annuelles, et une augmentation des obligations administratives pour les acteurs financiers. Cette surveillance accrue se traduit par davantage de contrôles, de “reporting” et de procédures internes, mais sans restriction des flux, ni rupture opérationnelle.

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Aucune mesure coercitive n’a été imposée aux établissements opérant en Principauté. Les indicateurs macroéconomiques et financiers confirment cette stabilité. En 2024, puis en 2025, la place bancaire monégasque a enregistré l’un de ses meilleurs niveaux d’activité récents. Les ressources déposées dans les banques ont progressé de manière continue : elles atteignaient 176 milliards d’euros fin 2024, avant de grimper à 182,9 milliards d’euros en 2025. Cette hausse s’explique en partie par l’effet marché, lié à la valorisation des actifs financiers, mais aussi par un effet de collecte net, suggérant un afflux réel de capitaux malgré le contexte de surveillance renforcée.

En 2024, puis en 2025, la place bancaire monégasque a enregistré l’un de ses meilleurs niveaux d’activité récents. Les ressources déposées dans les banques ont progressé de manière continue : 182,9 milliards d’euros en 2025

Encore plus de crédits accordés par les banques

Autre signal significatif : l’activité de crédit ne s’est pas contractée. Les encours ont continué d’augmenter, atteignant environ 30 milliards d’euros en 2025, soit une progression de plus de 4 %. Or, dans le secteur bancaire, le crédit reste un indicateur clé de confiance. Une banque qui anticipe un risque systémique ou réglementaire majeur réduit généralement son exposition. À Monaco, le mouvement observé est inverse : les établissements continuent de financer l’économie et d’investir sur le long terme. Aucun retrait bancaire n’a été constaté depuis l’inscription sur liste grise. Une seule opération de rapprochement entre établissements existants a été enregistrée, sans lien direct avec le classement du Gafi. En revanche, la place financière a continué d’attirer de nouveaux acteurs.

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Quatre sociétés de gestion ont obtenu un agrément récent, dont Millennium Management, l’un des plus importants fonds alternatifs mondiaux. Des décisions qui supposent des audits préalables approfondis et une lecture favorable du cadre réglementaire et institutionnel local. Ce « paradoxe monégasque » s’explique également par les inerties propres au secteur bancaire. Un désengagement d’une juridiction ne s’opère jamais brutalement : il nécessite généralement plusieurs années de procédures, de gestion du passif et d’organisation interne. Or, aucun ralentissement préparatoire n’a été observé ni en 2024, ni en 2025. Les signaux fondamentaux demeurent orientés positivement : activité soutenue, investissements immobiliers des banques, progression des effectifs, y compris dans les fonctions commerciales.

L’activité de crédit ne s’est pas contractée. Les encours ont continué d’augmenter, atteignant environ 30 milliards d’euros en 2025, soit une progression de plus de 4 %. Or, dans le secteur bancaire, le crédit reste un indicateur clé de confiance

Dialogue

Sur le plan structurel, la réponse des autorités monégasques a aussi contribué à contenir les effets économiques du classement. Le renforcement rapide du dispositif de conformité, l’intensification du dialogue avec les superviseurs internationaux et la montée en puissance des autorités de contrôle ont permis de rassurer les acteurs de la place. Cette stratégie vise moins à répondre à une urgence économique qu’à inscrire la conformité dans la durée. À ce stade, l’inscription sur liste grise reste avant tout un enjeu de réputation, voire un enjeu diplomatique. Elle n’a pas provoqué de choc financier, ni altéré l’attractivité globale de Monaco, dont le produit national brut par habitant demeure parmi les plus élevés au monde, avec une contribution du secteur financier proche de 19 %. Tant que la confiance bancaire et la fluidité des flux sont préservées, l’impact économique du classement apparaît limité, confirmant, à ce jour, la capacité de résilience du modèle monégasque.

Pour revenir au début de notre dossier consacré au maintien de Monaco sur la liste grise du Gafi, cliquez ici

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