samedi 3 décembre 2022
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Sécurité routière : la délicate intégration des engins de déplacement personnel

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Comment intégrer les engins de déplacement personnel, motorisés ou non, dans les rues, parfois étroites, de Monaco ? Quel impact ces nouvelles façons de bouger ont sur la sécurité routière, mais aussi sur la santé publique ? Monaco Hebdo ouvre le débat, alors que les tensions sont parfois fortes entre automobilistes, piétons, et usagers d’engins de déplacement personnel.

La pandémie de Covid-19 et les différents confinements ont eu un effet indirect positif. Ils ont contribué à faire baisser la mortalité routière. En France, 2 550 personnes sont mortes sur les routes de France métropolitaine en 2020, soit le niveau le plus bas depuis l’après-guerre. Le nombre de tués n’était jamais passé en dessous des 3 000. Entre 2019 (3 244 morts) et 2020, la baisse est de 21,4 %. En revanche, pendant l’épidémie de Covid-19, les modes de déplacement individuels ont explosé, ce qui a mécaniquement limité la baisse du nombre de tués, qu’ils soient piétons, cyclistes, ou usagers d’engins de déplacement personnel motorisé (EDM), comme, par exemple, les trottinettes électriques. Au total, pour l’année 2020, 389 piétons sont morts (94 de moins qu’en 2019), 174 cyclistes ont perdu la vie (13 de moins qu’en 2019), et 8 utilisateurs d’EDM ont été tués (2 de moins qu’en 2019). À Monaco, les chiffres communiqués par le département de l’intérieur laissent entrevoir les mêmes effets. Le nombre d’accidents corporels est passé de 182 en 2019 à 110 en 2020, année du premier confinement lié au Covid-19, puis à 113 en 2021 [voir nos tableaux, par ailleurs — NDLR]. En revanche, le nombre d’accident impliquant un EDM est stable : un seul est à déplorer, de 2018 à 2021 inclus. Seul le nombre d’incidents, c’est-à-dire des chutes « fortuites » ou des défauts de maîtrise notamment, a fortement augmenté, passant de 1 à 2018, à 6 en 2021.

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@ Gouvernement monégasque

Montée en puissance

Face à ces chiffres, le département de l’intérieur estime que « même si les accidents impliquant des engins de déplacement personnel n’ont pas évolué ces dernières années, l’évolution à la hausse de l’ensemble des incidents impliquant un EDM, semble liée mécaniquement à l’augmentation du nombre d’utilisateurs constatée depuis ces trois dernières années ». La montée en puissance des engins de déplacement personnel, motorisés ou non, est venue complexifier la donne sur un territoire monégasque exigu. L’augmentation des accidents liés aux trottinettes électriques semble inévitable, puisque c’est une pratique qui est en plein développement. Or, les rues de la principauté sont parfois étroites, et il faut composer avec, alors que les moyens de locomotion ont été démultipliés ces dernières années. La problématique est posée, et il n’est pas simple d’y répondre, comme le reconnaît d’ailleurs le département de l’intérieur : « La difficulté majeure consiste à faire cohabiter, sur un territoire contenu, les différents utilisateurs, les véhicules automobiles, les cyclos, et les piétons, sur des voies de circulation existantes. En raison d’un espace de circulation contraint, il n’est techniquement pas possible d’offrir, à chacune des différentes catégories d’utilisateurs, des voies de circulation réservées. La mutualisation de certains espaces s’est donc avérée incontournable. » Du coup, les trottinettes et les draisines électriques, une sorte de trottinette avec une selle qui est classée en France dans la catégorie « cyclo mobiles légers », doivent circuler à Monaco sur les pistes et les bandes cyclables. À défaut, ces engins sont autorisés à circuler sur la chaussée. Toutes les villes, même les plus denses, ont dû s’adapter à l’explosion de la « micromobilité » urbaine, et Monaco ne fait pas exception à la règle. Résultat, les tensions sont parfois fortes entre les piétons, les automobilistes et les usagers de trottinettes. Et pas que sur la route ou sur les trottoirs de la principauté. En heures de pointe, dans le couloir souterrain qui permet de sortir de la gare de Monaco, certains utilisent leurs trottinettes, au risque de heurter des piétons, provoquant colère et incompréhension. Autre sujet qui fâche : le stationnement. La question du stationnement de ces engins de déplacement est épineuse, alors qu’en principauté les parkings ne parviennent pas toujours à faire face à la demande. Ces engins ne bénéficient d’aucune dérogation particulière, a indiqué le département de l’intérieur à Monaco Hebdo : « Actuellement, les EDM ne font pas partie des catégories de véhicules auxquelles les textes en vigueur accordent des emplacements réservés. Par conséquent, le droit commun des règles de stationnement leur est applicable. »

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@ Clément Martinet / Monaco Hebdo

Toutes les villes, même les plus denses, ont dû s’adapter à l’explosion de la « micromobilité » urbaine, et Monaco ne fait pas exception à la règle

« Vitesse maximale »

À Monaco, de temps à autre, des voix se sont élevées pour dénoncer le développement, parfois anarchique, des engins de déplacements personnels (EDP) dans l’espace public. D’autres ont estimé que la réaction politique a été quelque peu tardive, puisqu’il a fallu attendre mars 2020 pour qu’une réglementation spécifique voie le jour. « Pas d’accord » répond le département de l’intérieur : « Le développement, à Monaco des EDM ne semble pas devoir être considéré comme se faisant de manière anarchique. En effet, bien qu’il soit difficile d’évaluer précisément le parc roulant des EDM, car ils ne sont pas soumis à l’obligation d’immatriculation, et que leur nombre a connu une augmentation significative ces toutes dernières années, il apparaît demeurer à un niveau très faible, en comparaison des autres moyens de locomotion. » Pour le département de l’intérieur, il n’y a pas eu de retard sur ce sujet, puisqu’il fallait, selon lui, respecter une nécessaire période d’observation avant de légiférer : « Le 20 janvier 2020, l’ajout dans l’ordonnance souveraine portant code de la route de nouvelles dispositions propres aux engins de déplacement personnel, s’est inscrit dans un calendrier adapté, dans lequel il convenait, dans un premier temps, d’observer l’évolution du phénomène, qui n’aurait pu être qu’un phénomène de « mode », un phénomène passager.

« Les EDM participent au développement d’une mobilité « douce », notamment dans une ville de la taille de Monaco. Leur usage pourrait contribuer efficacement à la régulation de la densité de circulation en principauté. Leur interdiction ne paraît ainsi pas souhaitable »

Le département de l’intérieur

Puis, dans un second temps, il s’est agi de préciser la définition et la catégorisation de ces nouveaux « véhicules » ». Le débat a parfois été vif autour des EDM, et on a parfois entendu que, pour des raisons de sécurité, les trottinettes électriques devraient, soit être interdites, soit bénéficier d’infrastructures dédiées. Mais alors que les déplacements dans les rues de Monaco sont parfois très difficiles, notamment à cause de multiples bouchons, le gouvernement ne souhaite pas se priver d’un moyen potentiel de désengorger un peu ses routes : « Moyen de déplacement à part entière, ou venant en complément des transports en commun, les EDM participent au développement d’une mobilité « douce », notamment dans une ville de la taille de Monaco. Leur usage pourrait contribuer efficacement à la régulation de la densité de circulation en principauté. Ainsi, leur interdiction ne paraît pas souhaitable. En revanche, et à défaut de pouvoir leur attribuer des infrastructures dédiées, une attention particulière est portée sur les conditions de sécurité dans lesquelles ces engins sont utilisés. » Et il n’est pas question, non plus, de brider la vitesse des trottinettes électriques à 10 km/h, comme l’a fait Paris. « Leur utilisation étant permise à Monaco sur les chaussées, les trottinettes et draisiennes électriques doivent pouvoir évoluer à une certaine vitesse, afin de s’insérer sans danger parmi le flot des autres véhicules. La vitesse maximale permise, fixée à 25 km/h, paraît adaptée », juge le département de l’intérieur.

Vélo-electrique
@ Clément Martinet / Monaco Hebdo

En heures de pointe, dans le couloir souterrain qui permet de sortir de la gare de Monaco, certains utilisent leurs trottinettes, au risque de heurter des piétons, provoquant colère et incompréhension

Obligatoire

Quant aux contrôles des engins de déplacement personnel, ils sont fréquents assure le gouvernement, même si, pandémie de Covid-19 oblige, les policiers de la sûreté publique ont dû composer avec d’autres missions : « Les textes réglementaires encadrant l’utilisation des engins de déplacement personnel ont été adoptés début 2020, puis fin 2021. Pendant ces deux années, en raison de la crise sanitaire du Covid-19, les agents de la sûreté publique ont prioritairement été engagés sur le contrôle du respect des mesures gouvernementales prises, afin de lutter contre la pandémie. Si la mise en place de campagnes dédiées a dû être, en conséquence, différée, les usagers d’EDM ont toutefois fait l’objet de contrôles aléatoires, régulièrement menés tout au long de l’année. » En tout cas, depuis le 24 janvier 2022, le port du casque est devenu obligatoire pour les usagers de trottinettes électriques, et cela « quel que soit l’âge de l’utilisateur ». La législation a finalement été adaptée pour répondre aux usages. En effet, beaucoup d’adultes utilisent fréquemment des trottinettes électriques, contrairement à ce qu’aurait pu attendre le département de l’intérieur : « Initialement, le port du casque n’était obligatoire que pour les seuls usagers mineurs au regard de leur inexpérience et de comportements souvent moins raisonnés, mais aussi, possiblement, en raison du fait que ces engins semblaient viser uniquement un public d’usagers de moins de 18 ans. Or, il a été constaté que la trottinette électrique rencontrait également un succès certain auprès d’usagers majeurs.

« Le casque assurant une protection efficace du pilote de trottinettes électriques, l’extension de l’obligation de porter cet équipement est apparue incontournable »

Le département de l’intérieur

Le casque assurant une protection efficace du pilote de trottinettes électriques, l’extension de l’obligation de porter cet équipement est apparue incontournable. » D’une façon générale, faut-il davantage miser sur la répression pour améliorer la sécurité routière ? Alors que certains estiment que les radars, fixes ou mobiles, permettent de sauver des vies, cette question est parfois revenue à l’occasion de débats publics au Conseil national. Mais, pour le moment, c’est le statu quo sur lequel mise le gouvernement monégasque : « La direction de la sûreté publique dispose déjà de radars mobiles régulièrement utilisés dans le cadre de la lutte contre les excès de vitesse. En complément de ces dispositifs, la forte présence d’effectifs de police sur la voie publique, et le maillage efficient mis en place, ont un rôle dissuasif incontestable et prégnant. »

À Monaco, la ceinture de sécurité n’est pas obligatoire… et elle le reste en France

Si la ceinture de sécurité est obligatoire en France et en Italie, elle ne l’est pas à Monaco. Faut-il la rendre obligatoire, afin de davantage protéger les usagers de la route ? Interrogé par Monaco Hebdo, le département de l’intérieur estime que cela n’est pas nécessaire : « La protection offerte par la ceinture de sécurité est intrinsèquement liée à la vitesse à laquelle évolue le véhicule concerné. Or, la principauté a, de tout temps, été moins exposée aux risques engendrés par la conduite d’un véhicule à haute vitesse, du fait de la configuration du territoire monégasque, majoritairement constitué de rues étroites ou sinueuses, d’une règlementation particulièrement contraignante (30 et 50 km/h maximum), et d’une vigilance de tous les instants des services de police, quant au respect des limitations de vitesse. »

Engins de déplacement personnel et santé publique : quelles conséquences ?

L’utilisation des engins de déplacement personnel pose-t-elle un problème de santé publique ? Certains experts s’alarment, et rappellent que l’explosion de ces moyens de déplacement nous place loin des 10 000 pas recommandés par jour. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, en mars 2020, beaucoup de médecins s’inquiètent de la spirale de la sédentarité. Entre télétravail et utilisation d’engins de déplacement personnel, l’inactivité guette. Du coup, en avril 2021, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rappelé que 3,2 millions de personnes décèdent chaque année à cause de la sédentarité. Selon une étude de l’Observatoire national de l’activité physique et des comportements sédentaires (Onaps), si l’on reste assis plus de dix heures par jour, la mortalité augmente de + 34 %, alors que la part des décès, toutes causes confondues, imputables à une station assise plus de 3 heures par jour, est estimée à 3,8 % (1). En revanche, si l’on marche 30 minutes par jour, cinq jours par semaine, la réduction du risque de maladie coronarienne est estimée par Onaps à -19 %. Face à ce constat, l’OMS conseille de faire au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée, ou 75 minutes d’activité physique d’intensité plus forte chaque semaine, ou de combiner les deux. Interrogé par Monaco Hebdo, le département des affaires sociales et de la santé de la principauté estime que les « engins de déplacements personnels stricto sensu sont non motorisés, comme le skate, le roller, et la trottinette » et que, par conséquent, leur pratique « entraîne un exercice physique favorable ». Quant aux engins de déplacement personnel motorisé (EDM) ils « nécessitent une activité physique continue pour maintenir l’équilibre sur l’engin. Si, à trajet égal, la dépense calorique est moindre que lors de la marche à pied, les EDM permettent de parcourir en dépensant des calories des trajets longs que l’on aurait sinon parcourus en bus ou en voiture, sans aucun effort physique », ajoute le département des affaires sociales et de la santé. Tout en rappelant qu’une activité physique « régulière, avec des déplacements actifs (marcher, faire du vélo, monter et descendre par les escaliers) est recommandée, car elle apporte des effets positifs sur la santé. »

1) L’enquête de l’Onaps est disponible ici : https://onaps.fr/confinement-et-niveau-dactivite-physique/.

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Monaco Hebdo