lundi 13 avril 2026
AccueilDossierRobillon réélu

Robillon réélu

Publié le

Jean-François Robillon
C'est la première fois dans l'histoire du conseil national qu'il y avait deux candidats à la présidence. Jean-François Robillon a récolté 11 voix. © Photo Conseil National.

Jean-François Robillon retrouve son siège de président du conseil national. Pour un an.

Onze voix pour Robillon. Sept pour Poyard-Vatrican. C’est à une maigre majorité que s’est imposé le président sortant du conseil national. Cette réélection n’est pas vraiment une surprise. Sauf cas de force majeure ou de retournement de veste inattendu, il était logique que Jean-François Robillon retrouve son fauteuil de président. Pourtant, l’événement inédit – c’est la première fois dans l’histoire du conseil national qu’il y avait deux candidats à la présidence – a visiblement suscité l’engouement. Ces dernières années, l’assemblée a rarement été aussi bondée (1). Au point que certains, devant l’impossibilité de se frayer une place, ont dû faire marche arrière pour regarder l’élection devant leur poste de télévision ou leur ordinateur…

Feuilleton

Il faut dire que tous les ingrédients du feuilleton à épisodes y étaient. Chamailleries politiciennes, rancœurs et trahisons… Un scénario comme on les aime. Ou comme on les abhorre. Une situation qu’a résumée Fabrice Notari dans sa motivation de vote?: « Pas besoin de la Box de Monaco Telecom, nous avons tout en live?! Toutes les infos politiques du monde, toutes les séries B. Certains se croient en Côte d’Ivoire et refusent le résultat d’élections en faisant la guerre. D’autres, en Lybie, et dirigent en « guide de la Révolution », sans avoir de fonctions au Parlement. En France, copiant le parti socialiste ou l’UMP. A Dallas, des familles unies qui se déchirent. Dans Top Model, 2?482 épisodes de mariages et remariages. FBI portés disparus et des chaises qui se vident… » Avant que le vice-président, reconduit lui aussi de justesse à sa fonction (11 voix pour contre 11 bulletins blancs), ne recentre les débats?: « Pendant la campagne de 2008, j’ai dénoncé le fait d’avoir 7 partis pour 8?000 Monégasques dont 5?000 électeurs. Certes, c’est de la démocratie, mais tout ce que veulent les Monégasques, les enfants du pays et les résidents, c’est la stabilité politique, la réduction du déficit, des avancées sociales, des positions face à l’EEE et à la CEE, pas des querelles d’ego pour un tout petit pouvoir. »

Temps de parole

Devant cet événement inédit, tout avait été étudié en commission plénière d’études le 1er avril dernier?: le temps de parole de chaque candidat (5 minutes), les conditions du vote à bulletin secret… Pourtant, à peine la séance publique démarrée, les élus se sont crêpés le chignon sur le dépassement inconsidéré d’Anne Poyard-Vatrican. Des contestations qui n’ont pas empêché la présidente de l’UP de poursuivre son discours fleuve déniant toute légitimité à Jean-François Robillon. Extraits?: « Souvenez-vous, en janvier 2010 monsieur Robillon était élu à la tête du Conseil national avec 18 voix, contre l’avis de l’UP. A l’époque le Conseil est fort, visible, la méthode de travail est au point, le rythme des réunions calées… Le président seul maître à bord. Tous les ingrédients de la réussite sont réunis. Pourtant, c’est au bal des divisions, des désorganisations, des destructurations, des désillusions que nous avons tous assistés médusés dès les premières semaines. Quelles avancées pour le pays?? Quelles propositions?? », interroge Anne Poyard-Vatrican. Avant le vote, la candidate UPM s’est même risquée à proposer à ses anciens amis de la soutenir?: « Si vous décidiez de revenir vers l’UPM, nous serions disposés à donner sa place à votre sensibilité, derrière notre candidature. » Allant même jusqu’à proposer une démission collective?: « Votre démission pour l’organisation de nouvelles élections, serait le moyen le plus éclatant, en fait le seul, de demander à nos compatriotes de trancher. Eux seuls, dans nos débats, sont légitimes. » Une proposition dans l’air du temps puisqu’après le départ de Stéphane Valeri début 2011 puis de Sophie Lavagna la semaine dernière, sans oublier le départ prochain de Catherine Fautrier, il ne manque plus qu’une démission pour organiser des élections partielles…

« Un lierre obscur »

La réponse de Jean-François Robillon ne s’est pas faite attendre. Aussi bien en fustigeant « l’absence systématique » d’Anne Poyard-Vatrican aux réunions du conseil national qu’en justifiant la sortie de l’UP des « schismatiques » (selon la formule de l’UP Cucchi)?: « Comme nous ne souhaitions pas participer au spectacle désolant d’une assemblée générale où certains avaient attisé la haine contre vos élus, nous avons décidé, tous ensemble, de quitter l’Union pour la Principauté. Si nous nous sommes engagés en politique, c’est pour défendre les Monégasques et surtout pas pour participer à la chicane partisane. Hier, notre parti, c’était l’UP, aujourd’hui c’est l’UDM, mais pour toujours notre parti c’est Monaco. » Une réponse du berger à la bergère ponctuée de citations d’Edmond Rostand?: « Chercher un protecteur puissant, prendre un patron. Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc. Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce. Grimper par ruse au lieu de s’élever par force?? Non merci… » Reste à savoir si ces extraits galvanisateurs, faisant la part belle aux valeurs du mérite, de la justice et de l’indépendance, porteront leurs fruits. On ne connaît que trop bien la fin de Cyrano de Bergerac.

(1) Notamment pour le vote de la loi sur l’avortement thérapeutique en 2009.

Conseil National
© Photo Monaco Hebdo.

Priorité au logement

Parmi les priorités fixées par Jean-François Robillon figure au premier rang le logement des Monégasques. L’occasion de mettre la pression sur le gouvernement.

Ils n’ont plus droit à l’erreur. A la sortie du conseil national, les élus Union des Monégasques (ex-UP) étaient heureux mais conscients qu’on les attend au tournant. Jugés trop mous et trop conciliants avec le gouvernement depuis un an, ils n’auront pas le choix de changer de posture politique. Sachant que désormais ils ont en face d’eux une double opposition?: les adversaires de toujours Rassemblement & Enjeux, et les amis d’hier, l’Union pour Monaco (UPM). Deux camps qui ne manqueront pas de les rappeler à l’ordre. Et de les renvoyer dans leurs cordes.

Menace sur le budget

C’est sans doute pourquoi Jean-François Robillon a dégainé ses propositions d’action durant cette année de mandat. Avec une priorité donnée à la politique de logement des Monégasques. Les élus ont ainsi promis de « s’assurer que l’engagement de construire 500 logements nouveaux d’ici à la fin de la mandature 2008/2013 sera bien respecté. Pour cela, il n’est pas question qu’une seule opération domaniale soit retardée ou annulée durant l’année qui vient. » Sans oublier une menace à la clé?: « Le gouvernement ne pourra pas nous accuser de l’avoir pris en traitre, si la violation de sa parole est sanctionnée par le refus de voter un budget », a annoncé le président du conseil national.

L’autre priorité de l’an II Robillon sera l’étude de la loi établissant l’égalité entre homme et femme dans la transmission de la nationalité monégasque par mariage, dont le délai passera de 5 à 10 ans. Ainsi que le vote de « la loi protégeant toutes celles et ceux qui sont victimes de violences conjugales. »

Doubles présidences

Un an pour faire ses preuves, c’est court. D’autant que la majorité se réduisant comme peau de chagrin, les élus UDM ont bien été obligés de se répartir les présidences de commissions. Alexandre Bordero reprend l’Economie et les Finances, Pierre Lorenzi est renouvelé à la Jeunesse et l’Education, Gérard Bertrand au Logement. Tandis que Nicole Manzone-Saquet prend la relève de Catherine Fautrier à la commission des droits de la femme et que Bernard Marquet quitte la Culture pour l’Environnement (commission jusqu’alors présidée par Anne Poyard-Vatrican). Guillaume Rose et Jean-Charles Gardetto, eux, devront même s’acquitter d’une double présidence. Les Affaires diverses et la Culture pour le directeur-adjoint au tourisme. La Législation et les Relations extérieures pour l’avocat. Un planning chargé en perspective…

Mais les élus UDM n’avaient pas vraiment le choix. Lors de la dernière commission plénière d’étude, le 1er avril, la majorité UDM avait bien proposé au groupe Rassemblement & Enjeux et aux élus UPM la présidence des commission Culture et Législation. « Ces présidences, ils l’ont refusée », a déclaré Jean-François Robillon, qui a dénoncé une « politique de la terre brûlée ». Mais pour Michèle Dittlot ou Christophe Spiliotis, il était hors de question d’accepter aujourd’hui ce qu’on leur avait refusé hier, à un moment où la majorité du conseil national reposait encore sur 14 élus.

Reste à savoir désormais comment fonctionnera l’assemblée. Les élus UPM et UDM arriveront-ils à travailler en bonne intelligence pour arriver à une finalité commune?: la réalisation du programme UPM, qui les avait tous amené au pouvoir en 2008. Pas sûr. On ne peut en effet que constater que pour des raisons électoralistes, l’UPM aurait même désormais intérêt à ce que ce programme ne soit pas réalisé avant 2013. En ayant beau jeu de pointer du doigt les anciens alliés de l’UDM qui n’auraient pas été capables d’assumer leurs obligations…

Chacun à sa place
Conseil national et gouvernement sont au moins d’accord sur un point. Comme l’a rappelé le ministre d’Etat Michel Roger, « il est important pour le gouvernement et le bon fonctionnement des institutions que le conseil national joue pleinement son rôle. Un conseil national fort est un meilleur partenaire pour le gouvernement. » Si Michel Roger n’a pas souhaité faire de commentaires sur la réélection de Jean-François Robillon, il a visiblement souhaité faire passer certains messages. Notamment qu’« il faut éviter de trop se diviser mais au contraire unir les efforts pour faire face aux défis. A Monaco, il n’existe pas de facteurs politiques de divisions comme dans d’autres pays mais des facteurs de rassemblement. » Avant d’ajouter?: « Chaque institution doit rester à sa place. Je souhaite que chacun respecte les prérogatives de l’autre. » En clair, chacun à sa place et les vaches seront bien gardées. De quoi rassurer les nombreux élus UDM qui, de manière à peine voilée, indiquaient qu’un membre du gouvernement, en l’occurrence « le père fondateur » Stéphane Valeri, s’immisçait dans les affaires intérieures de l’assemblée?? A voir. Bernard Marquet a en tout cas averti le Ministre?: « En prêtant serment, vous vous êtes engagé à respecter et faire respecter les institutions. J’attends de vous que vos actes s’accordent avec votre parole. »

“La véritable opposition, c’est nous”

Les élus de Rassemblement & Enjeux appellent leurs collègues à cesser les « querelles politiciennes ».

Un « vaudeville » pour Christophe Steiner, un « spectacle indigne » pour Marc Burini, une « séance douloureuse » pour Laurent Nouvion. C’est en ces termes que les membres de Rassemblement et enjeux ont qualifié la réélection pour le moins houleuse de Jean-François Robillon. Des élus qui enfoncent le clou en affirmant que c’est une véritable « guerre civile » qui se vit actuellement dans la majorité avec « des fractures profondes. » Dès le lendemain de l’élection, l’opposition a d’ailleurs tenu, lors d’un point-presse, à faire passer un message clair à leurs collègues de l’hémicycle. « Ces lourdes querelles de personnes doivent cesser. C’était une parenthèse politicienne, elle doit à présent s’achever. Rassemblement & Enjeux veut se mettre au travail », explique Laurent Nouvion.

« Coup de semonce »

Et l’un des premiers débats de fond que R&E souhaite lancer concerne le logement des enfants du pays, que le chef de file de l’opposition qualifie comme étant « un des enjeux majeurs des prochaines élections, dans un an et demi ». Autre sujet que l’opposition souhaite amorcer?: l’éventuelle intégration de Monaco à l’Espace économique européen (EEE). Des élus qui déplorent d’ailleurs la rétention d’informations du gouvernement à ce sujet. Ces querelles partisanes au parlement ont été aussi l’occasion pour R&E de réaffirmer sa position dans le paysage politique. « Lorsqu’Anne Poyard-Vatrican affirme que l’UPM est la principale force d’opposition du parlement, il faut revenir aux fondamentaux. Il y a eu des élections il y a trois ans, la majorité a fait 50 %, nous 40 %. Cette majorité s’est aujourd’hui divisée avec une majorité relative de 11 élus et une minorité de 7 élus. La véritable opposition issue des urnes, c’est nous. » R&E s’est enfin exprimé sur le départ de Sophie Lavagna qui résonne selon le parti d’opposition « comme un coup de semonce pour tous les élus. »

Article précédent
Article suivant

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail