À l’heure actuelle, ni le gouvernement monégasque, ni les élus du Conseil national ne semblent convaincus par l’idée d’acheter de nouvelles rames de train pour améliorer l’accès à la principauté. Si le Luxembourg a massivement investi dans le réseau ferroviaire dès 2019, pour favoriser l’usage des transports en commun et désengorger ses routes, les contraintes sont différentes en principauté.
Alors que le gouvernement luxembourgeois a débloqué 400 millions d’euros pour l’achat de 34 nouvelles rames de train pour tenter de réduire ses embouteillages en cœur de ville et promouvoir les transports en commun auprès de ses nombreux salariés étrangers [à ce sujet lire notre article Les solutions du Luxembourg pour réduire ses embouteillages, publié dans ce dossier spécial — NDLR], un tel investissement n’est pas encore d’actualité en principauté. La faute à quelques couacs avec la SNCF, selon les instances monégasques. L’ambition de valoriser l’offre ferroviaire semble pourtant bien présente du côté de la Région Sud, qui promet de desservir un train vers Monaco toutes les quinze minutes de 6 heures du matin à 23 heures, et cela d’ici l’été 2025. Mais cet objectif semble peu crédible, semble-t-on estimer du côté des élus du Conseil national et du gouvernement princier.
Un service « pas au niveau »
Lors de la séance budgétaire du 16 octobre 2023, la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement, et l’urbanisme, Céline Caron-Dagioni, a été questionnée par le conseiller national Régis Bergonzi au sujet des relations de la principauté avec la SNCF. Elle a estimé que le service rendu par ce partenaire français n’était « pas au niveau de ce que l’on paye », alors que l’Etat monégasque est « un financeur important de la ligne de TER », à hauteur de 8 millions d’euros par an, par le biais d’une convention [à ce sujet, lire notre article SNCF : mécontent du service, Monaco pourrait revoir son financement]. Et alors que le gouvernement monégasque est actuellement en phase de renouvellement de son financement auprès de la SNCF, Céline Caron-Dagioni a posé les bases, à l’occasion de cette soirée législative : « Nous ne le ferons pas à la hauteur de ce qui est attendu, si le service n’est pas là. Le ministre d’Etat est saisi. Il m’accompagne, et il pèse aussi dans ces décisions-là. Un certain nombre d’actions est en cours sur ce sujet ». Pour rappel, en 2008, l’Etat monégasque a débloqué 50 millions d’euros pour l’achat de cinq rames de TER [à ce sujet, lire notre article Monaco investit 50 millions d’euros dans cinq rames de TER]. Plus récemment encore, la principauté a injecté de l’argent pour allonger les quais de la gare de Nice-Riquier jusqu’à 220 mètres, afin de pouvoir recevoir des rames de TER longues, des doubles rames capables d’accueillir jusqu’à 1 800 passagers. Avec plus de 6,5 millions de voyageurs en 2022, contre 2,3 millions en 1998, la gare de Monaco se classe ainsi à la troisième place en termes de fréquentation dans la région Sud, après Marseille Saint-Charles et Nice-Ville.
Avec plus de 6,5 millions de voyageurs en 2022, contre 2,3 millions en 1998, la gare de Monaco se classe à la troisième place en termes de fréquentation dans la région Sud, après Marseille Saint-Charles et Nice-Ville
« Inertie de la SNCF »
Mais il reste du travail, a avoué Céline Caron-Dagioni, lors de cette séance législative : « Nous souhaitons voir les rames achetées par la principauté à Monaco, et pas ailleurs, de manière à ce que les trains soient rallongés, particulièrement aux heures de pointe. Ce qui n’est pas le cas en ce moment. Et que l’on puisse aussi nous informer des travaux réalisés sur la voirie qui provoquent des arrêts. Aujourd’hui, nous nous battons face à une inertie assez difficile de la SNCF. » Et comme si ce n’était pas suffisant, la ligne de TGV a stoppé sa ligne à Nice juste avant les vacances d’été 2023. Ce qui n’a, bien évidemment, pas été du goût du gouvernement monégasque, comme l’a expliqué la conseillère-ministre : « Cela nous a mis dans l’embarras en tant que « destination finale », car lorsque les gens s’arrêtent à Nice, ils viennent à Monaco en voiture. J’ai usé de notre poids d’État pour les avoir à une réunion, où j’avais invité le maire de Roquebrune-Cap-Martin, Patrick Cesari, pour qu’il exprime aussi ses complaintes et ses doléances, tant sur le fond que sur la méthode qui a été faite de manière unilatérale. Nous n’avons pas été prévenus de cet arrêt de service. »
Les élus attendent également que le prochain budget consacré à la mobilité soit remusclé. Si 4 % du budget lui était alloué en 2023, seule une légère augmentation de 0,04 % devrait lui être consacrée en 2024
Une mesure « insuffisante »
L’achat de rames de train supplémentaires ne figure pas, non plus, dans les plans du Conseil national. Les élus estiment en effet que la mesure serait, à elle seule, insuffisante pour répondre aux difficultés actuelles. C’était le constat de la présidente de la Haute Assemblée, Brigitte Boccone-Pagès, lors d’une conférence de presse consacrée à la mobilité, en septembre 2023 : « Il faudrait absolument qu’elle s’accompagne d’un plan. Nous avons également investi une belle somme dans les quais à Riquier. Au final, qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ? Rien », constatait-elle. Les élus réclament un vaste plan national pour la mobilité, à l’instar du plan national pour le logement, lancé à Monaco en mars 2019. Parmi les idées énoncées, les élus de L’Union préfèrent de loin la création d’une ligne de métro reliant Nice à Monaco. Un projet estimé à 2 ou 3 milliards d’euros, soit « 100 millions d’euros le kilomètre » selon le ministre d’État Pierre Dartout, et qui est encore loin de faire l’unanimité au sein de l’exécutif. Le gouvernement préfère en effet miser sur le projet de dix nouveaux RER annoncé par le président français Emmanuel Macron, en fin d’année 2022. Mais les élus continuent d’y croire : « Dans le précédent mandat, nous avons eu une présentation de ce dossier, avec tout ce qu’il nous faut, tant sur le plan technique que budgétaire. Mais depuis cette commission plénière d’études avec le gouvernement, il y a pratiquement un an, rien ne s’est passé », expliquait Brigitte Boccone-Pagès lors de cette même conférence de presse. Jade Aureglia, vice-présidente pour l’urbanisme et les grands travaux, aimerait que Monaco soit plus « proactif » dans l’avancement de ce projet, qui reste encore au simple stade de discussion : « Ces projets transfrontaliers ne dépendent pas que de nous, mais ça ne veut pas dire que l’on doit les mettre de côté, ou attendre passivement qu’une solution, ou une opportunité, nous soit présentée ».
Céline Caron-Dagioni a estimé que le service rendu par la SNCF n’était « pas au niveau de ce que l’on paye », alors que l’Etat monégasque est « un financeur important de la ligne de TER », à hauteur de 8 millions d’euros par an, par le biais d’une convention
0,04 %
Dans l’attente, les élus avancent d’autres leviers d’action, comme le renforcement et la mobilisation de l’unité de préservation du cadre de vie, le développement de programme de logements des pendulaires dans les communes limitrophes, la mise en harmonie de tous les réseaux de transports après discussions avec la Région Sud, la SNCF, la métropole Nice Côte d’Azur (NCA) et la communauté d’agglomération de la Riviera français (Carf), pour enfin obtenir une cohérence des horaires, des réseaux, et des tarifs. Et enfin, mettre définitivement en place la gratuité effective sur l’ensemble de ces réseaux de bus à l’intérieur des frontières de la principauté. À cela, il faut ajouter la mise en place d’une navette maritime Nice-Monaco-Menton, qui semble toujours au point mort [à ce sujet, lire notre article Bateaux-bus de Toulon — Geneviève Lévy : « Nous avons gagné 400 000 passagers en 10 ans »], alors qu’à Toulon et à Marseille des projets comparables fonctionnent avec succès. « Il faut voir grand et loin, insistait à ce sujet Nathalie Amoratti-Blanc, présidente de la commission environnement et qualité de vie, lors de cette conférence de presse du mois de septembre 2023. Pour désengorger Monaco, nous demandons qu’une infrastructure transverse vienne soulager tout le monde par l’extérieur, et que le bon sens et la mobilisation générale se produisent intra-muros. Et si cela dure dix ans à délivrer, tant pis ! Il faut enfin envoyer un véritable signal à notre population d’une part, et à l’ensemble des salariés de la principauté, qui vivent dans la région ». Les élus attendent également que le prochain budget consacré à la mobilité soit remusclé. Si 4 % du budget lui était alloué en 2023, seule une légère augmentation de 0,04 % devrait lui être consacrée en 2024.



