mercredi 18 mai 2022
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Des périodes de sécheresse de plus en plus longues en région PACA

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Les ressources en eau posent aussi question en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), où il manque près de 35 millions de m3 d’eau, selon l’agence régionale de l’eau, notamment à cause de la sécheresse. En Corse, des villages ont été touchés par la pénurie lors de l’été 2021. Et, concernant Monaco, la tempête Alex de 2020 a bien failli polluer le bassin d’eau destiné à la principauté.

Le manque d’eau n’est pas un fléau propre qu’aux pays sous développés et aux territoires reculés, il touche aussi l’Hexagone et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). Au cours de l’été 2021, 21 bassins-versants et nappes souterraines ont été considérés comme en déficit d’eau par l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. En 2020, ce n’était guère mieux, puisque cinq départements, sur les six de la région, avaient dû prendre des arrêtés sécheresse. Il manque en effet près de 35 millions de m3 d’eau, toujours selon l’agence de l’eau, pour satisfaire l’ensemble des usages sur les territoires concernés, et assurer un débit suffisant dans les rivières pour préserver la qualité de l’eau et la vie biologique. Face à ce constat, l’été 2022 sera-t-il aussi préoccupant que l’été précédent ?

© Photo Anthony Fontaine

Au cours de l’été 2021, 21 bassins-versants et nappes souterraines ont été considérés comme en déficit d’eau par l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse

Pas une pénurie, mais des déséquilibres

Si le manque d’eau persiste en région PACA, il n’est pas encore question de pénurie, selon Annick Mièvre, directrice de la délégation de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse à Marseille : « Il n’y a pas de pénurie d’eau en région PACA. Nous ne sommes pas en situation de rupture de fourniture d’eau potable. Mais, en revanche, il existe des déséquilibres. Il n’y a pas assez d’eau dans les bassins en période estivale pour satisfaire tous les usages, y compris ceux des milieux naturels. » La ressource en eau est en effet relativement abondante en région PACA, mais très inégalement répartie, ce qui constitue le principal problème du territoire. Les deux tiers des ressources proviennent du système situé dans la zone Durance-Verdon. Celui-ci fournit les secteurs les moins dotés, comme le littoral de Marseille et de Toulon, grâce aux grands aménagements hydrauliques, comme le canal de Provence. Mais ceux-ci ne peuvent pas satisfaire l’ensemble des besoins en eau de façon permanente, notamment pour garantir le cycle de vie des espèces, comme le rappelle l’agence de l’eau. Les besoins en hydro électricité sont importants, notamment pour le secteur agricole, qui emploie la majeure partie des ressources mondiales en eau douce (69 %) selon les Nations Unies, suivi du secteur industriel. Les situations de crises risquent également de se multiplier compte tenu du dérèglement climatique et de la croissance démographique. En résumé, si la pénurie n’est pas pour demain, la situation pourrait devenir préoccupante après-demain. Selon l’agence de l’eau, le débit moyen des principales rivières de France devrait ainsi diminuer de 10 % à 40 % à l’horizon 2050-2070. C’est énorme.

Annick Mièvre. Directrice de la délégation de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. © Photo DR

« Il n’y a pas de pénurie d’eau en région PACA. Nous ne sommes pas en situation de rupture de fourniture d’eau potable. Mais, en revanche, il existe des déséquilibres. Il n’y a pas assez d’eau dans les bassins en période estivale pour satisfaire tous les usages, y compris ceux des milieux naturels. »

Annick Mièvre. Directrice de la délégation de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse

Des restrictions imposées

Le manque d’eau est déjà une réalité sur le territoire, et ses alentours. Non loin de Monaco, en Corse, des villages ont subi une nouvelle fois des restrictions en eau potable pendant l’été 2021. En 2020 déjà, le village de Soriu-di-Tenda, en Haute-Corse, a été confronté à une pénurie d’eau potable au mois de juin. L’eau n’était disponible que deux heures par jour, et elle a même manqué totalement pendant 48 heures, en pleine période de canicule. La faute à l’assèchement des sols : les précipitations d’avril et de mai n’ont pas été suffisantes pour combler le manque de pluie de l’hiver, la période durant laquelle l’eau pénètre d’habitude dans les sols pour remplir les nappes phréatiques. Pour la plupart des communes et villages de moyenne montagne, l’eau potable provient en effet des sources naturelles situées en altitude. Or, lorsque le débit se réduit, les habitants sont en proie au manque d’eau et aux récentes pénuries. D’autant plus quand arrivent les touristes en période estivale : la population des villages peut alors être multipliée par cinq, ce qui accroît les besoins en eau, déjà rare avant l’été. Pour y pallier, le préfet de la Haute-Corse a ainsi pris un arrêté pour réduire les consommations d’eau cet été. Il était, par exemple, devenu interdit, entre 9 heures et 19 heures, de laver son véhicule hors de stations de lavage professionnel, ou encore d’arroser sa pelouse, son bateau de loisir, sa terrasse, ou encore les terrains de sport. Tout, pour limiter les effets de la pénurie. Ce type de mesures drastiques sont généralement évitées en région PACA, car les territoires sont liés les uns aux autres dans la gestion de l’eau, comme le rappelle Annick Mièvre : « En Corse, il s’agit surtout de problèmes de sécurisation de l’eau, car la réglementation y est différente. À cela s’ajoutent les problèmes liés au changement climatique. Pour les communes qui fonctionnent hors des communautés d’agglomérations, la gestion de l’eau est plus complexe, à moins de bénéficier de transferts. Monaco, par exemple, ne connaît pas de problème d’approvisionnement car la principauté est fournie en eau par la métropole Nice Côte d’Azur qui est bien sécurisée, et qui dispose d’un système performant. » Tout cela à condition que le territoire ne subisse pas de catastrophe météorologique ou environnementale. Non loin de Monaco, une pénurie d’eau a été évitée de justesse après la tempête Alex, en 2020. Le niveau de la nappe alluviale de la Roya a fortement baissé en raison des boues et des centaines de milliers de m3 d’éléments charriés après la catastrophe, qui se sont retrouvés dans l’eau. Ils ont bloqué le transfert de la rivière vers la nappe, provoquant ensuite une baisse du niveau d’eau, malgré les pluies. Cette même eau qui est destinée à la principauté, et aux communes de Menton, Beausoleil, Roquebrune-Cap-Martin, La Turbie, Castellar, Castillon, ou encore Gorbio et Sainte-Agnès. Pour remonter à temps le niveau de la nappe fluviale, et éviter une possible pénurie d’eau sur le territoire lors de l’été 2020, la communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF) a donc dû procéder à des grattages du fond du cours d’eau en février et mars 2021, en partenariat avec le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Longues sécheresses et fortes inondations

Le pire a peut-être été évité mais, plus que le risque de pénurie, c’est surtout la longueur des épisodes de sécheresse qui reste préoccupante en région PACA, comme le confirme Annick Mièvre : « On constate un bouleversement des rythmes de pluie. Elles peuvent être fortes en automne et en hiver, avant d’entamer une période sans précipitations. Depuis 2017, la période de tension commence de plus en plus tôt et s’achève de plus en plus tard. Les mois d’octobre et novembre sont désormais marqués par la sécheresse, aussi. Et, étant donné que les températures sont plus élevées, il y a aussi davantage d’évaporation, ce qui forme un cercle vicieux. » En soi, l’urbanisation du territoire n’est pas responsable de ces dérèglements. Mais, en revanche, elle perturbe les nappes, ce qui accroît les inondations lors des épisodes de fortes pluies : « Il faut redonner leurs places aux cours d’eau et redonner leur perméabilité aux sols pour limiter les effets des crues. C’est essentiel pour le rechargement des nappes et la qualité de vie », ajoute Annick Mièvre. « Les collectivités travaillent à redonner de la nature en ville. Mais ce n’est pas encore suffisant pour éviter les inondations en cas de grosses pluies. Il faut donner encore plus d’espace aux cours d’eau, pour réduire les risques d’inondations. »

Pour lire la suite de notre dossier sur la « guerre de l’eau », cliquez ici.

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Monaco Hebdo