samedi 24 septembre 2022
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Caroline Rougaignon-Vernin : « Les pharmaciens accueillent cette loi avec satisfaction »

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Les pharmaciens et les personnels des officines de la principauté sont également concernés par l’obligation vaccinale. Comment perçoivent-ils cette nouvelle mesure ? Leur représentante, Caroline Rougaignon-Vernin, répond aux questions de Monaco  Hebdo.

L’obligation vaccinale concerne-t-elle aussi les pharmaciens de Monaco ?

Cette nouvelle loi relative à l’obligation vaccinale des soignants concerne tous les professionnels de santé, c’est-à-dire, bien évidemment, les pharmaciens, mais aussi les préparateurs en pharmacie, ainsi que tout le personnel non soignant qui est en contact direct avec les clients ou patients, et qui exerce son activité en officine.

À partir de quand la vaccination deviendra-t-elle obligatoire pour les pharmaciens ?

Cette loi entre en vigueur le 30 octobre 2021. À cette date, tous les professionnels de santé devront avoir reçu, au minimum, leur première dose de vaccin. Lorsque le schéma vaccinal comprend plusieurs doses, ils devront présenter un schéma vaccinal complet au plus tard le 7 décembre 2021.

Avez-vous été consultée pour ce projet de loi ?

L’ordre des pharmaciens a été saisi par le Conseil national, qui nous a reçus avec les autres professionnels de santé.

Quel est aujourd’hui le taux de vaccination chez les pharmaciens ?

La grande majorité des pharmaciens est déjà vaccinée. Nous avons effectué une rapide enquête, et près de 90 % sont déjà vaccinés. En ce qui concerne les autres personnels des pharmacies, nous sommes plutôt aux alentours des 70-80 %.

« Je considère que nous avons un devoir d’exemplarité en tant que professionnels de santé, et que notre rôle est de conseiller à tous nos interlocuteurs de se faire vacciner »

Comment les pharmaciens ont-ils accueilli cette nouvelle mesure ?

La majorité des pharmaciens a accueilli cette loi avec satisfaction, dans la mesure où, depuis le début de cette crise sanitaire, ils sont en première ligne. Ils ont été confrontés à toutes les formes de la maladie, et ils ont conscience des risques. Ils savent qu’en cas de contamination, la vaccination permet de limiter la gravité des symptômes, et donc le risque d’hospitalisation, d’admission dans les services de réanimation ou de décès. Dans leur immense majorité, les professionnels de santé sont convaincus que cette vaccination est la seule solution dont nous disposons, à ce jour, pour limiter la transmission, et nous permettre de retrouver une vie normale. Ils ont donc pleine conscience de leurs responsabilités de professionnels de santé, dont la première consiste à ne pas mettre en situation de danger des personnes vulnérables qui se présentent dans leurs officines.

Étiez-vous favorable à la vaccination obligatoire ?

Je suis bien évidemment très favorable à la vaccination. La rendre obligatoire était sans doute nécessaire pour permettre d’engager des discussions, d’expliquer et de former convenablement les quelques salariés qui demeurent sceptiques. La date d’application de cette loi leur laisse le temps de le faire avant de sanctionner, et c’est une bonne décision. Je considère que nous avons un devoir d’exemplarité en tant que professionnels de santé, et que notre rôle est de conseiller à tous nos interlocuteurs de se faire vacciner.

Que risquera un pharmacien qui refusera de se faire vacciner ?

Un pharmacien qui refuse de se faire vacciner, en dehors de toute contre-indication, a ses raisons que nous ne nous permettons pas de juger. Son choix doit être respecté, et il ne sera passible d’aucune sanction disciplinaire de la part de l’ordre des pharmaciens. En revanche, s’il n’a pas initié son schéma vaccinal le 30 octobre 2021, ou finalisé celui-ci le 7 décembre 2021, il n’aura plus le droit de travailler dans une pharmacie de Monaco.

C’est-à-dire ?

Il sera suspendu de ses fonctions pendant 4 semaines, avec le maintien de 50 % de sa rémunération. Ensuite, la suspension se poursuivra sans maintien de salaire, à moins, qu’avec son accord, son employeur accepte de le licencier avant un délai de 12 semaines. La suspension de ses fonctions lui permet de continuer à bénéficier des prestations de l’assurance maladie, des prestations familiales, et des avantages sociaux. Lorsque le pharmacien sera licencié, il sera en mesure de percevoir un revenu de substitution, tel que les allocations-chômage.

© Photo DR

« Les pharmaciens qui ne sont pas encore vaccinés sont très peu nombreux, et nous sommes optimistes pour qu’ils le soient tous avant l’entrée en application de cette loi »

Avez-vous estimé la part des pharmaciens qui refuse catégoriquement de se faire vacciner ?

Les pharmaciens qui ne sont pas encore vaccinés sont très peu nombreux, et nous sommes optimistes pour qu’ils le soient tous avant l’entrée en application de cette loi.

Comprenez-vous leur décision et leurs arguments ?

Étant personnellement favorable à la vaccination, je respecte l’inquiétude des personnes refusant la vaccination, mais ne la partage pas. Ce vaccin a eu droit à toutes les phases de développement classique d’un médicament, mais au lieu d’être réalisées les unes après les autres, elles ont été superposées pour accélérer leur développement. En outre, l’immense diffusion en un temps très limité a finalement abouti à la meilleure des études possibles en grandeur nature. En tant que pharmaciens, nous sommes habitués à évaluer la balance bénéfice/risque des médicaments. Et dans le cas de ce vaccin, il est indiscutable qu’elle est aujourd’hui très favorable. Des dizaines de millions de patients ont été vaccinées depuis la mise sur le marché de ces vaccins, et le nombre de personnes vaccinées ayant donné lieu à une déclaration de pharmacovigilance est bien plus faible que le nombre de personnes non vaccinées ayant développé des formes graves. D’autre part, toutes les études confirment que la vaccination limite significativement le risque de développer des formes graves, ainsi que le risque de transmission du virus. Il permet donc de mieux protéger les personnes vulnérables.

Avez-vous anticipé les sanctions ?

Les pharmaciens qui refuseront de se faire vacciner doivent être prêts à être licenciés. Ceci sera forcément compliqué à gérer pour les pharmacies. Être privé du jour au lendemain d’un salarié suspendu n’est pas sans conséquence, surtout pour les officines les plus petites. Leur départ entraînera un vrai risque de désorganisation. Et ce sera d’autant plus compliqué, qu’il est difficile de trouver des pharmaciens et qu’il y a des délais inhérents aux professions réglementées, qui sont incompressibles, pour être autorisés à exercer en principauté.

« Les pharmaciens qui ne sont pas encore vaccinés sont très peu nombreux, et nous sommes optimistes pour qu’ils le soient tous avant l’entrée en application de cette loi »

Qu’est-il prévu pour les pharmaciens qui ne peuvent se faire vacciner, pour des raisons médicales par exemple ?

Les pharmaciens qui ne peuvent pas se faire vacciner pour raisons médicales pourront poursuivre leur travail avec un renforcement des gestes barrières, et ils devront prévenir leurs clients/patients qu’ils ne sont pas vaccinés. Ils devront justifier d’un certificat de confirmation de contre-indication médicale, qui sera délivré par un comité de médecins sur la base d’un certificat médical précisant et justifiant une contre-indication. Il s’agira sans doute d’une infime minorité.

Entre les démissions possibles et les suspensions de salariés refusant de se faire vacciner, faut-il craindre des fermetures d’officines ?

Pour le moment, aucun pharmacien titulaire n’est venu me faire part du fait qu’il ne souhaitait pas se faire vacciner. Si tel était le cas, le problème de fermeture se posera, car il n’aura plus le droit de travailler. Mais je reste optimiste sur le fait que si un ou deux titulaires ne sont pas encore vaccinés, ils finiront par se résoudre à le faire.

Craigniez-vous une baisse des vocations en raison de l’obligation vaccinale ?

Je ne pense pas que cette vaccination obligatoire ait un impact sur les vocations. Pendant leurs études, les pharmaciens ont tous été vaccinés contre l’hépatite B. C’est un vaccin obligatoire pour tous les professionnels de santé. Ils connaissent tous l’histoire de la vaccination, et le fait qu’elle a permis d’éradiquer des maladies infectieuses virales et contagieuses responsables de dizaines de milliers de morts par an comme la variole.

Allez-vous contrôler l’authenticité des certificats de vaccination ?

Le rôle des pharmaciens ne sera pas de contrôler l’authenticité des passes sanitaires. Je ne peux pas imaginer que certains puissent en présenter de faux [au sujet des faux passes sanitaires, lire notre article Passe sanitaire : comment les fraudeurs s’organisent, dans ce dossier — NDLR]. Ils devront juste être certains que chaque membre de l’équipe officinale justifie de son schéma vaccinal complet, du certificat de rétablissement ou du certificat de confirmation de contre-indication.

1) Contacté par Monaco Hebdo, le conseil de l’ordre des médecins de Monaco n’a pas répondu à nos questions avant le bouclage de ce numéro, le 21 septembre 2021.

Pour lire la suite de notre dossier sur l’obligation vaccinale à Monaco, cliquez ici.

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Monaco Hebdo