lundi 23 mai 2022
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Monaco face au cancer

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Environ 200 patients soignés au centre hospitalier princesse Grace (CHPG) en 2010 sont décédés en raison d’un cancer. Un fléau sanitaire que les autorités et le corps médical monégasques combattent au quotidien.

Le cancer a été plus que jamais au cœur de l’actualité ces dernières semaines. A commencer en France par la campagne « Octobre rose », mois de mobilisation contre le cancer du sein depuis maintenant 17 ans. Les autorités sanitaires françaises ont joué cette année la carte du slogan solidaire?: « Le dépistage?: Parlez-en aux femmes que vous aimez ». Un message régulièrement relayé dans les journaux et sur le petit écran par quelques animateurs et journalistes télé. Le 5 octobre, la planète et les inconditionnels de la marque à la pomme s’émeuvent à leur tour de la mort de Steve Jobs. Le grand visionnaire d’Apple a succombé à l’âge de 56 ans à un cancer du pancréas. Dans un tout autre registre, plus militant, un autre homme s’est imposé sur le devant de la scène?: le cancérologue Victor Izraël. L’homme a crée la surprise en annonçant sa candidature à l’élection présidentielle de 2012 en France. Un avertissement pour relancer le plan Cancer, à ses yeux trop insuffisant. Celui qui défend bec et ongle « un égal accès de tous à des soins de qualité » ou encore « un soutien massif à la recherche » a même choisi un slogan?: « En 2012, votez la vie ». « J’ai tiré les sonnettes des ministères, j’ai été reçu, jamais écouté », a-t-il déclaré pour justifier sa démarche, par forcément accueillie avec enthousiasme par toute la communauté médicale. Mais le message résonne comme une vraie balise de détresse. Il faut dire que les chiffres font froid dans le dos. En France, selon, les dernières statistiques publiées par l’Institut national du cancer (Inca), le nombre de nouveaux cas en 2010 s’élève à 357?500 (203?000 chez l’homme et 154?500 chez la femme). Chez l’homme, le cancer de la prostate reste de loin le plus fréquent avec 71?500 nouveaux cas en 2010, suivi par le cancer du poumon (27?000 cas) et le cancer colorectal (21?000 cas). Chez la femme, les trois cancers les plus fréquents sont le sein (52?500), puis le cancer colorectal (19?000) et enfin celui du poumon (10?000). Au total, 146?500 décès ont été recensés en France en 2010. Un fléau sanitaire auquel sont aussi confrontés au quotidien les spécialistes du CHPG à Monaco.

1?200 nouveaux cas de cancers en 2010 au CHPG

En principauté, c’est le département d’information médicale (DIM) du CHPG qui passe au crible tous les chiffres. En 2010, sur les 6?500 passages enregistrés à l’hôpital de jour, 4?280 séances de chimiothérapie ont été effectuées. Des chiffres en légère augmentation puisqu’on en comptait 4?000 en 2009 et 3?900 en 2008. En moyenne, en 2010, tous cancers confondus, l’hôpital monégasque a été confronté à 1?200 nouveaux cas de cancers. Et près de 200 patients l’an passé auraient succombé. Sans surprise, « c’est celui du poumon qui connait le plus haut taux de mortalité », avance le docteur Georges Garnier, chef du service hématologie — oncologie du CHPG, sans détailler les chiffres. « En 2010, il y a eu environ 100 nouveaux cas. Pour ce cancer, la chirurgie est de très loin la meilleure chance de guérison. Si le patient n’est pas opérable, ce qui est le plus souvent le cas, il existe d’autres alternatives. Soit la maladie reste dans le thorax, on peut alors faire un traitement local que l’on appelle « locorégional » (radiothérapie + chimiothérapie). Soit le patient est en phase métastatique, c’est-à-dire que la maladie n’est pas uniquement localisée au niveau du thorax mais se propage dans d’autres organes, par exemple le foie et le cerveau. Dans ces cas là, il n’y a malheureusement aucune chance de guérison. Nous discutons alors de l’intérêt rapport bénéfice/risque d’un traitement général ». Chez les femmes, comme en France, c’est le cancer du sein qui est le plus répandu à Monaco avec 175 nouveaux cas enregistrés en 2010 (voir interview pages 32-33). Pour le cancer du côlon, on compte 108 nouveaux cas. Et pour le cancer de la prostate, 75 nouveaux cas en 2010. Toutefois, l’intérêt d’effectuer un diagnostic de ce cancer est controversé dans la communauté scientifique. Car certains cas sont peu agressifs et présentent une évolution lente qui n’affectera pas forcément la survie du patient. Il y a également un gros débat qui divisent les médecins?: jusqu’à quel âge doit-on le diagnostiquer, ce cancer touchant des hommes généralement très âgés. « Les hommes entre 60 et 75 ans sont les plus concernés par ce cancer, explique le docteur Choquenet, spécialiste au CHPG des cancers urologiques. Mais dès 50 ans, il faut être vigilant. Il leur est conseillé de faire un examen prostatique qui consiste en un examen clinique (toucher rectal) et un dosage du PSA. Il y a des signaux d’alerte assez facilement identifiables?: des difficultés urinaires, des brûlures ou des douleurs ». Selon le spécialiste, avec un traitement de chimiothérapie et de radiothérapie, une tumeur prostatique localisée et identifiée à un stade précoce, atteindrait même les 90 % de chance de guérison. Autre cancer très fréquent, presque autant que la prostate?: celui de la vessie. Un mal qui touche autant les hommes que les femmes. En revanche, les patients sont généralement plus jeunes. « Les facteurs de risque identifiés sont avant tout le tabagisme mais aussi, plus singulièrement, l’utilisation de colorants pour les cheveux, surtout chez les professionnels », explique encore le docteur Choquenet. Quant au cancer du testicule, le spécialiste en recense seulement une dizaine par an à Monaco. « Ce n’est pas très fréquent mais une guérison complète est souvent possible. C’est très rare que l’on en meurt ».

Docteur Georges Garnier chef du service hématologie — oncologie du CHPG.
Docteur Georges Garnier chef du service hématologie — oncologie du CHPG. © Photo Monaco Hebdo.

« Multidisciplinaire »

Si le service cancérologique du CHPG est communément reconnu comme un « pôle d’excellence », il y a des spécialités qui échappent encore à l’hôpital monégasque. « Nous traitons quasiment tous les types de cancers. Sauf la leucémie aiguë du jeune sujet. Nous ne sommes pas des spécialistes non plus des tumeurs cérébrales. Nous réorientions généralement les patients vers des centres de référence », reconnait le docteur Garnier. Monaco a d’ailleurs intégré le réseau régional de cancérologie ONCOPACA Corse qui a pour rôle « de promouvoir et améliorer la qualité de la prise en charge des patients dans le cadre du Plan Cancer ». Ce qui oblige ainsi le CHPG à respecter des critères de qualité. Critères sur lesquels l’établissement est audité régulièrement. L’hôpital monégasque se doit par exemple d’assurer une prise en charge du cancer multidisciplinaire. « La loi impose désormais que les décisions thérapeutiques soient prises en réunion. On a donc à l’hôpital de Monaco ce que l’on appelle des « RCP », des réunions de concertation pluridisciplinaire. Chaque semaine, 10 à 12 spécialistes (radiothérapeute, radiologue, chirurgien etc.) se réunissent et passent en revue tous les nouveaux dossiers des patients. On valide ensemble l’orientation thérapeutique », explique encore le docteur Garnier. Autre pôle intégré au CHPG?: le centre de coordination en cancérologie appelé le « 3C ». Une structure transversale qui fait office de sentinelle, à la fois médicale et administrative. En clair, son cahier des charges est par exemple de vérifier en interne l’adéquation et l’application des dossiers discutés en « RCP » entre spécialistes, assurer la coordination dans la prise en charge du patient, ou encore veiller au respect des droits du malade. Mais à Monaco, le 3C a aussi un rôle plus fonctionnel. Du personnel supplémentaire, entre autres, diététicien, assistance sociale, psychologue, ou infirmière effectuant des massages pour soulager les douleurs, travaillent également au chevet des malades. C’est aussi avec le 3C qu’a été créée une cellule « consultation annonce ». « Pour le patient c’est une sidération psychologique d’apprendre sa maladie. Il a besoin d’être entouré. C’est pourquoi une fois l’annonce faite par le médecin, le patient a ensuite rendez-vous avec une infirmière spécialisée qui lui expliquera toutes les modalités pratiques. Et elle jugera de ses besoins, à la fois physiques, psychologiques et sociaux », précise le docteur Garnier.

Meilleur ratio patient/personnel

Pas de doute donc que le CHPG reste un pôle de référence dans la région. Grâce notamment à un plateau technique doté des équipements les plus performants (IRM, PET scanner, service de médecine nucléaire etc.) « On ne peut pas considérer que la prise en charge du cancer à Monaco soit meilleure. En revanche, on dispose d’un plateau technique supérieur et d’un ratio personnel/patient plus favorable qu’en France. Hors soins techniques, le confort de prise en charge reste donc supérieur et plus rapide », estime le Docteur Garnier. Pour le docteur Choquenet, la prise en charge serait elle « plus familiale qu’en France », grâce à une « structure plus ramassée ». « Nous avons la chance d’avoir des relations assez rapides entre les divers intervenants et les médecins. Nous arrivons à tout faire sur place, rapidement. Si j’ai besoin d’un scanner, je peux le faire dans la journée. En France, ce n’est pas toujours le cas. Et en Italie ça peut être très long, jusqu’à 3 mois ». En revanche, il y a encore deux éléments sur lesquels le CHPG souhaiterait contribuer?: la recherche et les essais thérapeutiques. Mais l’hôpital monégasque est confronté à deux obstacles de taille?: le manque de main d’œuvre et de lisibilité vis-à-vis des institutions externes. « Nous ne sommes pas assez nombreux. Et la recherche clinique en cancérologie est réalisée soit via des recherches institutionnelles avec des grands groupes européens soit via des industriels qui fabriquent des molécules Or, il n’y a pas d’industriel à Monaco qui fabrique des médicaments », conclut le docteur Garnier.

Elles refusent la reconstruction mammaire
Selon une étude française réalisée à l’Institut Curie par le docteur Delphine Hequet auprès de 1937 patientes ayant subi une ablation du sein entre janvier 2004 et décembre 2007, 70 % des patientes décident de ne pas se faire reconstruire après l’ablation d’un sein. Les raisons de ce choix sont très variées?: la majorité d’entre elles refusent de subir une nouvelle chirurgie, d’autres parviennent à accepter l’asymétrie de leur corps. D’autres encore craignent des risques de complications. Ou affichent l’argument de leur âge trop avancé, le coût financier, ou plus simplement, la crainte des douleurs.
Cancer du poumon?: des femmes malades dès 35 ans au CHPG
L’intoxication tabagique n’en finit pas de faire des ravages. Y compris à Monaco et sur une population de plus en plus jeune. « On voit de plus en plus de femmes, très jeunes, atteintes du cancer du poumon. Dès l’âge de 35 ans. C’est très alarmant. A intoxication tabagique égale, malheureusement les femmes développent des cancers plus tôt que l’homme », explique le docteur Garnier du CHPG. Avant d’ajouter que « le cancer du poumon est le seul cancer pour lequel on a un facteur de risque clairement identifié à 90 %?: le tabac. Moins de 10 % des malades n’ont jamais fumé. Et pour ceux qui n’ont jamais été soumis à un tabagisme ni passif ni actif, les hypothèses sont alors environnementales. On parle beaucoup par exemple d’un gaz, le radon. »
Mieux survivre
Si les effets secondaires standards liés à la chimiothérapie sont bien connus (nausées, globules rouges en chute libre, fatigue, problèmes cutanés avec l’apparition de gros boutons ou encore perte de cheveux, notamment dans le traitement du cancer du sein, quasi systématique), les progrès de la médecine ont permis non seulement d’allonger la durée de vie des malades mais aussi sa qualité au quotidien pendant les traitements. « Pour les patients métastatiques, grâce à de nouveaux traitements et à de nouvelles stratégies thérapeutiques, nous arrivons à augmenter considérablement la médiane de survie. Par exemple, pour le cancer du côlon métastatique, avant la survie était de 6 à 12 mois, aujourd’hui à plus de 3 ans. Avec une qualité de vie correcte », explique le docteur Garnier. Difficile pour autant pour les médecins d’avancer le mot « guérison » à leur patients. Ils emploient plus volontiers le terme de « rémission complète » parce qu’ils savent qu’une récidive, même lointaine, est possible.
docteur Missana, en poste depuis 2006 au CHPG
« Il est classiquement admis qu'une patiente est guérie si aucune rechute n'est survenue dans les 5 ans », affirme le docteur Missana, en poste depuis 2006 au CHPG. © Photo DR

«?Un violent traumatisme?»

La campagne de sensibilisation dédiée au dépistage du cancer du sein « Octobre rose » fête cette année sa 17ème édition. Un mal qui n’échappe pas à Monaco, avec une centaine de nouveaux cas par an recensés. Le docteur Marie-Christine Missana, spécialisée en chirurgie carcinologique mammaire et en chirurgie reconstructrice et esthétique au CHPG, explique comment cette maladie est prise en charge à Monaco. Du dépistage à la guérison, en passant par la prise en charge psychologique. Interview.

Monaco hebdo?: Combien de femmes sont touchées par le cancer du sein à Monaco??
Marie-Christine Missana?: En principauté, on recense en moyenne une centaine de nouveaux cas par an. En France, plus de 33?000 femmes en sont atteintes annuellement. Le nombre croissant depuis 2006 de patientes traitées en principauté peut trouver une explication par la création à cette date d’une unité de sénologie au sein du CHPG, la lutte contre le cancer étant un des axes prioritaires du projet médical.
Certaines femmes consultant auparavant en France ont fait alors le choix d’une prise en charge en principauté, le CHPG leur offrant une prise en charge optimale, et ce à toutes les phases. Du dépistage clinique et radiologique au traitement de la maladie. De l’ablation de la tumeur jusqu’à la reconstruction. En passant par la chirurgie esthétique du sein.

M.H.?: Combien de femmes meurent chaque année du cancer du sein??
M-C.M.?: En France, le cancer du sein est responsable de 10?000 à 11?000 décès par an. Les chiffres ne sont pas disponibles sur Monaco.

M.H.?: Quelles sont les femmes les plus touchées??
M-C.M.?: L’âge moyen d’apparition du cancer du sein est de 60 ans. Ce cancer touche en moyenne 1 femme sur 8. La majorité des cancers du sein survient de façon sporadique. Seulement 5 à 10 % des cancers du sein seraient d’origine familiale.

M.H.?: Comment se détecte généralement un cancer du sein??
M-C.M.?: Un cancer du sein peut se détecter par certains signes cliniques ou n’avoir aucune traduction clinique et être découvert uniquement sur une mammographie de dépistage. Les symptômes qui peuvent alerter la patiente, lors de sa toilette par exemple, sont notamment l’apparition d’un liquide s’écoulant par le mamelon, l’apparition d’une rétraction du mamelon ou d’une partie de la peau du sein. Ou encore l’apparition d’une rougeur sur le sein, ou d’une boule sur le sein ou sous le bras… En principauté, de nombreuses femmes font pratiquer leur première mammographie très précocement, dès l’âge de 40 ans. En France le dépistage de masse organisé est effectué à partir de 50 ans.

M.H.?: Y a-t-il des moyens de prévenir le cancer du sein??
M-C.M.?: En France, il n’existe actuellement aucun traitement préventif de survenue d’un cancer du sein. Les patientes qui ont un cancer du sein d’origine familiale bénéficient d’une surveillance étroite et précoce, clinique et radiologique. Ces patientes, qui ont pu côtoyer la maladie ou la mort de plusieurs femmes dans leur famille, mère, tante ou sœur, ont la possibilité de savoir si elles sont porteuses d’une anomalie génétique responsable de la survenue du cancer du sein. Une consultation auprès d’un généticien est alors programmée et un prélèvement sanguin effectué si la patiente est prête à en accepter le résultat. C’est alors le soulagement si la patiente n’est pas porteuse de l’anomalie, ou alors l’angoisse si le résultat est positif. Lorsqu’une anomalie génétique a été identifiée, certaines femmes accepteront une surveillance très étroite, clinique et radiologique. D’autres demanderont une ablation préventive des deux seins.

M.H.?: Et pour toutes les autres femmes??
M-C.M.?: Aucun moyen de prévention efficace n’a été identifié. Le risque de survenue d’un cancer du sein varie suivant les patientes en fonction notamment des antécédents familiaux, mais également de l’âge, de l’existence d’anomalies histologiques, d’un surpoids, de la prise d’alcool, de tabac, et de nombreux autres facteurs tels que l’âge de la première grossesse… S’il est impossible d’agir sur la majorité de ces facteurs, certains par contre peuvent être maitrisés. Nous pourrions simplement conseiller à toutes les femmes d’adhérer le plus possible aux campagnes de dépistage, d’éviter toute intoxication tabagique ou alcoolique, d’essayer de pratiquer une activité sportive régulière, même si celle-ci est difficile à concilier avec la vie surmenée de la majorité des femmes.

M.H.?: Comment les femmes réagissent-elles lorsqu’on leur annonce la maladie??
M-C.M.?: Pour toutes, l’annonce du cancer est un choc, un violent traumatisme. Néanmoins, la réaction émotionnelle est souvent différente si l’annonce est faite à une femme qui a senti elle-même une masse et a déjà pratiqué des examens radiologiques, des biopsies, ou si l’annonce est faite sur une mammographie de dépistage chez une patiente qui ne s’y attendait pas. « Le monde s’écroule », « la vie, l’avenir bascule ». Culpabilité, colère, pleurs, « pourquoi moi?? ». A ce verdict ressenti comme porteur de mort, s’ajoute le traumatisme de l’atteinte d’un organe symbole de féminité, de maternité, et de sexualité.

M.H.?: Une fois le cancer détecté, quels sont alors les soins proposés aux patientes??
M-C.M.?: Chaque patiente bénéficie d’un traitement adapté à sa maladie. Deux types de traitement peuvent être proposés?: les traitements qui agissent localement sur le sein voire sur les ganglions en rapport avec le sein. Et les traitements généraux qui vont diffuser dans l’organisme et détruire ou empêcher le développement de cellules cancéreuses. Les traitements qui agissent localement sont la chirurgie qui va enlever les tissus cancéreux et la radiothérapie qui délivre des rayons sur une zone porteuse de cancer ou à haut risque de survenue de cancer. Les traitements généraux sont la chimiothérapie qui délivre plusieurs drogues par voie veineuse le plus souvent, ou orale parfois, de façon répétée, toutes les semaines pendant plusieurs mois. Il y a également l’hormonothérapie délivrée par voie orale pendant plusieurs années (5 ans) dont le but est de priver la tumeur du sein des hormones qui interviennent dans son développement. Et enfin l’immunothérapie réservée uniquement à certaines formes de cancers qui administre un anticorps spécifiquement dirigé contre un antigène situé à la surface des cellules cancéreuses.

M.H.?: Qu’en est-il de la chirurgie??
M-C.M.?: Si le cancer est accessible à un traitement chirurgical, l’intervention est alors effectuée après une biopsie. Le chirurgien enlève la tumeur et une partie de glande saine tout autour de la tumeur. Il peut être dans l’obligation d’enlever également certains ganglions situés sous le bras et qui sont en rapport avec la tumeur. Actuellement, dans 65 % des cas, le chirurgien peut garder le sein. Il effectuera alors au cours de la même intervention une reconstruction de la partie du sein ôtée. Dans les autres cas, une ablation totale du sein doit être réalisée. Le sein peut alors être dans certains cas immédiatement reconstruit. S’il ne peut être reconstruit immédiatement, la reconstruction pourra alors être proposée dès la fin des traitements. Si la tumeur du sein est trop volumineuse ou trop agressive, le traitement débutera non par la chirurgie mais par un traitement général.

M.H.?: Quel est généralement le délai entre la détection d’un cancer et sa guérison??
M-C.M.?: Chaque cancer a un profil évolutif particulier. Il est classiquement admis qu’une patiente est guérie si aucune rechute n’est survenue dans les 5 ans. Néanmoins, il sera impératif de poursuivre la surveillance car si le risque est faible au-delà de 5 ans, il n’est pas nul.

M.H.?: Qu’en est-il de la prise en charge psychologique??
M-C.M.?: Elle n’est pas systématiquement proposée au moment de l’annonce du cancer. Chaque femme réagit différemment à l’annonce de la maladie et au parcours des traitements. Certaines sollicitent une prise en charge psychologique pour les aider à accepter la maladie et les traitements, et une prise en charge pour leur conjoint et pour leurs enfants. D’autres n’en expriment pas le besoin ou n’en font pas la demande. C’est alors l’écoute, l’attention apportée lors de l’hospitalisation par l’équipe soignante qui permettra de détecter des femmes en souffrance. Nous souhaitons d’ailleurs mettre en place prochainement des groupes de parole et espérons que les patientes pourront bénéficier dans un avenir proche des soins d’une socio-esthéticienne. De nombreuses patientes trouvent actuellement une écoute, une aide, un soutien auprès de plusieurs associations réalisant un travail remarquable en principauté.

vaccination
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« Il faut arrêter les rumeurs »

La vaccination contre le Papillomavirus humain (HPV) destiné à prévenir le cancer du col de l’utérus a débuté en mars dernier en principauté. Une vaccination qui soulève encore de lourdes inquiétudes, notamment chez les mères de famille. Mais les spécialistes monégasques sont formels?: le vaccin est nécessaire et ne présente aucun risque.

L’angoisse autour des vaccins contre le Papillomavirus humain est encore bien vive dans les cabinets médicaux monégasques. C’est en mars dernier que le gouvernement a décidé de lancer une campagne de vaccination anti-HPV. Objectif affiché?: prévenir dans 70 à 80 % des cas le cancer du col de l’utérus. 500 courriers incitatifs avaient ainsi été adressés aux parents ayant des adolescentes âgées de 14 ans. Impossible pour l’heure de connaître le nombre de jeunes filles ayant franchi le pas. « Il est encore trop tôt pour donner un chiffre. Un bilan sera fait à un an », précise le docteur Rouison, conseiller médical auprès du département. Mais dans les cabinets gynécologiques à Monaco, les angoisses des mères de familles sont tenaces. « En consultation, on constate de plus en plus un gros recul des mamans. Certaines nous disent par exemple que leur fille est trop jeune, ou qu’elle n’a pas encore commencé sa vie sexuelle. A leurs yeux, il n’est donc pas utile d’effectuer le vaccin. Or, il est très important de le faire dès l’âge de 14 ans », explique le docteur Dominique Beaugrand-Van Klaveren, gynécologue à Monaco. « Les mamans sont en effet de plus en plus en recul. Certaines craignent également que la vaccination présente des dangers. Elles citent des articles de presse en ce sens qu’elles ont lus ici et là. D’autres encore, nous disent « pourquoi vaccinerait-on notre fille puisque dans notre famille personne n’a eu de cancer?? » », rajoute de son côté le docteur Françoise Ragazzoni, gynécologue.

Non-respect du schéma vaccinal

Pourtant, le cancer du col de l’utérus est le huitième cancer touchant les femmes en France?: environ 3?000 cas et 1?000 décès par an (les chiffres à Monaco ne nous ont pas été communiqués). « Et les lésions pré-cancéreuses, les dysplasies, sont également extrêmement fréquentes », rajoute le docteur Rouison. Mais à en croire les spécialistes, la vaccination, notamment chez nos voisins français, est encore insuffisante ou mal pratiquée. « En France, une étude a montré qu’au niveau quantitatif, seules 60 % des jeunes filles se font vacciner et seules 18 % font la démarche dès l’âge de 14 ans, rajoute le docteur Beaugrand-Van Klaveren. Le deuxième problème est le non-respect du schéma vaccinal. Il est nécessaire de faire au total trois injections. Or certaines adolescentes n’en font que deux ».

« Aucun cas grave signalé »

Des spécialistes contraints également d’insister sur la non-dangerosité de cette vaccination. Il faut dire que l’un des vaccins destiné à prévenir le cancer du col de l’utérus, le Gardasil, a soulevé de lourdes suspicions, y compris dans la communauté médicale. Doute sur son efficacité, recul insuffisant sur les effets secondaires… Le tout sur fond de pressions de l’industrie pharmaceutique… Des polémiques largement relayées dans la presse, mais que les spécialistes monégasques balaient d’un revers de main. « La réalité c’est que 32 millions de doses ont été injectées dans le monde. Aucun cas grave n’a été signalé. Il faut arrêter cette rumeur. La vaccination est sûre. Pour tous les cas présentés dans la presse, rien n’a été prouvé scientifiquement. Il n’y a aucun médicament au monde qui subisse autant de contrôles que le vaccin. Les effets collatéraux sont uniquement une migraine, une petit rougeur dans la zone d’injection et potentiellement un jour ou deux de fièvre. Tout le reste, ce sont des mensonges », assure de son côté le professeur Franco Borruto, gynécologue. Autre impérieuse nécessité selon les spécialistes?: effectuer un frottis tous les 2 à 3 ans. Or, en France, une femme sur 3 en moyenne ne ferait pas encore la démarche. « Le facteur de risque premier du cancer du col est le non-dépistage et le non-suivi des femmes. Une étude française a montré que 70 % des femmes atteintes d’un cancer du col, n’avaient jamais effectué de frottis, ou l’avait effectué il y a plus de 3 ans », précise encore le docteur Van Klavaren. Tout en rappelant également que « certaines femmes arrêtent la surveillance gynécologique, quand elles n’ont pas de vie sexuelle. »

Campagne de dépistage en 2012

Pour lutter plus efficacement contre ce cancer, les autorités sanitaires monégasques ont donc décidé de coupler la vaccination avec une campagne de dépistage organisé, opérationnelle dès janvier 2012. Les femmes ciblées?: celles âgées de 21 ans à 65 ans. « Chaque année, les premiers frottis seront réalisés pour les femmes ayant 21 ans. En 2012, la campagne débutera donc avec les femmes nées en 1991. En 2013, elle concernera celles nées en 1992, et ainsi de suite l’année suivante. De nouveaux frottis seront effectués pour ces femmes alors âgées de 22 ans?; ils se poursuivront ensuite tous les 3 ans (à 25 ans, 28 ans, etc) jusqu’à ce qu’elles atteignent 65 ans. Si les frottis bien sûr ne présentent aucune anomalie dans les intervalles », rajoute le docteur Rouison. Le dépistage sera totalement pris en charge par le gouvernement et les caisses sociales.

Cancer du sein?: une campagne de dépistage en 2012
Après l’ostéoporose en 2004 et le cancer colorectal en septembre 2009, la prévention à Monaco franchira une nouvelle étape dès janvier 2012 avec le lancement d’une campagne de dépistage généralisé destiné à prévenir le cancer du sein. Population ciblée?: les femmes âgées de 50 à 80 ans. « Nous avons décidé de relancer la campagne de dépistage initiée en 1994 par le docteur Michel-Yves Mourou », explique le conseiller aux affaires sanitaires et sociales Stéphane Valeri. Dès le premier trimestre 2012, les femmes concernées recevront donc une invitation tous les deux ans à pratiquer une mammographie. Un dépistage gratuit, financé à hauteur de 80 % par les caisses sociales et le reste par le gouvernement. Si le CHPG a recensé en 2010, 175 nouveaux cas de cancer du sein, heureusement la mammographie à Monaco semble être une pratique bien ancrée dans les habitudes des femmes. « En principauté, sur 2008, 2009 et 2010 le pourcentage de femmes ayant régulièrement et spontanément effectué une mammographie est très élevé. Bien plus qu’en France, puisqu’on atteint les 60 %. Mais il reste ces 40 % de femmes qui n’en font jamais. Le dépistage organisé aura donc pour objectif d’atteindre 15 à 20 % de femmes supplémentaires », explique le docteur Rouison, conseiller médical auprès du département.
l'association monégasque Ecoute cancer réconfort
L'association monégasque Ecoute cancer réconfort © Photo Monaco Hebdo.

« Les hommes n’osent pas franchir le pas »

Depuis 1992, l’association monégasque Ecoute cancer réconfort apporte aide financière et réconfort aux personnes atteintes d’un cancer à Monaco et dans les communes limitrophes.

Elles se rendent chaque semaine au chevet des malades du CHPG. La dizaine de bénévoles de l’association monégasque Ecoute cancer réconfort, créée en 1992, se relaient régulièrement à l’hôpital de jour. Des visites en binôme, dans la chambres des patients, qui subissent au quotidien des séances de chimiothérapie « Pas plus d’un quart d’heure pour ne pas fatiguer les malades, explique Adeline Garino, la présidente de l’association depuis 4 ans. Nous parlons de tout, de la pluie et du beau temps. De leur souffrance, s’ils le souhaitent. Il arrive parfois que certains refusent de nous recevoir. Les hommes surtout. C’est rare que l’on arrive à communiquer avec eux. Ils se sentent diminués face à la maladie. Ils perdent leur moyen ». Mais l’association met également la main à la poche. Et ce malgré un budget annuel étriqué. « J’ai besoin en moyenne de 80?000 euros par an. Plus de 50 % de ce budget, est consacré aux aides financières. Ce n’est pas de l’argent qu’on leur donne directement. Mais on leur offre par exemple des bons d’achat pour Carrefour ou bien une aide au loyer que l’on envoie directement au propriétaire, explique la présidente, qui ne bénéficie pas encore de subventions de l’Etat. Je suis donc allée à la chasse auprès des banques. Certaines ont été généreuses, d’autres n’ont rien donné. Nous organisons aussi des actions ponctuelles, comme des soirées de galas avec le Lions club de Monaco pour récolter des fonds. »

Espace de vie

Pour venir en aide aux malades, l’association dispose également d’une structure d’accueil baptisée Espace Mieux être qui a ouvert ses portes en 2009. Les locaux sont relativement exigus. Un appartement de 90 m2 dans les domaines de Monaco, situé 1 Place Paul Baronetto à Cap d’Ail. Chaque semaine, une vingtaine de malades s’y rendent. Exclusivement des femmes. Pour la plupart atteintes d’un cancer du sein. « Pour l’heure, aucun homme n’a osé franchir le pas, regrette encore Adeline Garino. Chez nous ces femmes se vident, s’entraident, et se divertissent. Nous leur mettons à disposition gracieusement, sur rendez-vous, des services spécifiques?: la relaxation détente, l’esthétique, la gymnastique douce ou encore un psychologue. Tous ces soins sont assurés par des intervenants professionnels payés par l’association. Le malade, lui ne paie rien ». Au-delà de ces soins, l’association organise également des ateliers ludiques. Pèle-mêle?: couture, peinture, chant, jeux de cartes, tricotage, ou encore des objets confectionnés « maison » puis revendus dans des braderies au profit de l’association.
Espace Mieux être. 1 Place Paul Baronetto à Cap d’Ail. Immeuble L’Atalante. Ouvert du lundi au vendredi de 14h à 18h et sur rendez-vous. Renseignements?: 06?80?86?04?33.

Gemluc?: de gros donateurs
Depuis sa création en 1973, l’association monégasque Gemluc (Groupement des entreprises monégasques dans la lutte contre le cancer) revendique avoir cumulé la coquette somme de 2 millions d’euros. Des sommes destinées à la fois à la recherche, mais aussi et surtout, à financer l’achat de matériel pour le CHPG. Et la récolte de ces fonds est opérée de manière plutôt originale. « Si vous êtes salarié, il suffit d’autoriser votre employeur à prélever chaque mois 2 euros sur votre bulletin de salaire. Bien sûr, votre cotisation peut être plus élevée, si vous le souhaitez. Chaque mois votre entreprise reversera la totalité des sommes retenues au Gemluc », indique l’association.

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