Le gouvernement princier espère lancer le télétravail dès le début de l’année 2016. A Monaco, les différents acteurs politiques et sociaux ne sont pas tous d’accord sur le sujet. Tour d’horizon.
Trois ans après son entrée dans le Code du travail français, environ 10 % des salariés y auraient recours en France. Bien loin des taux enregistrés dans certains pays anglo-saxons et scandinaves situés entre 20 et 35 %. Pourtant, selon une enquête rendue publique le 26 mars dernier (1), 59 % des salariés français disent souhaiter pouvoir faire du télétravail dans leur entreprise, au moins plusieurs jours par semaine ou seulement de temps en temps. Chez les cadres, la proportion grimpe à 71 %. Autres points positifs : mieux concilier vie privée et vie professionnelle pour 48 % des sondés et ne plus perdre de temps dans les transports pour 46 %. Mais aussi la possibilité de faire des économies sur les transports ou les frais de nourriture (36 %). Côté obstacle, la majorité des sondés évoque le manque de confiance des employeurs.
« Pendulaires »
La Principauté est bien consciente de cette problématique. L’introduction du télétravail a fait l’objet du vœu n° 2007-684 du 7 novembre 2007 du Conseil Economique et Social (CES). « Aucune suite n’a été donnée à ce souhait », rappelait Bernard Pasquier, conseiller national d’opposition Union Monégasque (UM), dans une proposition co-écrite avec Patricia Musso dans Le livre blanc Monaco 2029. Pourtant, les mentalités monégasques évoluent sur ce sujet. Et les choses avancent lentement, mais sûrement. « Si le télétravail se rencontre à ce jour de manière ponctuelle au sein de certaines entreprises monégasques, concernant des catégories spécifiques de salariés, il est vraisemblable qu’avec l’évolution technologique, le télétravail tendra à se développer et à concerner un nombre plus grand de salariés » rapporte en préambule le projet de loi sur le télétravail (voir notre encadré ci-après). Dans l’interview qu’il a accordée à Monaco Hebdo (voir par ailleurs), Stéphane Valeri, conseiller de gouvernement aux affaires sociales, espère sa mise en place effective début 2016. Au Conseil national, Thierry Poyet, le président Horizon Monaco (HM) de la commission des intérêts sociaux et affaires diverses (Cisad), indique que l’étude du projet de loi va débuter très prochainement : « La commission ne manquera pas de solliciter des experts et des sachants. Elle étudiera aussi les bonnes pratiques chez nos voisins ou plus loin, afin de se faire une opinion sur toutes ces questions. » Lorsqu’on évoque les avantages liés au télétravail, Thierry Poyet parle de conditions de travail adaptatives pour les salariés « réduisant les impacts des déplacements pour les pendulaires. » Pour l’employeur, le président de la Cisad pense que ce nouveau dispositif permettra d’« étendre le bassin de recrutement des salariés en France, en limitant les effets de l’éloignement géographique. Au fond, il s’agit d’optimiser les espaces de bureaux par de la mutualisation entre salariés. »
Vertueux
Pour l’UM, Bernard Pasquier soutient cette affirmation, en allant même plus loin : « Arrive-t-on à la fin d’un modèle ? Est-ce que la contrainte géographique ne contrariera pas l’attractivité physique ? » Cet élu plaide pour le télétravail en Principauté depuis de nombreuses années et voit dans ce mode d’organisation du travail une étape importante. Comme le conseiller aux affaires sociales, Stéphane Valéri, Pasquier estime que cela constitue l’une des réponses à l’exiguïté du territoire : « On commence à sortir des 2 km2 de la Principauté. Par cette méthode, on arrive ainsi à étendre l’espace juridique. » Le télétravail comme cercle vertueux pour l’économie monégasque ? « Surtout, on permet de développer l’emploi, principalement pour les services à valeur ajoutée. Ce nouvel axe de développement bénéficie à tout l’écosystème monégasque », assure Thierry Poyet. « Ce n’est pas une solution miracle, mais une solution à long terme pour le développement de l’emploi en Principauté. Il faut le voir comme une option, pas comme quelque chose d’obligatoire. C’est une manière de rendre un peu plus flexible la manière de travailler », argumente Bernard Pasquier. Cet élu d’opposition y voit également l’opportunité pour les employeurs de payer moins de mètres carrés à Monaco : « L’employeur a besoin de moins d’espace, sachant que l’un des coûts principaux reste les locaux. Il faut penser différemment. C’est aussi la condition pour que les caisses sociales restent en équilibre. Pour cela, il est essentiel de faire croître la masse sociale d’au moins 2 % par an. Surtout qu’il y a, en plus, une grosse demande. » Pour l’experte internationale Nicole Turbé-Suetens (lire son interview par ailleurs), l’utilisation du télétravail impose un constat sans appel : « Ceux qui ne voudront pas l’utiliser seront moins attractifs pour les jeunes générations. »
« Extra-territorialité »
Cet enthousiasme n’est pas forcément partagé par l’ensemble des acteurs. Thierry Poyet tempère : « Pour le salarié, il faut s’assurer aussi du respect de la vie privée. Pour l’employeur, cela nécessite une organisation du travail particulière. » Autre point de vigilance pour cet élu HM, le temps de travail : « Comment éviter les dérives, que ce soit des patrons comme des employés ? Se posent tout naturellement quelques questions sur l’extra-territorialité des lois monégasques en France. » Le groupe Renaissance, par la voix de son président Etienne Ruzic, reconnaît dans le télétravail « une innovation majeure qui bouscule les modèles organisationnels et managériaux. » Tout en estimant qu’il y a aussi pas mal d’inconvénients : « Ceci peut favoriser le développement de nouvelles formes d’autorité et un management plus participatif. Tout comme mettre à mal le concept de temps de travail et la frontière entre vie professionnelle et vie privée. » Un positionnement qui se rapproche de celui de l’Union des Syndicats de Monaco (USM), qui dénonce un cadeau empoisonné (voir encadré). « Le télétravail n’est donc pas un nouvel eldorado » assure Etienne Ruzic. De son côté, sollicitée par Monaco Hebdo, la Fédération des Entreprises Monégasques (Fedem) a indiqué ne pas souhaiter s’exprimer sur le sujet pour le moment.
Débordement ?
Pour appuyer son point de vue, l’USM rappelle les travaux du psychiatre Patrick Lègeron, auteur du livre Le stress au travail (2) : « On peut imaginer les dégâts que cela peut causer sur un salarié se trouvant seul chez lui, amené à déborder sur le temps consacré habituellement à sa famille, pour parvenir aux objectifs fixés par son employeur. » Renaissance évoque aussi ce risque de débordement. « La relation de confiance se construit dans le cadre du télétravail sur les résultats du travail réalisé et non sur l’attitude au travail. Les études récentes tendent à souligner ses risques psychosociaux, l’amélioration de la qualité de vie du télétravailleur étant contrebalancée par l’augmentation du temps et de la charge de travail », explique Etienne Ruzic. L’accord gagnant-gagnant mis en avant par Stéphane Valeri ne convainc pas vraiment Renaissance : « Les effets positifs de ce mode d’organisation, tant pour les entreprises (optimisation des coûts immobiliers), que pour la collectivité (diminution des déplacements), ne seront effectifs qu’à partir d’un certain seuil, de l’ordre de 20 % à 30 % de la population active. Quant au manque de m2 pour les entreprises, il faudra bien que l’Etat se donne les moyens d’inciter la construction d’immeubles de bureaux de grande hauteur. »
Pour le moment, Monaco avance pas à pas. Le conseiller de gouvernement Stéphane Valeri, estime que « le développement du télétravail constitue l’un des facteurs pouvant permettre à la Principauté d’affermir son rôle de pôle local de développement économique, à son plus grand bénéfice, mais aussi à celui des territoires français et italien voisins. » Reste à savoir quand les premiers télétravailleurs pourront réellement exercer entre Monaco et la France sans difficultés.
(1) Sondage réalisé pour le syndicat professionnel Syntec numérique par l’institut Odoxa par Internet les 19 et 20 mars 2015 auprès d’un échantillon représentatif de 1 008 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.
(2) Le stress au travail, de Patrick Légeron (Editions Odile Jacob, collection de poche), 2003, 200 pages, 8,90 euros.
Télétravail : ce que dit le projet de loi
Le projet de loi n° 926 du 1er juillet 2014 évoque « un choix en faveur de la protection de l’environnement, avec notamment la réduction des déplacements et, en conséquence, de la circulation automobile, ainsi qu’en faveur des salariés et employeurs. » Sur 18 pages, le législateur monégasque a notifié 14 articles pour encadrer un mode d’organisation qui devrait « contribuer au développement du bassin d’emploi monégasque. » Objectif : réaliser l’équilibre essentiel entre la souplesse nécessaire pour répondre aux besoins économiques et la sécurité garantissant la protection de I’emploi, des rémunérations et des droits sociaux. « Il apparaît en effet primordial que le télétravail s’organise dans un cadre juridique adapté et sécurisé. » Parmi les avantages développés, il est question de « desserrer les contraintes géographiques susceptibles de freiner le développement de son activité économique, tout au moins dans certains secteurs. » L’article premier indique que le télétravail ne pourra occuper, « sur une période hebdomadaire de travail, plus des deux tiers du temps de travail du salarié. »
Côté salariés, le projet de loi souligne « la possibilité de reconversion des personnes à mobilité réduite, un gain de temps et d’argent, une réduction de la fatigue liée aux déplacements et un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. » Ce texte évoque enfin les points positifs pour les employeurs : « Une augmentation de la productivité et une réduction des frais généraux, des besoins et donc des coûts des surfaces professionnelles. »
Pour l’USM, c’est non
« Le télétravail, c’est comme un cheval de Troie. Ça peut apparaître comme un cadeau, mais il est empoisonné. » Christophe Glasser, secrétaire général adjoint de l’Union des Syndicats de Monaco (USM), n’adhère pas du tout à l’instauration du télétravail pour les salariés employés en Principauté, mais résidant en France. « L’employeur s’insère dans la vie privée. Ce qui est tout l’inverse de ce que dit le contrat de travail. Halte aux illusions dangereuses ! » martèle ce syndicaliste. En plus d’isoler le salarié, Christophe Glasser reproche au télétravail de renforcer un management par l’objectif. Le désengorgement des transports pour se rendre en Principauté matin et soir ? « C’est comme jeter un verre d’eau sur un feu ! » Autre argument avancé : « On déguise la délocalisation des entreprises de Monaco vers la France. » L’USM a fait parvenir il y a plus d’un an des questions précises à l’ambassade de France à Monaco. Tout en cherchant aussi à faire part de ses réflexions au conseiller pour les affaires sociales, Stéphane Valeri. « Idéologiquement, on est contre, car ça ne répond pas aux réels besoins des salariés », explique Glasser. Avant d’enfoncer le clou : « On ne comprend déjà pas le manque de législation sur le contrat de travail. Et à côté de ça, on va créer un mode de travail différent ? Celui qui construit une échelle ne commence pas par le troisième barreau, me semble-t-il… »
« Un accord gagnant-gagnant pour les employeurs et les salariés »
Le conseiller aux affaires sociales, Stéphane Valeri, défend le projet de télétravail entre la France et Monaco. Une bonne réponse, selon lui, pour assurer le développement économique futur de Monaco.
Où en est le dossier du télétravail entre la France et Monaco ?
Le Conseil des ministres français a examiné le 18 février dernier le projet de loi portant approbation de l’avenant n° 6 à la convention franco-monégasque de sécurité sociale, relatif à l’accord sur le télétravail avec la Principauté. Ce texte a été déposé à la fin du mois de février, sur le bureau du Parlement français, pour y être discuté et voté. En parallèle, un projet de loi sur le télétravail a été déposé par le gouvernement monégasque sur le bureau du Conseil national le 2 octobre 2014. Il devrait faire l’objet d’un examen prochain par la Commission des Intérêts Sociaux et des Affaires Diverses (Cisad). Ces deux votes constitueront les ultimes étapes à franchir avant l’application de l’accord sur le télétravail à Monaco.
Quels sont les objectifs du gouvernement ?
Le gouvernement princier fonde de grands espoirs sur cette nouvelle législation. Il a toujours été très favorable à la mise en place du télétravail, qui est une des réponses appropriées à l’exiguïté du territoire. Le télétravail permettra aussi de moderniser le travail dans les entreprises, tout en satisfaisant l’aspiration des salariés à mieux concilier vies professionnelle et personnelle.
Avec quelles conséquences pour l’économie monégasque ?
Le développement du télétravail à Monaco entraînera la création de plusieurs milliers d’emplois dans les prochaines années, sans mettre plus de travailleurs tous les jours sur les routes. Ce qui n’est pas négligeable en termes de protection de l’environnement et d’allégement du trafic automobile.
C’est vertueux pour l’économie monégasque ?
Le développement du télétravail constitue la meilleure réponse pour assurer le développement économique futur de Monaco, en surmontant l’exiguïté du territoire, puisqu’il permettra le développement du chiffre d’affaires des entreprises sans que celles-ci aient besoin de surfaces supplémentaires. Tout cela génèrera de nouvelles recettes pour l’Etat et pour les organismes sociaux. C’est aussi une réponse appropriée au coût de l’immobilier, qui pourrait freiner le développement économique.
Le télétravail pourrait doper l’emploi ?
La moyenne européenne de salariés télétravailleurs oscille entre 15 et 20 %. Ce qui représenterait entre 7 000 et 10 000 emplois à Monaco, à moyen terme. Car il faudra plusieurs années pour que cette nouvelle forme de travail monte en puissance. De plus, ce chiffre ne porte pas uniquement sur des créations d’emplois, puisque des salariés actuels pourront choisir, avec leur employeur, ce nouveau mode d’organisation. Il s’agira alors de transformations de postes. Aujourd’hui, il est donc impossible de répondre avec précision à cette question, dans la mesure où il s’agit d’un nouveau dispositif, jamais expérimenté.
Comment ces avancées sont perçues par le monde de l’entreprise ?
Le département des Affaires Sociales et de la Santé reçoit régulièrement de nombreuses questions, tant d’entreprises que de salariés, qui se montrent très intéressés et demandeurs de ce dispositif. De nombreux entrepreneurs nous ont fait savoir qu’ils utiliseraient le télétravail dès qu’ils en auront la possibilité.
Et donc ?
Il y aura par conséquent un mouvement naturel de certaines entreprises et de leurs salariés vers cette nouvelle forme d’organisation du travail. Lorsque la loi entrera en vigueur, il s’agira donc de les informer, notamment par courrier. Et de les guider dans leurs démarches.
Il y a aussi des réticences ou des incompréhensions ?
Dans la mesure où le télétravail ne pourra être mis en œuvre que par l’accord des volontés de l’employeur et du salarié, il sera l’aboutissement d’un consensus satisfaisant les deux parties, qui y auront donc trouvé un intérêt partagé.
Tous les secteurs d’activités sont concernés ?
On peut légitimement penser que tous les secteurs d’activité pourraient être concernés. Par exemple, même l’hôtellerie et les entreprises du secteur industriel peuvent recourir au télétravail, pour le secrétariat, les services communication ou commercial, ou encore certaines tâches administratives. Mais, bien évidemment, les nouvelles technologies, l’informatique, le secteur de la communication et plus largement les entreprises de services, sont les domaines les plus concernés.
Les principaux avantages pour l’employeur et le salarié ?
La mise en œuvre du télétravail constitue un accord gagnant-gagnant pour les employeurs et les salariés : les employeurs pourront développer leur activité, en limitant leurs besoins en surface de bureaux, et donc, leurs frais locatifs. Les salariés pourront gagner en qualité de vie : réduction du temps de transport et donc de la fatigue liée aux déplacements, frais de transport réduits… Ce qui leur permettra de consacrer plus de temps à leur famille et à leurs loisirs.
Vous envisagez un accord sur le télétravail avec l’Italie ?
Le même type d’accord pourrait être négocié avec l’Italie. Toutefois, 90 % des salariés qui résident en dehors de la Principauté, habitent en France. Donc la mise en œuvre d’un tel dispositif avec l’Italie aura un impact moins significatif.
Monaco aurait pu se passer du télétravail ?
Le développement du télétravail constitue l’un des facteurs pouvant permettre à la Principauté d’affermir son rôle de pôle local de développement économique, à son plus grand bénéfice, mais aussi à celui des territoires français et italien voisins.
C’est une solution miracle ?
Le télétravail ne constitue pas la seule réponse et le gouvernement agit et agira pour maintenir des conditions favorables au développement économique de la Principauté, perpétuer son dynamisme et préserver notre modèle économique et social.
Le télétravail sera officiellement lancé quand ?
La balle est désormais dans le camp des élus des deux pays. On peut raisonnablement espérer que le télétravail puisse être appliqué dès le début de l’année prochaine.
« Un sujet de négociation sociale, plus que de loi »
Associée au cabinet LBMG Worklabs, Nicole Turbé-Suetens est une experte internationale dans la transformation de l’organisation du travail par la technologie. Elle travaille depuis plus de 20 ans sur la question du télétravail. Interview.
A quand remonte l’origine du télétravail ?
La première mission gouvernementale en France a eu lieu en 1993. Mais la mise en place effective et réaliste n’a pu se faire qu’à partir du moment où les infrastructures technologiques nationales étaient d’une qualité suffisante. Il fallait que les usages aient évolué et que le cadre réglementaire soit stabilisé.
Comment cela s’est concrétisé ?
Ce fut le cas grâce à l’accord national interprofessionnel (ANI) de juillet 2007 et surtout depuis la loi de 2012. Le phénomène a réellement commencé à se développer de manière régulière en France à partir de 2008 pour s’amplifier. Et aujourd’hui, se banaliser.
Ça fonctionne bien ?
Comme beaucoup de choses, cela fonctionne bien et même très bien lorsque c’est mis en place pour les bonnes raisons. Tout en respectant les étapes d’une méthodologie simple. Il faut aussi que tout cela soit bien managé. Les échecs sont rares et la progression est relativement lente. Car cela change les habitudes et le management est encore un réel frein.
Pourquoi ?
Il n’y a pas énormément de freins, mais ils sont forts. On a ici un management à la française et à l’ancienne. La hiérarchie est très prégnante et nous ne sommes pas toujours dans un état d’esprit de confiance. Pour moi, il s’agit d’un manque de courage managérial.
Sur quoi repose la réussite du télétravail ?
Il faut avoir un vrai sponsor du projet à haut niveau, une personne reconnue. De préférence une personne admirée et respectée pour son charisme et sa vision. Il faut aussi respecter un rythme acceptable pour le changement. Impliquer le plus tôt possible les partenaires sociaux et communiquer largement et honnêtement sur le sujet. Mais cela devrait être le cas pour tous les projets qui affectent l’ensemble de l’organisation et de ces acteurs. Le projet d’organisation ne doit pas être précipité. Le télétravail dans l’entreprise doit se développer calmement et sereinement.
Quels sont les principaux enjeux liés au développement du télétravail ?
Parmi les enjeux, qui sont autant en faveur des salariés que des employeurs, on peut citer l’amélioration de l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle et l’amélioration de la qualité de vie au travail. Ces points sont souvent moteur pour déclencher une réflexion et un projet.
D’autres enjeux ?
On peut parler aussi d’une diminution du stress et de la fatigue, une meilleure concentration ou une diminution de l’absentéisme. Lorsqu’elle est mesurée, on assiste à une diminution de l’empreinte carbone et des économies pour le télétravailleur en matière de transport, de nourriture ou d’habillement.
D’autres exemples ?
L’attractivité de l’employeur pour les nouvelles générations. On a un renouvellement de la population active, c’est le moment d’en profiter. Les jeunes veulent vivre et organiser leur temps libre. Ils ont compris qu’ils ne pouvaient plus attendre les mêmes choses de l’entreprise. Et surtout, ils ne souhaitent plus dédier leur vie à l’entreprise. Il faut donc en tenir compte. En ce sens, le télétravail peut contribuer à l’amélioration de la « marque employeur. »
Quels sont les secteurs concernés par le télétravail ?
Toutes les activités qui peuvent être dématérialisées et qui ne demandent pas une relation directe avec des personnes ou avec une machine.
Les employeurs ou les salariés traînent parfois les pieds ?
En général, il n’y a pas d’objection de la part des salariés, puisque le télétravail ne peut se faire légalement que sur la base du volontariat. Par contre, côté employeur, c’est en réalité généralement une crainte devant l’inconnu. Et puis, il y a aussi le fait de devoir remettre en cause des pratiques managériales.
Il y a d’autres freins au télétravail ?
Il y a aussi la maladie génétique française du « présentéisme » et le manque de confiance qui règne dans les organisations. L’excuse est alors souvent le soi-disant manque d’autonomie du salarié. Alors que dans la plupart des cas cela ne lui a jamais été reproché auparavant. Et surtout, rien n’a été fait pour améliorer son niveau d’autonomie.
Le télétravail doit être limité dans le temps ?
D’une manière générale, personne ne recommande le télétravail à 100 %. Sauf dans des situations tout à fait précises et exceptionnelles. Il est nécessaire de garder la cohésion culturelle d’un collectif de travail, avec un panachage de possibilités d’organisation. La réalité montre qu’en France la majorité des télétravailleurs sont actuellement en télétravail sur 1 ou 2 jours par semaine. Par contre, la répartition n’est pas nécessairement sur la semaine.
C’est-à-dire ?
Cela dépend des contraintes du métier et de l’organisation pour définir le rythme qui sera considéré comme « régulier » au sens de la loi. Un salarié m’a dit une fois : « Même un jour de télétravail, c’est bénéfique. » Ce n’est pas une vue de l’esprit. C’est la réalité.
Ce phénomène va exploser ?
Ça ne va pas exploser, mais on ne va plus se poser la question à l’avenir. Ceux qui ne voudront pas utiliser le télétravail seront moins attractifs pour les jeunes générations.
La législation doit s’imposer aux entreprises ?
Pas plus qu’elle ne le fait actuellement. La législation donne un cadre et quelques règles fondamentales. Comme il s’agit d’un projet d’organisation du travail, c’est un sujet de négociation sociale, plus que de loi. En France, la législation a été un élément de déblocage, car on voyait bien que les gens n’en pouvaient plus des transports.
Qu’est-ce que le « coworking » ?
Le principe de base d’un tiers-lieu est d’être un lieu destiné à accueillir des personnes qui travaillent en offrant un cadre et des services professionnels, tout en étant localisé à proximité des domiciles des personnes qui devraient autrement effectuer de longs et pénibles trajets domicile/travail. Le « coworking » a été crée à l’initiative de citoyens qui étaient indépendants pour briser la solitude et avoir un environnement pour échanger. A ce jour, ce sont plus les indépendants qui utilisent le système.
Le télétravail est la solution miracle pour les salariés qui viennent chaque jour de France ou d’Italie pour travailler à Monaco ?
Je ne sais pas s’il y a des solutions miracles. Par contre, il y a des solutions qui peuvent améliorer le quotidien des salariés qui doivent se déplacer vers les locaux de leur employeur et qui perdent beaucoup de temps de vie car les routes sont encombrées et dangereuses. Ce qui est le cas de beaucoup de Français qui travaillent à Monaco, étant donné la géographie locale, le réseau routier et les limites des transports en commun.
Pour la Principauté, impossible d’échapper au télétravail ?
Comme pour tout le monde, surtout lorsque l’accès au lieu de travail n’est pas commode. Il y a beaucoup d’espaces de « coworking » qui se montent dans l’arrière-pays en Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca). Ce n’est pas pour rien !
Monaco a pris du retard sur cette question ?
Je n’ai jamais entendu parler de Monaco comme d’un grand pionnier du télétravail. Par contre, la prise de conscience de la réalité de la vie de travail des transfrontaliers montre une volonté d’apporter des solutions pratiques et adaptées à la société actuelle lorsque c’est possible.
Le télétravail pourrait engendrer un cercle vertueux pour l’économie monégasque ?
J’ai du mal à répondre car je ne connais pas suffisamment bien l’économie monégasque. Mais, à partir du moment où les salariés seront moins stressés, plus productifs et moins absents… il y a les ingrédients d’un cercle vertueux à animer.




