vendredi 1 juillet 2022
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Jacques II, héritier du trône

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Ils étaient très attendus… Le 10 décembre vers 17h, la princesse Charlène a donné naissance à Gabriella et Jacques. Monégasques et résidents pourront leur rendre hommage sur la place du palais le 7 janvier prochain.

Par Sabrina Bonarrigo / @SabrinaBonarigo

Il était exactement 19h30 le 10 décembre lorsque les sirènes des bateaux, les coups de canons et les klaxons des voitures ont retenti dans toute la principauté. A cet instant précis, la population vit un moment historique. Deux heures plus tôt, la princesse Charlène donnait naissance, par césarienne, à des jumeaux, à la maternité du Centre hospitalier princesse Grace (CHPG). Une fille et un garçon. Gabriella, Thérèse, Marie, née à 17h04 et Jacques, Honoré, Rainier né à 17h06.

Héritiers
Le prince Albert II, 56 ans, et son épouse, 36 ans, ont donc offert à la principauté deux petits héritiers. Une première dans l’histoire de Monaco. « Le prince Jacques a la qualité de Prince Héréditaire. Selon l’usage historique établi par le traité de Péronne (1641), il reçoit le titre de Marquis des Baux (en Provence). La Princesse Gabriella deuxième enfant dans la ligne de succession, reçoit le titre de Comtesse de Carladès (en Auvergne) », a précisé le palais dans un communiqué officiel.

« Bonheur »
Dans un message diffusé sur Monaco Info en français, en anglais et en monégasque, le prince Albert a fait part de son émotion à la population. : « Je souhaite partager ce bonheur avec les Monégasques et plus largement avec tous les résidents de mon pays car je vous sais unis dans une même communauté de sentiments autour de la princesse et de moi-même, a-t-il declaré. Je remercie toutes celles et tous ceux à travers le monde qui ont manifesté leur attachement envers la princesse, moi-même et ma famille. Remercions Dieu pour ce bonheur. »

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A 19h30 précises, le colonel Luc Fringant, commandant supérieur de la force publique et Premier aide de camp, a tiré avec ses hommes les 42 coups de canons pour avertir la population de l’heureux événement. © Photo Monaco Media Bureau

Jacques II
Après cette double naissance, c’est le choix des prénoms qui a surpris. Depuis des mois, journalistes et spécialistes des royautés en avaient imaginé plusieurs. Il se murmurait « Rainier », « Louis », « Florestan », « Grace » ou encore « Charlotte… » C’est finalement Jacques que le couple princier a retenu. Un clin d’œil à l’histoire de Monaco. « Jacques Ier a régné entre 1731 et 1733. Il s’agissait de Jacques IV de Matignon qui a épousé en 1715 Louise-Hippolyte Grimaldi, fille du Prince Antoine Ier. Jacques a abandonné son nom « Matignon » pour adopter le nom et les armoiries des Grimaldi et devenir, après la mort de son épouse et avant l’avènement de son fils Honoré III, prince souverain de Monaco. Le futur prince de Monaco sera donc Jacques II », explique Thomas Fouilleron, directeur des archives et de la bibliothèque au palais princier.

Intime
Le prénom de Gabriella a, lui aussi, beaucoup étonné. « Je ne sais évidemment rien du choix intime du prince et de la princesse. Néanmoins, on peut simplement faire remarquer que Gabriel était le deuxième prénom du Prince Honoré V et que Gabrielle était le deuxième prénom de la Princesse Florestine, soeur du Prince Charles III… », continue Thomas Fouilleron.

Dons
Pour saluer cette double naissance, Monégasques, salariés et résidents, ont plusieurs moyens. Le 7 janvier, décrété jour férié, ils pourront se rendre sur la place du palais. C’est à cette date que seront officiellement présentés les bébés princiers. A noter que des registres de signatures ont été ouverts aux Petits Quartiers du palais de 9h à 18h (1). Quant aux cadeaux, le couple princier a indiqué préférer les dons. Les sommes recueillies seront redistribuées aux associations de leur choix (2). Reste à savoir, si comme pour le mariage princier en juillet 2011, une amnistie sera accordée. Alors que Monaco Hebdo était en bouclage le 16 décembre, Philippe Narmino, le directeur des services judiciaires nous indiquait « qu’il est un peu trop tôt pour y répondre. »

(1) Les messages de félicitations peuvent aussi être adressés par courriel à : .

(2) Ces dons pourront être effectués sous la forme de chèque libellé à l’ordre de “TGF Naissances” et adressés au palais princier au service de l’administration des biens.

 

Félicitations

« Moment heureux et historique »

« Le gouvernement princier adresse ses plus sincères félicitations à LL.AA.SS. le Prince et la Princesse Charlène pour la naissance de S.A.S. La Princesse Gabriella et de S.A.S. Le Prince Héréditaire Jacques. Il s’associe à Leur joie et Leur bonheur et à celle de Leurs Familles. En ce moment heureux et historique il souhaite Les assurer de son indéfectible attachement, de celui des Monégasques et de toutes les personnes qui travaillent en Principauté. »

« Profonde joie »

« Le Maire Georges Marsan et les membres du Conseil Communal tiennent à exprimer leur profonde joie à l’annonce de la naissance de S.A.S. le Prince Héréditaire Jacques et S.A.S. la Princesse Gabriella. Ils adressent leurs plus chaleureuses et respectueuses félicitations à LL.AA.SS. le Prince Albert II et la Princesse Charlène et forment les souhaits les plus sincères de santé, bonheur et prospérité pour les nouveaux-nés. Cet événement historique réjouit l’ensemble des Monégasques et des résidents de la Principauté et resserre davantage encore les liens de confiance et d’attachement qui unissent déjà LL.AA.SS. le Prince Albert II, la Princesse Charlène et le peuple monégasque. »

« La continuité de la dynastie des Grimaldi »

« En ces jours de grande joie pour notre Pays, le Président du Conseil national Laurent Nouvion et l’ensemble des élus du Conseil National présentent à leurs Altesses Sérénissimes le Prince Souverain et la Princesse Charlène leurs plus sincères, déférentes et chaleureuses félicitations pour l’heureuse naissance du Prince Héréditaire Jacques et de la Princesse Gabriella. Cet événement marque pour le peuple monégasque réuni autour du Prince et de la Princesse et de l’ensemble de la Famille Princière la continuité de la dynastie des Grimaldi à laquelle nous sommes si intimement attachés depuis plus de 717 ans. »

« J’invite tous les catholiques à remercier Dieu »

« C’est avec infiniment de bonheur que nous venons d’apprendre la venue au monde du Prince Héréditaire Jacques et de la Princesse Gabriella. J’invite tous les catholiques de la Principauté à remercier Dieu pour la joie que ces naissances mettent dans nos cœurs. Ensemble, dans une même prière, demandons à Dieu de protéger leurs parents. Que jour après jour, Dieu les accompagne de sa bénédiction ainsi que leurs enfants. Qu’Il comble la Famille princière de son amour ! Avec nos vœux respectueux et affectueux. » Monseigneur Bernard Barsi, archevêque de Monaco.

 

« Une grosse centaine de journaliste accrédités »

BFM TV, TF1, France 2, France 3, RTL ou encore Europe 1… Le 10 décembre, jour de la naissance des bébés princiers, une bonne trentaine de journalistes sont restés plusieurs heures devant le Centre Hospitalier Princesse Grace (CHPG) en attente de l’annonce officielle. Selon le centre de presse, une grosse centaine de journalistes au total ont été accredités pour la naissance des jumeaux. Mais assez peu de medias étrangers, « essentiellement italiens et allemands. » S.B.

« Monaco renait »

Stéphane Bern, présentateur sur RTL et France 2, spécialiste des têtes couronnées, explique à Monaco Hebdo, les principaux enjeux de cette double naissance.

Propos recueillis par Raphaël Brun / @RaphBrun

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« Les enfants de Grace ont bénéficié d’une ouverture sur l’Amérique. Cette fois, l’ouverture se fera peut-être sur l’Afrique, sur la mixité et sur le mélange. Ces enfants seront élevés avec de grandes valeurs humanistes. » Stéphane Bern. Présentateur sur RTL et France 2. © Photo SEP – Laurent Menec

Quel est l’impact médiatique de cette double naissance ?
Monaco a toujours attiré les observateurs. Ce que je trouve fabuleux, c’est qu’un territoire de 2 km2 attire plus d’espace médiatique que des grands pays qui n’intéressent personne. La Principauté occupe un espace important dans les médias, mais aussi dans les cœurs et les esprits du public international.

C’est nécessaire à la bonne santé de la Principauté ?
Tout cela est bénéfique pour le développement de Monaco. Car la Principauté est un pays où l’on travaille, mais qui continue aussi à faire rêver. Dans le fracas du monde, Monaco reste encore un havre de paix, de sécurité et de bonheur.

Mais rien n’est jamais idyllique !
Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas aussi du malheur, bien sûr. Bonheur et malheur s’équilibrent sur les fléaux de la balance. Mais dans l’imaginaire collectif, Monaco fascine. Même si c’est un peu irrationnel, on projette beaucoup de rêve sur la Principauté.

Médiatiquement, cette double naissance est comparable à ce qu’il s’est passé avec Kate et William d’Angleterre ?
Oui. Médiatiquement, ce qu’il se passe à Monaco est très important. Surtout qu’il s’agit de jumeaux. Dans l’histoire, c’est la première fois que des héritiers sont des jumeaux. Et puis, cette gémellité pousse à se replonger dans les vieux grimoires pour se souvenir des précédents.

Que disent ces vieux grimoires ?
Je n’ai pas connaissance de précédents comme héritier du trône. Bien sûr, il y a des jumeaux en Belgique ou au Danemark. Mais ils ne sont pas en position de succéder.

Il n’y a donc jamais eu des jumeaux pour des successions royales ou princières en Europe ?
Pour une succession, c’est une première fois.

Quelles difficultés de succession aurait pu poser cette gémellité ?
Aucun. Car le prince Albert a donné en amont tous les éléments pour comprendre. Si ce sont deux garçons, le premier qui nait hérite du trône. Si c’est un garçon et une fille, la priorité revient au garçon. Si ce sont deux filles, ce sera la première qui nait, en attendant qu’il y ait un garçon. Car un garçon l’emportera sur ces deux sœurs.

Et en cas de césarienne, si c’est deux garçons ?
C’est la main de l’obstétricien qui décide qui est l’héritier. Puisque le prince a bien indiqué que c’est le premier qui voit le jour qui est désigné comme héritier.

Si c’est par voie naturelle et qu’il s’agit de deux garçons, l’héritier est le deuxième ?
Non. Albert II a décidé que ce serait le premier. Même si autrefois on considérait que le second arrivé au monde avait été le premier à être conçu.

Cet événement ajoute quoi de plus à l’image de la Principauté ?
Monaco a en permanence besoin d’attirer l’attention sur tout ce qui se fait de positif. Je pense par exemple aux rencontres sportives internationales, au Comité International Olympique (CIO) qui s’est réuni début décembre en Principauté, à Interpol qui a choisi Monaco pour son assemblée générale dans le cadre de ses 100 ans, sans compter tous les séminaires qui ont lieu en Principauté… Il faut que ça continue.

C’est absolument vital ?
Oui, car la Société des bains de mer (SBM) a aussi besoin de ce dynamisme. Tout comme les Monégasques qui ont besoin que la machine continue à tourner de façon efficace. Plus l’attractivité de la Principauté est grande et plus Monaco a des atouts pour réussir économiquement.

Avec cette double naissance, Monaco continue son évolution ?
Je viens à Monaco depuis 30 ans. Et j’ai vu le visage de la Principauté changer. On construit de plus en plus haut, faute de place. Mais en respectant davantage la nature et les espaces verts. Lorsqu’on se promène dans Monaco, on n’a pas le sentiment d’étouffer. De plus, l’offre culturelle a vraiment changé.

De quelle manière ?
Autrefois, l’offre culturelle était moins grande, l’opéra était poussiéreux… Alors que là, on a deux musées d’art contemporain avec la villa Paloma et la villa Sauber. Il y a aussi le Grimaldi Forum où il se passe toujours quelque chose. Ou encore le musée océanographique qui sort de ses fonds marins pour organiser aussi des expositions. Même le palais évolue.

Comment ?
En vendant par exemple sa collection d’objets napoléoniens qui était une passion du prince Louis II, mais qui n’avait pas grand chose à voir avec la famille princière. Donc la Principauté n’est pas figée dans son passé. Monaco continue de vivre avec son temps et s’adapte aux temps modernes.

Vous venez souvent à Monaco pour rencontrer le Prince ?
Je viens en Principauté environ une fois par mois. J’ai beaucoup d’amis à Monaco. J’ai aussi beaucoup d’affection pour la famille princière, le souverain, son épouse et ses sœurs. D’ailleurs, j’étais début décembre au palais pour l’exposition du mariage princier qui a commencé à voyager au Japon, va aller en Chine. Et il est question de peut-être la transformer en exposition permanente.

En quoi cette double naissance change l’image du prince Albert ?
En plus du bonheur d’être père, il a des visées à long terme. Je l’observe dans son travail pour l’environnement pour lequel il est unanimement respecté dans le monde. Mais il est difficile de prôner en permanence le travail à long terme pour l’environnement si votre action n’est pas aussi inscrite dans le long terme. Or, quoi de plus naturel que d’inscrire votre action dans le long terme lorsque vous avez un héritier qui va poursuivre votre œuvre ? Vous travaillez pour votre fils, vous travaillez pour l’avenir. C’est un véritable avantage pour les monarchies.

Pourquoi ?
Parce que dans une République comme la France, le président a 5 ans pour réussir. Donc il essaie de faire des choses pour convaincre les gens de revoter pour lui 5 ans plus tard. Mais il ne travaille pas sur le long terme, pour 10, 20, 30 ou 50 ans. Les Princes ont cet avantage sur nous : ils peuvent travailler sur le long terme. La naissance d’un héritier conforte donc un Prince dans son travail sur le long terme.

Cette double naissance donne un autre statut à la princesse Charlène ?
Cette double naissance a surtout changé le statut de la princesse Charlène. Car dans une monarchie, la princesse souveraine devient vraiment souveraine lorsqu’elle devient la mère de l’héritier. Ça a d’ailleurs un côté injuste pour les femmes, quand on les voit comme un ventre ou comme la mère de l’héritier. Mais c’est le principe de la monarchie constitutionnelle héréditaire. Il faut donc l’accepter.

L’image de la princesse Charlène a évolué ?
J’ai toujours été surpris de voir que, parfois, la presse la jugeait mal. C’est une femme qui a été parachutée, elle arrive d’un autre monde. Or, elle s’est adaptée de façon exceptionnelle, en peu de temps. Elle répond à tous les critères de grâce et de beauté que le public demande aux princesses de Monaco : elle est glamour, charmante… Le fait qu’elle soit devenue mère, qu’elle s’exprime de plus en plus et qu’elle ouvre son cœur, permet aux gens de découvrir une femme généreuse.

Notamment sur le terrain aussi ?
J’ai la chance de la côtoyer dans le cadre de différentes fondations, comme la fondation pour l’autisme. Elle se donne à fond. Elle le fait avec tout son cœur. Et avec la volonté de mettre ce qu’elle représente au service de ceux qui souffrent.

En quoi son rôle de princesse va changer ?
Désormais, elle se partage entre son rôle officiel et son rôle de mère. Car elle n’a pas l’intention d’être une mère lointaine, en communiquant avec la nounou par de petits messages. Elle a envie d’être une mère proche de ses enfants.

La princesse Charlène va apporter un regard neuf ?
Absolument. Elle a profondément été marquée par l’histoire du Zimbabwe, de la Rhodésie et de l’Afrique du Sud. Elle connait donc les problèmes liés à la différence et au racisme. Du coup, je pense qu’elle va élever ses enfants avec une vraie ouverture. A l’époque déjà, les enfants de Grace ont bénéficié d’une ouverture sur l’Amérique. Cette fois, l’ouverture se fera peut-être sur l’Afrique, sur la mixité et sur le mélange. Ces enfants seront élevés avec de grandes valeurs humanistes.

Avec l’arrivée de cette nouvelle génération, la principauté redevient glamour ?
Oui. Ils ont mis un coup de jeune. J’ai connu la Principauté au lendemain de la mort de la princesse Grace, en 1982. Tout le monde était extrêmement triste. Il y a eu des années de malheur, des années noires. Notamment de 1982 à la mort de Stefano Casiraghi, en 1990. Tous les Monégasques ont pleuré avec la famille princière. Car ils partagent avec eux les joies et les peines. Mais en ce moment, on a le sentiment que Monaco renait. Il y a une sorte d’effervescence, du bonheur, de l’amour, des mariages et des naissances partout. C’est très positif.

 

« Une naissance historique qui donne un visage à l’avenir »

A travers l’Histoire, la naissance d’un héritier a toujours été un événement majeur en Principauté. Entre protocole et traditions monégasques, Monaco Hebdo est allé interroger des spécialistes.

Par Anne-Sophie Fontanet

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La princesse Grace avec le prince Albert dans ses bras, le 14 mars 1958. © Photo Howell Conant Archives palais princier

« Les petits pays peuvent avoir une grande histoire. » Jean des Cars, historien, écrivain, et journaliste, est un proche de la famille Grimaldi. Avec son père, l’écrivain Guy des Cars (1911-1993), il a soutenu le prince Rainier III pour monter le festival international du cirque de Monte-Carlo.

« Noir »
Grand reporter pour Le Figaro Magazine, Jean des Cars couvre avec beaucoup de tristesse les obsèques de la princesse Grace : « Le noir n’allait pas du tout à la Principauté. » C’est à lui que le prince Albert II a demandé de présenter son avènement dans la salle Garnier en 2005. Enfin, c’est encore lui que de nombreux téléspectateurs ont pu voir et entendre sur France 2 aux côtés de Stéphane Bern et Marie Drucker. Il commentait le mariage entre la princesse Charlène et le prince Albert II en juillet 2011.

Confidence
« Je m’intéresse aux grandes familles d’Europe. Monaco fait rêver ou exaspère selon les cas. Mais il y a eu des personnages tout à fait passionnants. » A commencer par la princesse Grace, dont Jean des Cars avait recueilli quelques confidences : « Je pense toujours à ce qu’elle m’avait dit : « Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pas être grand-mère. » Après toutes les épreuves subies par la Principauté, cet événement est attendu avec joie. » Et c’est par des coups de canon que la population est prévenue. Cette façon de procéder, inscrite au protocole monégasque, représente un marqueur historique commun à toutes les monarchies. « Ce protocole est très vieux, c’est une jolie tradition qui remonte au développement de l’artillerie. »

21
Si la famille actuelle a choisi de faire tirer 21 coups de canon par enfant, originellement il était de tradition de faire tirer 101 coups pour les garçons et 21 pour une fille. « Depuis la fin du Moyen-Age, pour l’autorité politique la salve d’artillerie est comme les cloches pour l’autorité religieuse, une manière d’avertir la population d’un événement important. Par exemple, l’entrée solennelle d’un souverain ou d’un personnage de haut rang dans une ville, le décès d’un souverain et l’intronisation de son successeur… Le nombre de coups était, en général, fonction du rang du personnage » explique Thomas Fouilleron, directeur des archives et de la bibliothèque au palais princier.

« Symbolique »
Ces 21 coups de canon ne sont donc pas propres au cérémonial princier monégasque. En France, ils sont tirés lors de l’installation d’un président de la République à l’Élysée. Aux Etats-Unis, cette tradition fait également partie du protocole américain. Dans les monarchies scandinaves, les coups de canon saluent les naissances dans les familles royales. « 21 est un multiple de 7. C’est un nombre très symbolique dans la civilisation judéo-chrétienne. Le monde a été créé en 7 jours… L’origine serait liée au vaisseau de marine qui tirait 7 coups à l’entrée du port pour se signaler et saluer. L’artillerie, à terre, lui répondait. Et par une sorte d’émulation, doublait la mise. Ce qui aurait donc fait 3 X 7 = 21 » développe Thomas Fouilleron. Enfin, dans la Bible, le 21 représente le chiffre de la perfection et symbolise la sagesse divine.

France
« La loi salique privilégiant la succession au mâle n’a jamais été appliquée à Monaco. Il y a donc eu des princesses souveraines en Principauté. Enfin, la succession doit avoir l’accord de la France et son président de la République » rappelle Jean des Cars. Depuis la signature du traité de Péronne le 14 septembre 1641, signé par Louis XIII (1601-1643), roi de France et Honoré II de Monaco (1597-1662), la France est devenue l’Etat protecteur de la Principauté. Sauf en 1918. « Le seul héritier direct des Grimaldi était un homme apparenté à la branche allemande des Wurtemberg. Il n’était pas question que la France accepte un prince allemand après quatre ans de guerre contre l’Allemagne » raconte Jean des Cars. Ce sera finalement Charlotte, fille naturelle du prince Louis II adoptée par bonne convenance, qui deviendra la princesse héritière (1).

« Usages »
A travers le temps, d’illustres prédécesseurs d’Albert II ont eu des naissances remarquables. « Pour le prince Albert Ier (1848-1922) comme pour le prince Louis II (1870-1949), leur naissance a eu lieu dans des circonstances bien différentes. Ces deux princes ne sont pas nés à Monaco : à Paris pour le prince Albert et à Bade, en Allemagne, pour le prince Louis. Leurs pères n’étaient pas encore princes souverains, mais princes héréditaires » précise Jacqueline Carpine-Lancre, chargée de recherches historiques au palais princier de Monaco. Spécialiste de la vie du prince Albert Ier, elle indique qu’il tenait un « respect strict des usages en vigueur pour l’attitude à avoir envers le prince souverain et la famille princière. Tant au plan local qu’international. »

« Te Deum »
« Dès le 13 novembre 1848, le Duc de Valentinois, futur Charles III écrit de Paris à sa mère la Princesse Caroline pour lui annoncer la naissance de son fils. Le bébé arrive avec 15 ou 20 jours d’avance. L’accouchement se passe si rapidement que le médecin accoucheur arrive juste au moment où le nouveau-né entre dans ce monde ! Charles termine sa lettre en écrivant : « Je désirerai qu’on chantât en l’église de Monaco quelque petit Te Deum. Et que si tu le trouves bon, l’on tire quelques coups de canon en l’honneur du futur prince Albert. Ce qui ne pourra manquer de faire très bon effet et beaucoup de plaisir à ses fidèles habitants »» rappelle l’historienne.

Unes
La naissance de Louis II sera l’une des premières unes de journal pour Monaco. « Dans le numéro 630 du Journal de Monaco, daté du 19 juillet 1870, la naissance du prince Louis est annoncée en première page. » L’article relate une salve de 21 coups de canon, un Te Deum « dans l’église cathédrale pavoisée pour la circonstance » auquel assistait une « foule compacte », « malgré un temps affreux… ». 144 ans plus tard, les descendants de Louis II devraient avoir les honneurs de toute la presse internationale. « Cette naissance est forcément un événement. Ça donne un visage à l’avenir » commente Jean des Cars. Et de poursuivre : « Cette double naissance était attendue avec une grande impatience par les Monégasques. Comme dans toute monarchie, il faut que la succession soit assurée. »

« Remerciements »
C’est Louis XIV qui a donné le nom d’altesse sérénissime aux princes de Monaco. Par la suite, les batailles historiques sont venues ajouter de très nombreux titres de noblesse. 21 au total à ce jour pour Albert II. Des titres que ses héritiers obtiendront automatiquement. Outre son titre de marquis des Baux, le prince est désigné entre autre comme duc de Valentinois, comte de Clèdes, baron de Saint-Lô, seigneur de Saint-Rémy ou sire de Matignon. « Les titres sont liés à l’histoire. Les Grimaldi se sont battus courageusement pour la France. Ce sont des remerciements pour service rendu » considère Jean des Cars.

(1) Thème développé dans le dernier livre de Jean des Cars, en librairie depuis le 30 octobre 2014 : Le Sceptre et le Sang (Editions Perrin), 474 pages, 23 euros.

 

« Comme une naissance dans notre propre famille ! »

A Monaco, le comité des traditions monégasques célèbre ses 90 ans d’existence. Réunissant 80 membres, il veille au maintien et au souvenir de l’histoire de la Principauté à travers ses traditions. La naissance d’un héritier s’inscrit dans l’histoire monégasque et représente un temps fort de la vie locale. « Lorsqu’on entend les coups de canon, c’est spontané. Nous n’avons même pas besoin de dire aux Monégasques de se rassembler. C’est comme une naissance dans notre propre famille ! » souligne Alain Sangiorgio, président du comité. Il se souvient de sa réaction lors de ces événements, alors qu’il était jeune lycéen. « On laissait cartable et cahier à l’école pour se rendre sur le Rocher… ». Des manifestations de joie spontanées que ce comité souhaite voir se reproduire. « C’est sûr qu’il est important de garder ce cérémonial à chaque naissance d’un héritier. » rappelle Michel Coppo, secrétaire général de l’association. A.-S.F.

« La famille renoue la chaîne du temps »

Ecrivain et journaliste spécialisé dans l’histoire, Franck Ferrand (1) analyse cette double naissance pour Monaco Hebdo. Interview.

Propos recueillis par Anne-Sophie Fontanet

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Que représente cette naissance dans l’histoire des Grimaldi ?
Il est intéressant de souligner les discontinuités dans l’histoire de Monaco. Notamment celle assez récente avec la princesse Charlotte, mère du prince Rainier III, adoptée par son père naturel, le prince Louis II. Ce n’est pas une histoire banale dans les familles princières. Il y a eu en quelque sorte un double glissement dynastique qui est très particulier et intéressant. Là, on se trouve face à une naissance beaucoup plus classique, dans le cadre d’une union tout à fait légitime et d’une filiation directe. D’une certaine manière, on pourrait presque dire que la famille renoue la chaîne du temps.

Quelles sont les spécificités liées au protocole ?
Autrefois, on faisait une distinction très nette entre les naissances de garçon et de fille. C’est une tradition qui remonte vraiment très loin. Les premières bombardes d’honneur, c’est-à-dire les canons dans les circonstances honorifiques, ont lieu dès le milieu du XVIème siècle. D’abord à la cour de France puisqu’elle a été la cour de l’artillerie. On disait d’ailleurs à cette époque-là que les artilleurs français étaient les plus importants.

C’est commun à toutes les monarchies ?
On a des exemples dans toutes les monarchies de tout ce décorum. Ce qui est assez amusant, c’est que pendant très longtemps, le peuple attendait. C’était important parce qu’il n’y avait pas de radio, pas de télévision. Ces coups de canons avaient une véritable dimension d’information à l’époque. On les écoutait attentivement. Les gens comptaient : 19, 20, 21… Au 22ème coup de canon, il y avait une extraordinaire explosion de joie. Car ça signifiait qu’un petit garçon était né. Et donc qu’il y avait un héritier au trône.

Il y a eu des cas restés célèbres ?
Le cas le plus connu de ce phénomène, c’est la naissance du roi de Rome en 1811. Celui qu’on appellera plus tard l’Aiglon. La naissance du fils de Napoléon 1er et de l’impératrice Marie-Louise a donné lieu à des réjouissances très importantes.

Il y a eu beaucoup de naissances princières de jumeaux ?
Non. Mais il y a tout de même un cas très célèbre : celui des premiers enfants du roi Louis XV (1710-1774) et de la reine Marie Leszczynska (1703-1768). Les deux petites princesses s’appelaient Elisabeth et Henriette. Elles sont nées jumelles. Le protocole voulait que la deuxième née soit l’ainée.

Pourquoi ?
Parce qu’on considérait autrefois que le deuxième bébé qui naissait avait été conçu le premier. L’obstétrique moderne nous a appris que c’était complètement faux. Mais à l’époque, on le croyait. A la cour de Louis XV, c’est la deuxième née qui est devenue Madame première, comme on devait l’appeler.

Un autre exemple plus récent ?
Le prince Louis de Bourbon, prince aîné de la branche des Bourbon, a eu des jumeaux lui aussi. Louis, dauphin de France, et son frère jumeau Alphonse sont nés en 2010. Le prince n’a pas respecté la tradition car il a nommé le premier sorti. C’est relativement important dans le protocole de la maison de France puisque le premier né est devenu duc de Bourgogne alors que le deuxième est devenu duc de Berry. Normalement ce devrait être le contraire.

Ces gémellités ont provoqué des jalousies ?
Les deux cas que je viens de donner ne sont pas très éclairants. Car les fils de Louis de Bourbon n’ont que 4 ans… Pour les filles de Louis XV, je pense franchement qu’elles s’en moquaient un peu. Je sais que Madame Henriette a été assez jalouse de sa sœur lorsqu’elle s’est mariée à l’Infant d’Espagne.

Pourquoi ?
Car Madame Elisabeth est la seule des 7 filles de Louis XV qui se soit mariée. Mais en même temps, elles s’aimaient énormément et elles étaient tellement proches l’une de l’autre que ça n’a pas eu de conséquences importantes. Il est certain que c’est compliqué. Mais il n’y a pas besoin d’être dans une famille princière pour que la gémellité pose des problèmes…

Dans les cours royales, certains sont devenus parents tardivement ?
Il y a de nombreux cas dans l’histoire. Notamment celui des deux filles de Louis XII, Claude et Renée. Louis II était déjà un homme âgé quand Anne de Bretagne leur a donné naissance. Mais on pourrait citer beaucoup d’autres cas. Ce n’est pas si rare.

Vous serez à Monaco dans le cadre de ces naissances ?
J’y suis venu à plusieurs reprises. Dont une fois, en 2011, pour un déjeuner privé avec le prince Albert II et Stéphane Bern. Nous réalisions un ouvrage sur les Portraits de cour (2) dont nous avions demandé la préface au prince.

(1) Franck Ferrand anime Au Cœur de l’Histoire tous les jours sur Europe 1 et L’Ombre d’un Doute, chaque premier lundi du mois sur France 3.

(2) Portraits de Cour, de Stéphane Bern et Franck Ferrand (Editions Chêne), 320 pages, 35 euros.

« Un événement »

Historien et grand reporter au magazine Point de Vue, Philippe Delorme explique à Monaco Hebdo l’impact médiatique de cette double naissance.

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« Aujourd’hui, à Monaco, tout s’est un peu assagi. Comme d’ailleurs dans toutes les familles royales. » Philippe Delorme. Historien et grand reporter à Point de Vue.

Propos recueillis par Sabrina Bonarrigo / @SabrinaBonarigo

En France, la naissance des jumeaux princiers est considérée comme un événement ?
Cette double naissance est bien sûr un évènement. Pour la France, les Grimaldi sont un peu la famille royale de substitution. Une famille dont on suit les aventures depuis au moins 4 générations. Et le fait que la princesse Charlène attende deux enfants, y rajoute évidemment de l’intérêt.

Comment vous avez couvert cette double naissance ?
J’ai préparé une rétrospective historique sur les jumeaux au sein du gotha. Des jumeaux, il y en a encore à l’heure actuelle dans les familles royales. Même s’ils ne sont pas forcément en position de devenir héritiers d’un trône. J’y ai également intégré des éléments d’analyse. Notamment sur l’éducation que leur donnent leurs parents.

Des exemples de jumeaux dans les familles royales ?
Il y a par exemple Charles Napoléon né en 1950 qui a une soeur jumelle. En tant que garçon, il était l’héritier. Mais il m’a indiqué que sa soeur Catherine et lui avaient été élevés de la même manière et qu’ils sont restés très proches. A la cour de Belgique, il y a également la princesse Claire, épouse du prince Laurent, qui a donné naissance le 13 décembre 2005 à Aymeric et Nicolas.

D’autres exemples ?
Au Luxembourg, la grande-duchesse Joséphine-Charlotte a mis au monde le 15 mai 1957 le prince Jean et la princesse Margaretha. Le prince Louis Alphonse de Bourbon, et son épouse Maria Margarita, ont à leur tour eu des jumeaux, Louis et Alphonse. On peut enfin citer, la princesse Maria Pia, fille du roi Umberto II et de la reine Marie José d’Italie, qui a mis au monde deux fois des jumeaux : les princes Dimitri et Michel de Yougoslavie, nés en 1958, puis le prince Serge et la princesse Hélène nés en 1963.

Point de Vue fait souvent ses couvertures sur la famille princière ?
Il y a moins d’événements aujourd’hui autour de la famille princière que dans les années 1970-80. A l’époque de la princesse Grace et de ses deux filles, les Grimaldi faisaient plus souvent la « une » de l’actualité. Aujourd’hui, à Monaco, tout s’est un peu « assagi », comme d’ailleurs dans toutes les familles royales. C’est également le cas en Grande-Bretagne. A l’époque de la princesse Diana, il y avait beaucoup plus de remous.

Comment l’expliquer ?
Aujourd’hui les familles royales et princières gèrent leur image médiatique, grâce à des équipes de communication très efficaces. Résultat, elles la contrôlent mieux. Pour les journalistes, c’est donc, d’une certaine manière, moins piquant qu’autrefois !

Les règles de succession en cas de double naissance ?
Dans l’histoire, on relève deux traditions différentes selon les coutumes locales. La première tradition voulait que le premier enfant sorti soit considéré comme l’aîné et donc comme l’héritier.

Et la deuxième tradition ?
Inversement, d’anciennes théories médicales supposaient que le deuxième enfant sorti aurait été le premier conçu. Ce qui, bien sûr, n’a aucun fondement sérieux. En revanche, pour deux bébés de sexe différent, le garçon, même né en second, aurait la préséance.

(1) Philippe Delorme est l’auteur de plusieurs ouvrages sur Monaco, dont en 1997 Les Grimaldi, 700 ans d’une dynastie (Editions Balland), 381 pages, 17 euros.

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Monaco Hebdo