À l’occasion du Blue Economy & Finance Forum à Monaco, les 7 et 8 juin 2025 au Grimaldi Forum, Mathieu Ferragut, le directeur général de CFM Indosuez, partenaire de cet événement, explique comment la planète finance peut contribuer à préserver la planète bleue, selon lui. Interview.
C’est quoi, la « nouvelle économie bleue » ?
La notion d’économie bleue couvre l’économie fondée sur les océans, les mers et les zones côtières. Elle vise à allier développement économique et durabilité environnementale. Economie en plein développement, elle se décompose en plusieurs secteurs d’activité comme la pêche, l’aquaculture, les énergies renouvelables, les biotechnologies marines et le transport maritime. Aujourd’hui accompagnée à la fois par le secteur public et le secteur privé, l’accélération de son développement passe nécessairement par l’apport de financements et de capitaux. C’est à ce titre que le secteur financier peut jouer un rôle clé.
Sur quel type d’investissements repose cette économie : des “blue bonds”, des obligations bleues ?
Notre positionnement, au sein du Groupe Crédit Agricole – accompagnés par la banque d’investissement Crédit Agricole CIB et notre maison mère CA Indosuez Wealth Management, filiale de gestion de fortune, est d’être un acteur engagé au service de l’économie bleue. C’est à ce titre que nous avons décidé d’être partenaire du Blue Economy and Finance Forum (BEFF), un soutien qui s’inscrit parfaitement dans le projet sociétal de notre groupe. Notre action consiste à promouvoir des solutions d’investissement ou de financement ayant un impact positif sur l’écosystème de l’économie bleue, de façon directe ou indirecte, via la sensibilisation ou le soutien à l’innovation.
Un exemple à Monaco ?
Nous avons développé des solutions d’investissement pour les investisseurs privés, Oceano, Indosuez Blue Cycle, dont l’objectif est de bénéficier d’un rendement, bien sûr, mais aussi de contribuer via une mécanique de donation au financement de projets propres à cette économie bleue. Ces projets peuvent être articulés autour d’actions concrètes de préservation, avec pour objectif de sensibiliser le grand public aux enjeux de durabilité ou stimuler l’innovation.
Par quels produits peuvent passer les investisseurs privés pour financer l’économie bleue ?
Nous proposons deux types d’instruments : des fonds communs de placement sur la thématique « économie bleue » ou des produits obligataires privés. Les fonds communs de placement sont principalement investis dans des entreprises liées à l’économie bleue. C’est le cas, par exemple, du fond « CPR Blue Economy ». Les investissements de type produits obligataires privés, dont certains peuvent être qualifiés de “blue bonds”, permettent d’obtenir un rendement et contribuent au financement de projets spécifiques à l’économie bleue.
Quoi d’autre ?
Le fonds de placement CFM Indosuez « environnement développement durable », qui a un historique de plus de vingt ans, et qui a pour objectif d’investir essentiellement dans des entreprises vertueuses en matière d’environnement, dont certaines dans la “blue economy”. Sur ce fonds, nous avons un engagement de reversement d’une partie des frais de gestion vers le Centre scientifique de Monaco (CSM), pour soutenir le projet de conservatoire mondial du corail. Cette action représente une donation annuelle d’environ 30 000 euros.
Vers quel type d’entreprises se concentrent les investissements : des “small caps” (1) ou de grands groupes ?
L’économie bleue couvre toutes les typologies d’entreprises. Celles en cours de formation, de type start-up, qui évoluent plutôt dans l’innovation autour de cet écosystème, mais aussi, des acteurs régionaux, de taille moyenne et intermédiaire. Et enfin, de très grands groupes, qui évoluent notamment dans le transport maritime, l’aquaculture, le tourisme côtier, les énergies renouvelables et la dépollution. Il existe des acteurs de toute taille, à des stades de développement plus ou moins avancés.
Géographiquement, où sont-elles situées ?
Géographiquement, la majorité des entreprises dans lequel ces fonds investissent sont des entreprises européennes.
Quel rendement peut espérer un investisseur dans l’économie bleue ?
Sur les initiatives que nous avons prises au niveau local, les investissements ont été structurés autour de supports actions cotées ou taux, et ils offrent donc le rendement traditionnel d’un produit financier. Dans certains cas, l’investisseur et l’institution s’engagent ensemble à reverser une partie de ce rendement au profit de projets directement liés à l’économie bleue. Intégrer la finance bleue dans son approche d’investissements présente donc de nombreux avantages en termes d’impact environnemental, de soutien à des projets concrets, et de bénéfices économique durables.
Comment se prémunir du “blue washing” : existe-t-il des indices à suivre ?
Le suivi aujourd’hui des financements ou des investissements se fait plutôt au niveau sectoriel. A ma connaissance, il n’existe pas d’indices très diversifiés, à l’exception d’indices actions qui couvrent un certain nombre d’entreprises étant liées de près à l’économie bleue. Nous essayons donc, projet par projet, et investissement par investissement, de mesurer l’impact que chacune de ces initiatives peut avoir. Il est difficile d’avoir une vision globale sur ces sujets, mais certains travaux sont en cours afin de « normer » le suivi de ces actions.
Comme quoi ?
Des actions sont entreprises sur la thématique des crédits biodiversité, avec une application au monde marin. Les crédits biodiversité sont un outil financier, similaire aux crédits carbone, qui visent à financer la conservation et la restauration de la nature. Ils permettent aux entreprises et aux individus de compenser leurs impacts négatifs sur la biodiversité en finançant des projets de restauration d’habitats ou de protection d’espèces. Les crédits biodiversité peuvent être échangés sur un marché dédié.
Sur le plan local, quelles initiatives existent ?
Au-delà des solutions d’investissements, nous sommes un contributeur local, via le financement, au déploiement des infrastructures de la boucle de thalassothermie, une technologie qui permet d’utiliser les ressources de l’océan de manière vertueuse, pour alimenter les systèmes de chauffage ou de climatisation en principauté. Nous qualifions de façon interne ce financement comme un « financement bleu ». Par ailleurs, à travers le Monaco Ocean Protection Challenge, dont nous sommes le sponsor principal, nous offrons à une start-up axée sur l’économie bleue, lauréate du concours, l’opportunité d’être accompagnée pendant un an par notre partenaire du groupe, l’incubateur Le Village by CA, pour se développer. En 2025, ce sera le projet Izalgue, qui transforme les algues vertes en matériau d’isolation. Enfin, de manière générale, nous mettons en relation nos clients avec des start-ups tournées vers l’économie bleue, dont certaines de MonacoTech, via une plate-forme qui s’appelle StartUp Connections by Indosuez Wealth Management. Ce qui leur permet de présenter brièvement leurs projets devant nos investisseurs, pour lever du capital.
1) Les “small caps”, les « petites capitalisations », sont les actions d’entreprises qui ont une faible capitalisation boursière, entre 1 et 7 milliards d’euros maximum.



