lundi 26 septembre 2022
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Eau potable et entrepreneuriat : une initiative privée en Vésubie, après la tempête Alex

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Après les ravages provoqués par la tempête Alex en 2020, une entreprise privée, France industrie assainissement (FIA), a pris le relais des pouvoirs publics en Vésubie, en installant une station mobile de traitement des eaux usées à Roquebillière. Objectif : faciliter le traitement des eaux usées pour les habitants environnants. Son co-fondateur, Malek Semar, nous raconte.

La tempête Alex a posé un problème sans précédent d’accès à l’eau courante dans les vallées de la Roya et de La Vésubie, après son passage dans la nuit du 2 au 3 octobre 2020. Plusieurs foyers sont restés près de deux mois sans eau courante à Tende, alors que dans certains villages de La Vésubie, l’accès à l’eau potable n’a été rétabli que vingt jours après la catastrophe, faute de pouvoir agir plus rapidement sur le réseau. Si les pouvoirs publics se sont mobilisés d’emblée pour assurer la reconstruction et les travaux logistiques, des initiatives privées ont également vu le jour pour solutionner les problèmes d’accès à l’eau, et surtout de traitement des eaux usées. C’est le cas à Roquebillière, à dix kilomètres de Saint-Martin-Vésubie, où l’entreprise France industries assainissement (FIA), créée en 2015, a installé sa première station mobile de traitement des eaux usées, baptisée AquaMaxHR. Il ne s’agit pas d’une innovation unique en son genre, car d’autres entreprises spécialisées en ont conçu elles aussi. Mais celle-ci a récemment remporté plusieurs prix, comme le trophée du plan France Relance initié par l’État français, le challenge des innovations durables, au sommet des organisations durables 2021 à Marseille, et le trophée régional (bassin parisien) « petites et moyennes entreprises » de la radio RMC, dans la catégorie « responsable et durable ». Cette station, qui a été réalisée pour tirer profit de la réutilisation de l’eau en sortie et la valorisation des boues en compost, tourne depuis le 1er juin 2021, en remplacement de la station d’épuration traditionnelle. Dis simplement, il s’agit d’une station d’épuration mobile, qui a la capacité de traiter l’eau usée pour 1 500 habitants en moyenne, indique cette entreprise.

© Photo DR

Créée en 2015, l’entreprise France industries assainissement (FIA) a installé sa première station mobile de traitement des eaux usées baptisée AquaMaxHR, à Roquebillière, à dix kilomètres de Saint-Martin-Vésubie

À l’international

Cette solution a même séduit le footballeur Blaise Matuidi. Le milieu de terrain de 34 ans, champion du monde 2018 avec l’équipe de France, se dit en effet soucieux des problématiques d’accès à l’eau, notamment sur le continent africain. Ainsi, en 2021, Blaise Matuidi a intégré le capital de FIA, car l’entreprise, installée à Montmagny, dans le Val d’Oise, ne se destine pas qu’au territoire hexagonal. À l’origine, Malek Semar, son co-fondateur et « résilient entrepreneur », comme il se qualifie, avait envisagé d’initier son innovation en Afrique, à destination des foyers, pour qu’ils disposent directement de remise en service de l’eau traitée dans le circuit ménager. Depuis, son entreprise a installé cinq distributeurs d’eau dans cinq pays d’Afrique : la Côte d’Ivoire, le Sénégal, l’Algérie, le Maroc, et la Tunisie. En effet, FIA ne conçoit pas uniquement des containers mobiles. De manière générale, elle fournit des solutions présentées comme durables aux métiers de l’eau, en traitement, ou en potablisation. Elle est à la fois bureau d’études, équipementier, puis intégrateur de projet en globalité. Cette entreprise commence aussi à fabriquer ses propres équipements. Ses principaux clients sont des collectivités locales, à l’instar de La Vésubie, mais également les principaux acteurs industriels du secteur de l’eau. Son modèle économique est en partie basé sur un système d’abonnement, en monnayant le nombre de mètres cubes traités après avoir posé la station. FIA dispose aussi d’un brevet d’innovation technologique sur la captation de bactéries nécessaire au traitement de l’eau. L’idée, à terme, étant de passer du traitement de l’eau stricto sensu, à « l’éco-traitement », comme le mentionne Malek Semar.

Objectif de développement durable

« L’accès à l’eau est un droit humain. Mais un enfant meurt pourtant toutes les 15 secondes de maladies reliées à l’eau, alors que 2,4 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, et que 4,2 milliards de personnes sont privées de services d’assainissement. Notre mission est de fournir des solutions adaptées et durables aux métiers de l’eau, notamment dans le cadre de l’objectif de développement durable (ODD) n° 6 », rappelle l’entrepreneur. Pour rappel, l’ODD n° 6, instauré par les Nations Unies, incite à « garantir la disponibilité et la gestion durable de l’eau et de l’assainissement pour tous », c’est donc dans ce cadre que s’intègre la démarche de cette entreprise. Car l’objectif est double pour Malek Semar : « Nous voulons dépasser l’aspect commercial. Ainsi, nous menons également des actions de sensibilisation à l’importance de l’eau, avec le spectacle L’Eau mais…, par exemple, que nous produisons dans le cadre de la Saison Africa2020. Notre objectif est de rétablir le lien entre l’homme et l’eau, en sensibilisant les populations à l’importance de l’eau via la culture. » La culture, car elle est, selon Malek Semar, « l’interface entre la nature et la technique […]. On ne trouvera pas une solution uniquement technique à la gestion de l’eau, sans tenir compte des facteurs socioculturels. Est-ce par hasard que « culture » vient du latin « colare », qui veut dire s’écouler, verser goutte à goutte, filtrer, purifier ? ».

Pour lire la suite de notre dossier sur la « guerre de l’eau », cliquez ici.

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Monaco Hebdo