Petit État neutre, mais actif dans sa politique extérieure, Monaco veut faire entendre la voix de la paix à travers les relations internationales, l’aide au développement, la micro-finance éthique et solidaire, la science et le sport. Monaco Hebdo fait le point.
L’année 2024 ne s’achève pas sous les meilleurs auspices, avec des guerres plus imbriquées que jamais en Ukraine, à Gaza ou encore en Syrie, capables de déstabiliser la nature des relations entre États et l’équilibre diplomatique. Mais la voix de l’apaisement, si utopique qu’elle puisse paraître, n’est pas inaudible pour autant. Et Monaco, si petit qu’il puisse sembler, œuvre en ce sens à l’international, aves les leviers que sont les siens. Œuvrer pour la paix, en tant que petit État : c’était déjà le positionnement de la principauté sous le règne du prince Albert Ier (1848-1922), qui avait fondé, en 1903, l’Institut de droit international pour la paix, à l’origine de la création d’autres organisations internationales au lendemain des Guerres mondiales, et de l’accueil régulier de réunions de l’académie de la paix et de la sécurité internationale en principauté.
Il faut relire les mots du « prince explorateur », prononcés le 2 avril 1902, lors du Congrès de la Paix, qui n’existe plus depuis, pour bien saisir la vocation que Monaco veut embrasser à l’international : « Une étymologie toute nouvelle donne, pour origine au nom de Monaco, le phénicien “Monohák” qui veut dire paix, repos, refuge ; ce nom peut donc relier, à quarante siècles de distance, les vagues aspirations de l’humanité disparue, et la volonté qui s’affirme aujourd’hui […]. Rappeler au monde la vanité des conquêtes, de ces entreprises qui préparent les guerres futures, en semant la colère et la haine. » Pour faire entendre cette voix, tous les moyens sont bons : les relations internationales, l’aide au développement, la micro-finance éthique et solidaire, et même le sport.
Dès son intronisation en juillet 2005, le prince Albert II a fait de l’aide au développement un axe important de sa politique extérieure pour que Monaco devienne l’un des État leader orienté vers la solidarité
Relations internationales : un nouvel agenda pour la paix
Un petit État peut avoir un rôle essentiel dans l’apaisement des conflits grâce au multilatéralisme. Sur les rivages de la mer Méditerranée, et au-delà, Monaco, en tant qu’État neutre, mais actif sur le plan des relations internationales, entend jouer un rôle sur des sujets d’envergure : la sécurité, la santé, la préservation des milieux naturels, la gestion durable des ressources, ou encore la lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion. Ces sujets sont les mêmes que ceux énoncés parmi les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies (ONU), signés en l’an 2000 par Monaco pour mieux lutter contre la pauvreté et favoriser le développement des populations les plus faibles économiquement. Depuis près de 80 ans, la principauté compte beaucoup sur sa présence au sein de l’ONU, mais aussi au sein des principales organisations européennes, dont le Conseil de l’Europe et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour faire bouger les lignes en faveur d’une paix durable entre les nations. Lors de la 79ème assemblée générale des Nations Unies, les 22 et 27 septembre 2024, le Conseil de sécurité de l’ONU a mis en place un nouvel agenda pour la paix dans lequel s’est embarqué Monaco. Il s’agit d’un programme censé rétablir « de la confiance entre pays et au sein des pays ».
Le 24 septembre 2024, lors de son allocution, le prince Albert II a rappelé ses fondamentaux pour la paix : « La conviction de mon pays a toujours été que la voie du multilatéralisme est la seule voie possible. L’ONU est au cœur du multilatéralisme, et il nous appartient de mettre en œuvre la feuille de route que nous avons collectivement adoptée. Ainsi que nous nous y sommes engagés l’année dernière lors du sommet sur les objectifs de développement durable et, hier encore, à l’occasion du sommet de l’avenir, nous devons nous détourner de la voie de la destruction et nous concentrer sur celle menant à la prospérité. » Pour cela, Monaco peut compter sur les outils de l’ONU : juridiques, technologiques ou encore scientifiques, comme le pacte pour l’avenir et la célébration des 80 ans des Nations Unies, en 2025. Au-delà du symbole, ces événements seront l’occasion de réformer le conseil de sécurité de l’ONU pour mieux résoudre les conflits contemporains, en adoptant une approche « plus inclusive et représentatives des réalités actuelles », selon le prince Albert. Monaco pourra également compter sur d’autres événements, comme le 25ème anniversaire de la résolution 1 325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité, en 2025, et le 30ème anniversaire de la déclaration et du programme d’action de Beijing pour l’égalité des genres. Mais c’est surtout sur le plan du climat que le prince Albert II veut mettre l’accent, pour garantir la paix au-delà du « silence des armes », comme il le déclarait en 1993, lors de l’admission de Monaco à l’Assemblée générale des Nations unies.
Sur les rivages de la mer Méditerranée, et au-delà, Monaco, en tant qu’État neutre, mais actif sur le plan des relations internationales, entend jouer un rôle sur des sujets d’envergure : la sécurité, la santé, la préservation des milieux naturels, la gestion durable des ressources, ou encore la lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion
Engagements et investissements contre la guerre climatique
« Ne nous méprenons pas, les défis les plus menaçants pour l’humanité à long terme sont sans conteste liés à la crise environnementale multidimensionnelle que nous traversons, et dont nous sommes, dois-je le rappeler, les premiers responsables. » Dans son discours du 24 septembre 2024 à l’ONU, le prince Albert a appelé les chefs d’États à agir contre les changements climatiques, l’érosion de la biodiversité et des écosystèmes, ainsi que les multiples pollutions qui affectent l’environnement et engendrent des pertes économiques. Selon le prince, il faut une réponse coordonnée pour venir à bout de ces crises. Et des instruments existent pour agir en commun : l’Accord de Paris, le cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, l’accord BBNJ sur la préservation de la haute mer, et bientôt, peut-être, un nouvel accord international contre la pollution plastique dans le monde. D’où la présence de Monaco à la COP16, lors de la conférence des Nations Unies sur la biodiversité, pour mettre en œuvre le plan pour la biodiversité et concrétiser les objectifs pour 2050 en matière d’environnement, de climat et d’énergie. Monaco était aussi présent en novembre 2024 à la COP29 de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques à Bakou, pour fixer un nouvel objectif collectif de financement climatique à destination des pays en développement, dont les besoins semblent de plus en plus importants. Notamment les petits États insulaires en développement, plus vulnérables que d’autres aux conséquences de l’élévation du niveau de la mer, et dont la possible disparition des surfaces habitables et productives constitue une réelle menace pour leur existence. En ce sens, Monaco incite à l’investissement privé et public dans l’économie bleue, dont elle accueillera un forum international dédié, les 7 et 8 juin 2025. Le soutien des populations les plus faibles économiquement fait d’ailleurs partie des piliers de la principauté pour favoriser la paix.
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Aide au développement : 74 millions d’euros en 2024
En 2024, l’État monégasque a consacré 74 millions d’euros de son budget à 208 projets tournés vers la coopération internationale [à ce sujet, lire notre article Où sont injectés les 74 millions d’euros de l’aide publique au développement ?, publié dans ce dossier — NDLR]. Cet engagement suit la droite ligne de la politique internationale du prince Albert II qui, dès son intronisation en juillet 2005, a fait de l’aide au développement un axe important de sa politique extérieure pour que Monaco devienne l’un des État leader orienté vers la solidarité. L’aide monégasque au développement se destine principalement dans les domaine de la santé infantile, la sécurité alimentaire, l’environnement durable, l’éducation, la lutte contre les pandémies, ou encore l’égalité des genres.
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L’aide aux pays les moins avancés représente 70 % de ses financements, au titre de l’aide publique au développement. Pour encadrer cette aide et concrétiser les projets, une direction de la coopération internationale (DCI), rattachée au département des relations extérieures, existe depuis 2003. Les bases avaient été posée en 1990, avec la création d’un dispositif chargé de la coopération internationale pour l’environnement et le développement. En complément de son action en faveur du développement social et humain, Monaco entend développer économiquement les zones marginalisées, comme les zones rurales et les camps de réfugiés, avec des programmes d’insertion sociale et de formation professionnelle. Pour ce faire, la principauté est accompagnée d’organisations internationales comme le programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Et, lors de conflits armés, Monaco peut compter sur d’autres organisations, comme le comité international de la Croix-Rouge (CICR) ou la fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). Mais aussi l’office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) ou encore le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) pour faire face et venir en aide aux réfugiés. La quatrième conférence des Nations Unies sur le financement du développement, en juin 2025 à Séville, aura donc toute son importance pour « repenser l’architecture financière internationale », comme l’a décrit le prince Albert II, de manière à aider les pays à emprunter des voies de développement plus durables et plus inclusives. « Le sommet social mondial, qui se tiendra également l’année prochaine, devra redonner l’impulsion nécessaire pour plus de justice sociale et contribuer à lutter contre la pauvreté, objectif n° 1 des objectifs de développement durable. Le développement durable, dans sa globalité, ne saurait atteindre les effets escomptés s’il n’inclut pas les femmes et les filles », a ajouté Albert II à l’ONU, en novembre 2024.
Depuis 2007, Peace and Sport, l’organisation internationale pour la paix et par le sport, basée à Monaco, et placée sous le haut patronage du prince Albert II, s’est donnée pour mission de démontrer que le sport est un puissant catalyseur de paix
Inspirer la paix, par le sport
Et puis, il y a le sport. Depuis 2007, Peace and Sport, l’organisation internationale pour la paix et par le sport, basée à Monaco, et placée sous le haut patronage du prince Albert II, s’est donnée pour mission de démontrer que le sport est un puissant catalyseur de paix : « Dans le contexte géopolitique tendu actuel, il est essentiel de montrer que le monde du sport peut jouer un rôle-clé », a déclaré son fondateur, Joël Bouzou, lors de la 14ème édition du forum international Peace and Sport des 2 et 3 décembre 2024. Cette édition a illustré le rôle central du sport dans la promotion de la paix et de l’inclusion. Porté par l’initiative mondiale « Speak your peace », cet événement a rassemblé des acteurs engagés pour transmettre des valeurs universelles aux jeunes générations. Un moment marquant de cette édition a été la traditionnelle « Marche pour la paix ». Depuis la place du palais, jusqu’au musée océanographique, des personnalités comme Didier Drogba, le multi-médaillée olympique Sifan Hassan et le président de Paris 2024, Tony Estanguet, ont rejoint le prince Albert II pour transmettre un message d’unité. La marche a débuté sous les illuminations blanches du palais, également un symbole de paix, avec les participants brandissant la « white card », emblème de solidarité.
Ce forum a également célébré des acteurs du changement à travers la remise des Peace and Sport Awards. Sifan Hassan a été nommée « championne de la paix de l’année » pour son engagement en faveur des valeurs sportives, alors que Lighthouse Relief, actif dans les camps de réfugiés, a été salué pour son impact auprès des jeunes. Tony Estanguet a reçu le prix de « personnalité de l’année » pour son leadership lors des Jeux olympiques (JO) de Paris 2024. Un événement qui a fait écho, une fois de plus, au discours du prince aux Nations Unies : « Alors que les JO et paralympiques de Paris ont rencontré un immense succès, les athlètes nous ont montré que les efforts et la persévérance, y compris dans l’adversité, mènent à la victoire. Ils nous ont donné une leçon d’humilité en nous enseignant que si la victoire est l’objectif ultime, le chemin parcouru et l’émulation réciproque sont des accomplissements tout aussi importants. Engageons-nous donc, ensemble et avec détermination, dans le processus que nous avons défini. Etape par étape, franchissons les obstacles, sans jamais perdre de vue notre objectif : celui de préserver la paix entre les Nations et de garantir le bien-être des peuples des Nations Unies. »



