mardi 17 février 2026
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Stewart dans l’œil de Polanski

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En mai 1971, Roman Polanski, passionné de sport automobile passe trois jours aux côtés de son ami, le pilote écossais Jackie Stewart lors du 29ème Grand Prix de Monaco qu’il remporte. Les deux hommes se retrouvent 40 ans plus tard. De cette rencontre naîtra le documentaire Week of a champion (1). Un plongeon intime d’1h30 dans le Monaco et la Formule 1 des années 70.

Il était adulé comme une rock star. Casquette en permanence vissée sur la tête, Jackie Stewart, avec ses rouflaquettes typiques des seventies, salue les spectateurs amassés derrière les barrières du circuit de Monte-Carlo. Il signe ici et là des autographes avant de rejoindre les stands de son écurie Tyrrell. Accessible, souriant, très populaire… Ces images du pilote écossais, alors au sommet de sa gloire, ont été tournées en mai 1971 alors que la 29ème édition du Grand Prix de Monte-Carlo était sur le point de commencer. Derrière la caméra officie le réalisateur américain Frank Simon. Et dans le rôle de l’interviewer, un jeune réalisateur alors âgé de 38 ans qui n’est autre que… Roman Polanski.

Caméra embarquée
Pendant 3 jours, durant les essais, il suivra son ami pilote à Monaco. Dans ses préparatifs, son intimité. C’était aussi la première fois qu’il y avait une caméra embarquée de cinéma dans une voiture de F1. « A l’époque, on me prenait pour un fou », raconte d’ailleurs Polanski. Secrets de pilotage, angoisses sur la dangerosité extrême de ce sport, conversations chuchotées avec les techniciens de l’écurie… Ce documentaire est un condensé de moments saisis sur le vif, de confidences, d’images d’époque rares… On y voit Jackie Stewart penser, vivre, respirer chaque virage du circuit. Et un Polanski écoutant religieusement. Week of a champion livre aussi sont lot de scènes cocasses. D’un Jackie Stewart apparaissant en slip au petit-déjeuner dans une suite d’un hôtel de luxe… aux majorettes vêtues de rouge et blanc paradant sur le circuit avant le départ de la course. L’événement sportif étant déjà très glamour à l’époque, le documentaire dévoile aussi des images furtives de célébrités. George Harrison des Beatles pour ne citer que lui. Sans oublier, bien sûr, le prince Rainier et la princesse Grace.

Jackie Stewart, Albert II et Roman Polanski
Le réalisateur Roman Polanski et l’ex-pilote de F1 Jackie Stewart étaient
à Monaco les 16 et 17 décembre pour l’avant-première du documentaire
Week-end of a champion aux côtés du prince Albert. © Photo Monaco Hebdo.

Tombé dans l’oubli
Baptisé dans un premier temps Afternoon of a champion, le film de Polanski remporte le prix du meilleur documentaire au festival de Berlin de 1972 sans jamais, pourtant, connaître de sortie commerciale. Au contraire. Ce documentaire tombe dans l’oubli pendant 40 ans. Ce n’est qu’en 2011 qu’il refait surface au fin fond d’un laboratoire en Angleterre. « Il y a 4 ans, le laboratoire Technicolor à Londres m’a en effet contacté en me disant qu’il détenait les négatifs. Une copie m’a été envoyée. J’ai revu les images et j’ai trouvé le contenu très intéressant. C’est pourquoi j’ai décidé de remonter le film et de rajouter une séquence contemporaine », explique Polanski. Résultat ? 40 ans plus tard, en 2011, Polanski et Stewart se retrouvent dans la même suite d’un hôtel qu’en 1971. Les visages sont certes plus ridés, mais la complicité, elle, est toujours intacte. Les deux hommes se remémorent avec nostalgie et mélancolie l’ivresse de cette époque. Mais aussi les moments les plus noirs.

Pilotes disparus
« Dans ces années-là, se souvient Jackie Stewart, la course automobile était très dangereuse, et le sexe sans risque. Un coureur avait une chance sur trois de survivre dans les cinq ans qui allaient suivre sa première course. » Le pilote se rappelle alors de ses amis décédés sur les circuits. De l’italien Lorenzo Bandini mort en mai 1967 sur le Grand prix de Monaco… à son coéquipier François Cevert décédé à 29 ans sur le circuit de Watkins Glen, aux Etats-Unis. Un traumatisme pour Stewart qui le décide à mettre fin à sa carrière.

Obsession sécurité
Le nombre de pilotes disparus pendant ces années-là ? « Il se chiffre à 57, se remémore Stewart. Et parmi eux, une quinzaine faisait partie de notre cercle d’amis. » Son cheval de bataille deviendra alors la sécurité. « C’était devenu l’une de ses obsessions, explique Polanski. C’est grâce à lui qu’il y a aujourd’hui tout ce dispositif comme les rambardes ou encore les feux rouges à l’arrière lorsqu’il pleut. Jackie s’est battu avec les organisateurs et les constructeurs pour rendre la course moins dangereuse. » Dans ce film, on découvre aussi de nombreuses légendes du sport automobile aujourd’hui disparues. Pêle-mêle : Graham Hill, Stirling Moss, ou encore Fangio. Champion du monde en 1969, 1971 et 1973, Jackie Stewart, âgé de 74 ans, est aujourd’hui l’un des rares survivants d’un âge d’or du sport automobile.

(1) Sortie nationale du film le mercredi 18 décembre. Il sera dans les mois à venir disponible en DVD.

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