La Villa Paloma propose jusqu’au 5 janvier sa nouvelle exposition Promenade d’amateurs, regard (s) sur une collection particulière. Un intitulé d’autant plus énigmatique que le collectionneur a préféré garder l’anonymat…
Par Margaux Biancheri.
Qui est le fameux collectionneur d’art contemporain dont les œuvres sont actuellement exposées au NMNM ? A la villa Paloma, on maintient le mystère et on respecte l’anonymat de ce très discret passionné d’art qui a consenti à présenter au public du NMNM une partie de sa collection. On saura juste que ce résident monégasque alias “Monsieur B.” partage sa vie entre Paris, Lausanne et Monaco.
Pour cette « Promenade d’amateurs », inaugurée par la princesse Caroline le 22 octobre et présentée jusqu’en janvier 2014, Marie Claude Beaud, la directrice du NMNM et l’artiste Loïc Le Groumellec, co-commissaire de l’exposition, ont opté pour des œuvres très diverses, acquises à différentes périodes de la vie de Monsieur B., allant de la peinture à la sculpture, en passant par des affiches publicitaires. « C’était un jeu assez intéressant ! Notre choix est une succession de petits hasards étonnants qui ont au final une grande logique », affirme Marie-Claude Beaud. Cette logique est sans doute de donner une nouvelle dimension, novatrice et originale, aux expositions du NMNM. L’idée étant de confier une place plus importante à l’amateur et à sa sensibilité. « Nous avons choisi de mettre en valeur certaines pièces en apportant un regard différent. Le parcours prend en compte le goût du collectionneur, le regard d’un artiste et l’expertise d’un commissaire », poursuit l’hôtesse des lieux. Ici, pas question de cote. On ne cherche pas à montrer ce qui est connu ou cher. On incite plutôt à la découverte d’artistes, pour la plupart encore vivants, et de leurs messages.
Promenade initiatique
A travers la répétition mécanique de ses peintures, Niele Toroni semble dire à ceux qui regardent ses toiles : « Allez y, existez ! » Lawrence Weiner propose également de redéfinir radicalement la relation d’artiste/spectateur en cassant les codes picturaux. On initie l’amateur au pouvoir de l’art. Joyce Pensato, en détournant Mickey ou Batman, soit la symbolique américaine par excellence, tord un mythe pour le laisser disparaitre au profit de la peinture. L’œuvre d’art existe par elle-même, a son propre langage, communique par les motifs de Jonathan Lasker, comme dans Natural Stand outs ou les couleurs de Mark Francis. Les toiles bicolores de Peter Joseph ou celles de Robert Mangold tendent encore plus vers l’abstraction. Gérard Gasiorowski pousse à l’extrême cette idée en s’attelant à la disparition de l’image, de la peinture, voire du tableau. Très proche de cette revendication, Loic Le Groumellec, artiste phare de l’exposition en plus d’en assurer le commissariat, propose avec ses peintures Ecriture (2013) ou Mégalithes (2004) une quête de l’absolue que l’on retrouve dans ses sculptures Mégalithes et maison (2013). Le court métrage Si un jour tu vois qu’une pierre te sourit… de Pauline de Coulhac défilant dans la vidéo room complète intelligemment son travail.
Maîtres du gag
Tous les supports sont les bienvenus : Bernard Villemot et Raymond Savignac, les célèbres affichistes, sont considérés au même titre que les peintres, comme des créateurs d’art et maîtres du gag visuel. Regard(s) sur une collection particulière est avant tout un retour sur des artistes qui ont bouleversé les codes et révolutionné chacun à leur manière les conventions de l’art par la simplicité.
Les visiteurs profiteront de cette Promenade d’amateurs pour découvrir également dans La Table des Matières, au rez-de-chaussée de la Villa Paloma, les dernières acquisitions du NMNM. Des photographies de Brancusi de 1922 représentant la danseuse roumaine Lizica Codreanu. Des clichés inspirant à l’élévation et à la spiritualité en rapport avec les préoccupations de l’artiste et de sa quête de l’esthétisme qui se mêlent avec bonheurs aux peintures oscillant entre minimalisme et conceptuel.
Une histoire est racontée au fil de l’exposition. Les pièces de la Villa sont parfaitement dimensionnées pour recevoir cette collection hétéroclite, non dénuée d’humour. La visite est rythmée par les poèmes de Guillevic, qui s’accordent parfaitement aux œuvres et à leurs revendications. Bref, une belle exposition, riche d’artistes internationaux, qui mène à une réflexion ludique sur l’art en général. Prouvant que l’œuvre d’art vit à travers son propriétaire, son spectateur et ses amateurs…



