lundi 16 février 2026
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L’art dit stop au massacre

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Qui du requin ou de l’homme menace le plus nos océans ? L’art contemporain chinois envahit le musée océanographique pour défendre la cause des squales…
Par Manon Carette.

100 millions de squales massacrés contre une dizaine de morts humaines par an en moyenne. Entre le requin et l’homme, on reconnaîtra facilement qui est le prédateur… C’est justement pour dénoncer cet abattage massif des squales et démystifier les idées reçues que Robert Calcagno, directeur général du musée et de l’institut océanographique, organise depuis 2013 une exposition scientifique sur les requins. Petite nouveauté, il ouvre cette année les portes de son musée à l’initiative artistique tout à fait inédite On Sharks & Humanity, orchestrée par le groupe Parkiew Art Action, en collaboration avec WildAid.

« Pris au piège »
Poèmes, sculptures, peintures, installations… C’est à travers divers langages que 10 artistes contemporains chinois interviennent dans l’espace du musée avec 11 œuvres faites sur mesure, sous l’œil attentif du commissaire d’exposition Huang Du. Exposé en France pour la première fois en 2011, Wang Luyan piège le visiteur dans le salon d’honneur avec un immense filet de pêche, The Net. « Symbole de la cupidité humaine », cette œuvre constituée de tubes d’acier vert inoxydable assemblés confronte l’humanité à la terreur et au confinement du requin capturé. L’artiste nous met en scène, en tant que « victimes de nos actes ». Souvent associé au prédateur ultime dans Les dents de la mer de Spielberg, le requin apparaît ici comme un animal fragile et peu agressif. Sur le modèle du “bassin-caresse” de l’expo-sensation Requins (où l’on peut chouchouter certaines espèces de squales), Weng Fen confronte lui-même son corps à celui de l’animal en plongeant dans une cuve où nagent trois requins. C’est dans une vidéo de cette performance que le spectateur redécouvre un animal peu dangereux. Selon Huang Du, cette initiative artistique exprime un problème de société et l’art permet « d’éduquer la population ».

Jackie Chan
Si l’aileron est l’élément le plus représentatif du requin, c’est aussi la principale cause de ses malheurs. Sa consommation excessive favorise d’une part la surpêche, mais surtout le shark finning (pêche aux ailerons), dont le principe est de découper l’aileron avant de remettre simplement le poisson à l’eau… L’artiste Zheng Lu met en avant dans une immense structure de fils d’acier ce symbole d’un animal à la fois majestueux et fragile. Afin de sensibiliser la population chinoise, première consommatrice d’ailerons dans le monde, WildAid a tourné des spots publicitaires percutants avec des célébrités chinoises comme Jackie Chan. Ces vidéos sont aujourd’hui réutilisées dans l’exposition. Selon Peter Knights, directeur exécutif de l’organisation WildAid, « l’état des requins est le symbole de l’état de nos océans ». Élément crucial dans le maintien de l’écosystème marin, préserver cette espèce est devenu une priorité. Langage universel, l’art met en jeu les « émotions » de chacun pour passer un message international.
Après 9 mois entre les murs du musée océanographique, c’est à Moscou que l’exposition sera envoyée, pour ensuite prendre place définitivement au Musée national de Pékin en Chine. Les œuvres seront certainement « réadaptées » selon les espaces investis. Les initiateurs de l’exposition ont par ailleurs désiré intégrer l’œuvre d’artistes locaux comme l’artiste monégasque Beli (Belinda Bussotti) et son aileron de bronze. On Sharks & Humanity laisse également le visiteur s’exprimer en lui laissant à disposition un tableau. Le principe ? « Tous acteurs, tous responsables ».

Jusqu’au 8 mars 2015. Musée océanographique de Monaco. Tarif : 14 euros. Renseignements : +377 93 15 36 00 ou www.oceano.org

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