vendredi 12 août 2022
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Hassan Moukfi, l’instinct comique

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Le Marocain et résident monégasque Hassan Moukfi cartonne dans la région avec son premier spectacle Hassan fait son show. Portrait de cet infirmier anesthésiste de 34 ans qui a fait de son quotidien à Monaco la trame de son premier one-man-show.

C’est un infatigable tchatcheur qui dégaine 3 000 mots à la seconde. « Je vous préviens, ça va aller dans tous les sens… ! » En effet. Quand Hassan Moukfi évoque son enfance à Monaco, son métier d’infirmier anesthésiste, ses origines marocaines, son père, et sa carrière — certes naissante mais très prometteuse — d’humoriste, le jeune homme de 34 ans est très volubile. Le sourire sans cesse vissé aux lèvres et les mains et les bras qui s’agitent dans tous les sens. Si bien que l’interview se transforme d’emblée en une série de mini-sketchs. Le tout servi par une convivialité très méditerranéenne, et un talent évident pour la punchline et la vanne. Pas étonnant puisque Hassan Moukfi — alias Hassan de Monaco sur scène — a toujours eu l’humour dans la peau. Celui qui faisait rire ses camarades de collège et de lycée, et qui, enfant « très rondouillard » balançait des vannes à tout va pour qu’on le « remarque », a décidé il y a deux ans et demi de coucher sur papier ses souvenirs familiaux, ses anecdotes professionnelles et sa vie quotidienne à Monaco. Tous ces instants de vie, racontés parfois avec un désopilant « accent rebeu » en « hommage » à son père, font désormais rire un public de plus en plus large et fidèle.

Casting

« J’ai écrit mon premier spectacle Hassan fait son show en 6 mois avec l’aide de ma metteuse en scène, Peggy Semeria, qui m’a donné confiance en moi. Elle m’a aidé à tout mettre en forme et à rythmer mon spectacle. Sans elle, je n’aurais jamais osé franchir le pas de la scène. » Un pas qu’il a bien fait de franchir puisque cet « humoriste diplômé d’Etat remboursé par la sécurité sociale » comme il se qualifie, a très vite séduit le public. C’est en 2014 que tout commence. Hassan passe in extremis un premier casting pour un festival d’humour à Nice Les Fourres du rire. Il est face à une soixantaine d’autres concurrents. « J’y suis allé en me disant que je n’avais rien à perdre. » Et contre toute attente, la graine d’humoriste décroche le premier prix et la possibilité de présenter un one-man-show dans l’année qui suit. Après ce premier pas réussi, Hassan confirme son talent comique avec un premier spectacle déjà joué une vingtaine de fois dans la région. Aussi bien dans des petits cafés-théâtres que dans des grande salles. A Monaco, Nice, Antibes, Saint-Paul-de-Vence ou encore Cogolin. « Et au printemps 2017 à Las Vegas (à confirmer) », s’amuse le jeune humoriste. Pas si mal pour ce résident monégasque, qui passe la majorité de son temps en blouse blanche au centre hospitalier Princesse Grace (CHPG), où il exerce la profession d’infirmier anesthésiste. « Je n’ai pas encore de producteur. Je démarche donc par moi-même. Les salles se remplissent généralement grâce au bouche à oreille. » Sa plus grosse scène, il l’a faite à Monaco. C’était en octobre 2015, au théâtre des Variétés. « J’ai joué devant 400 personnes. La salle et les balcons étaient remplis. Et il y avait une liste d’attente de plus de 100 personnes », se souvient encore euphorique l’humoriste.

Racisme

Dans ce spectacle, où improvisation et participation du public sont de mise, Hassan Moufki, parle beaucoup de son enfance et de sa vie passée en Principauté, « entre Bentley décapotables et thé à la menthe ! J’évoque notamment ce qu’est être “Arabe à Monaco”. Ici, je n’ai jamais ressenti de racisme. J’ai grandi dans une bulle. Il y a en revanche peut-être un racisme financier. Pour schématiser, je m’appelle Hassan, mais si mon père est le cheik de Dubaï, on me kiffe, y a pas de problème ! En revanche, tu peux t’appeler Pierre-Emmanuel, mais si ton père fait des ménages, c’est pas très bon ! », caricature l’humoriste qui estime avoir eu « beaucoup de chance » de grandir et de vivre en Principauté. « Je suis Marocain sur les papiers, mais je considère que Monaco est mon pays. Le “despoei tugiù”, y a pas de problème ! Mais l’hymne marocain, c’est beaucoup plus compliqué ! »

« Mythos »

L’autre source d’inspiration d’Hassan, c’est son quotidien professionnel à l’hôpital. Bien loin de « Grey’ s Anatomy… On nous a vendu du rêve dans les séries, avec du matériel à profusion, des beaux docteurs et des belles infirmières… Les mythos… ! » Une partie de son spectacle est aussi consacrée aux voyages. Ou plutôt, aux aléas d’avoir un passeport marocain… « Tu peux pas vraiment voyager partout. Sans visa, j’ai vérifié, je peux aller au Kosovo, au Rwanda, au Népal, au Tadjikistan et en Corée du Nord… Que des pays qui respirent la joie ! », s’amuse Hassan qui raconte aussi les départs au Maroc durant l’été avec la voiture familiale ultra-chargée. Le tout, sous l’œil circonspect des policiers monégasques…

Autodérision

« Dans ce spectacle, il y a beaucoup d’autodérision sur mon père et moi. Je ne suis pas un humoriste engagé. En tout cas, pas pour le moment. Les sujets plus sensibles, comme la politique ou la religion, ne m’inspirent pas. Ce n’est pas ce que je sais faire de mieux. » Sa patte, c’est plutôt le comique d’observation. De la vie quotidienne. « Un peu à la Gad Elmaleh. On a tous, par exemple, un ami qui ressemble “au blond” de Gad. Ce sont des observations de faits de vie. Ensuite, on extrapole. » Pour Hassan, il est d’ailleurs important que son spectacle — qui ne comporte « pas un gros mot et qui est accessible à tous » — ne s’adresse pas uniquement aux résidents monégasques. « Je ne veux pas faire un spectacle uniquement pour les gens de Monaco ou pour une communauté précise. Certes, je suis un humoriste maghrébin et j’ai baigné dans la culture musulmane. Mais je ne suis pas du tout communautariste. Malik Benthala vient d’un milieu rural. Certains humoristes de Paris viennent des cités. Moi je viens de Monaco. Et c’est aussi une particularité, puisque les gens ont beaucoup de fantasmes sur ce pays. Je joue donc sur les préjugés. » Si Hassan joue quasiment tout le temps devant une salle comble, un spectateur manque encore à l’appel… « Le Prince n’est pas encore venu me voir sur scène. Mais ce serait un immense honneur. C’est où il veut, quand il veut ! », plaisante l’humoriste.

Paris

Hassan Moufki a d’ailleurs une particularité : il est sans doute le premier humoriste originaire de la Principauté. Seul Tano avait écrit un sketch sur Monaco. Avec son fameux “Front de libération monégasque des Monégasques de Monaco qui en ont plein le cul-cul” – le FLMMMCC — l’humoriste corse et turbiasque clamait haut et fort les revendications des indépendantistes monégasques avec, en guise de cagoule, un sac Vuitton troué au niveau des yeux. « Je rêverais de faire la première partie de Tano », glisse au passage Hassan, avant de citer Foudil Kaibou, Thomas NGijol ou encore Rachid Badouri comme sources d’inspiration. Après une petite pause qu’il vient de s’accorder, Hassan Moukfi n’a désormais qu’une hâte : remonter sur scène. « J’adorerais faire l’Open du rire à Monaco, ou encore jouer au théâtre des Muses. J’espère aussi me produire un jour, à Montpellier, Bordeaux, Lyon… Et, pourquoi pas, tenter ma chance à Paris. »

Son père, son héros

Né au Maroc, Hassan Moufki arrive à Monaco à l’âge de 3 mois avec sa mère. « Nous avons rejoint mon père qui était venu ici pour trouver du travail. Avant, il était forgeron au Maroc. » Depuis, le jeune humoriste n’a jamais quitté la Principauté. Après un bac scientifique obtenu au lycée Albert Ier, Hassan rentre à l’école d’infirmier à Monaco. « J’ai toujours été un élève moyen, mais mon père nous a toujours poussés, mon frère, ma sœur et moi, à réussir à l’école. Pour lui, c’était essentiel. Pour ma part, je voulais faire un bac technologique pour pouvoir jouer avec des tubes à essai et dire “ah ça fait de la mousse !” », plaisante l’humoriste, qui aime toujours ponctuer son récit de petites anecdotes familiales : « J’avais été sélectionné pour intégrer les classes musicales à l’école primaire. Les professeurs étaient donc allés voir mon père pour lui dire que j’avais une oreille musicale. Et il a répondu : “Vous croyez que je suis venu ici du Maroc pour que mon fils fasse du tam tam ou de la flûte ?” ». L’humour a donc quelque chose d’héréditaire… S.B.

 

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Monaco Hebdo