Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.
Longlegs, de Oz Perkins
Malin. Lorsque l’agent du FBI Lee Harker (Maika Monroe) se voit confier une affaire liée à Longlegs, un mystérieux tueur en série, elle ne se doute pas de ce qui l’attend. Longlegs constitue le quatrième film d’Oz Perkins, qui est aussi le fils d’Anthony Perkins (1932-1992). Après February (2015), I Am the Pretty Thing That Lives in the House (2016), Gretel et Hansel (2020), et avant The Monkey (2025), Oz Perkins offre à Nicolas Cage un rôle qui lui permet de laisser libre cours à sa démesure. Pendant que Lee Harker découvre qu’un lien très particulier la rapproche du tueur, on suit avec plaisir ce film dopé aux “jump scare” [sursauts de peur — NDLR]. Plutôt que de miser sur un déluge d’effets spéciaux, Oz Perkins joue habilement sur le hors-champ et sur une économie de moyens qui donne davantage de force à ce film malin.
Longlegs de Oz Perkins, avec Maika Monroe, Nicolas Cage, Blair Underwood (USA, 2023, 2 h 05), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 15 novembre 2024.
Coraline, de Henry Selick
Parallèle. Coraline d’Henry Selick est sorti en 2009, et il était temps que ce très bon film d’animation en stop-motion bénéficie d’une restauration en 4K, avec un nouvel étalonnage couleurs Dolby Vision. Il aura fallu attendre quinze ans, mais le résultat est à la hauteur. L’image est superbe, ciselée, et d’une précision folle. Cette édition 4K très soignée donne envie de (re)voir ce bijou d’animation, aussi sombre que profond. La bande son a été remixée en Dolby Atmos, ce qui vient servir le récit, en créant une bulle immersive du plus bel effet. Basé sur le roman éponyme de Neil Gaiman, ce film raconte l’histoire de Coraline Jones, une petite fille qui emménage avec ses parents dans une maison isolée. Délaissée par sa famille, elle découvre un passage qui la conduit dans un monde parallèle, presque identique, où ses parents semblent parfaits.
Coraline de Henry Selick, avec Dakota Fanning, Teri Hatcher, Jennifer Saunders (USA, 2023, 2 h 05), 39,99 euros (Blu-ray 4K, édition steelbook). Sortie le 27 novembre 2024.
Godzilla Minus One, de Takashi Yamazaki
Culpabilité. Malgré un budget réduit à 15 millions de dollars, Godzilla Minus One a bénéficié d’avis très positifs sur les réseaux sociaux. Au Japon, en 1947, une famille tente de reconstruire sur les ruines laissées par la guerre. Sauf qu’une bête monstrueuse, réveillée par les essais nucléaires américains du Pacifique, se rapproche du Japon. La menace est là, et, face à elle, se trouve une série de personnages rongés par la culpabilité. A commencer par Shikishima, qui n’a pas été à la hauteur lors de sa première rencontre avec Godzilla, et qui n’a pas, non plus, fait face lors d’une mission suicide. Quant au gouvernement japonais, il est défaillant face à Godzilla. Alors que les blockbusters américains peinent à se renouveler, Takashi Yamazaki démontre qu’avec moins d’argent, il est possible de séduire le grand public.
Godzilla Minus One de Takashi Yamazaki, avec Ryûnosuke Kamiki, Minami Hamabe, Yûki Yamada (JAP, 2023, 2 h 05), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray), 24,99 euros (Blu-ray 4K). Sortie le 4 décembre 2024.
City of Darkness, de Soi Cheang
K.O.. Le polar hongkongais à ne pas rater se trouve ici. City of Darkness nous plonge dans le Hongkong des années 1980. On suit la trajectoire de Chan Lok-kwun (Raymond Lam) qui cherche à échapper au puissant Mr. Big (Sammo Kam-Bo Hung), un redoutable et redouté chef de triades. Pour cela, il rejoint la citadelle de Kowloon, une zone de Hong Kong qui échappe à la loi Britannique. Chan Lok-kwun obtient la protection de Cyclone (Louis Koo), le chef de la citadelle. Mais il va falloir résister à l’attaque de Mr. Big et de ses hommes, et défendre cette « city of darkness » [« cité des ténèbres » — NDLR]. Soi Cheang propose un film d’action inventif, constellé de scènes d’arts martiaux chorégraphiées à la perfection, façon jeu vidéo. Pendant plus de deux heures, ce polar urbain ne faiblit jamais, nous laissant K.O. debout.
City of Darkness de Soi Cheang, avec Louis Koo, Sammo Kam-Bo Hung, Raymond Lam (JAP, 2023, 2 h 05), 19,99 euros (DVD), 26,99 euros (Blu-ray, édition collector Blu-ray + DVD + livret). Sortie le 6 décembre 2024.

L’Odyssée d’Abdoul, enquête sur le crime organisé, de Audrey Millet
Trafic. C’est un passionnant livre-enquête sur le crime organisé que nous propose Audrey Millet. L’auteur, qui est historienne et spécialiste du secteur de la mode, passe au crible les réseaux mondiaux de trafic d’armes, de drogues et d’êtres humains. Dans L’Odyssée d’Abdoul, elle utilise le prisme de la mode pour évoquer ces réseaux criminels. On suit l’itinéraire d’un tailleur ivoirien, entre Agadez (Niger) et Prato, une ville de Toscane qui vit majoritairement de la production du textile et de son commerce. Cette chercheuse à l’université métropolitaine d’Oslo (OsloMet) et au laboratoire anthropologie du travail de l’université de Bologne, a pu longuement interroger Abdoul, pour en tirer un livre qui n’est pas un roman. Quels que soient les groupes mafieux, la ’Ndrangheta, Cosa Nostra, la Camorra, les chinois Wenzhou ou les nigérians « Cults », tous ont pour lien commun l’exploitation des êtres humains. Le business avant tout.
L’Odyssée d’Abdoul, enquête sur le crime organisé, de Audrey Millet (Les Pérégrines), 272 pages, 20 euros.

Lune Froide sur Babylon, de Michael McDowell
Tempête. Les éditions Monsieur Toussaint Louverture poursuivent leur exploration de l’œuvre de Michael McDowell (1950-1999). Celui qui a notamment été le scénariste du film de Tim Burton Beetlejuice (1988), dont la suite vient de sortir au cinéma, a aussi écrit la saga Blackwater (1983). Cette fois, Monsieur Toussaint Louverture s’est intéressé à Lune froide sur Babylon (1980). Comme pour ses précédentes sorties, cet éditeur nous gratifie d’une superbe couverture en relief. Ce roman horrifique raconte l’histoire du couple Larkin qui disparaît pendant une balade en barque. Evelyn, Jerry et Margaret Larkin sont les seuls survivants de cette famille. Malgré la pauvreté qui les frappe, ils survivent, avec beaucoup de solidarité. Jusqu’au jour où Margaret se volatilise pendant une tempête. De la première à la dernière page, Lune Froide sur Babylon tient toutes ses promesses.
Lune Froide sur Babylon de Michael McDowell, traduit de l’anglais par Gérard Coisne et Hélène Charrier (Monsieur Toussaint Louverture), 440 pages, 12,90 euros.


Attachements : enquête sur nos liens au-delà de l’humain de Charles Stépanoff
La Voix des fantômes : quand débordent les morts, de Grégory Delaplace
Rites. Deux livres, de deux anthropologues, se font écho. Dans Attachements : enquête sur nos liens au-delà de l’humain, Charles Stépanoff se questionne sur « sur nos liens au-delà de l’humain » : quels sont les liens qui unissent les humains, les animaux, les plantes et les esprits ? Dans son nouvel essai La Voix des fantômes : quand débordent les morts, Grégory Delaplace propose une ethnographie des rites funéraires et détaille leur place, de l’Amérique du Sud à l’Asie orientale. Charles Stépanoff estime que « nous établissons des relations fortes avec les esprits des montagnes et des fleuves, avec des dieux ou des ancêtres ». Pour Grégory Delaplace, les morts « sont encouragés par les vivants à devenir un certain type de sujet, pourvu ou dépourvu de certaines capacités, épais ou discret, visible ou occulté, banni ou attendu ».
Attachements : enquête sur nos liens au-delà de l’humain de Charles Stépanoff (La Découverte), 640 pages, 27 euros. La Voix des fantômes : quand débordent les morts de Grégory Delaplace (Seuil), 272 pages, 20 euros.

Eurydice, de Lou Lubie et Solen Guivre
Mythe. Revoici Lou Lubie. Cette scénariste et dessinatrice de BD que nous avions beaucoup aimé avec Racines (2024) dans Monaco Hebdo n° 1343, est de retour. Après s’être intéressée aux contes de fée dans Et à la fin, ils meurent, la sale vérité sur les contes de fée (2021), Lou Lubie se penche cette fois sur le mythe grec d’Eurydice. Elle assure le scénario, laissant à la dessinatrice Solen Guivre le soin de mettre en image ce qui est pour elle sa première BD. Tout comme pour les contes, c’est à une déconstruction que se livrent les deux autrices, en se réappropriant Eurydice et Orphée. Dans une ambiance colorée, ce roman graphique que Lou Lubie dit avoir en tête depuis ses 17 ans, asseoit sa réussite sur les notions de combat, de sacrifice et d’amour, qui peuplent ce type de récit. Avec une touche de poésie en supplément.
Eurydice de Lou Lubie et Solen Guivre (Delcourt), 128 pages, 24,50 euros.

Moi Fadi, le frère volé, tome I (1986-1994), de Riad Sattouf
Noirceur. En parallèle de sa série à succès L’Arabe du futur (2014-2022), qui s’est achevée par la parution d’une superbe intégrale qui réunit les six tomes de cette somme de romans graphiques autobiographiques [à ce sujet, lire Culture Sélection dans Monaco Hebdo n° 1268 — NDLR], Riad Sattouf vient d’ouvrir une nouvelle brèche dans sa saga familiale. Elle évoque l’histoire de son frère benjamin, enlevé à l’âge de 5 ans et demi par son père vers la Syrie, pour y être élevé. Restés en France, sa mère et ses deux frères ne les reverront pas pendant plusieurs dizaines d’années. Cette fois, ce n’est plus Riad Sattouf qui parle, mais Fadi, son frère. Mais pas question de se répéter, même si L’Arabe du futur a été traduit en 23 langues et vendu à 3,5 millions d’exemplaires dans le monde. Moi Fadi, le frère volé n’est pas une suite de L’Arabe du futur, c’est un récit voisin, prévu en trois volumes. Un récit empli de noirceur.
Moi Fadi, le frère volé, tome I (1986-1994), de Riad Sattouf (Les Livres du futur), 144 pages, 23 euros.
Time of Glass, de Giirls
Hypnotique. Derrière Giirls se cache le projet solo du parisien Brice Delourmel. Son premier album, Far Reality (2020), avait déjà attiré l’attention, et Time of Glass vient amplifier ce sentiment positif. Le premier extrait de ce disque de huit titres, Fears, avec en invité Modern Men, s’avère très accrocheur. Un peu plus loin, le très hypnotique Asylum for Evil, avec Francis Mallari de Rendez-Vous au chant, est aussi évanescent que beau. La synthwave de Giirls évolue entre cold wave et électro, structurée autour de rythmes aussi martiaux que répétitifs, notamment sur l’excellent Obscurity. Sombre, mais porté par l’espoir, Time of Glass cherche la lumière, et la trouve par la beauté qu’il renferme. Cet album se termine par un morceau instrumental, The Last Song. Même sans paroles, la musique de Giirls peut se suffire à elle-même.
Time of Glass, Giirls (Soza/Lamina Records), 6 euros (album numérique, sur Bandcamp), 7 euros (cassette), 10 euros (CD), 18 euros (vinyle).
Cutouts, de The Smile
Expérimental. C’est un troisième album que vient de publier The Smile, le groupe composé de Thom Yorke, Jonny Greenwood, deux membres de Radiohead, et Tom Skinner. Il succède à A Light for Attracting Attention (2022) et à Wall of Eyes, publié en janvier 2024. Dix mois après, voici Cutouts, un disque globalement réussi, avec une réelle prise de risque. En effet, Cutouts est moins facile d’accès que Wall of Eyes, mais il démontre, si besoin était, l’impressionnante inventivité de la bande à Thom Yorke. Enregistré pendant les sessions qui ont permis la sortie de Wall of Eyes, ce disque surprise se révèle être son pendant expérimental. Si Eyes & Mouth, Colours Fly et le sautillant Zero Sum sont empreints d’une ambiance jazzy, Don’t Get Me Started mise davantage sur une atmosphère douce et délicieusement vaporeuse. Le dynamisme de No Words et le très beau Bodies Laughing finissent d’emporter l’adhésion.
Cutouts, The Smile (XL Recordings), 11,99 euros (CD), 27,99 euros (vinyle).
Games People Play, de Desire
Canadien. La chanteuse Megan Louis et l’auteur et producteur Johnny Jewel sont de retour avec un troisième album très convaincant. Après un premier album II sorti en 2009, Escape, leur deuxième disque, s’est fait attendre jusqu’en 2022. L’attente aura été moins longue cette fois, puisque Games People Play aura donc été publié deux ans après. Ce duo canadien originaire de Montréal avait été remarqué avec Under Your Spell, un titre présent sur II, et utilisé par Nicolas Winding Refn pour son film Drive (2011). Toujours aussi efficaces, Megan Louis et Johnny Jewel démontrent en seulement quelques titres, dont l’envoûtant Vampire ou Dangerous Drug, qu’ils savent toujours séduire instantanément leur public. D’ailleurs, c’est dès leur premier single, Darkside, et avec quelques paroles délicieusement susurrées par Megan Louis, que Desire montre toute l’étendue de son talent.
Games People Play, Desire (Italians Do It Better), NC (CD), 35 euros (vinyle).



