Tony, Totti, Tonito, Jeannette… La famille Alexis est au complet à la 48ème édition du festival international du cirque de Monte-Carlo, qui se déroule du 16 au 25 janvier 2026. Ensemble, ils forment la quatrième et cinquième génération de clowns de cette famille espagnole. Liés au cirque depuis plusieurs centaines d’années, les Alexis passent leur vie dans une roulotte pour aller d’un spectacle à un autre. Portrait d’une famille pas comme les autres, pour qui le rire est une religion. Par Amaury Caillault
« Allez, on se dépêche, on est en retard. » Il est 13 h 30 ce mercredi 14 janvier 2026 quand Tony Alexis, le père de famille, presse son fils Tonito. Dans une petite loge préfabriquée qui jouxte le chapiteau de Fontvieille, les deux clowns se maquillent : « On doit être prêts à 14 heures pour la photo avec la princesse. » Mais même pressés, les artistes se laissent aller au jeu de l’interview non programmée. « Le cirque ça se partage », sourit Tonito, en nous invitant à s’asseoir avec eux. Derrière cette simplicité touchante, les Alexis cachent un héritage incroyable : six générations de clowns. « Avant le métier de clown, nos ancêtres travaillaient déjà dans le cirque, mais sur d’autres spécialisations », explique Tony. Il représente la quatrième génération de cette famille espagnole. A 70 ans, il continue les spectacles. « J’étais déjà là au festival de Monte-Carlo en 1980. C’est magnifique de revenir ici, et en plus en famille. Je vois le chemin parcouru. »
« Ça va être l’un des plus beaux moments de ma carrière »
Une émotion particulière que ressent également Tonito. Alors qu’il est en train de se peindre le visage en blanc, il s’arrête, pose son maquillage, et lâche avec émotion : « C’est la première fois depuis 12 ans que je vais travailler avec mon père. C’est un moment spécial pour moi, et je suis très fier de cela. Ça va être l’un des plus beaux moments de ma carrière. » Le cirque est inscrit dans son ADN. A 33 ans, il se souvient : « Tout petit, on jouait au cirque avec les parents. On faisait des numéros en famille, on se faisait rigoler avec des spectacles. » Et quand on lui demande à quoi ressemble la vie d’une famille de clowns, il lâche : « C’est le quotidien d’une famille normale, quoique un peu plus drôle, je pense. » Mais qu’est-ce que la normalité pour cette famille ? Sur la route, la plupart du temps, logeant dans des roulottes, les Alexis sont nomades : « Ici, à Monte-Carlo, on est logé à l’hôtel. C’est très étrange. Pour nous aller à l’hôtel, c’est comme si vous, vous alliez vivre dans une roulotte. »
« Ce festival c’est un peu notre fête de fin d’année à nous »
La conversation est brièvement interrompue par une voix venant de l’extérieur : « Allez les gars. » Cigarette à la bouche, déjà maquillée, petit chapeau rouge sur la tête, grosse chaussures noires et nez rouge, Jeanette Babette Alexis, la mère, presse son mari et son fils. À côté d’elle se tient Totti, le deuxième fils de la famille, également clown, mais qui est venu en tant que supporter pour cette 48ème édition du festival du cirque de Monte-Carlo. Elle explique : « On bossait tous à Noël. Tonito à Bruxelles, Totti à Munich, et nous à Paris. Ce festival c’est un peu notre fête de fin d’année à nous. » Et si les enfants de Tony et Jeannette sont la cinquième génération de clown, la sixième génération est déjà dans les starting-blocks. « Les petits-enfants sont en train de prendre la même voie que nous », se réjouit Tony. Même si certains pensent que les Alexis sont poussés vers la profession du cirque, il n’en est rien, assure Tonito : « Mon père m’a toujours laissé le choix de devenir ce que je voulais. Si je voulais être footballeur ou astronaute, il m’aurait soutenu de la même manière. On fait de même avec nos enfants. Ce sont eux qui choisissent leur avenir. »

« Le métier de clown est un art »
Tony ne s’en cache pas. Voir ses descendants reprendre le flambeau lui fait plaisir : « Le métier de clown est un art, et les Alexis ont un passé, une histoire. Notre famille était connue de manière internationale dans les années 1970. Ça me fait plaisir que l’on perpétue cela. » A 13 h 50, cette famille met en place les derniers ajustements de couleurs sur leur visage, avant d’enfiler leur tenue. Jeannette et Tony jouent l’auguste, ou clown rouge : perruque, vêtements burlesques, grosse chaussure, et petit chapeau. C’est le clown le plus emblématique. Sur scène, son rôle est de faire rire les spectateurs par le biais de différents numéros. Tonito est un clown blanc. Elégant, il est aussi plus autoritaire. Il est supposé mettre en avant l’auguste par cette dimension plus stricte. Les spectateurs ne le savent sûrement pas, mais derrière les maquillages de ces trois clowns se joue une autre histoire : celle d’une transition générationnelle entre deux parents et un fils. L’histoire des Alexis n’est pas près de s’arrêter. Comme dirait Tonito : « Le cirque ne va jamais mourir. On en reparle dans 200 ans. »
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