lundi 13 avril 2026
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Oleg Petrov : « Il y a vraiment une séparation entre Fedcom Media et l’ASM Basket »

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Nommé à la tête de Fedcom Media, Oleg Petrov nourrit de grosses ambitions pour Skweek. Pour Monaco Hebdo, l’ancien directeur général de l’AS Monaco Football Club a accepté de revenir sur ses nouvelles fonctions, et sur la stratégie du groupe pour faire de cette plateforme numérique une référence pour tous les fans de basket. Interview.

Vous avez quitté l’AS Monaco foot à la fin du mois de mai 2022, avant d’être nommé dans la foulée directeur de Fedcom Media : comment s’est passée la transition ?

J’ai commencé à assister à des matches de basket il y a plus d’un an. C’était une expérience très intéressante. Ce sport est très attractif, car il y a beaucoup de rythme, beaucoup d’actions. C’est très différent du foot. Le foot est un sport très important, avec beaucoup de “drama”. Pour moi, le basket est plus un sport de famille, plus divertissant. Je passe du foot au basket. C’est un nouveau projet intéressant pour moi. Mais, au final, je reste dans le sport qui est très bon à Monaco.

Pour quelles raisons le groupe Fedcom a-t-il acheté les droits de diffusion de l’Euroleague et de l’Eurocup ?

Alexeï Fedorychev [patron de Fedcom – NDLR] estime qu’il y a des opportunités sur le marché du divertissement. Les gens recherchent du divertissement. Dans le même temps, l’intérêt pour le sport grandit. C’est la raison pour laquelle nous voyons partout l’acquisition de clubs de foot et de droits TV par des groupes de médias ou des groupes d’investissement. Que ce soit le foot ou le basket, ce sont des divertissements que les gens veulent voir. À Monaco, le basket est le sport numéro 2. En Europe, l’Euroleague est une compétition qui ne cesse de se développer. Elle n’est pas encore au niveau de la NBA, mais le potentiel est vraiment énorme. Alexeï Fedorychev a analysé la situation, le marché et les performances des compétitions, et il est arrivé à la conclusion que le basket en Europe, avec l’Euroleague, avait beaucoup de potentiel de croissance. En particulier en France.

Oleg Petrov Fedcom Media
© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au marché français ?

La situation pour les droits en France était aussi intéressante pour nous, parce qu’avec le Covid, les prix des droits TV ont chuté, et cela représentait une belle opportunité pour un nouvel investisseur. En France, le marché est un peu morcelé, comparé à d’autres pays comme l’Italie, l’Allemagne, la Grèce, ou la Turquie, par exemple. Le basket n’est pas encore valorisé dans l’Hexagone. Or, beaucoup de fans suivent le basket, la NBA. La France produit également beaucoup de talents. De nombreux joueurs français évoluent aujourd’hui en NBA. L’équipe nationale a un fort potentiel et fait partie des prétendants au titre pour les prochains Jeux olympiques (JO) en 2024. Nous avons donc fait le constat que la France était un grand pays, avec beaucoup de personnes qui suivent les compétitions. De plus, la place était vide. Donc pourquoi pas acheter, développer, et construire ce projet.

« Le niveau de risque n’est pas aussi grand qu’au foot, par exemple. Nous sommes prêts. Nous ne serons pas les prochains Médiapro. Fedcom Media n’abandonnera pas le marché, ni la diffusion »

À terme, l’objectif est aussi d’acquérir les droits de diffusion du championnat de France ?

Pour le moment, nous proposons aux fans l’Euroleague, qui est une belle compétition de basket [Skweek diffuse également l’Eurocup — NDLR]. Le but, à terme, est aussi d’acquérir les droits du championnat national. Nous sommes très intéressés. Nous avons eu des discussions avec la fédération française pour acheter les droits TV pour tous les championnats français : la BetClic Élite, la Pro B, les compétitions féminines… Nous voulons produire les matches, et pas seulement en être le propriétaire. Nous voulons investir pour améliorer la qualité des matches. C’est-à-dire apporter plus de caméras, plus d’équipements, proposer plus de contenus autour des matches… Nous sommes prêts à investir.

À quelle échéance espérez-vous acquérir ces droits ?

Dès la saison prochaine, si tout se passe bien. C’est très intéressant pour nous, et nous allons tout faire pour les obtenir. Je comprends la position de la fédération et de la ligue, car nous sommes nouveaux sur le marché. Notre entreprise n’a jamais obtenu de droits TV auparavant. Pour un pays aussi important que la France, il est très important de voir ce que nous sommes capables de faire. Avec le lancement de notre plateforme ici, à Monaco, avec nos efforts et notre travail, nous allons montrer nos capacités. Et, si tout va bien, la fédération française acceptera de travailler avec nous.

Oleg Petrov Fedcom Media
« Nous voulons nous concentrer sur le basket, et uniquement sur le basket. En France, pour commencer. Et, si tout se passe bien, nous explorerons ensuite d’autres marchés. » Oleg Petrov. Patron de Fedcom Media. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

Les droits de la NBA vous intéressent aussi ?

Oui, nous sommes en contact avec la NBA. Nous les avons aussi approchés pour leur exprimer notre fort intérêt. Nous aimerions obtenir les droits pour la France. Nous respectons beIN Sports qui est actuellement le diffuseur. Mais la NBA, les compétitions nationales, l’Euroleague… Tout le basket nous intéresse. Nous voulons nous concentrer sur le basket, et uniquement sur le basket. En France pour commencer. Et, si tout se passe bien, nous explorerons ensuite d’autres marchés.

N’est-ce pas un investissement risqué, compte tenu du manque de notoriété de la discipline en France ?

C’est risqué, je suis d’accord. Mais c’est un business. Le niveau de risque n’est pas aussi grand qu’au foot, par exemple. Nous sommes prêts. Nous ne serons pas les prochains Mediapro (1). Fedcom Media n’abandonnera pas le marché, ni la diffusion. Par rapport à d’autres pays comme la Grèce, la Turquie et l’Espagne où les prix des droits TV ont beaucoup augmenté, nous estimons qu’il n’y a pas beaucoup de risque. Nous sommes optimistes, nous sommes convaincus que nous pouvons beaucoup augmenter notre audience notamment avec les droits TV de la ligue française. Il y a du potentiel en France, c’est clair. Il n’est pas encore exploité. Et cela nous rassure par rapport au risque.

Vous êtes-vous fixé un objectif d’abonnés à atteindre cette saison ?

Pas encore. Nous pourrons peut-être le faire à la fin de l’année parce que nous avons conçu et lancé cette plateforme très vite, en à peine deux ou trois mois. Nos abonnés ne sont pas nombreux aujourd’hui. Et comme nous partons de zéro, c’est difficile de se dire qu’il faut doubler ou tripler un nombre. Avant d’annoncer des objectifs, nous devons d’abord faire plus d’analyses.

Alors que des rumeurs font état d’un investissement de 5 millions d’euros, combien a coûté l’acquisition des droits télé ?

Je ne peux pas communiquer cette information, car elle est confidentielle. Mais ce n’est pas 5 millions d’euros. L’investissement est bien moindre.

Skweek a-t-elle vocation à faire gagner de l’argent ?

Nous sommes dans un processus d’analyse de stratégie à long terme, sur comment nous pouvons développer Skweek. Nous ne voulons pas uniquement créer une plateforme de “streaming”, nous voulons créer aussi un portail avec du contenu dédié au basket, où les fans pourront trouver tout ce qu’ils cherchent. Pour attirer des sponsors, nous devons déjà avoir une plateforme, avec beaucoup d’abonnés. Et pour avoir beaucoup d’abonnés, nous devons produire du contenu de qualité.

« Nos abonnés ne sont pas nombreux aujourd’hui. Et comme nous partons de zéro, c’est difficile de se dire qu’il faut doubler ou tripler un nombre. Avant d’annoncer des objectifs, nous devons d’abord faire plus d’analyses »

Fedcom est actionnaire majoritaire de l’ASM, qui participe à l’Euroleague cette saison : ne peut-on pas y voir un conflit d’intérêt ?

Ça peut sembler étrange. Nous avons beaucoup discuté en interne sur ce sujet. Alexeï Fedorychev est très sensible aux principes d’égalité et d’éthique. Nous séparons vraiment l’AS Monaco Basket et les droits TV. Les autres clubs, que ce soit l’ASVEL ou Paris, auront droit à la même couverture. Nous n’allons jamais promouvoir un club et des joueurs en particulier, ou exercer quelconque influence. Nous sommes en contact avec Lyon et avec toutes les autres équipes. La première chose que je leur ai dit, c’est qu’il n’y aura pas de préférence. Il y a vraiment un mur entre Fedcom Media et l’ASM Basket. C’est aussi très important pour la fédération, parce que nous sommes à la fois en France et à Monaco. Fedcom Media veut aussi grandir en dehors de Monaco et de l’ASM pour devenir un média pour la France. D’une certaine façon, je porte la casquette du basket français, de la fédération française. Je représente le basket de France.

La Chaîne L’Équipe diffusera 30 rencontres d’Euroleague cette saison : quel marché avez-vous conclu avec ce diffuseur ?

Nous sommes au début de notre coopération, qui est prévue sur du long terme. Il y aura une contribution de L’Équipe sur la production des matches. C’est de la “cross-promotion”. Trente matches de l’ASVEL et de Monaco seront diffusés gratuitement pour les abonnés de L’Équipe. En retour, L’Équipe nous donne de l’espace pour promouvoir notre plateforme. Nous sommes aussi en discussion pour étendre notre coopération, notamment pour le site Internet de L’Équipe. Peut-être que le contenu de Skweek sera aussi diffusé sur le site. C’est un groupe très professionnel, très direct, et très dur en affaires, mais ils sont bons.

« Alexeï Fedorychev est très sensible aux principes d’égalité et d’éthique. Nous séparons vraiment l’AS Monaco Basket et les droits TV. Les autres clubs, que ce soit l’ASVEL ou Paris, auront droit à la même couverture »

Combien ont-ils payé pour pouvoir diffuser ces matches ?

Pour la production des matches, il y a des paiements de notre côté. Mais il y a aussi des paiements du côté de L’Équipe pour avoir cette opportunité de diffuser les 30 matches. Il y a donc des paiements des deux côtés. Mais je ne peux pas communiquer les montants.

Et Monaco Info, qui est un autre diffuseur ?

Il y a aussi des “deals” avec Monaco Info. Ils vont diffuser tous les matches de l’AS Monaco en Euroleague. Nous sommes parvenus à un accord. Mais, là encore, je ne peux pas communiquer le montant. Nous comprenons très bien l’importance de Monaco Info. Il sera traité comme un partenaire « spécial », mais eux aussi comprennent que nous devons avoir un consensus.

Oleg Petrov Fedcom Media
© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

Qu’est-ce que votre expérience à l’AS Monaco football va vous apporter dans vos nouvelles fonctions ?

À l’ASM, j’ai été impliqué dans la promotion et dans le marketing. Je comprends le sport et ses principes. Je comprends les équipes. Je suis aussi impliqué dans la société commerciale de la Ligue de football professionnel (LFP). J’ai pu constater à quel point les droits TV étaient un élément moteur pour le foot. C’est d’ailleurs devenu un problème, à l’époque. Je suis content d’avoir eu cette opportunité de passer cette phase de crise avec le foot français, depuis le moment où Mediapro a cessé de fonctionner, jusqu’au moment où la Ligue a réussi à trouver un accord avec CVC Capital Partners. Tout a été basé sur le média et sur le produit « foot français ». Toutes les discussions ont tourné autour du développement du produit foot français. Le foot français, c’est beaucoup de talents, c’est Mbappé, c’est Paris… Mais pourquoi il y a des investissements en Espagne et en Italie, et pas en France ? Nous avons beaucoup discuté. Finalement, je pense que la Ligue a fait un travail fantastique, et tout ce travail portait sur le média. C’est exactement ce que nous devons faire pour le basket. Et j’espère que cette expérience va m’aider.

C’est ce qui a convaincu Alexeï Fedorychev de vous faire confiance ?

Je pense que oui. Pour le moment, il n’est pas de ma responsabilité de conseiller la fédération. Mais je peux utiliser cette expérience pour Fedcom Media. C’est la même stratégie et les mêmes discussions. Et c’est ce que nous voulons faire au niveau de l’Euroleague. Nous voulons une plus forte présence française dans cette compétition. Nous voulons que la France prenne la place qu’elle mérite. Et mon expérience peut aider. Si un jour, nous devenons le partenaire, ou si nous obtenons les droits télé pour les compétitions françaises, je peux rêver d’être membre d’une organisation qui gère le basket. Mais je veux être utile.

« Une nouvelle page s’ouvre pour moi »

Arrivé en février 2019 à l’AS Monaco pour remplacer Vadim Vasilyev au poste de directeur général, Oleg Petrov aura connu des hauts et des bas pendant les trois années qu’il a passées au sein du club de la principauté. S’il aura permis de redorer le blason de l’ASM en pleine tourmente lors de sa nomination, le dirigeant russe n’aura toutefois pas réussi à ramener les Rouge-et-Blanc en Ligue des Champions, échouant en barrages lors de la saison 2021-2022, et d’un but lors de l’ultime journée de championnat à Lens, en mai 2022. Un caillou dans la chaussure de Petrov, qui quittera finalement ses fonctions quelques semaines plus tard : « À la fin de la saison dernière, j’ai eu des discussions avec le propriétaire [Dmitry Rybolovlev – NDLR]. Nous sommes arrivés, en accord, que je devais quitter mes fonctions de directeur général », raconte l’actuel patron de Fedcom Media, qui conserve toujours quelques casquettes au sein du club de la principauté et des instances du football : « Je reste vice-président et membre du conseil d’administration de l’ASM. Je représente également le club à la Ligue de football professionnel (LFP), en tant que membre du conseil d’administration et à l’association européenne des clubs (ECA) ». Ses nouvelles fonctions au sein du groupe Fedcom, détenu par le milliardaire Alexeï Fedorychev, par ailleurs partenaire historique de l’ASM, pourraient cependant l’empêcher de poursuivre ces missions à l’avenir : « Peut-être que cela va changer, parce que je suis très impliqué, au quotidien, sur le basket. J’ai beaucoup de respect pour le club de foot dans lequel j’ai investi des efforts, du temps, et toute mon énergie. Mais si le club dit : « Oleg, il y a une nouvelle page », je sortirai complètement », assure Petrov. Et d’insister : « Aujourd’hui, je dois me concentrer sur le basket. Pour moi, une nouvelle page s’ouvre. […] Mon travail, c’est Fedcom Media et le basket. C’est un gros projet, et j’espère le mener à bien pour de nombreuses années ».

1) Détenteur des droits de diffusion de la Ligue 1 (L1) et de la Ligue 2 (L2) jusqu’en 2024, le groupe sino-espagnol Mediapro, créateur de la chaîne Téléfoot, avait cessé d’émettre en février 2021, après à peine six mois d’existence, faute d’avoir pu payer les traites des droits de retransmission. Ce fiasco avait plongé le foot français dans la crise. À ce sujet, lire l’interview du journaliste de L’Equipe, Etienne Moatti, à propos des droits télé : « La situation est grave », publiée dans Monaco Hebdo n° 1187. Et l’interview d’Antoine Feuillet, maître de conférences à l’université de Paris Saclay : Droits télé « Une “correction” va s’opérer », publiée dans Monaco Hebdo n° 1188.

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